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18 FRUCTIDOR
18 FRUCTIDOR
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DOCUMENTS POUR LA PLUPART INEDITS
RECUEILLIS ET PUBLIÉS
POUR LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE CONTEMPORAINE
PAR
VICTOR PIERRE
LE GENERAL HOCHE
LETTRES DE MATHIEU DUMAS AU GÉNÉRAL MOREAU
LE COUP d'État — la déportation
LES COMMISSIONS MILITAIRES
PARIS
ALPHONSE PICARD
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ d'hISTOIRE CONTEMPORAINE
Rue Bonaparte, 82
0.
1893
\
BESA.^CON. — IMPR. ET STÉRÉOTYP. DE PAUL JACQUlNi
,7V
EXTRAIT DU REGLEMENT
Art. 14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier et
choisit les personnes auxquelles il en confiera le soin.
Il nomme pour chaque ouvrage un commissaire respon-
sable chargé de surveiller la publication.
Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société
sans l'autorisation du Conseil et s'il n'est accompagné d'une
déclaration du commissaire responsable, portant que le tra-
vail lui a paru digne d'être publié par la Société.
Le commissaire responsable soussigné déclare que l'ou-
vrage 18 Fructidor lui a paru digne d'être publié par la
Société d'histoire contemporaine.
Fait à Paris, le 26 juin iSyd.
Signé : V. Fournel.
Certifié :
Le Secrétaire de la Société d'histoire contemporaine^
E. Ledos.
INTRODUCTION
C'est un gros dossier que celui du coup d'État du i8 fructi-
dor, et, lorsqu'on n'a pas à sa disposition les majestueux in-
quarto que l'État octroie à ses éditeurs, il faut se borner et
choisir. J'ai donc résolument écarté les documents que donne
le Moniteur^ quelque intérêt qu'il y eût sinon à les en extraire,
du moins à les annoter : tels sont les papiers de d'Antraigues,
les déclarations de Duverne de Presle, les correspondances
saisies dans les chariots de Klinglin, les extraits du procès
Brotier-la Villeurnoy, toutes pièces que le Directoire publia
lui-même à l'occasion du coup d'État. La délibération du
i6 juillet 1797, d'où sortit le changement des ministres, et qui
accusa non seulement la division intestine des directeurs,
mais la résolution comme l'union définitive de trois d'entre
eux, se trouve aux Archives nationales, dans les Registres
des délibérations du Directoire (A F m*) ; je l'en eusse tirée
volontiers pour en orner les premières pages de ce volume,
si M. Georges Pallain ne l'eût déjà publiée ; pour la même
raison, j'ai omis la circulaire de ïalleyrand aux agents de la
République et sa lettre au général Bonaparte (20 fructidor) ;
le ministre des relations extérieures y fait, sans doute, l'apo-
logie du coup d'État, mais dans un style et avec une mesuré
qu'on ne rencontre pas dans les documents du même genre,
émanés de ses collègues du ministère i.
I. Georges Pallain. — Le ministère de Talleyrand sous le Directoire,
p. 453 et i35.
VIII
INTRODUCTION.
Je m'en suis donc tenu, sauf de rares exceptions que je jus-
tifierai en passant, aux documents inédits, et j'ai mieux aimé
laisser quelques lacunes que de charger ce volume de pièces
qu'il sera facile de trouver ailleurs.
Celles que je publie forment cinq séries :
I. Le général Hoche et les mouvements de troupes;
IL Lettres de Mathieu Dumas au général Moreau;
III. Le coup d'État;
IV. La déportation ;
V. Les commissions militaires.
Je vais, sous chacun de ces titres, indiquer les sources aux-
quelles j'ai emprunté ces documents, leur intérêt historique
et les observations qu'ils peuvent suggérer i.
I.
LE GENERAL HOCHE ET LES MOUVEMENTS DE TROUPES
Le coup d'Etat de fructidor fut un coup d'État militaire. Tel
l'avait conçu le vainqueur du i3 vendémiaire, Barras, et, de
même qu'il s'était alors adjoint Bonaparte, c'est sur Hoche,
cette fois, qu'il jeta les yeux. Hoche se montra empressé :
« Rival de gloire de Bonaparte, écrit Revellière-Lépeaux, il
voulut aussi rivaliser de patriotisme avec lui, et ne pas le
laisser en quelque sorte seul, plus en vue que tous les autres
généraux, dans les chances que pouvaient amener de si
grandes circonstances 2. » Dès le i^"^ juillet 1797, de Cologne
1. Il m'arrivera souvent, au cours de ce volume, de renvoyer le lecteur
à un ouvrage que j'ai publié, il y a quelques années : La Terreur sous le
Directoire, Histoire de la persécution politique et religieuse après le coup
d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797), d'après les documents inédits
(Paris, 1887, in-8, xxii-481 p.. Retaux, éditeur). Je ne m'en excuse qu'à demi,
car c'est à ces études prolongées sur la période directoriale d'après fruc-
tidor que je dois l'honneur que m'a fait la Société d'histoire contem-
poraine, en me confiant le soin de la présente publication,
2. Mémoires de la Reçellière-Lépeaux, t, II, p. 120. Ces mémoires, imprimés
INTRODUCTION. IX
OÙ il était alors, en vertu, disait-il, d'ordres du Directoire
(ordres qu'on n'a pas retrouvés, auxquels Revellière déclare
n'avoir pas été moins étranger que Reubell et qu'il impute
à Barras), le général Hoche mit en mouvement la légion des
Francs et le lo® régiment de hussards pour se rendre à Alen-
çon. Émotion générale : le ministre de la guerre (c'était en-
core Petiet) déclare n'avoir aucune connaissance de ce mou-
vement ; les services des vivres ne sont pas prêts, les villes
d'étapes n'ont ni logements ni fourrages ; le conseil des Cinq-
Cents demande qui a donné ces ordres ; le Directoire s'en
excuse par un message ridicule ; s'informe ou feint de s'infor-
mer auprès du ministre de la guerre. Quant au général Hoche,
qui, bien que n'ayant pas l'âge légal, vient d'être nommé au
ministère de la guerre (i6 juillet), il donne sa démission ;
repris vivement par Carnot, défendu par Revellière, aban-
donné par Barras, dégoûté de toutes ces intrigues, il quitte
Paris pour rentrer dans la circonscription de son commande-
ment.
Alors, les ordres se confondent; tantôt, c'est d'avancer qu'il
s'agit, tantôt de rétrograder; les généraux ne savent à qui
obéir ; le ministre de la guerre lui-môme cherche à s'éclairer ;
le 28 juillet. Hoche fait avancer les troupes ; dans le même
jour, elles doivent reculer ; le 3o, il les arrête, tant elles sont
fatiguées et irritées ; enfin, elles reprennent leur marche vers
l'ouest.
J'ai reproduit cette correspondance administrative d'après
les archives historiques du ministère delà guerre, Correspon-
dance des généraux à V intérieur; chaque lettre n'aurait, isolée,
qu'un médiocre intérêt ; mais, par l'ensemble, on reconnaît la
confusion des ordres, les variations de volonté, les dissimula-
tions nécessah'es; derrière tous ces masques, l'opération ima-
ginée par Barras se poursuit ; il ne s'agit plus de i5,ooo hom-
mes, mais de 9 à 10,000 ; on les caserne sur les limites du
en i8;o, n'ont pas été livrés au public ; la Bibliothèque nationale en pos-
sède un exemplaire. Réserve.
X INTRODUCTION.
rayon constitutionnel ; nombre d'officiers et de soldats s'en
détachent, viennent à Paris (p. 33-34) et concourront, au jour
dit, à l'exécution du complot que le Directoire a préparé
contre ses adversaires.
On trouvera, dans cette série, plusieurs lettres du général
Hoche que je crois inédites. J'en ai cité, soit en notes, soit en
annexes, quelques autres, empruntées à l'ouvrage de Rous-
selin de Saint- Albin i. Aucune de ces dernières n'existe aux
archives de la guerre ; en revanche, aucune de celles que j'y
ai trouvées ne figure (sauf une, XXXII, p. 21) dans le recueil
de RousseUn.
Ces lettres, tantôt, sont seulement signées du général Hoche,
tantôt ne sont que des copies, certifiées soit par Lesage, soit
par Jujardy, commissaires des guerres. Les pièces originales
paraissent avoir composé un dossier qui resta entre les mains
du Directoire ; j'en ai trouvé aux Archives nationales (AFiii,44)
une liste assez longue ; mais la cote est vide. Presque toutes
les pièces indiquées sur cette Uste existent en copie au minis-
tère de la guerre et sont publiées ci-après.
On trouvera encore au Moniteur (Réimpression, t. XXVIII,
p. 773 et 779) deux autres lettres du général Hoche. Dans tou-
tes respire une ardeur maladive, qui explique la violence de
ses résolutions, l'amertume de ses plaintes, son ambition de
mener la lutte. Les adresses de son armée, les toasts portés
à l'anniversaire du 10 août répondent bien aux adresses et
aux discours qui arrivaient de l'armée d'Italie ; les deux géné-
raux rivalisent de mépris pour la représentation nationale,
et, on peut l'affirmer, en dépit de certaine légende, plus
républicaine qu'historique, il n'a manqué au général Hoche
que l'occasion pour devancer Augereau et pour exécuter lui-
même le coup de main militaire qui servira de précurseur au
18 brumaire.
I. Vie de Lazare Hoche, 2 vol. in-8.
INTRODUCTION. XI
II.
LETTRES DE MATHIEU DUMAS AU GENERAL MOREAU
C'est encore au ministère de la giierro, dans la Correspon-
dance des généraux à l'intérieur, que j'ai rencontré les quatre
lettres de Mathieu Dumas au général Moreau. Dans ses Mé-
moires, il ne les cite pas, mais il reconnaît avoir été en com-
merce avec Desaix et Moreau.
Dumas était un libéral de 1789, un fayettiste, un de ceux
qui, ayant pris part à la guerre d'Amérique, en avaient rap-
porté le goût des réformes. Il servait la République ; il y était
rallié. A défaut des rapports célèbres de ïhibaudeau, de
Tronson du Coudra} % de Pichegru, de Willot, etc., sur les
questions vives qui agitèrent les Conseils en juillet et en août
1797 et pour lesquels nous renvoyons au Moniteur, il nous a
semblé intéressant de faire connaître les sentiments qu'expri-
mait dans une correspondance intime un des membres modérés
des Conseils. « Moreau, a écrit Revellière-Lépeaux, se tint par-
faitement neutre à la tête de l'armée de Rhin-et-Moselle. » Cette
attitude est à noter, si on la compare à celle de Bonaparte et
à celle de Hoche. Si Moreau n'était pas absolument « neutre, »
du moins il était calme ; il maintenait son armée dans la dis-
cipline, sans lui interdire ces adresses séditieuses qu'en-
voyaient, sous l'inspiration de leurs chefs, les armées d'Italie et
de Sambre-et-Meuse. Par la modération de Mathieu Dumas, on
devine celle de Moreau, et je ne sais même si, pour se mieux
faire venir de son correspondant, Dumas ne veillait pas avec
plus de soin sur la légalité de ses actes et de ceux de ses amis.
Il est vrai : Moreau, à cette même époque, détenait les pa-
piers de Klinglin, où Pichegru paraissait compromis, et, au
ton sur lequel Dumas parle de Pichegru à Moreau i, il est
I. « Pichegru, avec lequel nous marchons parfaitement d'accord, m'a
XII INTRODUCTION.
aisé de reconnaître que Moreau, Dumas et Pichegru étaient
d'accord. Mais jusqu'à quel point ? Quel était, des trois,
l'homme hardi et décidé ? La prudence de Moreau, l'esprit
temporisateur de Pichegru, les scrupules constitutionnels de
Dumas enchaînaient en chacun d'eux l'initiative ; dans les let-
tres du dernier, on trouve un tableau pris au vif de la conduite
insultante du Directoire ; on n'y trouve la trace d'aucunes
menées qui donnent l'idée d'une conspiration dans les Con-
seils. D'après lui, il y eut « des discussions impolitiques, mais
pas une atteinte réelle, pas même un projet alarmant par
rapport à la Constitution » (p. 39).
Y eut-il, en effet, parallèlement au complot, celui-ci incon-
testable, du Directoire contre la majorité des Conseils, un
complot de cette majorité contre le Directoire ? Quel que soit,
sur ce point, notre sentiment, les documents que nous pu-
bUons sont trop peu nombreux pour nous permettre d'éclaircir
ce problème. Il y eut assez de paroles violentes pour laisser
croire à des projets qui eussent le même caractère ; il n'y eut
pas d'actes qui témoignassent d'un complot, que la hâte du
parti contraire eût empêché d'aboutir. Laissons les légendes,
dont il n'a pas été apporté de preuve, et les jactances d'après
coup, qui ne se produisirent qu'à une époque où il était avan-
tageux de paraître avoir conspiré. Ces prétendus conspirateurs
non seulement n'ont pas agi, mais rien ne prouve qu'ils fus-
sent organisés pour agir. La correspondance de Mathieu Du-
mas, tout intime, secrète, d'une authenticité sans conteste,
non pas publiée par son auteur, mais surprise pour ainsi dire
par l'État, formera, nous l'espérons, un élément sérieux et
nouveau d'appréciation pour contribuer à établir, dans cette
grande querelle, les reponsabilités des deux partis.
chargé hier de vous dire mille amitiés » (p. 38). — « Il ne fallait pas moins
que Tardeur qu'inspire un tel compagnon (Pichegru).... » (p. 89).
INTRODUCTION. XIII
III.
LE COUP D ETAT
C'est aux Archives nationales, série AFiii, que sont em-
pruntées presque toutes les pièces qui composent ce chapitre.
La première est le procès-verbal de la séance que, la veille
du i8 fructidor, dans l'appartement de Reubell, tinrent les
trois directeurs, Revellière-Lépeaux, Barras et Reubell, sépa-
rément et à l'insu de leurs deux autres collègues, Garnot et
Barthélémy. Tous les ministres sont présents : avec eux,
l'homme d'exécution, Augereau. Isoler la province de Paris,
de manière à lui expédier un coup d'Etat terminé, auquel elle
n'ait qu'à se soumettre : telle est la première mesure que
prend le Directoire insurrectionnel, en interdisant au maître
de la poste aux chevaux, à l'administration des messageries,
à celle de la poste aux lettres, de délivrer des chevaux, de
laisser partir aucune voiture ni aucun courrier, sans l'ordre
exprès et par écrit du Directoire. En tout temps, cette inter-
ruption subite des grands services de communication a été
pour la province l'indice des révolutions de Paris. Viennent
ensuite les mesures militaires : on la déclare enfm, la vraie
destination de ces troupes que, sous prétexte d'une expédition
en Irlande, des ordres de source mystérieuse avaient détachées
de l'armée de Sambre-et-Meuse : on les poste à Château-
Thierry, à Dreux, en attendant de nouveaux ordres. On en-
voie à Marseille, à Lyon, à Dijon, à Soissons, à Cambrai,
quelques milliers d'hommes enlevés aux armées d'Italie, de
Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse, pour tenir en respect
des populations de qui l'on craint quelque agitation provoquée
par le coup d'État.
A Paris, un arrêté, qu'on affiche, ordonne de fusiller à l'ins-
tant, « conformément à la loi » (quelle loi?) « tout individu qui
se permettrait de rappeler la royauté, la Constitution de 1798
XIV INTRODUCTION.
OU d'Orléans. » Dans la crainte d'un mouvement des sections,
ou, pour mieux dire, des « administrations, » on les suspend,
et le bureau central reste seul en exercice. Les arrestations
commencent : il s'en fait moins qu'on n'en ordonne. Toutes ces
mesures, que nous n'avons pas à rappeler ici dans le détail,
sont portées avec l'heure d'exécution, de sorte qu'on suit, mo-
ment par moment, leur marche et leur progrès. L'une des
dernières est d'amener à Paris les deux corps de troupes sta-
tionnés à Dreux et à Château-Thierry : ce sont ceux dont nous
avons suivi les marches et les contremarches dans la pre-
mière série de nos pièces. Déjà, le i8 fructidor au soir, le Di-
rectoire avait dû, pour établir sa correspondance avec les dé-
partements, laisser expédier les courriers, mais en ne les au-
torisant à emporter que des dépêches timbrées Directoire
exécutif; le 19, tout est fini, les barrières sont rouvertes et les
services de la poste aux chevaux, de la poste aux lettres et
des messageries reprennent leur cours. Il semble qu'il était
temps et que l'approvisionnement de Paris commençait à
souffrir.
Cette pièce officielle, sans révéler des secrets sur le coup
d'Etat, en montre la manipulation détaillée. Elle est repro-
duite textuellement ; il n'en a été retranché que les discours
et les proclamations qui se trouvent au Moniteur, et quelques
incidents, étrangers du reste à l'événement, que j'ai cru suffi-
sant d'indiquer.
La seconde pièce, loin d'être inédite, est bien connue : c'est
la loi du 19 fructidor an v. On pouvait se demander s'il fallait
la publier à cette place, c'est-à-dire à sa date, ou la ren-
voyer en appendice ; mais il était impossible de l'omettre.
Le rédacteur de cette loi, Merlin (de Douai) sans doute, a
condensé en trente-neuf articles le programme immédiat et
les suites du coup d'État : d'une part, annulation des élections
de quarante-neuf départements, attribution au Directoire de
nominations dans les tribunaux qui appartenaient à des
assemblées électorales, révocation des lois récemment votées
en faveur des parents d'émigrés ou des « chefs de rebelles de
INTRODUCTION. XV
la Vendée ; » d'autre part, organisation d'une procédure som-
maire et homicide contre tout émigré rentré et contre les prê-
tres, rappel des lois antérieures aboutissant désormais à
une peine uniforme : la déportation, prononcée par voie admi-
nistrative. C'est à la discussion même que donne le Moniteur
qu'il faut se reporter pour apprécier la manière dont fut for-
mée la liste de déportation contre quarante-deux membres du
Conseil des Cinq-Cents, onze membres du Conseil des An-
ciens, deux directeurs et dix autres personnages politiques.
Nous aurons tant de fois, au cours de ce volume, à rappeler
le texte de cette loi, qu'il était indispensable que le lecteur
l'eût sous les yeux pour s'y reporter à l'occasion.
Sous la rubrique : Pièces diverses, on verra d'abord une sé-
rie d'ordres ou de lettres, émanés d'Augereau, commandant
de la 17® division militaire : ils proviennent en partie d'un
grand cahier de copies, donné au ministère de la guerre par
M. de Saint-Aldegonde, qui épousa la veuve d'Augereau. La
légion des Francs, qui se faisait remarquer par son esprit
agressif à l'égard des autres armes et par son indiscipline, fut
bien vite renvoyée à l'armée de Rhin-et-Moselle ; de même,
on combla d'honneurs le général de fructidor ; mais, au lieu
de le faire entrer au Directoire, on l'éloigna. La mort de Hoche
et la disgrâce momentanée de Moreau permirent de réunir
entre les mains d'Augereau le commandement des armées de
Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle, jusqu'au jour prochain
où on le reléguera à Perpignan.
Une autre série est celle de la correspondance du ministre
de la police, Sotin. Arrestations, perquisitions ; expulsion du
territoire français de la duchesse de Bourbon, de la duchesse
d'Orléans et du prince de Conti ; mise en chartre privée du
marquis Massimi, ambassadeur du pape Pie VI : le zèle de
Sotin, l'homme empressé entre tous, se donne carrière. Si-
gnalons en passant deux circulaires du Directoire : par l'une,
il invite les ministres à purger leurs bureaux et les adminis-
trations qui dépendent d'eux, de tous les individus « entachés
d'incivisme et d'immoralité, » c'est-à-dire (car ce langage
XVI INTRODUCTION.
a besoin d'être traduit) de tous ceux « dont l'attachement à
la république paraîtrait suspect ; » par l'autre, il leur de-
mande « de fournir les renseignements qu'ils auraient par de-
vers eux et qui pourraient servir de preuve à cette vérité,
que le complot des conjurés royaux allait éclater au moment
même où ils ont été frappés, le 1 8 fructidor. » Un dossier des
Archives nationales, AFiii 44^ i58-i6o, a pour rubrique : Dos-
sier de fructidor : Pièces justificatives de cette l'évolution.
On y trouve, en effet, les rapports de la plupart des ministres.
J'étais bien tenté de les publier : leur insignifiance m'a arrêté.
Si le Directoire y eût rencontré les preuves qu'il cherchait,
eût-il négligé de leur donner une éclatante publicité, comme
il avait fait pour les pièces concernant Pichegru et la Vil-
leurnoy ?
De tous ces rapports officiels, deux seulement pourraient
mériter quelque attention : celui de Talleyrand et celui de
Sotin. Cependant, Talleyrand, ministre des affaires étrangères,
se borna à présenter un dossier de pièces, d'où il résultait
qu'un certain nombre d'émigrés et de prêtres se disposaient à
rentrer ; ce qui, chez la plupart, trahissait moins une conspi-
ration générale que la lassitude de l'exil et le désir ardent
de retrouver leurs foyers. Était-il dupe de ses documents,
lorsque, dans ce dédaigneux rapport qui n'a pas dix lignes,
il écrivait : « Cette marche générale et simultanée des émi-
grés prouve évidemment qu'ils venaient moins coopérer à
la contre-révolution qu'en recueillir les fruits et se placer
sans efforts dans un ordre de choses où se seraient à la fois
satisfaits l'orgueil et les vengeances de ces implacables enne-
mis du gouvernement répubhcain. » Le rapport de Sotin est
plus détaillé ; mais il a passé en partie dans celui que Bail-
leul rédigea quelques mois après pour le Conseil des Cinq-
Cents, et qui n'est qu'une apologie violente et haineuse du
i8 fructidor.
Deux lettres, l'une de Dupont de Nemours, l'autre de Rou-
get de Lisle, closent cette série : j'ai reproduit la seconde à
cause du nom du signataire ; quant à la première, elle montre
INTRODUCTION. XVII
à quels sul)ter[uges sans dignité un représentant du peuple
devait recourir pour se dérober à la vengeance et aux ran-
cunes des vainqueurs.
IV.
LA DEPORTATION
Le Directoire n'avait pas attendu l'événement du coup d'Etat
pour préparer la déportation outre-mer dont il comptait Irap-
per ses ennemis. Dès le mois de juillet (1797), sans mettre
en avant le véritable motif, il avait fait armer à Rochefort
deux bâtiments, la Vaillante pour le Sénégal, et la Bayomiaise
pour la Guyane. Le 16 août, la décision définitive semble
prise : c'est la Vaillante, d'un « échantillon moins fort, »
qu'on choisit pour aller à Gayenne ; elle sera commandée par
le lieutenant Jurien de la Gravière, qui en revient. Le 23 août,
le commandant des armes à Rochefort est officiellement avisé
de ces dispositions, sans que rien transpire encore sur le but
réel de l'expédition. G'est seulement le 6 septembre, deux jours
après le coup d'Etat, que le ministre de la marine annonce au
commandant des armes que les individus condamnés à la dé-
portation par la loi du 19 fructidor vont être conduits à Roche-
fort, pour être envoyés à Gayenne par la Vaillante ; il recom-
mande le secret le plus profond, même à l'égard du capitaine.
Tandis que s'exécutaient à Rochefort ces préparatifs en-
core entourés de mystère, à Paris, le 8 septembre, à quatre
heures du matin, le gouvernement faisait partir pour Roche-
fort, sous la conduite du général Dutertre et de cent cavaliers
d'escorte, les hommes politiques qu'il avait pu arrêter et qu'il
expédiait à Gayenne. Ils étaient seize, en comptant le do-
mestique de l'un d'eux, qui n'avait pas voulu quitter son
maître i. G'étaient Barbé-Marbois et Lafifon de Ladébat, ex-
I. Marais le Tellier, domestique de Barthélémy.
18 FRUCTIDOR. a
XYIII INTRODUCTION.
présidents du Conseil des Anciens ; le général Pichegru, qui,
immédiatement après les élections de l'an v, avait été, presque
à l'unanimité, élu président du Conseil des Cinq-Cents ; Bar-
thélémy, qui, avec Carnot, formait dans le Directoire la mino-
rité opposante aux desseins du triumvirat ; le général Willot,
qui avait pacifié la Provence; ïronsonduCoudray, Aubry, de
la Rue, qui s'étaient signalés en défendant les Conseils contre
les empiétements et les insultes du Directoire; Ramel et Ro-
vère, inspecteurs de la salle (nous dirions aujourd'hui ques-
teurs) ; le général Murinais-Dauberjon; Bourdon (de l'Oise),
de qui l'on ne s'explique pas la présence ; un agent de police,
d'Ossonville, qui avait pourtant nagé dans bien des eaux ;
enfin, la Villeurnoy et l'abbé Brotier, récemment condamnés,
le premier à un an, le second à dix ans de réclusion, par un
conseil militaire, et dont le Directoire commuait arbitraire-
ment la peine toute temporaire en une déportation outre-mer
qui devait être mortelle à tous deux.
Sur les soixante-cinq noms d'hommes politiques qui compo-
saient la liste de déportation arrêtée par les Conseils, tels
furent ceux qui tombèrent les premiers entre les mains du
Directoire i. Si quelques-uns, comme Rovère et Bourdon (de
l'Oise) forment un étrange contraste ; si d'autres, comme Mu-
rinais et d'Ossonville et môme la Villeurnoy et Brotier, ne
semblent pas mériter tant de haine, il suflit d'avoir lu les dé-
bats des Conseils dans les deux mois qui précédèrent le coup
d'Etat, pour reconnaître que la continuité de leurs attaques
non moins que leur modération môme, la justice de leurs
griefs comme les torts du Directoire, avaient créé aux Piche-
gru, aux Willot, aux Tronson du Coudray, etc., une autorité
I. ÎNI. Mignet {Histoire de la Révolution française, t. II, p. aSi) a éci'it :
« Quelques proscrits parvinrent à se soustraire au décret d'exil ; la plupart
des condamnés furent transportés à Cayenne, mais un grand nombre ne
quitta pas Vile de Ré. » Toutes vagues qu'elles soient, ces expressions n'en
sont pas moins singulièrement inexactes. Sur les soixante-cinq proscrits,
quarante-huit s'échappèrent ; dix-sept, en compi'enant Gibert-Desmo-
lières et J.-J. Aymé, arrêtés plus tard, furent déportés à la Guyane; aucun
ne fut envoyé à l'île de Ré.
INTRODUCTION. XTX
que des hommes décidés à ne pas quitter le pouvoir devaient
trouver dangereuse. Encore un peu de temps, et le Directoire
eût succombé, non pas sous le poignard des assassins, mais
sous le poids d'une majorité constitutionnelle qui l'eût, tran-
quillement et légalement, évincé du pouvoir. Ce fut la vraie
raison du coup d'État : il s'agissait de sauver, non la Consti-
tution ni la république, mais les Barras, les Merlin, les Reu-
bell, les Revellière-Lépeaux et tant d'autres, qui craignaient
justement d'avoir trop de comptes à rendre.
Pour conduire à Rochefort tous ces personnages, on choisit
Dutertre. C'était, paraît-il, un général. Il a pris soin de nous
donner lui-même des indications sur sa carrière. Né à
Mayenne, ayant quelque aisance par son mariage, il avait
servi dans le régiment de Royal-Vaisseau de 1781 à 1783 ; au
10 août, il avait reçu, dit-il, plusieurs blessures, comme sous-
lieutenant des fédérés nationaux. Comment lui advinrent les
autres grades ? Il avait servi en Vendée. « C'est au champ de
bataille, en face de l'ennemi, que j'ai reçu dix-neuf blessures,
dont trois presque mortelles.... Je fus élevé au grade d'adju-
dant général le i5 pluviôse an 11, et proclamé sur le champ de
bataille i. » Le Comité de salut public, par décision du 9 bru-
maire an III, approuva sa nomination ; mais il n'en reçut le
brevet que du Directoire, le 22 fructidor an v, c'est-à-dire
après le coup d'Etat. Entre sa proclamation sur le champ de
bataille le 3 février 1794? sa nomination par le Comité de salut
public le 3o octobre suivant, et sa promotion définitive le
8 septembre 1797, c'est-à-dire le jour même où il était investi
du commandement de l'escorte, que s'était-il passé ? Le 19 ger-
minal an IV, il avait été condamné à une année de fers par
un conseil de guerre de Mayenne « pour complicité de dilapi-
dation de deux voitures de bois appartenant à la République. »
Sur un rapport de Merlin (de Douai), le Directoh'e, appréciant
que Dutertre avait « rempli dans toutes les contrées qui ont
I. Départ du Temple pour Cayenne des déportés des i^ et 18 fructidor anV,
p. 5 et suiv.
XX INTRODUCTION.
été dévastées par les chouans un ministère souvent rigoureux
et sévère, » le renvoya devant un nouveau conseil de guerre :
celui-ci siégeait à Paris, Dutertre fut acquitté (4 brumaire
an v). « Il est toujours agréable pour un ami de la liberté, lui
écrivait à cette occasion Merlin (de Douai), de voir un de ses
défenseurs décharge honorablement des inculpations dirigées
contre lui. »
Ce favori de Merlin (de Douai) et de Revellière-Lépeaux ne
l'était pas moins d'Augereau. Celui-ci lui confia la garde du
Temple, puis le transfèrement des déportés. S'il en faut croire
ces derniers, dont nous reproduisons la correspondance, ils
n'eurent pas à se plaindre de Dutertre. Il n'en fut pas de même
du Directoire qui, après lui avoir fait d'abord témoigner sa
satisfaction, le révoqua subitement de ses fonctions et le rap-
pela à Paris. A son arrivée, il fut mis aux arrêts, mais il les
rompit pour se rendre à l'armée de Rhin-et-Moselle, auprès
de son protecteur Augereau. Faut-il ajouter foi aux témoi-
gnages que Dutertre se donne à lui-même ? Nous avons trouvé
trois lettres émanant des autorités de la Vienne qui exposent
la conduite scandaleuse que Dutertre avait tenue soit à Poi-
tiers, soit dans les communes qu'il avait traversées ; comment
il « recherchait tout ce qu'il y avait de plus méprisable parmi
les habitants et en formait son cortège ; qu'il alla loger chez
l'homme le plus immoral et le plus crapuleux. » A lire ces do-
cuments officiels, on se demande si les émeutes d'Etampes et
de Blois, qui assaillirent les déportés à leur passage, peuvent
être imputées, comme le suggère Dutertre, à ses adjudants
généraux, ou s'il n'en fut pas lui-même l'instigateur, et l'on
s'étonne que le Directoire ait confié à un tel homme une expé-
dition aussi délicate.
C'est aux archives du ministère de la marine que nous
avons emprunté tous les documents relatifs aux mesures pré-
paratoires à la déportation comme à l'embarquement des dé-
portés ; c'est du ministère de la guerre que proviennent tous
ceux qui concernent la mission du général Dutertre ; les
Archives nationales nous ont fourni la correspondance offi-
INTRODUCTION. XXI
ciellc, malheureusement incomplète (nous n'avons, en effet,
que les lettres des autorités de la Vienne, celles des autres
administrations nous manquent), qui nous éclaire sur les agis-
sements de Dutertrc. C'est là encore (AFiii, 44) c[ue nous
avons rencontré la correspondance des déportés.
Ces lettres sont conservées en original. Il est probable que
les familles en eurent des copies ou des extraits. Confiées soit
au chef de l'escorte, soit à la municipalité de Poitiers, soit au
commandant des armes, elles ne pouvaient contenir ni des
révélations historiques ni même des épanchements intimes :
elles n'étaient écrites que pour la nécessité. Ce qui en consti-
tue l'intérêt, c'est leur simplicité même. Elles reflètent naïve-
ment et sans apprêt littéraire le trouble qu'apportent dans les
relations de famille et dans les affaires les plus urgentes ces
arrestations inattendues. Bourdon (de l'Oise) veille de loin
sur la vente de ses bêtes espagnoles et de ses laines ; d'Osson-
ville s'inquiète de l'avenir de son fils et des couches prochai-
nes de sa l'emme ; le Tellier, en bon valet de chambre, fait
des recommandations d'ordre domestique; Willot règle avec
le sien ses petites affaires de célibataire. C'est avec leurs
femmes que correspondent Barbé-Marbois, Laflbn de Ladé-
bat, Tronson du Coudray, de la Rue, Murinais : il n'y a dans
leurs lettres aucun effort de style ; tout y est uni et franc ; on
y respire les bonnes mœurs, l'aft'ection réciproque, la loyauté.
Sans me faire illusion sur l'importance ou sur le mérite litté-
raire de ces documents, il m'a semblé qu'au milieu de toutes les
pièces ofiicielles, il ne serait pas sans intérêt de recueillir une
note humaine et sensible ; jusqu'ici, les proscripteurs avaient
eu seuls la parole : après eux, je l'ai accordée aux proscrits.
Tous n'ont pas écrit, ou, du moins, nous n'avons pas de
lettres de Brotier et de Rovère; d'Aubry, de Raniel et de Pi-
chegru. Il y a, aux Archives nationales, trois lettres de la Vil-
leurnoy, qui, avec dix autres, écrites soit en mer, soit de
Cayenne et de Sinnamary, composent, de septembre 1797 à
avril 1798, une sorte de journal de la déportation. La Villeur-
noy avait l'habitude de transcrire sa correspondance sur un
XXII INTRODUCTION.
registre cartonné : ce registre est tombé entre les mains de
M. Honoré Bonhomme, qui a édité ces treize lettres, à la suite
de la correspondance de M"<^ Théophile de Fernig, aide de
camp de Dumouriez (Didot, iS^S). Nous renvoyons les lecteurs
à cette publication, qu'il ne nous appartenait, à aucun titre, de
recommencer.
« Des seize qu'on mène à Sinnamary, il en survit deux î »
Ainsi parle M. Taine i. La distraction de l'illustre écrivain est
étrange. 11 est vrai : Murinais, Tronson du Goudray, Bourdon
(de l'Oise), la Villeurnoy, Rovère, l'abbé Brotier, moururent
sur le sol d'exil ; Aubry et le Tellier, au cours de leur évasion,
eurent le même sort ; mais est-il permis d'oublier les survi-
vants : Pichegru, qui vint mourir au Temple, en 1804 ; Ramel,
assassiné à Toulouse, le i5 août i8i5 ; Willot, mort en 1828;
Laffon de Ladébat, en 1829; Barthélémy et de la Rue, en
i83o; d'Ossonville, en i833; Barbé-Marbois, en 1887 ? En
somme, sur les seize proscrits, huit survécurent à la dépor-
tation, plusieurs furent octogénaires, et le dernier mourut
à quatre-vingt-douze ans, trente-sept ans après son retour de
Gayenne.
V.
LES COMMMISSIONS MILITAIRES
J'arrive à la partie la plus nouvelle et la plus étendue de
nos documents : ils serviront à constituer, pour la période
I. La Révolution, t. III, p. 596. ]Mème exagération pour les déportés de
la Décade et de la Bayonnaisc : « La Guyane achève l'œuvre de la traver-
sée : des cent quatre-vingt-treize apportés par la Décade, il en reste trente-
neuf au bout de vingt-deux mois ; des cent vingt apportés par la Bayon-
naisc, il en reste un. » Même page. L'examen des listes conservées au
ministère de la marine conduit à des résultats assez différents. Sur les
cent quatre-vingt-treize de la Décade, il y eut cent huit morts ; sur les
cent dix-neuf de la Bayonnaisc, soixante-six; il survécut donc à Ja dépor-
tation quatre-vingt-cinq de la Décade et cinquante-trois de la Bayonnaisc.
{La Terreur sous le Directoire, p. 435.)
INTRODUCTION. XXIII
qui nous occupe, l'histoire d'une juridiction peu connue, celle
des commissions militaires.
Aux termes des articles i5, iG et 17 de la loi du 19 fructidor,
tout émigré rentré qui n'était pas sorti du terrritoire dans la
quinzaine de la loi, était justiciable d'une commission militaire
qui, sur la simple constatation de l'identité du prévenu et de
son inscription sur la liste des émigrés, devait prononcer la
peine de mort, sans appel ni pourvoi d'aucune sorte : l'exécu-
tion de la sentence avait lieu dans les vingt-quatre heures.
Cette loi terrible, cette juridiction sommaire, ces arrêts de
mort destinés à tomber comme mécaniquement des lèvres du
juge, les historiens ou ne les ont pas connus, ou les ont passés
sous silence. Thiers, Mignet, Barante, Michelet, etc., se tai-
sent ; M^^ de Staël ne cite que deux noms ; Revellière-Lé-
peaux affecte de ne rien savoir ou de reporter à la Conven-
tion la responsabilité de cette législation draconienne. Taine,
au moins, a écrit : « De toutes parts, dans les départements,
les commissions militaires fusillent à force i. » L'allégation
est un peu brève ; elle eût valu d'être accompagnée de
quelques preuves.
Lorsqu'il s'agit des tribunaux révolutionnaires, on a sous la
main de longues séries de pièces, soit aux Archives natio-
nales, soit dans les archives départementales, soit dans les
greffes des cours et des tribunaux. Pour les commissions mi-
litaires, les recherches sont loin d'être aussi aisées.
Sur l'étiquette de leur nom, on s'imagine que les archives
du ministère de la guerre, si soigneusement classées, vont
fournir les textes de tous ces jugements. Erreur ; on n'y
trouve ni une série, ni un jugement, ni une pièce quelconque :
il semble que l'administration de la guerre ait tout ignoré de
ce qui se faisait journellement par ses généraux et ses offi-
ciers. Aux Archives nationales comme dans celles des dépar-
tements, aucune série spéciale ne se rapporte à ce sujet ; çà
et là apparaît quelque pièce isolée, oubliée plutôt que rangée
I. La Révolution, t. III, p. 597.
XXIV INTRODUCTION.
dans quelque épais dossier. Les pièces mêmes, que les juges
ont dû avoir sous les yeux, où sont-elles ? Sont-elles enfouies
dans les greniers de quelques divisions militaires ? ont-elles
été détruites ? Plusieurs de ces jugements furent imprimés en
placards, tirés à 60, i5o, 200 exemplaires et destinés à l'affi-
chage : à peine en a-t-on recueilli quelques-uns.
Un jour, je rencontrai un État des jugements rendus par
les commissions militaires de Marseille, du i^"^ août au 7 dé-
cembre 1798, dressé par les ordres du général Quantin, com-
mandant la division, en vertu d'une circulaire du ministre de
la police du 7 novembre 1798 (17 brumaire an vu). J'en con-
çus aussitôt l'espoir que chaque commandant de division mi-
litaire, ou que chaque administration centrale aurait répondu
au ministre avec la même exactitude que le général Quantin ;
à la faveur de ces rapports, je recomposais déjà en pensée
un ensemble de pièces, dont je n'avais jusque-là, et très pé-
niblement, réuni que des fragments. Mais cette trouvaille
(car c'en était une) est restée unique, et j'ai dû constater avec
regret que le ministre n'avait pas dû être obéi.
Malgré ces difficultés et ces mécomptes, je crois être par-
venu à établir que, du mois d'octobre 1797 au mois de
mars 1799, c'est-à-dire dans l'espace de dix-huit mois, les
commissions militaires ont siégé, en outre de Paris, dans
TRENTE ET UNE viUcs, et pronoucé environ cent soixante con-
damnations à mort I.
Les documents dont je m'autorise sont assez divers de na-
ture et d'origine. Au risque de monotonie, j'aurais souhaité
de produire surtout les textes des jugements. J'en ai recueilli
une vingtaine. Les uns proviennent des Archives nationales
ou d'autres dépôts publics ; ils sont en minute, écrits de la
I. Il ne faut pas confondre les opérations des conseils de guerre avec
celles des commissions militaires ; celles-ci n'avaient juridiction que sur
les prévenus d'émigration, indépendamment de tout délit de droit com-
mun: les conseils de guerre jugeaient les délits militaires, les pillages de
grand'route, les faits de chouannage et de guerre civile. Je les ai laissés
systématiquement de côté, comme étrangers à mon sujet.
INTRODUCTION. XXV
main du greffier de la commission, ou copies par les soins
d'une administration centrale ; c'est, par conséquent, tout ce
qu'il y a de plus authentique ». Les autres sont reproduits
d'après les placards dont j'ai parlé plus haut : ce sont des
pièces officielles, imprimées par l'ordre ou des commissions
elles-mêmes ou des administrations centrales 2. Enfin, il en est
quelques-uns dont j'ai emprunté le texte à des journaux du
temps, feuilles d'ailleurs semi-oflicielles, où le Directoire ai-
mait à verser ce que nous avons appelé depuis des commu-
niqués : plus d'une fois, en effet, j'ai rencontré, en marge de
la pièce qui annonçait la condamnation, l'ordre d'un des direc-
teurs d'en envoyer le texte à certains journaux 3.
D'autres pièces, authentiques et officielles, sans donner le
texte même du jugement, signalent soit la condamnation,
soit l'exécution ; elles émanent ou des présidents de commis-
sions militaires, ou des généraux commandant la division, ou
d'autres personnages officiels. Là encore, le doute n'est pas
possible. En certains cas, je n'ai trouvé que quelques pièces
de l'instruction ; bien qu'incomplètes, elles n'en sont pas
moins probantes : les lacunes, l'avenir peut-être les remplira.
Il m'est arrivé, mais rarement, de rencontrer des dossiers
complets : tels, ceux de Merle d'Ambert (Paris); de Bordes
(Bordeaux) ; du marquis de Surville (le Puy) ; j'ai pris soin de
faire profiter le lecteur de ces bonnes fortunes.
En dehors de ces documents d'une autorité prépondérante,
il en est d'autres auxquels il est impossible de refuser crédit.
Les archives nationales ou départementales sont, hélas ! trop
souvent muettes ; spécialement dans le sujet qui nous occupe,
à défaut d'une série de pièces sur les commissions militaires,
il faut, pour les interroger, connaître déjà les noms des vic-
1. Ainsi : Le Coq de Beuville, p. 2o5; Rémusat, p. 214 ; Merle d'Ambert,
p. 229; Perrin, p. 2^4 j Émourgeon, p. 276; Mailley, p. 285; Bordes, p. 294;
Bertrand, p. 3i3; Lunel, p. 3i6 ; Deprat, p. 343; Folacher, p. 353; Poirot,
p. 36o ; Mermet, p. 390, Surville, p. 4oo, etc.
2. Le Pape, p. 420; Hervieu, p. 443-
3. Comte de Mesnard, p. 189; Rochecot, p. 244.
a*
XXVI INTRODUCTION.
times. Or, le Moniteur a souvent parlé pour annoncer des
condamnations : devions-nous passer ces nouvelles sous si-
lence? 11 n'a pas parlé seul; d'autres feuilles, le Journal
de Paris, le Républicain du Nord, qui se publiait à Bruxelles;
des feuilles locales révèlent des jugements jjrononcés. Mainte
fois, j'ai pu retrouver aux archives la preuve des faits signalés
dans les journaux : il m'était permis d'en conclure qu'ils
étaient exacts. Mentions bien sommaires, sans doute, mais
elles suffisent pour attirer l'attention des hommes studieux
et pour diriger leurs recherches.
Cette enquête, je l'avais commencée il y a près de dix
ans 1 ; en la reprenant de nouveau, j'ai la satisfaction de
l'avoir poussée plus loin. Je puis signaler aujourd'hui l'ins-
titution de commissions militaires dans des villes où je n'en
avais pas trouvé d'abord : Avignon, Dijon, lluningue, Nice,
Perpignan, Quimper, Saint-Brieuc, Vannes. Je n'ai pas cru
devoir omettre celles de Bruxelles, de Gand et de Liège,
puisque la Belgique était alors réunie à la France et partici-
pait aux mêmes lois ; ainsi encore de Milan. A Paris, je n'avais
constaté que neuf condamnations à mort; aujourd'hui, j'en re-
lève seize, sans parler de divers jugements d'acquittement
ou de renvoi. J'ai pu mentionner encore pour d'autres villes
des condamnations qui, naguère, m'avaient échappé (Gre-
noble, Lyon, Nancy, Tours).
Outre les jugements qui prononcent des condamnations à
mort, j'en ai reproduit d'autres d'où ressort ou l'acquittement
des prévenus, ou leur renvoi devant le Directoire ou devant
l'administration centrale dont ils relèvent, ou leur déporta-
tion. Quelques-uns de ces jugements témoignaient plutôt de
l'humanité des juges que de leur respect ou de leur connais-
sance de la loi : il ne sera pas inutile d'entrer ici dans quel-
ques explications.
Le lecteur sait déjà à quel rôle machinal et barbare étaient
I. Ci". Eevne des questions historiques, octobre 1884 : Les Émigrés et
les Commissions militaires.
INTRODUCTION. XXVII
réduites, en vertu de la loi du 19 fructidor, les commissions
militaires. On leur aA^ait ôté toute faculté d'appréciation :
c'est aux administrations centrales, instruments plus dociles
du pouvoir, qu'était dévolu le soin de décerner cette qualifi-
cation d'émigré, qui suffisait pour entraîner nécessairement
une condamnation à mort. La commission militaire ne jugeait
pas, car c'eût été apprécier : elle verbalisait. C'est ainsi que
le législateur de fructidor s'était vengé de l'indépendance des
tribunaux criminels qui, d'après lui, « n'usaient de leurs droits
que pour absoudre ou protéger les ennemis de la patrie i. »
Ce mécanisme, qu'on n'ose appeler ingénieux, ne fut pas
toujours compris. En présence d'hommes paisibles, qui ne
paraissaient coupables que d'avoir voulu revoir leur patrie,
quelques commissions, prises de pitié, se révoltaient contre
les lois tyranniques qui leur imposaient des condamnations ;
elles examinaient les conditions de l'émigration, elles discu-
taient l'inscription sur la liste, et, en conséquence de cet
examen, tantôt elles acquittaient le prévenu et ordonnaient sa
mise en liberté, tantôt elles se bornaient à le condamner à la
déportation. Dans un cas comme dans l'autre, c'était une vio-
lation de la loi. Aussi, qu'arrivait-il ? Les administrations cen-
trales réclamaient contre l'excès de pouvoir commis par la ju-
ridiction militaire ; sur le rapport du ministre de la justice, le
Directoire déclarait le conflit et annulait le plus souvent la
décision de la commission. Quant aux prévenus, ils restaient
provisoirement en prison, mais ils avaient la vie sauve.
A Paris, où la commission opère sous les yeux vigilants du
Directoire et surtout de Merlin (de Douai), il n'y a pas d'écarts
de cette sorte à signaler ^. Un jour, à propos de Merle d'Am-
bert, le président de la commission demande au ministre de
la police communication de diverses pièces, mais en prenant
soin de rappeler qu'elle est « pleinement convaincue qu'elle
ne doit point entrer dans le fond de la question ni s'occuper
1. Proclamation du Directoire le i8 fructidor.
2. Voir pourtant Gabriel Branzon, p, 256.
XXVIII INTRODUCTION.
du délit d'émigration. » (P. 229.) Dans les départements, la loi
n'est pas aussi strictement suivie, à moins que, de temps en
temps, elle ne soit pas bien comprise. Au début de la période
qu'embrassent nos documents, à Toulon, en novembre 1797,
la commission se borne à prononcer la déportation contre un
sieur Audoin, par la raison que la maladie l'aurait empêché
de sortir du territoire en conformité de la loi. (P. 427-) Sur les
réclamations de l'administration centrale du Var, le Direc-
toire annule le jugement et renvoie le prévenu devant une
autre commission militaire. A Milan (21 janvier 1798), un sieur
Folacher, économe des hôpitaux militaires de Nimes, a donné
sa démission et réside en Cisali)ine, s'imaginant bonnement
qu'il est sorti de France. Cependant, la commission militaire
accueille ses preuves de non-émigration et ne le condamne
Cju'à quitter les pays occupés par les armées de la république.
Le général en chef, Berthier, trouve le jugement informe et
ordonne de convoquer une nouvelle commission ; le général
Leclerc répond, et avec raison, qu'aucune loi ne l'y autorise,
et Folacher reste seulement en prison. (P. 353-356.) A Mont-
pellier, en février 1798 ; à Nimes, onze fois, d'août à décembre
de la même année ; à Poitiers, à Toulon, à Besançon, nous re-
levons des cas analogues : partout, les administrations cen-
trales protestent; mais, au fur et à mesure que le temps
s'écoule, on sent, comme le remarque M. Jules Sauzay pour
le Doubs, que quelques commissions militaires s'enhardissent
à tourner la loi et se dérobent à la tyrannie de leur rôle. Vai-
nement, par une circulaire spéciale aux commissions mili-
taires en date du 17 brumaire an vii-7 novembre 1798, le mi-
nistre de la police, Duval, établit très nettement la jurispru-
dence à suivre : elle arriva trop tard, et, malgré ses injonc-
tions, quelques commissions persistèrent dans les adoucisse-
ments que l'humanité leur inspirait. {Appendices, I.)
La loi du 22 prairial an 11 avait dit : Art. XVL La loi donne
pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes;
ELLE n'en accorde POINT AUX CONSPIRATEURS. La loi du 25 bru-
maire an III se taisait sur les défenseurs : Merlin (de Douai) se
INTRODUCTION. XXIX
prévalait de ce silence pour affirmer que « c'était une prohibi-
tion de les admettre, quand il s'agit d'émigrés. » Et il ajoutait :
a Le motif de la loi est simple : c'est que, dans le jugement d'un
émigré, il ne s'agit que de constater un fait, et qu'à cet égard,
tout doit se résoudre par oui ou par non i. » Tel était l'avis
qu'au début du Directoire (5 nivôse an iv) exprimait ou plu-
tôt imposait Merlin, comme ministre de la justice : on peut
croire que, devenu directeur, il n'y avait pas renoncé.
A Paris, la commission se conforma exactement et sans y
manquer jamais à ces prescriptions : il n'en fut pas de même
dans toutes les commissions des départements. Trop de
textes de jugements nous manquent pour que nous ayons le
droit d'énoncer une affirmation générale ; mais, dans huit
commissions, il résulte du texte môme des jugements que des
défenseurs furent admis. A Besançon, c'est un sieur Guil-
laume, qualifié homme de loi, qui paraît avoir porté la parole
dans toutes les questions d'émigration soumises à la commis-
sion militaire. A Bordeaux, Bordes a un défenseur officieux,
dont le jugement ne donne pas le nom. A Dijon, à trois jours
d'intervalle, la commission change de procédés : le 4 décem-
bre, elle admet pour défenseur de Bardet le a citoyen Jacqui-
not, qui, dans cette cause, dit le Journal de la Côte-cVOr, a
encore ajouté à l'idée qu'il avait jusqu'ici donnée de son élo-
quence ; » le 7, elle refuse un défenseur au chevalier de Roc-
quard, sous prétexte que « la loi ne lui en accordait pas. » —
« Mais tout ce qu'elle ne défend pas est permis, » s'écrie avec
raison le même journal : Merlin avait-il eu le temps d'interve-
nir, comme il s'en avisa souvent ?
A Grenoble, les prêtres Bertrand et Lunel ont un défenseur
officieux, qui n'est pas nommé. A Nancy, c'est le citoyen
Henry André qui défend le prêtre Poirot; peut-être a-t-il
rendu le même service aux autres prêtres, Thouvenin, Lottin-
ger et Seigle. C'est un sieur Guinche, qui, à Nantes, défend
Matthieu de Gruchy, avec une ardeur dont son client redoutait
I. Infra, p. 191.
XXX INTRODUCTION.
pour lui les conséquences. Au Puy, l'abbé Mermet eut un
défenseur : c'était un sieur Gineis (p. 390) ; il ne semble pas
que cette même commission en ait accordé au marquis de
Surville, qui se défendit lui-même. A Quimper, Loménie de
Brienne, ou le Jeune homme qui prit ce nom, eut sinon pour
défenseur, du moins pour conseil, un étudiant en droit, nommé
Laniare. Il faut citer tous ces noms, il faut en garder mémoire :
il y avait du courage alors à prendre en main la cause des
proscrits.
Si Proudhon, le célèbre jurisconsulte, alors professeur de
législation à l'école centrale de Besançon, n'eut pas à dé-
fendre tel prévenu déterminé devant la commission militaire,
il ne montra pas moins de sagacité juridique que de courage
civique en dénonçant la confusion qui assimilait aux émigrés
les prêtres déportés. Je n'ai pas reproduit son mémoire, la
place me manquait; d'ailleurs, il existe imprime; je me suis
borné à donner presque intégralement sa propre apologie.
En effet, après avoir défendu les autres, Proudhon avait dû
se défendre lui-même ; on l'accusa d'incivisme, on lit procéder
chez lui à une visite domiciHaire, on voulut l'impliquer dans
un complot contre-révolutionnaire, et ce ne fut qu'en mai
1799 que l'administration du Doubs, mieux inspirée, se décida
à rendre hommage à la pureté de ses principes. Cependant,
malgré l'adhésion que le Directoire et le ministre de la po-
lice affectèrent de donner officiellement à la doctrine soute-
nue par Proudhon, il est difficile de prétendre qu'elle ait eu
une influence positive et durable. Même à Besançon, si, sous
l'impression immédiate de ce mémoire, la commission fut
changée, et si la nouvelle admit (p. 285) que Mailley n'avait
été inscrit sur la liste des émigrés que comme déporté, des
condamnations ultérieures semblent prouver que le triomphe
de cette doctrine eut ses intermittences. Le lecteur pourra
se rendre compte par lui-même {Appendices, III) que, posté-
rieurement au mois de février 1798 où parut- le mémoire de
Proudhon, nombre de condamnations à mort furent encore
prononcées en diverses villes contre des prêtres réellement
INTRODUCTION. XXXI
déportés ; il n'en fut pas autrement, même après la circulaire
du ministre de la police qui, bien tardivement, se rallia au
système du jurisconsulte franc-comtois (brumaire an vu —
novembre 1798) i.
J'ai dit qu'en outre de Paris, les commissions militaires
avaient siégé dans trente et une autres villes.
Paris marche en tète : il y a plusieurs titres. Le comman-
dant de la 17° division militaire fut d'abord le général Le-
moine. En 1796, il avait présidé aux exécutions en masse qui
suivirent l'expédition de Quiberon et qui eurent lieu en vertu
de jugements de commissions militaires. Plus tard, ce fut le
général Moulin, qui, très mêlé aux guerres de la Vendée, n'y
avait appris ni la justice ni la pitié. On pourrait croire de
même que le président de la commission militaire de Paris
fut aussi choisi à dessein : c'était un sieur Gathol, chef de la
20° demi-brigade d'infanterie de ligne, qui, quelques années
auparavant, avait rempli à Valenciennes, après le siège de
cette ville, un office analogue ; à côté d'émigrés ayant porté
les armes contre la France, la commission qu'il présidait
n'avait pas hésité à condamner à mort des prêtres et des reli-
gieuses. Le capitaine Vivenot, rapporteur, était un homme
âpre à la tâche, violent : il exécutait avec passion une consi-
gne. Quelques juges furent remplacés; mais Gathol et Vivenot
furent maintenus dans la commission, tout le temps qu'elle
siégea.
Aucun ecclésiastique ne comparut devant elle : ceux qui
étaient détenus au Temple furent expédiés à. la Guyane ou à
l'île de Ré 2. Au contraire, la commission de Besancon ne con-
damna à mort que des ecclésiastiques. Le personnel de cette
1. A Saint-Brieuc, le 21 décembre 1797, l'administration centrale des
Côtes-du-Nord déclara que le prêtre André Le Pape, « quoique porté sur
la liste générale des émigrés, devait être considéré comme prêtre sujet à
la déportation et non comme émigré. » (Infra, p. 421). Il y a, çà et là,
quelques décisions semblables.
2. Ainsi : Cardine, de Seine-et-Oise, à la Guyane; Soucley, Portalier et
Mgr de Maillé de la Tour Landry, évêque de Saint-Papoul, à file de Ré.
L'abbé de Malaret resta au Temple.
XXXII INTRODUCTION.
commission fut changé tout entier quatre fois ; ce fut sous la
présidence de l'adjudant général Yiénot que furent pronon-
cées les cinq premières sentences de mort (9 décembre 1797
— 17 février 1798); les deux autres (Delapierre et Bertin-Mou-
rot) sous le chef de bataillon Barbier ; le chef d'escadron Ber-
ruyer et le chef de brigade Beaugard inclinèrent à l'indul-
gence I. Ce furent encore spécialement ou presque unique-
ment des prêtres que frappèrent les commissions de Bordeaux,
Colmar, Douai, Grenoble, Liège, Lyon, Metz, Nancy, Nantes,
Perpignan et Tours.
A Marseille et à Toulon, les condamnations furent de beau-
coup plus nombreuses qu'ailleurs ; elles frappèrent surtout
des artisans. Cependant, nous ne possédons ni listes de con-
damnés ni textes de jugements : à peine pouvons-nous allir-
mer des clûfTres. C'est de préférence sur ces deux commis-
sions que devront porter les recherches ultérieures. J'ai écrit à
M. l'archiviste du Var ; si j'ai à le remercier de son obligeance,
je dois constater avec lui que les archives de Draguignan
sont bien discrètes sur ce sanglant chapitre des commissions
militaires. En revanche, des communications qu'il m'a faites
et que j'ai insérées, il résulte la preuve que les commissions
militaires de Toulon professaient un dédain absolu de la loi,
et que, malgré les avertissements réitérés du commissaire du
Directoire, elles s'obstinaient à prononcer la i)eine de mort
contre des prévenus qui n'étaient pas inscrits sur des listes
d'émigration. Les archives des Bouches-du-Rhône paraissent
ne rien posséder ; j'ai réussi néanmoins à établir une liste de
i.V^oici les noms de quelques autres présidents de commissions : Bor-
deaux : Boudet, chef de brigade, commandant le i4° régiment de chasseurs
à cheval; Grenoble : Marnet, chef de brigade; Lyon : Langlois, chef de
bataillon de la 26<= demi-brigade d'infanterie de ligne; Metz: Léglise, colonel
d'ai^tillcrie ; Milan: Kister, chef de brigade; Nancy : Bedos, chef de batail-
lon ; Le Piiy : Guyet (rien de plus) ; Sainl-Brieiic : Champeaux, chef de
brigade au i5"= régiment de chasseurs à cheval; Tours : Uauvergne, adju-
dant général, chef d'état-major. On trouvera les noms des officiers et sous-
officiers, membres des commissions, sous la rubrique des villes ci-dessus
citées, sauf pour Lyon et Metz.
INTRODUCTION. XXXIII
victimes ; mais elle est fort incomplète, sauf sur la période
comprise entre le i^'" août et le 9 décembre 1798, où un état
des jugements des commissions militaires, dont j'ai parlé plus
haut, nous fournit des renseignements officiels et authentiques.
Dans V appendice n° III, j'ai donné le tableau, par ordre
chronologique, des condamnations à mort prononcées par les
diverses commissions. Il en résulte que : 1° Durant l'an vi, il
y en eut cent quarante-deux, et c'est un minimum i ; 2° que,
de brumaire à floréal an vu, on n'en compte que quinze, soit
une moyenne d'environ deux par mois, au lieu de huit dans
l'année précédente ; 3° qu'à partir de ce moment, on ne
constate plus, jusqu'au 18 brumaire an viii, qu'une seule
condamnation à mort, celle du jeune Henri de Rohan-Roche-
fort, à Grenoble, en octobre 1799.
Dans cette période de l'an vi, il se produisit, au début,
comme un premier élan de fureur officielle qui porta, en fri-
maire, le nombre des condamnations nominatives à seize ou
dix-sept, et, en pluviôse, à douze. Puis, vient comme une
accalmie de trois à quatre mois ; mais, en messidor, la rage
contre les émigrés reprend avec une intensité terrible : c'est
le moment où le Directoire réclame le droit de faire, pendant
un mois, des visites domiciliaires ; où l'on rappelle par voie
d'affiches qu'une prime de cent francs est assurée, par la
loi, à tout individu qui dénoncera un émigré ; où, dans le
conseil des Cinq-Cents, quelques députés tiennent les propos
les plus sanguinaires; où Merlin (de Douai), enivré de haine,
signale avec orgueil que « toutes les lois contre les émigrés
sont en pleine exécution sur tous les points du territoire. »
C'est ainsi qu'en juillet, août, septembre et octobre 1798, les
condamnations se multiplient (douze en messidor, sept en
thermidor, sept en fructidor, huit en vendémiaire). La commis-
sion de Paris se distingue entre toutes les autres : si Rémusat
échappa avec peine (5 messidor), ceux qui suivirent furent
I. En effet, nous n'avons pour Marseille que des chiffres inférieurs à la
réalité.
XXXIV INTRODUCTION.
moins heureux : Merle d'Ambert qui, d'après l'un de ses juges,
« n'avait pas plus émigré que la tour du Temple i, » le i3 mes-
sidor; le comte de Lorge, le i8; Chassey, le 20; Dubreuil, le
28; Gérard-Saint-Elme, le 14 thermidor; le comte de Rochecot,
le 20; Lecoq (de Dijon), le 2 fructidor. Ce fut une crise de
cruauté ; depuis, les commissions eurent comme honte d'elles-
mêmes ; il ne tomba plus de leurs sièges que quelques con-
damnations isolées, et, par des acquittements d'une légalité
douteuse, elles luttèrent avec succès contre la consigne bru-
tale qu'elles avaient jusque-là subie.
En résumé, si on laisse de côté un certain nombre de juge-
ments de la commission militaire de Marseille qui nous ont
échappé, on constatera qu'il y eut cent cinquante-huit con-
damnations à mort, dont seize prononcées par la commission
de Paris, cinquante-six au moins par celle de Toulon, sept
par celle de Besançon, vingt-quatre au moins par celle de
Marseille, quatre à Nancy, etc. Sur ce nombre, on compte
quarante et un ecclésiastiques, qui, malgré leur caractère de
déportés, subirent le sort réservé aux émigrés rentrés ; enfin,
quelques femmes, à Toulon et à Marseille. Le surplus des vic-
times (108) se compose de prévenus d'émigration à qui, en
grande majorité, on ne pouvait reprocher que d'être rentrés
en France ou de n'en être pas sortis à temps.
Cette juridiction, qu'une législation perfide et barbare n'a-
vait armée que du droit de frapper de mort, sans lui laisser
celui de juger, tomba avec Revellière-Lépeaux, Merlin et Reu-
bell, au 3o prairial an vu. Le nouveau Directoire ne la releva
pas. Après le 18 brumaire, l'un des premiers actes des con-
suls fut de faire reconduire à la frontière ces naufragés de
Calais qui, plusieurs fois acquittés, n'en avaient pas moins
été, quatre années durant, traînés de prison en prison. Quant
aux émigrés à qui les commissions avaient fait grâce de la vie,
soit en les acquittant, soit en ne les condamnant qu'à la dé-
I. Parole de Colomb, l'un des juges, à Rémusat (Mémoires sur ma déten-
tion au Temple), par P.-Fr. de Rémusat, p. 298.
INTRODUCTION. XXXV
portation, et dont les jugements, à la suite des protestations
dos administrations centrales, avaient été annulés, on les
retint en prison : ils n'en sortirent que dans la première an-
née du Consulat, lentement, difficilement, grâce à de puis-
santes apostilkîs. Sur le fond mémo de la législation, le con-
seil d'État l'ut consulté : la section de la justice émit l'avis
qu' « il serait peut-être utile et politique de solliciter une loi
qui ne punît d'abord que de la déportation l'infraction au ban-
nissement et qui n'appliquât la peine de mort qu'à l'infraction
de cette dernière peine ; par provision, les lois existantes pou-
vaient et devaient recevoir leur exécution ; mais, pour éviter
de déplorables abus, la section estimait que le gouvernement
devrait se réserver à lui seul le droit de former toute commis-
sion spéciale et d'y traduire l'émigré. » (5 pluviôse an viii.)
Cette enquête, qui s'étend à toute la France, ne pouvait se
faire qu'avec le concours bienveillant des hommes d'étude et
de ceux qui sont préposés à la garde de nos grands dépôts
publics. Je dois remercier ici tout particulièrement MM. les
archivistes des Archives nationales, et spécialement MM. Bon-
nassieux et Teulet, qui ont eu la principale charge des nom-
breuses recherches que j'ai eu à demander; M. Huguenin,
au ministère de la guerre; MM. Debranges et Fontaine de
Resbecq, puis MM. Durassier et Brissot, au ministère de la
marine. J'ai consulté plusieurs archivistes des départements :
M. Jules Gauthier, à Besançon; M. Parfouru, à Rennes;
M. Mireur, à Draguignan ; M. Reynaud, à Marseille ; M. Jacq-
min, à Aix ; M. Bondurand, à Nimes ; M. Duhamel, à Avignon,
ont obligeamment répondu à mes questions. J'ai cité, au
cours du volume, les noms de mes correspondants, mais
je veux les réunir ici. M. le baron Gaston de Mesnard m'a
autorisé à publier une lettre autographe de Louis XVIII et
fourni plusieurs indications intéressantes ; M. le comte de la
Ferté, à Tours ; M. l'abbé Torreilles, à Perpignan ; M. le
chanoine Ernest AUain, à Bordeaux ; M. Jules d'Arbaumont,
à Dijon ; M. Urbain Ponce t, à Grenoble, ont bien voulu faire
XXXVI IXTRODUCTIOX.
pour moi, dans ces diverses villes, aux archives, des recher-
ches dont j'ai profité. C'est à M. l'abbé Lahache, curé de
Harmon ville et Autreville (Vosges), que je dois presque
toutes les pièces officielles qui composent le dossier de la
commission militaire de Nancy. Je renouvelle ici mes remer-
ciements à M^^^ A. M. de Franclieu, qui a copié pour moi, aux
archives de l'Isère, les jugements de deux prêtres dont le nom
et le souvenir sont restés en vénération dans leurs paroisses
et dans la contrée. M. Pingaud, à Besançon ; M. de Potter, à
Gand ; M. P. Verhaegen, à Bruxelles ; M. Charles de Lomé-
nie, à Paris, m'ont honoré de leurs très utiles communications.
M. Victor Fournel, membre du conseil de la Société d'his-
toire contemporaine, a consenti à surveiller cette publication ;
il a été mon premier lecteur : je souhaite que tous ceux qui
viendront après lui soient aussi attentifs et aussi bienveillants.
Je le remercie cordialement et de l'honneur qu'il me fait en
plaçant son nom à côté du mien, et du soin scrupuleux avec
lequel il a revisé les épreuves de ce livre : la peine qu'il a
prise profite à l'auteur et aux lecteurs.
Victor Pierre.
N. B. — Dans toutes les pièces autographes, contemporaines
du Directoire, qui m'ont passé sous les yeux, j'ai lu invariable-
ment : L.-M. Reçelliere-Lépeaux, Sieyes et Reuhell. C'est
l'orthographe que j'ai cru devoir suivre. Au procès-verbal du
serment du Jeu de paume, on lit : L.-M. Delarevellière-
Delépeaiix et L'abbé Siéyes ; mais Reubell signait en 1789
comme il a signé plus tard.
I.
LE GÉNÉRAL HOCHE
ET LES MOUVEMENTS DE TROUPES i
I.
Cologne, i3 messidor an v — i" juillet 1797.
Au ministre de la guérite.
Citoyen ministre,
Je vous préviens que, conformément aux ordres du
Directoire exécutif, j'ai donné l'ordre à la Légion des
Francs 2, commandée par le général Humbert 3, de partir
de l'armée le i5du courant pour se rendre à Alençon; et
au 10^ régiment d'hussards, commandé par le général
1. Toutes les pièces qui suivent, sauf une, n° X, sont empruntées aux ar-
chives historiques du ministère de la guerre : Correspondance des généraux
à L'intérieur. Quelques-unes sont signalées sur une chemise conservée
aux Archives nationales, AF m, 44i sous cette rubrique : Pièces relatives
à la marche de quelques divisions de l'armée de Sambre-et-Meuse ; mais la
chemise est vide. — Introduction, § i".
2. Il y eut deux Légions des Francs ; la première (celle dont il s'agit ici),
organisée en Tan iv, fut versée en l'an vi dans la 14" demi-brigade légère;
la seconde, datant de Tan iv, fut versée en Fan v dans la 4*J^ demi-brigade
do ligne.
3. Sur tous les personnages dont les noms se rencontreront dans la suite
de cette publication, je prie le lecteur de se reporter, pour les notices
sommaires qui les concernent, à V Index alphabétique qui termine ce volume.
18 FRUCTIDOR. I
2 LE GENERAL HOCHE.
Mermet, de partir de Neuss le i6, pour la même destina-
tion.
Signé : Hoche.
Pour copie conforme :
Le ministre de la guerre.
Copie.
Armée
de Sambre-et-Meuse
II.
Division
des Chasseurs
Aix-la-Chapelle, le 19 messidor an v.
Le chef de Vétat-major au commissaire des guerres Lesage.
Je vous préviens, commissaire, que le mouvement que
la division a commencé hier a pour objet de la faire par-
tir sur Chartres, département d'Eure-et-Loir ; veuillez
bien prendre les mesures nécessaires pour assurer les
vivres, fourrag-es et logements aux régiments qui la com-
posent jusqu'à leur destination, môme vous porter en
avant, si c'est le moyen le plus sur d'y parvenir.
Pour le chef d'état-major,
Le capitaine adjudant,
Signé : Bonxevalle.
Pour copie conforme à l'original,
Le commissaire des guerres,
Lesage.
Copie.
m.
Charleville, 25 messidor an v — i3 juillet.
Lecomte, inspecteur des étapes à Charleville, avise les
citoyens Oyon et Ilochard, chefs provisoires de ce service à
LE GÉNÉRAL IIOCIIE.
Soissons, du passage prochain de quelques rég-iments de
chasseurs qui ont Chartres pour destination.
IV.
Isle, le 2j messidor— i5 juillet.
Lesage, commissaire des guerres, aux officiers municipaux à
Isle I. — Les avise que la division de chasseurs à cheval com-
mandée par le général Richepanse passe incessamment à Isle ;
elle est formée de 4 régiments, forts chacun de 700 hommes et
de 700 chevaux; fournir des vivres, fourrages et logements et
le nombre de voitures nécessaires pour le transport à la suite
de chaque régiment de quinze à vingt milliers de bagages.
V.
Liège, le 28 messidor an v de la République — 16 juillet.
23° division militaire.
Caffarelli (Dufalga), chef de la g^ demi-brigade d'infanterie
légère, au ministre de la guerre.
J'ai l'honneur de a ous rendre compte que d'après les
ordres du général en chef qui nous ont été transmis par
le général de division Lemoine, la demi-brigade que je
commande est partie de ses cantonnements le 19 du cou-
rant, et marchant à grandes journées s'est dirigée sur Co-
logne et de là sur Liège, d'où elle doit partir demain pour
se rendre à Chartres par la route de Givet et de Rheims....
Autographe.
I. Près Reims.
^ LE GÉNÉRAL HOCHE.
4
VI.
Paris, le 29 messidor — 17 juillet.
Le ministre de la guerre au général de division Dupont,
à Paris.
Je vous adresse, citoyen général, copie d'une lettre
que je viens de recevoir du général en chef Hoche, re-
lativement aux mouvements de troupes qu'il fait diriger
sur Alençon, et dont, jusqu'à ce moment, je n'avais au-
cune connaissance.
Minute.
VII.
Ghâlons — même date.
Le chef du service des étapes donne avis aux administra-
teurs des mêmes services à Paris du passage, à partir du i®'' ther-
midor, d'une division de chasseurs à cheval et du quartier
général de cette division, commandée par le général Riche-
panse, se composant environ de 3,ooo hommes et d'autant de
chevaux, sans désignation de sa destination et conséquemment
sans qu'on puisse connaître en ce moment sa marche ulté-
rieure. Se plaint de la désorganisation des services.
Copie.
VIII.
Même date.
La municipalité de Chartres déclare impossible de recevoir
la division Richepanse ; pas de logements ni de fourrages.
LE GENERAL HOCHE.
IX.
Paris, I" thermidor an v — 19 juillet 1797,
Le ministre de la marine au Directoire exécutif.
Citoyens Directeurs,
Je reçois à l'instant votre lettre de ce jour, par laquelle
vous me demandez si je suis informé de la destination de
4 régiments de chasseurs à cheval, qui sont sur le point
d'arriver à la Ferté-Alais, et si les ordres qui concernent
ces troupes sont émanés de mes bureaux. Le mouvement
des troupes de terre étant étranger au Département de la
marine, j'ignore entièrement quel est le motif de la mar-
che des régiments dont il s'agit et pour quel lieu ils sont
destinés.
Salut et respect.
Minute.
Ministère de la marine. — Correspondance générale et mouvements. 1797.
X.
Paris, le 2 thermidor, 5= année Rép°« — 20 juillet 1797.
Le général en chef au Directoire exécutif t^.
Citoyens Directeurs,
A peine arrivé dans cette ville, où m'appelaient vos
ordres, je suis informé que l'agitation la plus grande y
règne au sujet de l'arrivée de plusieurs colonnes parties
I. Par délibération du 28 messidor — 16 juillet, — Hoche venait d'être
nommé ministre de la guerre en remplacement de Petiet. Celui-ci resta en
fonctions jusqu'à la nomination de Schérer.
6 LE GÉNÉRAL HOCHE.
(ajoute la calomnie) de l'armée de Sambre-et-Meuse pom'
se porter sur la capitale.
Les troupes que je commande sont assez connues par
leur attachement à la République pour que jamais les
bons citoyens ayent à redouter aucune fausse démarche
de leur part ; cependant, il importe de faire connaître la
vérité. La voici tout entière.
Le II messidor, à mon retour de la Hollande où je
m'étais transporté à l'effet de remplir une mission dont
vous m'aviez chargé, je reçus à Gueldre l'ordre du minis-
tre de la marine de prendre de nouveau le commande-
ment d'une expédition projetée sur l'Irlande, de la prépa-
rer et de rassembler à cet effet aux environs de Brest le
corps dont je croirais avoir besoin, c'est-à-dire 8 à 10,000
hommes ^ Sachant qu'il n'existe dans l'ancienne Bretagne
que les troupes d'infanterie strictement nécessaires à la
garde de ses côtes, qu'il nj' a absolument ni cavalerie
ni artillerie, j'ai cru devoir tirer de l'armée de Sambre-
et-Meuse, en conséquence de cet ordre, 6,000 hommes
d'infanterie, 2,000 chevaux et 1,000 artilleurs. Avant mon
départ de l'armée, je mis ces troupes en marche jus-
qu'aux frontières de France, et j'ordonnai aux généraux
qui les commandent de prendre à Liège, du commissaire
des guerres de la place, les feuilles de route dont ont be-
soin les troupes pour recevoir leurs subsistances en tra-
versant le territoire de la République.
Remarquez, Citoyens Directeurs, que je n'ai point
ordonné de passer par telle ville plutôt que par telle
autre, que le ministre de la guerre a dû être prévenu
1. Allusion à une lettre adressée le 3 messidor au général Hoche par le
ministre de la marine ; le 3 thermidor, celui-ci en transmit copie au Direc-
toire; du moins, mention en est faite sur la chemise conservée aux
Archives nationale?, AF m, 44; je n'ai pas retrouvé cette lettre.
LE GENERAL HOCHE. ^
d'une partie du mouvement, et enfin que j'ai reçu du Di-
reetoire môme la eonfirmation des ordres que m'avait
transmis le ministre de la marine.
Très heureux de pouvoir trouver un moment de re-
pos, j'ai profité des circonstances pour jouir à Metz des
embrassements de ma famille que j'allais quitter pour
longtemps. Là, tranquille, je ne m'occupais ni des
hommes ni de leurs affaires, et ce n'est qu'hier, à mon
passage à Châlons, que j'ai appris des nouvelles de
Paris où j'ai et ne veux avoir que fort peu de connais-
sances.
Signé : L. Hoche.
Pour copie conforme :
Le secrétaire général du Directoire exécutif,
Lagarde.
ANNEXES
Séance du 2 thermidor, au conseil des Cinq-Cents.
On discute la proposition de Pichegru sur les gardes natio-
nales. Tliibaudeau demande l'ajournement au lendemain.
Larivière voulait qu'on discutât tout de suite. Arrive le mes-
sage suivant du Directoire.
« Citoyens représentants,
« Il est vrai que quatre régiments de chasseurs à cheval,
de l'armée de Sambre-et-Meuse, devaient passer les i3, 14,
i5 et 16 de ce mois à la Ferté-Alais, distante de onze lieues
de Paris, pour se rendre à une destination éloignée. Le Direc-
toire exécutif en fat instruit hier par le ministre de la guerre,
et il lui donna sur-le-champ les ordres nécessaires pour empê-
cher ces troupes de passer ou stationner dans la distance
des six myriamètres lixés par l'article 69 de la Constitution.
Le Directoire croit que la malveillance n'a eu aucune part à cet
ordre de route, qu'il attribue à la simple inadvertance d'un
8 LE GÉNÉRAL HOCHE.
commissaire des guerres. Il s'occupe néanmoins à réunir sur
cet objet les renseignements les plus positifs, et il fera pour-
suivre les coupables s'il en découvre. Le Directoii'e exécutif
pense que c'est par erreur qu'il est parlé de Soissons dans
votre message.
« Carnot, président.
« Lagarde, secrétaire général. »
Doulcet demande le renvoi à une commission de cinq mem-
bres. Décrété à l'unanimité. c< Faut-il avouer, dit-il, la pro-
fonde erreur dans laquelle je suis tombé ? J'ai cru que le mi-
nistre de la guerre avait été renvoyé pour le fait dont il s'agit
(on rit beaucoup), mais je vois que je me suis trompé. La
marche des troupes lui était cachée, et c'est parce que sa pro-
bité courageuse était redoutée qu'il a été renvoyé. »
CORPS LEGISLATIF. — CONSEIL DES CINQ-CENTS
Extrait du procès-verbal des séances du conseil des Cinq-Cents du 3 ther-
midor Van cinquième de la République une et indivisible.
Le Conseil des Cinq-Cents, après avoir entendu le rapport
d'une commission spéciale, arrête qu'il sera fait un message
au Directoire exécutif pour l'inviter à faire connaître au Con-
seil, dans le jour de demain, celui qui a donné l'ordre de
marche pour les troupes venant de Sambre-et-Meuse et qui
devaient passer à la Ferté-Aleps.
Collationné à l'original par nous, président et secrétaire du
Conseil des Cinq-Cents.
A Paris, le 3 thermidor, Tan v de la République française
une et indivisible.
Signé : Dumolard, président; Emmery, Bailly,
Valentin Duplantier, secrétaires.
Pour copie conforme :
Le secrétaire général du Directoire exécutif,
Lagarde.
LE GENERAL HOCHE. 9
XL
Paris, le 3 thermidor, l'an v de la République française
une et indivisible.
Le Directoire exécutif au ministre de la guerre.
Le Directoire exécutif vous invite, citoyen ministre, à
lui faire parvenir, le plus promptement possible, les ren-
seignements que vous avez dû vous procurer sur les mo-
tifs des actes d'api'ès lescpiels des troupes devaient passer
dans Farrondissement de six myriamètres de cette com-
mune, et sur les noms des fonctionnaires ou agents qui ont
donné ces ordres.
Le président du Directoire exécutif,
Garnot.
Pour le Directoire exécutif :
Le secrétaire général,
Lagarde I.
XIL
Paris, le 3 thermidor an v — 21 juillet.
Le ministre de la guerre au Directoire exécutif.
Citoyens Directeurs,
Je reçois la lettre que vous m'avez écrite aujourd'hui
pour me charger de vous faire connaître celui qui a donné
I. « Ce qui n'est pas connu et qui mérite de l'être, c'est que Rewbell et
moi nous ne savions rien de cette marche, dont nous ne fûmes informés
d'abord que par la voix publique. Nous comprîmes aussitôt que c'était un
tripotage de Barras, qui s'était servi de notre nom pour engager \e général
à cette démarche, à la fois hasardeuse et inutile. » Revellière-Lépeaux,
Mcinoires, t. II, p. 121.
lO LE GENERAL HOCHE.
l'ordre de marche pour les troupes qui devaient passer à
la Ferté-Aleps.
Lorsque je reçus, avant-hier, par l'administration mu-
nicipale de cette commune, l'avis de l'arrivée prochaine
du 4^ régiment de chassevirs à cheval, je m'empressai de
vous en faire part, en vous déclarant que je n'avais eu au-
cune connaissance de ce mouvement ; vous me répondîtes
le même jour, citoyens Directeurs, que vous n'aviez donné
aucun ordre à ce sujet, et d'après votre lettre, je lis partir
le soir même un courrier qui portait au général comman-
dant la 2° division militaire l'ordre d'arrêter la marche
de ces quatre régiments.
Gomme l'avis venu par la municipalité de la Ferté-
Aleps était signé d'un commissaire des guerres nommé
Lesage, j'écrivis à cet olïicier pour lui demander copie
certifiée de l'ordre en vertu duquel il avait donné cet avis.
Ainsi, ce ne sera qu'après le retour de mon courrier que
je pourrai vous donner sur cet objet les renseignements
que vous désirez.
Au reste, le général Hoche m'a donné communication
de la lettre qu'il vous a écrite hier sur le mouvement et
qui en explique la cause.
J'ai reçu aujourd'hui de divers endroits des lettres sur
le passage des troupes dont il s'agit.
L'une, du commissaire ordonnateur de la 2® division mi-
litaire, m'annonce l'arrivée des quatre régiments de chas-
seurs à cheval de Givet, et leur marche par Rethel et Reims
pour se rendre dans l'intérieur, ainsi que le passage du
corps des Francs. Je joins ici copie de cette lettre sous le n"^ i.
Vous verrez par une seconde lettre n'' 2 que le chef de
la 9^ demi-brigade d'infanterie légère me marque qu'il a
ordre de partir de Liège pour se porter avec sa demi-bri-
gade sur Chartres.
LE GEAEllAL IIOCIIE. II
Vois verrez enfin, par les lettres n" 3, 4 ^^ ^^^ ^F^c l'ar-
rivée des quatre régiments de chasseurs à cheval est égale-
ment annoncée à Charlres pour y demeurer en garnison.
J'ai reçu aussi des commissaires des guerres de Givet
et de Philippeville, mais sans autres renseignements, les
revues qui constatent la force de trois des corps en
marche.
Le 10® régiment d'hussards, fort de 364 hommes et de
4o3 chevaux ;
Le 3° régiment de chasseurs, fort de 699 hommes et de
673 chevaux ;
Le 9® régiment de chasseurs, fort de 690 hommes et de
644 chevaux.
Tels sont, citoyens Directeurs, les renseignements que
je puis vous transmettre jusqu'à présent sur un mouve-
ment dont je n'ai jamais eu aucune connaissance.
Salut et respect.
Minute.
xm.
3 thermidor — 21 juillet.
Le ministre de la guerre à l' administration générale des
étapes, transports et convois militaires.
Par votre lettre en date du 2 de ce mois, vous me mar-
quez, citoyens, que vous êtes informés que plusieurs corps
de troupes venant des environs de Sedan doivent arriver
incessamment à Goulommiers, et vous m'invitez à vous
faire connaître l'itinéraire de leur marche, afin de vous
mettre à portée d'assurer leur subsistance dans les diffé-
rents lieux de leur passage.
Je vous préviens que des ordres ont été expédiés pour
faire demeurer ces troupes à l'armée de Sambre-et-Meuse,
12 LE GENERAL HOCHE.
et je VOUS invite à donner connaissance de cette mesure
aux entrepreneurs du service des étapes dans les départe-
ments de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne, afin d'empê-
cher qu'ils ne fassent aucuns préparatifs à ce sujet.
Minute.
XIV.
Même date.
Autre lettj^e de Carnot au ministi^e de la guerre rappe-
lant celle du Directoire du même jour i, « sauf à lui donner
ensuite le surplus des renseignements qu'il vous a deman-
dés par sa lettre de ce jour sur le même objet. »
XV.
Paris, le 4 thermidor an v — 23 juillet 2 .
Il est ordonné au général Mermet de se rendre à son
régiment, qu'il conduira à Mézières et Charleville où il
tiendra garnison, et ne recevra des ordres que de moi.
Le général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse,
Signé : L. Hoche.
Copie certifiée par le général Mermet et par Jujardy.
1. Supra, XL
2. Ce même jour, Hoche écrivait au Directoire exécutif. — 4 thermidor
an V. — Mon âge ne me permettant pas d'accepter rérainente place à
laquelle votre bonté et votre contiance viennent de m'appeler, permettez
que je vous en témoigne ma reconnaissance et mes regrets. Il est doulou-
reux pour un ami de la patrie de ne pouvoir coopérer aux grands travaux
dont vous êtes chargés. Je me propose de prendre aujourd'hui même les
derniers ordres du Directoire. — Hoche, né en ij68, n'avait pas encore
trente ans, ainsi que l'exigeait, pour être ministre, l'article i48 de la Cons-
titution de l'an m. {Moniteur du 6 thermidor.) — A ce propos, on lit dans
les Mémoires de Revellière-Lépeaux, t. II, p. 120 : « Nous le savions tous
LE GÉNÉRAL HOCHE. l3
XVI.
Même date — au quartier général à Sedan.
Le général Férino, commandant la 2^ division militaire,
au ministre de la guerre i.
Je yien d'être prévenu indirectement par des officiers
arrivée à Mézières, qu'une colonne d'infanterie, composé
de quatre demies brigades, samble prendre la même route
que la colonne que commande le général Rispanse (sic)
et dont j'ai arrêtée la marche, conformément à vos ordres
en datte du premier thermidor. Si cette colonne d'infante-
rie marche sans ^ les ordres du Directoire et les vôtres, et
que vous ayez quelques dispositions à son sujet, j'attant
vos ordres.
Salut et fraternité.
Ferino.
P.- S. Cette colonne n'étant pas comprise dans l'ordre du
i^"^ thermidor, je n'arrêterais pas sa marche sans vos ordres.
Autographe.
les trois ; Rewbell et Barras m'en firent l'observation, lorsque je le leur
proposai. — « Je sais, leur dis-je, que Hoche ne peut être ministre. Eh bien !
sur la déclaration qu'il fera de l'incapacité provenant de son âge, nous
ferons un autre choix ; mais le sien aura été pour l'armée entière la preuve
que c'est la majorité du Directoire qui dirige l'administration de la guerre,
et que Garnot n'y a plus d'influence. Il est dans la nature de l'homme et
surtout du militaire de se ranger du côté où se distribuent les grades et
Fargent. »
1. Je reproduis telle quelle l'orthographe de ce général 5 il était
d'origine italienne.
2. Surchargé. Est-ce sans ou sous?
l4 LE GÉNÉRAL IIOCHE.
XVII.
5 thermidor — 23 juillet.
Du ministre de la guerre au Directoire.
Il transmet la lettre précédente et avise le Directoire que
Férino et Hoche ont donné ordre aux troupes de rétrograder.
Minute.
XYIII.
Même date.
Du uiéme aux adininisti^atem^s généraux des étapes.
Je vous invite de nouveau, citoyens, à prévenir sur-le-
champ ces entrepreneurs que ce passage de troupes ne
doit plus avoir lieu dans leur arrondissement.
Minute.
XIX.
6 thermidor — 24 juillet.
Du ministre au général Férino.
Je vous invite, citoyen général, à arrêter la marche de
tout corps de troupes, soit d'infanterie ou de cavalerie,
venant de l'armée de Sambre-et-Meuse pour se rendre dans
l'intérieur, et à les faire rétrogader sur cette armée. Je
vous prie, citoyen général, de me tenir exactement in-
formé de toutes les dispositions que vous aurez faites à
cet égard, en m'accusant la réception de cette lettre.
Minute.
LE GKXKllAL IIOGHE. lO
XX.
7 thermidor — aS juillet L
Le Dlrecloive exécutif au ministre de la guerre.
Le Directoire demande au ministre de la guerre, dès demain
s'il est possible, l'état des troupes qui ont été tirées de Sambre-
et-Meuse et qui marchaient sur Brest; indiquer les lieux où
elles se trouvent et la marche qu'elles doivent suivre d'après
les derniers ordres donnés.
Copie 2 .
XXI.
Même date.
De Cajfarelli Dufalga au ministre de la guerre.
Ordre du général Hoche de rétrograder. Etait à Rocroy,
chef de la neuvième demi-brigade d'infanterie légère. Ouvre
une dépèche pour le général en chef Lemoine. En son absence,
le général de division Férino refuse de l'ouvrir, et dit de la
remettre au chef du corps qui tenait la tète de la marche.
C'était Gaffarelli. Il se transporte auprès du général Férino,
qui refuse d'en donner l'ordre écrit, répond qu'il doit se con-
tenter de celui du général Hoche ; qui, enfm, lui donne impéra-
tivement l'ordre de marcher le 8 thermidor. S'excuse s'il a agi
avec trop de précipitation.
Autographe.
1. C'est ce même jour que Schérer fut nommé ministre de la guerre et
qu'il accepta.
2. Même demande, le même jour, d'un rapport sur l'effectif des troupes
qui occupent les départements de l'Ouest. Le tableau demandé est annexé
en minute.
l6 LE GÉNÉRAL IIOCHE.
XXII
Des registi'es du Directoire exécutif du 8 thermidor — 26 juillet.
Le Directoire exécutif approuve que le général Hoche
ait ordonné à six mille hommes d'infanterie, deux mille
hommes de troupes à cheval et mille hommes d'artillerie
de Tarmée de Sambre-et-Meuse de se rendre dans les
départements de l'Ouest pour l'expédition dirlande.
Le présent arrêté sera expédié au ministre de la guerre
et ne sera pas imprimé.
Copie certifiée par Schérer.
Signé : Garnot i,
XXIII.
Même date.
Le général Férino au ministre de la guerre.
Il rappelle l'ordre qu'il a donné à Gaftarelli. Il ajoute : « Je
suis fort étonné de recevoir à l'instant une lettre datée de
Mézières du sept, du général de brigade Geney, qui me pré-
vient qu'il fait marcher la division sur Reims pour être ré-
partie dans le département de la Marne. Gomme cette marche
est contradictoire aux ordres que vous m'avez adressés pour
la faire rétrograder, je vous prie de me faire part si vous
avez donné de nouveaux ordres.
« En attendant, je vais inviter le général Geney à me com-
muniquer l'ordre en vertu duquel il fait continuer la marche
I. Ordre. — 8 thermidor. — Le citoj^en Brancas se rendra ce jour, vers
cinq heures, chez le directeur Barras, à Teffet d'y prendre des informations
sur l'arrêté que le Directoire a dû prendre ce matin, au sujet de la marche
des troupes sur Brest. Au cas que l'arrêté ait été remis au ministre de la
guerre, le citoyen Brancas le lui demandera dans le jour même, et me l'ap-
portera au quartier général de l'armée de Sambre-et-Meuse. {Vie de Lazare
Hoche, par Rousselin, t. II, p. 4^;.)
LE GENERAL IIOGIIE. I7
de cette division, et s'il n'est point émané de vous ou du gé-
néral Hoche, j'arrêterai de nouveau la marche de ces troupes
et vous en rendrai compte de suite. »
XXIV.
9 thermidor — 27 juillet.
Schérer, ministre de la guerre, à Hoche.
Il s'étonne que i5,ii7 hommes aient été mis en marche au
lieu de 8,000 annoncés par sa lettre du 2 thermidor. Demande
copie des ordres.
Et de sa main :
P. -S. Il serait également utile, citoyen général, que vous
voulussiez bien m'envoyer la copie de l'ordre que vous avez
donné pour la marche de ces troupes. Le Directoire me charge
de vous la demander.
Minute,
XXV.
Même date.
Du ministre de la guerre.
Ordre au chef d'escadron Briant « de prendre connaissance
des ordres donnés pour la marche des troupes ; passer à
Reims et à Rethel auprès du général Richepanse ; prendre
tous les renseignements qui peuvent constater la force et la
destination des corps partis de l'armée de Sambre-et-Meuse ;
porter copies certifiées, signées de lui et du chef entre les
mains de qui devront rester les originaux. »
Minute.
XXVI.
Même date.
Du même à Lesage, commissaire des guerres, à qui il
18 FRUCTIDOR. 2
l8 LE GÉNÉRAL HOCTIE.
demande avec insistance en vertu de quels ordres il a donné
des routes aux troupes Richepanse.
Lesage répond, après un retard (il était en tournée), que c'est
en vertu d'une lettre du chef d'état-major de la division des
chasseurs ï : tableau de l'itinéraire donné par le général com-
mandant.
Copie certifiée par Lesage.
XXVII.
Même date, de Beauvais.
Du commissaire des guerres Lefehçre-Montabon au citoyen
Blanchard, commissaire ordonnateur de la ly^ division.
Arrivée à Beauvais de deux escadrons du lo^ hussards
(3oo hommes) avec un ordre du général Hoche portant
qu'ils resteront à Beauvais jusqu'à nouvel ordre. Approvi-
sionnement, mais imprévu.
Copie certifiée par Blanchard.
XXVIII.
10 thermidor — 28 juillet.
Du général Férino, commandant la 2^ division militaire,
au ministre de la guerre.
Avait donné ordre de rétrograder. Mouvement le 8
fthermidor).
Ce même jour, ordre contraire du général Hoche de
suivre la première marche et de rétablir la troupe dans
le département de la Marne.
D'après le général Geney, l'ordre Hoche du 3 aurait été
dicté chez le ministre de la guerre.
I. Snira. II.
T.E GENERAL IIOCÏIE. I9
Or, à l'instant, le général Hoche rétablit la marche
sur Reims.
Férino déclare vouloir obéir au Directoire, mais il est
le subordonné du général Hoche.
Original. — En marge on lit : « Cette lettre a été adressée au C. [citoyen]
Petiet, à lui-même ; je la renvoie au général Schérer en le priant d'y
répondre lui-même. » (Suit un paraphe qui doit être de Petiet, le précédent
ministre de la guerre.)
XXIX.
Charleville, le 10 thermidor an v — 28 juillet.
Le g^énéral en chef au citoyen Jujardy, commissaire ordon-
nateur des guerres de la 2^ division militaire.
Je vous préviens, citoyen ordonnateur, qu'en vertu
d'un ordre du Directoire exécutif, je réunis à Reims un
corps de troupes, qui doit se rendre ensuite à Brest en
passant par Soissons et Beauvais. Vous voudrez bien, en
conséquence, faire préparer les subsistances nécessaires
pour 1,100 hommes d'infanterie, 2,000 de cavalerie et un
régiment d'artillerie à cheval, et faire toutes les disposi-
tions nécessaires pour les leur assurer jusqu'au point de
leur réunion.
Gomme l'expédition dont il s'agit est de la plus haute
importance, le retard que feraient éprouver les subsis-
tances pour la marche des troupes demeure sous votre
responsabilité.
L. Hoche.
Pour copie conforme :
Le commissaire ordonnateur des guerres de la
2^ div'ision militaire,
JUJARDY.
20 LE GENERAL HOCHE.
XXX.
Même date.
Le même au même.
Je vous préviens, citoyen ordonnateur, que les
troupes que je devais réunir à Rlieims rétrogradent toutes
sur l'armée de Sambre-et-Meuse.
L. Hoche.
Idem.
XXXI.
Dinan i , le ii thermidor, 5^ année — 29 juillet.
Le général en chef Hoche au ministre de la guerre.
Je reçois en ce moment, citoyen ministre, votre lettre
du neuf du courant 2; n'ayant pas avec moi ma correspon-
dance, je ne puis y répondre avec les détails qui sont né-
cessaires. Je le ferai à mon arrivée à Cologne. J'ai lieu
de penser que le Directoire et vous serez pleinement sa-
tisfaits ; mais, citoyen ministre, pour que je le sois aussi,
vous me permettrez sans doute de faire imprimer ma ré-
ponse : j'y crois mon honneur intéressé.
Je me suis porté ici, contrairement à ma lettre d'hier,
afin de visiter et de calmer les troupes dont le méconten-
tement est à son comble; il a pour cause les différentes
marches qu'on leur a fait faire et le défaut absolu de solde.
Hier, le 2^ bataillon de la 9^ demi-brigade a refusé net de
marcher. Je doute qu'aucunes troupes veuillent aller main-
tenant à Brest, l'armée étant informée de mon refus d'em-
barquer.
L. Hoche.
Original ; signature autographe.
1. Sic, Lire Dinant, province de Namur,
2. Supra, XXIV.
LE GENERAL IIOCIIE. 21
XXXII.
la thermidor — 3o juillet.
Le lo thermidor, à sept heures et demie du soir, le commis-
saire des guerres reçoit l'ordre ci-joint :
ORDRE GÉNÉRAL DU 10, A SEPT HEURES DU SOIR
Charleville, le lo thermidor, à sept heures du soir.
Les nouveaux ordres du Directoire exécutif arrivés ce
jour, à six heures du soir, prescrivent au général en chef
de faire marcher les troupes tirées de l'armée de Sambre-
et-Meuse vers les départements de l'Ouest. Cependant les
différentes marches qu'elles ont faites, les peines qu'elles
ont éprouvées ne peuvent permettre au général de les
mettre en route de nouveau. En conséquence il ordonne
qu'elles soient arrêtées et qu'elles séjournent aux lieux
où elles se trouvent, jusqu'à ce que les généraux qui les
commandent reçoivent de nouveaux ordres de lui person-
nellement.
Le général en chef,
L. Hoche i.
Copie par Jujardy.
I. On trouve aussi cet ordre dans Rousselin, Vie de Lazare Hoche, t. II,
p. 467. Son texte ajoute : Copie de l'arrêté du Directoire sera jointe au
présent. Rousselin publie encore (p. 468-469) à cette date les deux lettres
du général Hoche qui suivent :
Au ministre de la guerre.
10 thermidor an v.
Vous avez vu, par ma précédente lettre, que j'étais fort incertain sur la
marche des troupes ; dix fois au moins elles ont été en avant, et ont ré-
trogradé par suite des ordres qu'ont donnés les généraux et les ministres.
Fatiguées et harassées, elles ne savent plus qui entendre, et à peine
22 LE GENERAL HOCHE.
XXXIII.
i3 thermidor — 3i juillet.
Le ministre de la guerre invite le général Hatry à faire
rester jusqu'à nouvel ordre à Beauvais deux escadrons du
lo^ hussards destinés aux départements de l'ouest.
Minute.
XXXIV.
Même date. i3 thermidor — 3i juillet.
Le ministre de la guerre au général Hoche.
Il lui transmet copie d'un arrêté du Directoire exécutif por-
tant que les 6,000 hommes d'infanterie, 2,000 de cavalerie et
osé-je leur adresser des ordres en conséquence de ceux que je viens de
recevoir de vous, en date du 8 du courant.
Les troupes ont besoin de quatre jours de repos. Marquez-moi, par le
retour du porteur de la présente, si définitivement elles doivent aller à
l'ouest. Rappelez-vous, citoyen ministre, qu'on peut aimer son pays, sans
cependant prétendre sacrifier son existence à des erreurs telles que sont
celles qui ont eu lieu depuis dix jours. Le retour du courrier suffira à
peine pour faire prendre haleine à des troupes qui viennent de faire
soixante lieues sans avancer de dix pas. Transmettez-moi vos derniers
ordres; et si un dernier sacrifice de ma part peut encore servir la patrie,
croyez que je ferai plutôt celui de mon repos particulier, que de voir
inexécuter les intentions du gouvernement.
J'attends ici votre réponse.
Au général Richepanse.
10 thermidor an v.
Pour éviter les marches et contremarches que vous et votre division
faites encore sans doute, je vais déterminer les endroits que vous devez
occuper pour leur faire tenir garnison.
Vous voudrez bien, mon cher général, réunir deux régiments sous vos
ordres à Épernay, et deux autres à Rheims, où ils ne recevront à l'avenir
des ordres que de vous et de moi. Je compte avoir sous peu le plaisir de
vous embrasser et de A'^oir la brave division que vous avez sous vos ordres.
Je vous invite à établir votre quartier général à Épernay.
LE GÉNÉIIVL IIOCIIE. 23
1,000 d'artillerie qui ont été détachés de l'armée de Sambre-
et-Meuse suivront leur destination vers l'ouest ; faire rentrer
les autres troupes dans l'armée de Sambre-et-Meuse. Recom-
mande de faire tenir aux divers corps des routes différentes,
afin de ne pas encombrer les lieux de passage.
Original.
XXXY.
Même date.
Du même.
Avise le commissaire ordonnateur de la 2P division militaire,
à Mézières, du passage de troupes par Soissons et Beauvais.
Demande d'être instruit exactement de leur marche et de
leur arrivée à Beauvais, afin de pouvoir domier les ordres
nécessaires pour les subsistances pendant leur marche ulté-
rieure vers Rouen et Avranches.
Original.
XXXVI.
Même date.
Du même au général Hoche.
« .... L'intention du Directoire, en le chargeant de l'expédi-
tion maritime qui se prépare, est qu'il conserve, jusqu'à ce
que cette expédition s'effectue, le titre de général en chef de
l'armée de Sambre-et-Meuse.... Il le prie de désigner l'ofîî-
cier général qui, par ses talents et son ancienneté, lui paraîtra
mériter la confiance du gouvernement. »
Original.
XXXVII.
14 thermidor — 1»' août.
Du Directoire au ministre de la guerre.
Le Directoire exécutif a rejnarqué, citoyen ministre,
24 LE GÉNÉRAL HOCHE.
dans le n° 3i4 du Messager du soir, une lettre signée du
citoyen Charron, président de l'administration départe-
mentale de la Marne. Il vous invite à lire cette lettre et
à lui donner promptement une explication positive sur le
discours que l'on vous y fait tenir ^.
Le Directoire recommande de nouveau à votre zèle de
ne rien négliger pour découvrir enfin l'auteur de l'ordre
de route qui dirigeait des troupes sur la Ferté-Aleps.
Vous avez entr' autres mesures proposé au Directoire
celle d'envoyer à Gharleville une personne spécialement
chargée de voir un citoyen Lesage, qu'on dit commissaire
des guerres dans cette place, et de monter ensuite d'ordre
en ordre selon les renseignements que cette personne
pourrait se procurer. Le Directoire vous invite à lui faire
savoir si ce moyen vous a déjà fourni quelques lumières.
Le Directoire vous invite enfin, citoyen ministre, à
donner à ce citoyen Lesage l'ordre le plus prompt de se
transporter sans délai à Paris près de vous pour y rendre
compte de sa conduite.
Le président du Directoire exécutif,
Carnot.
Par le Directoire exécutif :
Le secrétaire général,
Lagarde.
Original.
I. « Nous avons trouvé le nouveau ministre de la guerre dans les meil
leures dispositions ; non seulement il a écouté nos réclamations avec la
plus sérieuse attention ; mais, ce qu'il importe surtout de savoir, il a mani-
festé une désapprobation qui, quoique tacite, nous a paru fort expressive.
Il nous a été facile de juger de ses intentions et de Festime qu'il porte à
son prédécesseur par l'empressement qu'il mit à nous dire que jamais
Petiet n'eût donné aux troupes un ordre pareil à ceux qui les jettent çà et
là pour des opérations dont on ne tardera peut-être pas à dévoiler le ter-
rible mystère. » Messager du soir.
LE GÉNÉRAL HOCHE. 25
XXXVIII.
Mêm date.
Du ministre à Lesage, commissaire des guerres.
Ordre de se rendre à Paris avec tous les ordres qu'il a pu
recevoir ou transmettre.
XXXIX.
10 thermidor — a août.
Du ministre de la guerre, Schérer, au Directoire.
Il s'explique d'abord sur l'article du Messager du soir : « Un
pareil discours, si je l'avais tenu, prouverait dans moi une
conviction claire et précise qu'il y a eu des intentions per-
verses de la part de tels ou tels individus. Or, vous sentez,
citoyens Directeurs, qu'une pareille assertion de ma part comme
fonctionnaire public m'obligerait, sous peine de passer pour
complice, à vous dénoncer les coupables. Cependant, je ne
vous ai point dénoncé de coupables, puisque je ne vois point
encore de certitude qu'il y en eût. Il est donc impossible de
supposer que je me sois servi de telles expressions préci-
tées, etc. » Sur le surplus, Richepanse aurait demandé une
route à Lesage pour quatre régiments et aurait même désigné
la Ferté-Aleps. Attend Briand.
Minute, très surchargée.
XL.
17 thermidor — 4 août 1 .
Portiez et Borel, députés de l'Oise, se plaignent au ministre
de la guerre de l'indiscipline des hussards à Beauvais ; des
I. C'est ce même jour que Delarue, au nom de la Commission des Ins-
pecteurs, fit aux Cinq-Cents' un rapport sur la motion de Willot tendant à
26 LE GÉNÉRAL IIOCHE.
déserteurs partent par pelotons de quatre et six, avec armes
et chevaux, et se répandent dans les campagnes vers Paris.
Autographe de Portiez avec signature de BoreL
On lit en marge, de la main de Carnot : « Je crois, citoyen
ministre, que cette lettre m'a été adressée par erreur. Je vous
la renvoie en vous priant de prendre son contenu en grande
considération.
« 19 thermidor an 5 républicain.
« Carnot. »
La suscription de l'adresse porte en effet : Au citoyen
Carnot, Directeur, au palais directorial.
ANNEXES
Nous empruntons encore à Rousselin les trois lettres
suivantes de Hoche :
19 thermidor an v.
Aa général Lemoine.
Maintenant, mon cher général, on veut à toute force
que nous marchions vers l'intérieur....
Je vous envoie deux routes qui m'ont été transmises
par le ministre de la guerre. A leur réception, vous vou-
drez bien mettre en marche la légion des Francs. Elle
suivra la route n° i, afin d'aller à Avranches. La cavale-
rie est à Gambray; vous lui ordonnerez de joindre le
corps à Rouen. Le général de brigade Ganey suivra cette
colonne et veillera à ce que les troupes se comportent
bien en route....
mettre Hoche en accusation. Hoche y répondra dans le Moniteur sous
forme d'une lettre à un sieur B., citoyen américain, (i" fructidor an v —
18 août 1797.)
LE GENERAL HOCHE. 27
19 thermidor an v.
Au minififre de la guerre.
Si le Directoire tient à ce que neuf cents i hommes mar-
chent vers rOuest, veuillez bien me le faire savoir, afin
que je fasse partir le général Spithal avec les troupes qu'il
commande, et qui seront à peine suffisantes pour com-
pléter le nombre prescrit.
Je vous réitère, citoyen ministre, que je n'irai ni à
Brest, ni à Rennes, ni à Avranches, l'expédition ne pou-
vant avoir lieu. Au surplus, je me bornerai à défendre la
république de toute invasion, et n'irai plus faire le Don
Quichotte sur les mers, pour le plaisir de quelques
hommes qui voudraient me savoir au fond....
21 thermidor an m [lire an v].
Au général....
Je vous remercie, mon cher général, de l'envoi des
lettres du ministre : vous avez bien fait de tenir la main
à leur exécution.
Toutes les troupes, loin d'aller dans l'intérieur, rétro-
gradent sur l'armée de Sambre-et-Meuse. Moi-même je
pars à l'instant pour Gissen, mon quartier général 2.
XLI.
21 thermidor — 8 août.
Du ministre de la guerre au général Hoche.
Il lui rappelle l'ordre de mettre en marche 9,000 hommes et
1. Sic et en lettres; mais il faut lire 9,000.
2. Op. cit., t. II, p. 469. Lire Giessen. Ces trois lettres ne se trouvent pas
au Dépôt de la guerre.
28 LE GÉNÉRAL HOCHE.
de se désigner un remplaçant à l'armée de Sambre-et-Meuse,
tout en conservant le titre. Il n'a pas reçu de réponse ; il n'y
avait pas de troupes mises en mouvement à la date du
i8 thermidor.
Minute.
XLII.
23 thermidor — lo août ' .
Du général Férino au ministre de la guerre.
Les troupes sont toujours stationnées à Sedan ; les maga-
sins s'épuisent. Richepanse est rentré dans ses quartiers.
Original.
XLIII.
Charleville, 2> thermidor — lo août.
Du général Lemoine au ministre de la guerre.
« D'après les ordres du général Hoche, » il se rend dans
l'intérieur avec deux brigades d'infanterie et un régiment de
hussards qu'il fera rendre de Reims à Rennes et Avranches.
— « En passant à Paris (de ma personne), j'aurai l'honneur
de vous voir pour prendre vos ordres et des éclaircissements
sur la destination de ces troupes. » Constate les éloges du
département des Ardennes sur la conduite des troupes. Elles
se composent de : i'' la légion des Francs ; i^ la 9® demi-brigade
d'infanterie légère ; S*' le 10® régiment de hussards ; 4*^ 3oo cais-
sons de Metz.
OriginaL
I. Le Moniteur de la veille annonçait que Hoche était retourné à son
armée; il y présida la bruyante fête anniversaire du 10 août, dont Chérin,
son chef d'état-major, rédigea une relation. (Moniteur, 6 fructidor —
23 août ij^"].) Le discours de Hoche est bien plus étendu dans Rousselin
(t. II, p. 472-475). Chérin n'a reproduit que le dernier paragraphe,
LE GEXKllAL HOCHE. 29
XLIV.
24 thermidor — 11 août.
Le ministre de la guerre au général Lemoine.
Il lui fixe les emplacements à occuper par les troupes :
Ploôrmel, Rennes, Pontivy, Avranches. Elles sont placées
sous sa poUce et sous sa surveillance immédiates.
XLV.
a5 thermidor — la août.
Du même au même.
Il lui recommande de ne faire filer cette troupe que par ba-
taillon et à époques déterminées ; il a dû recevoir ce même
ordre du général Hoche i.
Original, de la main du ministre.
XLVI.
26 thermidor — i3 août.
Du général Lemoine au ministre de la guerre.
A reçu pareils ordres de Hoche. Les premiers bataillons
arrivent aujourd'hui à Reims. Se plaint de deux mois d'ar-
riéré de solde.
Original.
I. Rousselin donne à cette date une lettre de Hoche au ministre de la
guerre sur des propos inciviques tenus par des hussards à Liège et sur
quelques murmures provenant du défaut de solde. (T. II, p. 475-476.)
3o LE GÉNÉRAL HOCIIE.
XLVII.
28 thermidor — i5 août.
Le ministre de la guerre au Directoire exécutif.
Le général Hoche désire savoir en vertu de quels ordres
l'armée de Rhin-et-Moselle se poste sur les derrières de l'ar-
mée de Sambre-et-Meuse et s'étend dans un pays où cette
dernière a déjà beaucoup de peine à subsister. Le général
Hoche demande si ce mouvement a lieu par ordre du Direc-
toire I.
Original.
XLVIIL
Même date.
Au ministre de la guerre.
François de Neufchâteau, ministre de l'intérieur, écrit qu'il
attend les travaux des ingénieurs sur les plantations de co-
lonnes qui doivent déterminer la limite constitutionnelle 2.
Original.
XLIX.
1=' fructidor — 18 août.
Du général Lemoine au ministre de la guerre.
Annonce le départ, le 3o thermidor, du i^"^ bataillon de la co-
1. La réclamation de Hoche, en date du 20 thermidor, aA^ait été renvoyée
par Reubell au ministre de la guerre, d lui seul et sous enveloppe. Le minis-
tre proposait « d'inviter le général Moineau à faire payer par ses troupes à
l'habitant par jour ce qu'ils mettent à l'ordinaire. » Autre lettre du général
Hoche au ministre de la guerre sur le défaut de solde et la manière dont
il a dû y suppléer. (Rousselin, t. H, p. 476-477.)
2. Constitution de l'an HI, art. 69 : « Le Directoire exécutif ne peut faire
LE GÉNÉRAL IIOCIIE. 3l
loiine pour Rennes ; le i""* bataillon de la légion des Francs
partira le 6 pour Avranches.
OriginaL
L.
4 fructidor — 21 août i .
Au commissaire des guerres à Châlons-sur- Marne.
Le ministre vient d'ordonner au général commandant la
2® division militaire de faire rétrograder sur-le-champ vers
l'armée de Sambre-et-Mcuse les i^^, 9^ et 12^ régiments de
chasseurs à cheval restés dans le département de la Marne.
Minute.
LI.
7 fructidor — 94 août.
Meurizet, commissaire des guerres à Soissons, au ministre
de la guerre.
Je vous donne avis, citoyen ministre, que le i"" batail-
lon de la Légion des Francs, fort de plus de 600 hommes,
est arrivé aujourd'hui à Soissons, précédé d'une compa-
gnie de canonniers attachés à la demi-brigade, de 4 pièces
de canon et huit caissons d'artillerie ; je leur ai fait la
passer ou séjourner aucun corps de troupes dans la distance de six my-
riamètres (douze lieues moyennes) de la commune où le Corps législatif
tient ses séances, si ce n'est sur sa réquisition ou avec son autorisation. »
-^ Voir au Moniteur du 12 thermidor les deux lois sur la limite constitu-
tionnelle et svir les mouvements de troupes.
I. Cf. Rapport de Tronson-Ducoudray, au sujet du message du Directoire
concernant l'approche des troupes, et les adresses de Varmée d'Italie. Séance
du 3 fructidor an v. 35 p. in-8. Paris, de l'Imprimerie nationale. Fructidor
an V. — Moniteur des 6 et 7 fructidor.
32 LE GÉNÉRAL HOCHE.
lecture des lois relatives à la limite constitutionnelle ; ce
corps part demain de Soissons pour se rendre à Gom-
piègne, il est dans une bonne tenue, il est habillé en neuf
et il paraît bien discipliné.
Le 3« bataillon de la 9^ demi-brigade infanterie, parti
hier de Soissons, s'est bien comporté ; je n'ai reçu aucune
plainte, ni directe ni indirecte, contre ce corps qu'accom-
pagnait le général Mermet, commandant le fond du
10^ régiment d'hussards.
Original.
LU.
Salut et respect.
Meurizet.
14 fructidor — 3i août ' .
Le général Ghérin est nommé commandant de la garde
constitutionnelle du Corps législatif 2.
LIIL
Même date.
Le Directoire se réserve les mouvements de troupes de di-
vision à division.
1. Augereau avait été nommé au commandement de la i^« division mi-
litaire le 8 août, en remplacement du général Ilatry, nommé inspecteur
général de l'infanterie de Sambre-et-Meuse. Sur Augereau et les senti-
ments du Directoire à son arrivée inattendue, cf. Mémoires de Revellière-
Lépeaux, t. II, p. 106-110.
2. Constitution de l'an III, art. jo : Il y a près du Corps législatif une
garde de citoyens pris dans la garde nationale sédentaire de tous les dépar-
tements et choisis par leurs frères d'armes. Cette garde ne peut être au-
dessous de quinze cents hommes en activité de service. — Art. 71. Le
Corps législatif détermine le mode de ce service et sa durée. — Chérin
était le chef d'état-major de l'armée de Sambre-et-Meuse. Par ordre d'Au-
gereau, il fut reconnu le 3i août, à onze heures du matin.
LE GENERAL IIOGHE.
LIV.
33
Paris, ce i5 fructidor an v — i" septembre 1:197.
Le ministre de la guerre au Directoire exécutif.
Citoyens Directeurs,
Par votre lettre du 17 thermidor dernier, vous m'avez
chargé de m'assurer s'il était vrai que beaucoup de mili-
taires, officiers et soldats en activité de service, se trou-
vaient à Paris sans congé.
Avant de répondre directement à cet égard, j'ai l'hon-
neur de vous présenter, citoyens Directeurs, quelques ob-
servations.
L'on ne peut se dissimuler que l'on rencontre à Paris
une quantité considérable d'officiers. Cette affluence doit
être attribuée aux réformes qui ont sans doute été faites
dans différents corps. Plusieurs de ces offioiers réfor-
més ont été conservés à la suite de leur corps, ou comme
surnuméraires, et reçoivent vin traitement en cette
qualité.
Il est une autre classe d'officiers, composée de ceux qui
ont été purement et simplement destitués, réformés ou
licenciés. Ceux-ci continuent de porter l'habit-uniforme et
les signes distinctifs de leurs grades.
Il existe aussi beaucoup d'officiers et soldats retirés
aux Invalides, qui portent encore l'uniforme de leurs an-
ciens corps ; c'est sans doute ce nombre de militaires por-
tant l'unilorme, quoique sans activité de service, qui pré-
sente à Paris l'aspect d'une quantité considérable de
militaires. Le nombre en paraîtrait beaucoup moins
grand, s'ils étaient assujettis à quitter l'habit-uniforme
ainsi que les marques distinctives de leur grade, ou au
18 FRUCTIDOR. 3
34 LE GÉNÉRAL IIOCirE.
moins à porter comme ci-devant le bouton de réforme,
pom" être à portée de les distinguer.
A l'égard des officiers et soldats en activité de service
qui sont à Paris, la police militaire a soin de les surveil-
ler et de les faire arrêter, lorsqu'ils y séjournent sans
congé, au moyen des relevés qu'elle fait dans les maisons
garnies. Les états qui m'ont été représentés m'ont mis à
portée de connaître qu'il n'existe à Paris que des officiers
attachés à la suite de diflerents corps ou réformés, et que
ceux en activité de service qui s'y rendent en ce moment
y sont autorisés par des ordres du ministre de la guerre
ou en vertu de congés en règle.
Il existe cependant plusieurs olliciers supérieurs qui lo-
gent à Paris, dans des maisons particulières, et portent
l'habit bourgeois. Ceux-ci se croient exempts de toutes
déclarations devant les autorités militaires, lorsqu'ils se
sont seulement présentés au bureau des officiers géné-
raux, chez le ministre de la guerre. S'il s'en trouve quel-
ques-uns qui ne soient pas en règle, il leur est facile de se
soustraire aux poursuites de la police militaire, en se ré-
fugiant ou se tenant cachés dans des maisons particulières
où la police militaire ne peut exercer aucune surveil-
lance. Cette mesure est peut-être adoptée par des officiers
inférieurs en grade ; cependant, je n'ai pas connaissance
que beaucoup d'entre ceux-ci aient recours à ce moyen
pour rester à Paris sans congé.
Tels sont, citoyens Directeurs, les renseignements que
je me suis procurés à cet égard et dont j'ai l'honneur de
vous faire part, conformément à vos intentions.
]Minute.
II.
LETTRES DE MATHIEU DUMAS
MEMBRE DU CONSEIL DES ANCIENS
AU GÉNÉRAL MOREAU
COMMANDANT DE l'aRMÉE DU RHIN ï
I.
Paris, 3o messidor an 5= — i8 juillet 1797.
Mathieu Dumas, membre du Conseil des Anciens, au général
M or eau.
De la main de Dumas :
Veuillez biea m'excuser, mon cher général, si, pendant
ma trop longue convalescence, je me sers encore d'une
main fidelle, et prends la liberté de dicter ce que je vou-
drais écrire de la mienne :
I. Ces lettres, réunies aux archives de la guerre, dépendaient de la
succession de M. Frosté, intendant militaire, mort en 1801 ; après son décès,
elles furent retirées par l'État. Dans ses Mémoires, Souvenirs du lieu-
tenant général comte Dumas, de Tj"o à i836, publiés par son fils, 3 vol in-8,
Mathieu Dumas se borne à rappeler qu'il était en correspondance avec
Moreau et Desaix, mais il ne cite aucune de ces lettres. Il en manque au
moins deux : nous n'avons pas celles du général Moreau. — J'ai reproduit
l'orthographe de Mathieu Dumas : tous les mots en italique sont soulignés
dans l'original.
36 LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
D'une autre main :
J'espère, mon cher général, que ma dernière lettre vous
sera parvenue i, mais je ne veux point laisser échapper
cette occasion de rappeler à votre souvenir vos obli-
geantes invitations et le vif désir que j'ai moi-même de
m'affermir dans votre confiance et de cultiver votre
amitié. Je laisse à mon beau-frère le soin de vous convain-
cre du prix que tous les miens y attachent et du plaisir
qu'ils trouveront toujours à vous en donner des preuves.
Nos espérances de paix extérieure mûrissent chaque
jour, et quant à celles de l'intérieur, il n'a tenu qu'au Di-
rectoire (malgré les faux prétextes dont il colore sa résis-
tance au vœu de la nation) de la fonder d'une manière
inébranlable. Malheureusement, l'esprit de faction et d'in-
trigue a prévalu sur l'intérêt de la République. Au lieu
d'éloigner de ses conseils des hommes pervers et dont la
seule politique est de prolonger nos agitations, la majo-
rité du Directoire (Rewbell, Barras et Laréveillière)
contre Carnot et Barthélémy, sont parvenus à chasser les
ministres de la police et de la guerre 2, pendant qu'ils
conservent Merlin. Cette injure à la Nation esl profondé-
inent ressentie par tous les vrais républicains. Je laisse à
mon beau-frère le soin de vous dire les détails de cette
intrigue qui ont pu parvenir à ma connaissance. Le
renvoi de notre ami Petiet au moment où il se concertait
avec Pichegru et moi, et plusieurs autres de vos braves
amis, pour la revision des loix militaires et pour tout ce
qui pouvait être honorable et avantageux à l'armée, est
une véritable calamité.
1. Cette lettre manque.
2. Cochon et Petiet. Cochon fut remplacé d'abord par Lenoir-Laroche,
puis par Sotin; Petiet par Hoche, qui n'entra pas en fonctions^, puis par
Schérer. — Arrêté du Directoire du 16 juillet rng^.
LETTRES DE MATHIEU DUMAS. 3'J
Mon frère, S. Fiilcraiid, n'aura pas l'honneur de vous
voir à Strasbourg, ainsi que je vous l'ai écrit : vous savez
s'il regrette sincèrement de ne pas se trouver immédiate-
ment sous vos ordres; je vous demande de vouloir bien
continuer à mon beau-frère et à Combes votre honorable
confiance.
Recevez, mon cher général, l'assurance de mon inalté-
rable dévouement.
Meu Dumas.
Signature autographe.
II.
Paris, 17 thermidor an 5° Rép. — 4 août 1797.
Mathieu Dumas, membre du Conseil des Anciens, au général
MoreaUj commandant en chef de l'armée de Rhin- et-
Mozelle.
J'ai reçu, mon cher général, les deux dernières lettres
que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire et vous remercie
des avis que vous voulés bien me donner sur ce qui se
passe dans la Haute-Allemagne; vos résultats sont justes
et vos présomptions sur les combinaisons du cabinet de
Londres très bien fondées, mais il fallait calculer d'avance
cette conduite et la déjouer par une négociation large,
généreuse, évidente ; enfin il fallait que notre paix
répondît à notre système de guerre et surtout que les né-
gociations fussent loyalement dégagées de tout esprit de
parti, de toute considération particulière et inférieure à
un si grand intérêt. — Je ne sais rien de positif sur l'état
actuel de nos aiïaires extérieures, mais il est trop vrai
qu'elles ne sont pas encore conduites dans ce sens, et cela
par toutes les raisons que vous apercevés tant au nord
qu'au midi.
38 LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
Je remets à une autre fois, c'est-à-dire au prochain cour-
rier, le plaisir de m'entretenir avec vous plus longuement
et de toute confiance sur notre situation centrale ; malgré
la bonne envie des fols des deux extrêmes, nous ne ferons
point de sottises et ne cesserons d'ouvrir les voyes pour
réparer celles qui sont déjà faites. J'espère cpie vous trou-
vères dans les deux écrits ci-joints la preuve de ces sen-
timents et la justification de l'article de la résolution qui
vous a paru restrictif et impolitique par rapport aux opé-
rations de guerre : au moins me pardonner és-vous de vous
avoir choisi pour exemple.
Veuilles bien faire passer de la manière que vous
croirés sûre le paquet ci-inclus à Desaix.
Pichegru, avec lequel nous marchons parfaitement d'ac-
cord, m'a chargé hier de vous dire mille amitiés.
Je suis occupé dans ce moment du rapport sur la garde
nationale et ne négligerai pas votre observation.
Je vous remercie de votre aimable obligeance pour les
miens. Ma famille, sensible à votre honorable souvenir,
me charge de vous assurer de son inviolable attachement.
A demain un plus long et moins vague barbouillage.
Meu Dumas.
Autographe.
m.
Paris, le 27 thermidor an 5^ — 14 août 1797.
Mathieu Dumas, membre du Conseil des AncienSy
au général Moreau i.
Il ne fallait pas moins, mon cher général, qu'une occu-
I. Cette lettre est de la même main que celle du 18 juillet.
LETTRES DE MATHIEU DUMAS. Sq
pation sans relâche, ou plutôt un combat de tribune dans
lequel j'ai soutenu, pendant trois jours, l'organisation des
gardes nationales présentée parle général Pichegru i, il
ne fallait pas moins que l'ardeur qu'inspire un tel compa-
gnon d'armes pour m'y livrer tout entier et difierer les
cours d'éclaircissement ^ que j'ai promis de vous donner
par ma dernière sur les circonstances présentes.
Vous avez bien raison de penser qu'il y a eu des fautes
commises de part et d'autre, mais il n'y a, du côté du
Corps législatif ou plutôt du Conseil des Cinq-Cents
que, des imprudences sans résultat, des présuppositions
d'intention, de l'humeur contre ce mépris insultant de
la majorité de la représentation nationale ; enfin, des
discussions impolitiques, mais pas une atteinte réelle,
pas même un projet allarmant par rapport à la Consti-
tution.
Quant à l'autre côté, vous savés et voyés plus que je ne
pourrais vous en dire ; ils ont eu, à l'arrivée du respec-
table Barthélemi 3, une occasion de faire marcher loyale-
ment la machine, et par les finances, et par la politique, et
par l'armée, et je vous jure qu'il n'a pas tenu à nous de
leur rendre cette occasion honorable, sûre et commode,
et de leur faire reconquérir, au profit -de tous, l'affection
nationale.
Ils ont voulu s'appuyer le plus long temps possible sur
les lois révolutionnaires, et le ministre Merlin, qui
n'existe que pour elles et par elles, leur a démontré qu'il
fallait les soutenir à tout prix, c'est-à-dire se battre plutôt
que de l'abandonner, lui Merlin.
1. Cf. séance du aS thermidor (Moniteur du 29 et du 3o) : le numéro du
3o contient le texte de la loi sur les gardes nationales.
2. Dumas n'a-t-il pas dicté : les courts éclaircissements?
3. Ancien ambassadeur en Suisse, élu Directeur en mai 1797.
4o LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
Je ne rappelle point les conséquences et le plan avorté,
et les explications puériles.
Vous aurez aussi remarqué la conduite ferme, mesurée,
toute constitutionnelle et même conciliatrice du Corps lé-
gislatif.
Il y avait donc, après ce premier moment, une occasion
naturelle d'explication, et nous l'avons saisie aux che-
veux. Je portais la parole dans une conférence avec le
Directoire ; le résultat de nos discours fut qu'ils manquè-
rent se battre au tapis de velours pour désavouer, et ne
laisser aucune trace des réponses fort sages et fort dignes
qiie nous avait fait (sic) Carnot relativement à la situation
de Paris et à la sûreté du Corps législatif, que nous ve-
nions de remettre entre leurs mains très constitutionnel-
lement et très loyalement.
Ce qui s'est ensuivi n'a pas besoin de commentaires.
Les adresses de l'armée d'Italie, d'un stile tout semblable
aux discours, aux messages et aux placards dont on ta-
pisse nos rues à d'autant plus grands frais que le peuple
n'en veut point souffrir; la pièce que je joins ici et qui
sans doute vous était connue ^ ; l'arrivée d'Augereau et
ses propos follement indiscrets ; Y organisation séditieuse
de 5 à 6,000 officiers destitués ; les collets noirs (qui n'é-
taient plus un signe, mais une mode tellement répandue
que nous en avions tous à presque tous nos habits, et
qu'hier encore j'en remarquais à nos plus friands jacobins)
arrachés, déchirés à coups de sabre au milieu de nos places
publiques, par des soldats sortant de leurs rangs dans le
relèvement des gardes, pour donner ce passe-temps pa-
triotique à l'état-major de M. Augereau; la police inactive
et conseillée par Antonelle, Félix Le Pelletier et autres :
I. La pièce manque.
LETTRES DE MATHIEU DUMAS. /\l
Voilà quelques symptômes du désordre par lequel on
sollicite, vainement, je vous en réponds, des provoca-
tions.
La formation de la garde nationale n'en amènera pas
davantage, et j'espère que notre glaciale contenance du
Conseil des Anciens sera imitée autant qu'elle est ap-
prouvée par tous les bons citoyens.
Après cet exposé, il me tarde de vous dire que nous ne
cessons point de travailler à un rapprochement, et que
bien loin de nous abandonner à une juste indignation,
nous profitons du répit que nous donne notre bonne con-
duite pour obtenir des passions des hommes ce qu'il
n'est que trop vrai qu'on n'obtient pas toujours de l'évi-
dence de leur intérêt. Deux commissions formées dans
les deux Conseils à l'occasion du message incendiaire i,
sont composées des hommes les plus décidés à maintenir
la ligne moyenne et à s'opposer à toute commotion poli-
tique. C'est là que les mesures utiles et instantes, quel-
que difficiles qu'elles soient, telles que les finances pour
assurer la solde de l'armée, etc., etc., sont résolues. D'un
côté on ôtera, et sous ce rapport et sous celui de préten-
dues attaques, tous les prétextes de mécontentement et
de violence, à ce Directoire si ombrageux pour la Cons-
titution, quand il donne le commandement de Paris au
signataire et au provocateur d'adresses aussi inconstitu-
tionnelles qu'insultantes ; et d'un autre côté, on usera de
toutes les armes de la législation pour remettre l'ordre
dans l'exercice de la police civile et militaire, et pour
rendre impossibles des attentats contre la Représentation
nationale, attentats qui, d'un seul coup, nous précipite-
raient dans l'anarchie, dans l'horreur d'une longue guerre
I. Celui du 2 thermidor sur la marche des troupes. Supra, p. 7.
42 LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
civile, et nous feraient perdre les fruits de la bataille de
Biberach i.
Nous ne nous bornerons point aux discours, aux pro-
fessions de foi, aux actes législatifs; nous usons, dès ce
moment, de toutes les communications particulières pour
désarmer la rage imbécile, et j'espère que nous en vien-
drons à bout. Vous serés le premier à connaître les heu-
reux effets de ce plan, avec lequel il ne faut point con-
fondre les précautions de sûreté que prend le Corps
législatif, par tous les moyens que prescrit ou permet la
Constitution.
Je ne dois point oublier de vous dire que j'ai eu le plai-
sir de faire connaissance avec le général Kléber, et que
nous nous sommes beaucoup entretenus de vous.
Recevez, mon cher général, l'assurance de mon invio-
lable attachement.
Meu Dumas.
Signature autographe.
IV.
Paris, 12 fructidor an ^^ Rép. — 29 août i;j97.
J/e« Dumas, au général Moreau, commandant en chef
V armée de Rhin-et-Mozelle 2.
Vous avez lu, mon cher général, nos divers discours
politiques dans ces dernières circonstances ; vous y aurés
remarqué, avec la dignité qui convient au Corps législatif
provoqué, un système de modération et une doctrine pu-
rement républicaine qui, je n'en doutte pas, auront reçu
votre approbation : je crois avoir ajoutté à ces principaux
I. Gag-née par Moreau sur les Autrichiens le 2 octobre 1796 au cours de sa
mémorable retraite.
a. Cette lettre est autographe d'un bout à l'autre, mais sans signature.
LETTRES DE INIATIIIEU DUMAS. 4^
éclaircissements sur la situation respective des deux pou-
voirs le détail du plan de conciliation que la majorité très
constitutionelle, très fraiicîicment républicaine, des deux
conseils avait tacitement adopté ; les bases comme aussi
les gages publics de cette conciliation se trouvent dans
les deux rapports (dont je joins ici encore deux exem-
plaires ï), dans le rejet de telle et telle résolution, dans la
confiance témoignée au pouvoir exécutif pour le maintien
de l'ordre public, dans les ressources réelles mises à sa
disposition pour l'entretien des armées, dans le change-
ment de système pour les finances ou tout au moins dans
l'activité qui a remplacé cette inertie politique si amère-
ment reprochée, enfin dans la douceur, je pourrais dire
la faiblesse des mesures proposées.
La nomination des commissions principales et des bu-
reaux est encore un signe non équivoque que la majorité
constitutionnelle est en pleine vigeur (sic), et la mau-
vaise foi qui, pour mûrir peut-être des desseins criminels,
avait si étrangement abusé de quelques indiscrétions,
reste sans prétexte. Si je m'étendais sur ce point, je ne
pourrais que répéter les vérités énoncées et si fortement
développées dans les rapports de mes amis Ducoudrai et
Thibaudeau.
Nous ne pouvions pas, nous ne devions pas faire davan-
tage ; nous sommes au milieu d'un camp, absolument sous
le cannon du Directoire, qui a soin de le faire souvent cir-
culer autour de notre enceinte ; le seul choix du gén. si-
gnataire des addresses presque séditieuses, mais bien sûre-
ment inconstitutionelles, est un outrage constant : l'en-
I. Celui de Tronson-Ducoudray au Conseil des Anciens, concernant rap-
proche des troupes et les adresses de l'armée d'Italie, séance du 3 fructidor
an V, et celui de Thibaudeau au Conseil des Cinq-Cents sur le même sujet,
séance du 4 fructidor.
44 LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
lèvement de tous les dépôts de vieilles armes qui devaient
servir à armer les gardes nationales et qui ne sont que
leur dépouille ; le ralliement ici de toutes les troupes qui
ont pu se trouver dans le rayon constitutionel, tout cela
contraste vivement avec notre entière et peut-être funeste
sécurité. Nous renvoyons au gouvernement et à ces mêmes
agents qu'il a choisis contre le vœu de l'opinion publique
touts les avis, toutes les allarmes dont on affecte de nous
environner. Je passe les nuits à empêcher qu'une seule
précaution indiscrète ne donne lieu de penser que la
moindre crainte nous atteigne, et je ne cesse de dire à une
foulle de mes collègues, qui ne peuvent se croire libres au
millieu de cet appareil de guerre, que le doutte seul que le
Directoire employé ces forces contre le Corps législatif,
au lieu de protéger sa tranquilité, est une injure, une
sorte d'aggression morale.
Toujours est-il vrai que nous sommes pj^otégés, et si
vous saviés comment? Si vous voyés l'audace que donne
aux chefs de la faction de Babœuf le patronage présumé
du gouvernement, et ce qu'ils osent appeler la cause
commune avec les armées !
Veuilles parcourir les journaux modérés ; il en est qui
nous suivent, qui applaudissent à notre modération,
qu'aux extrêmes on appelle faiblesse ou hypocrisie :
voyés si nous avons négligé un moyen de rapprochement :
je conviens avec vous que quelques loix se ressentent de
la précipitation et de l'empire des circonstances, mais au
fond, reste-t-il un reproche à nous faire? Pouvions-nous
surtout, nous, Conseil des Anciens, nous interposer plus
franchement, avec moins de ménagement pour ceux dont
on ne peut saisir un acte, mais seulement interpréter de
vains discours?
Le Directoire a-t-il, de son côté, fait une seule dé-
LETTRES DE MATHIEU DUMAS. 4'^
marche, a-t-il arrête ce débordement de calomnies, éclairé
l'armée, montré la verge aux scélérats, conféré avec des
hommes di^L^nes de la confiance de la nation et de l'armée,
répondu à lem's avances, calmé lem's sollicitudes, fait
éclater le désir de l'harmonie par des procédés grands et
généreux? Est-il sorti du cercle des personalités, des déf-
fiances, des intrigues, a-t-il fait d'utiles réformes et d'ho-
norables choix?
Interrompes ici, mon cher général, ces interrogations
pressantes et lises [dans la feuille du rédacteur (sic) ci-
jointe i] les discours du président du Directoire qui, pour
l'être et pour proclamer ce virulent manifeste, a privé
Barthélémy de son droit et s'est scandaleusement donné
à lui-même sa propre voix ^. Je laisse les commentaires à
vos réflexions, et m'empresse de vous rassurer autant que
je le puisse, sur les conséquences de cette orgeuilleuse
(sic) et vraiment factieuse obstination.
L'indignation des amis de la liberté, des vrais républi-
cains, des républicainsy)'«/zp«/s, et non de la secte, est à
son comble, mais il est si vrai que nous avons une saine et
inébranlable majorité, qu'en ressentant cette injure au
Corps législatif, mêlée d'ailleurs d'inconstitutionalités
qui approchent du caractère du délit, nous ne donnerons
aucun prétexte aux provocateurs.
Je vous confie que, pour ôter la dernière arme aux arti-
sants de discorde, nous sommerons le Directoire de s'ex-
pliquer sur les inculpations vagues et de désigner positi-
vement les membres du Corps législatif sur lesquels des
1. Cette phrase est en marge. Le Eédacieiir était un journal à la discré-
tion du Directoire.
2. « Chaque membre du Directoire le préside d son tour durant trois mois
seulement, » Art. i4i de la Constitution de l'an m. C'était la seconde fois
que Revellière-Lépeaux était élu président : c'eût été le tour de Barthélémy.
^C) LETTRES DE MATHIEU DUMAS.
renseignements quelconques devraient fonder même de
simples méfiances ; nous irons tj^ès avant, bien assurés
que les éclaircissements déffinitifs confondront les calom-
nies; ce message sera un acte authentiqvie de la bonne foi
et de la ferme résolution du Cons. des 5oo. La démarche
est loyale, elle est ferme et sert de cadre à une juste sen-
sibilité ; elle neutralise des efforts dont le but n'est
presque plus dissimulé, et que les hommes sages n'excu-
sent qu'en le considérant comme le dernier terme de
l'égarement, et d'yvresse du pouvoir ; combinée avec la
peur et l'inscience (sic) de l'art de gouverner.
En marge :
P. -S. Je vous remercie, mon cher général, de la lettre
que vous avés bien voulu écrire pour mon beau-frère ;
toute ma famille se rappelle à votre souvenir. Et moi, je
vous demande votre amitié, que je suis sûr de mériter par
la plus sincère réciprocité.
Autographe non signé.
m.
LE COUP D'ÉTAT
I.
SÉANCE PERMANENÏP]!
Séance du dix-sept fructidor^ an cinquième, au soir.
Sur les avis parvenus du danger imminent que courrait
la République et de Tattaque que des conspirateurs
royaux se proposaient de hasarder pour égorger le Direc-
toire et les députés fidèles à la cause de la Liberté, et
pour renverser la Constitution de Fan m, le Directoire
exécutif, présents les citoyens Reubell, Revellière-Lé-
peaux et Barras, s'est constitué en séance permanente.
D'abord, il s'occupe des moyens d'empêcher les conspi-
rateurs de correspondre avec leurs complices dans les dé-
partements, et de leur donner le signal de la rébellion par
des émissaires ou des écrits contre-révolutionnaires : il
I. J'emprunte textuellement cette pièce aux Registres des délibérations
du Directoire, conservés aux Archives nationales sous la cote AF m*. —
Revellière-Lépeaux fait allusion dans les termes suivants à cette séance :
« Dans le même soir [17 fructidor], nous nous rassemblâmes chez Rewbell;
nous y fîmes a^Tpeler tous les ministres et le général [Augercau], avec
ordre de ne laisser sortir personne, le général excepté, pour donner ses
ordres et en surveiller l'exécution. Nous prîmes tous les arrêtés qui furent
ensuite publiés, nous rédigeâmes les proclamations qui furent affi-
chées, etc. » — Mémoires, t. II. p. 129.
48 LE COUP d'État.
ordonne, en conséquence ^ : i° Avi maître de la poste aux
chevaux, de ne donner des chevaux à qui que ce soit, sans
un ordre exprès et écrit du Directoire exécutif, et ce sous
peine de responsabilité ;
2° A Tadministration des messageries, de ne laisser par-
tir aucune messagerie ni toute autre voiture publique sans
un pareil ordre du Directoire ;
3° A Tadministration de la poste aux lettres, de ne faire
ni laisser partir aucune brouette de poste, ni aucuns cour-
riers, aussi sans Tordre exprès et par écrit du Directoire.
On s'occupe ensuite des mesures militaires pour assurer
la liberté des personnes et le respect des propriétés dans
les départements, en môme temps pour contenir les com-
plices des conspirateurs royaux et les empêcher de se
réunir aux agents de la conspiration disséminés à Paris et
dans le rayon constitutionnel. On prend à cet égard deux
arrêtés : le premier portant que les 9^ et 12^ régiments de
chasseurs à cheval qui avaient été détachés de l'armée de
Sambre-et-Meuse pour se rendre à Brest, et depuis
avaient reçu l'ordre de cantonner à Courtinau, près Ghâ-
lons et Sainte-Menehould, partiront de suite des lieux où
ils sont présentement, pour se rendre à Château-Thierry
et communes environnantes, où ils resteront stationnés
jusqu'à nouvel ordre.
Le second ordonne que le corps de troupes détaché de
l'armée de Sambre-et-Meuse, actuellement en marche sur
Rennes, département d'Ille-et- Vilaine, composé de la
9^ demi-brigade de la légion des Francs, et du 10^ régi-
ment d'hussards, se rendra de suite à Dreux et com-
munes environnantes, où il attendra de nouveaux ordres.
I. Tous les ordres ou arrêtés sont signés de Revellière-Lépeaux et de
Reubell. J'ajoute çà et là en note les heures d'expédition des ordres, d'après
le registre d'expédition que j'ai eu sous les yeux (AF m* ^6).
LE COUP d'État. 49
On charge le ministre de la guerre de transmettre sur-
le-champ le premier de ces arrêtés au général Richepanse,
et le second au général de division Lemoine, lesquels sont
chargés de prendre, chacun en ce qui le concerne, les
mesures nécessaires pour assurer l'exécution desdits arrê-
tés et la subsistance des troupes qu'ils concernent i.
Il est minuit. La séance se continue ainsi qu'il suit :
Du dix-huit fructidor, an cinq de la République française,
une et indivisible.
La délibération se continue sur les mesures militaires
à prendre pour assurer la tranquillité publique, et on
prend à cet égard les trois arrêtés suivants :
1° Le général en chef de l'armée d'Italie ou l'ofïîcier
général commandant en son absence dirigera, aussitôt le
présent ordre reçu, une colonne de 2,5oo hommes d'infan-
terie, qui se rendra par Nice à Marseille, où elle attendra
de nouveaux ordres, et une seconde colonne, forte égale-
ment de 2,5oo hommes, par le Mont-Cenis et Ghambéry
sur Lyon, où cette troupe restera stationnée jusqu'à nou-
vel ordre.
2° Le général en chef de l'armée de Rhin-et-Moselle ou
l'officier général commandant en son absence, donnera
l'ordre à une colonne de 2,000 hommes d'infanterie sur
Dijon 2, pour y être répartie jusqu'à nouvel ordre dans
cette commune et lieux environnants.
3° Le général en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse
dirigera le corps de troupes situées dans les environs de
1. Infra, III, Pièces diverses, IV, VII, VIII, X. Ainsi se trouvaient utili-
sées les troupes mises en mouvement par Hoche ou par le Directoire dans
les deux mois qui avaient précédé le coup d'État.
2. Sic; sous-entendu : de se porter.
18 FRUCTIDOR. 4
5o LE COUP D ETAT.
Namur ou à Namui* môme, montant à environ 6,000 hom-
mes, savoir 3, 000 hommes sm* Soissons et 3, 000 hommes
sm^ Cambray. Ces deux corps attendront aussi de nou-
veaux ordres, chacun sous le commandement d'un officier
général, dans les deux endroits précités ou lieux environ-
nants.
Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution de
ces trois arrêtés.
Le Directoire exécutif, afin d'empêcher que des mal-
veillants ne secondent les projets des conspirateurs ou ne
profitent de l'horreur qu'ils inspirent pour faire des pro-
vocations également opposées à la Constitution, ou se
livrer au pillage, prend l'arrêté suivant qui sera à l'instant
imprimé et affiché en forme de proclamation dans la com-
mune de Paris :
« Tout individu qui se permettrait de rappeler la royauté,
la Constitution de 1793 ou d'Orléans, sera fusillé à l'ins-
tant, conformément à la Loi. Les personnes et les proprié-
tés seront protégées. Tout pillard sera fusillé sur-le-champ
aussi, suivant la Loi. »
On rédige une Proclamation aux Français, pour accom-
pagner la publication de quelques-unes des pièces de la
conspiration royaliste. Elle est conçue en ces termes :
Le Directoire exécutif aux Français.
« Citoyens,
« Le Directoire exécutif place sous vos yeux quelques-
unes des pièces relatives à la conspiration royaliste, etc. ^
I. Moniteur du 22 fructidor— 8 septembre lygj; Réimpression, t, XXVIII,
P- 799.
I.E COUP 1) KTAT. 01
Ou rédige luic autre Proclauiatiou aux citoyens de
Paris ; elle est conçue en ces termes :
Liberté, Égalité.
Le Directoire exécutif aux citoyens de Paris.
(( Le royalisme, par un nouvel attentat, etc. ^ . . . .
Ces deux proclamations sont sur-le-champ envoyées à
l'impression, pour être ensuite affichées partout où besoin
sera.
Sur le rapport fait au Directoire que la malveillance
cherche à former un point de réunion dans les adminis-
trations séantes à Paris, arrête, en vertu de l'article i()G de
la Constitution, que les membres de l'administration cen-
trale du département de la Seine et ceux des administra-
tions municipales des douze arrondissements de Paris sont
suspendus provisoirement de toutes fonctions ; qu'il leur
est défendu de s'assembler jusqu'à ce que la suspension
soit levée et que le Bureau Central reste seul en exercice.
Expédition de cet arrêté est adressée sur-le-champ à
chacun des commissaires du Pouvoir exécutif près de ces
administrations chargées de tenir la main à son exécution.
Il sera imprimé et affiché 2.
Le Directoire, informé que des individus prévenus
d'avoir pris part à la Conspiration royale qui a été décou-
verte, ont été trouvés cette nuit rassemblés dans la salle
des inspecteurs du Conseil, d'où ils correspondaient avec
leurs complices, et que ces individus ont été saisis par la
force armée ; arrête qu'ils seront sur-le-champ traduits au
1. Moniteur du 19 fructidor — 5 septembre, t. XXVIII, p. 793, avec cette
mention : deux heures du matin.
'2. 18 fructidor, neuf heures du matin.
52 LE COUP d'kJAT.
Temple, où ils seront détenus jusqu'à nouvel ordre. Le
ministre de la police générale est chargé de l'exécution
dudit arrêté. Il concertera avec le commandant de la
l'j^ division militaire les mesures nécessaires à la sûreté
desdits individus et à la surveillance particulière qu'exige
leur détention.
On écrit au ministre de la police générale pour le char-
ger de prendre sur-le-champ les moyens convenables pour
se rendre maître des papiers qui se trouvent dans la pièce
que lesdits individus arrêtés occupaient aux Thuilleries.
On reçoit une lettre du même ministre annonçant au
Directoire que le commandant de la place de Paris vient
de faire fermer les barrières, et que les habitants des fau-
bourgs, indignés de l'attentat médité contre le gouverne-
ment, marchent pour se joindre aux soldats de la Répu-
blique.
Le Directoire exécutif, attendu les motifs qui em-
pêchent momentanément les membres des deux conseils
de se rendre dans les salles ordinaires de leurs séances,
et vu la nécessité urgente de pourvoir à ce que les
travaux du Corps législatif n'éprouvent aucune inter-
ruption; arrête que ceux qui occupent les salles de
rOdéon et du Conseil de Santé ' sont tenus, sous peine de
rébellion, d'en céder sur-le-champ l'usage aux Repré-
sentants du Peuple, sauf à pourvoir à leur indemnité.
Le ministre de l'intérieur se concertera avec le com-
mandant de la 17^ division militaire pour l'exécution du-
dit arrêté, qui sera sur-le-champ imprimé et affiché ^.
1, C'est ainsi qu'on appelait l'Ecole de Médecine.
2. 18 fructidor, neuf heures un quart du matin, neuf heures et demie :
Lettres à Thouret, directeur de l'Ecole de santé (médecine), et à Leclerc,
directeur de l'Odéon; onze heures et demie, expédition de ces deux lettres
au ministre de la police.
LE (,OUP 1) ETAT. Oj
On écrit au ministre de la guerre pour Tinvitcr à
s'assurer sur-le-champ des moyens de subsistances sufli-
sants pour les troupes qui sont à Paris, et celles qui pour-
raient y arriver. On le charge d'en rendre compte dans
le jour au Directoire '.
On apporte successivement trois lettres du Ministre
de la police générale : la première annonce au Directoire
que quarante à cinquante membres du Conseil des Cinq-
Cents viennent d'être arrêtés dans la salle des séances
de ce conseil, où ils étaient à délibérer sous la pré-
sidence du C^" Siméon.
Par la seconde, le ministre fait part au Directoire de
l'avis qu'il vient de recevoir que les grenadiers du Corps lé-
gislatif sont réunis à leurs frères d" armes, les militaires de
la garnison de Paris, et paraissent animés du même esprit.
La troisième lettre du Ministre de la police générale a
pour objet de prévenir le Directoire que le corps entier
des mêmes grenadiers défile en ce moment sur le quai
Voltaire, et se rend à F état-major général.
Un instant après, le général de division Augereau
annonce que ce même corps vient de se réunir aux gre-
nadiers de la garde du Directoire pour faire avec eux
un rempart au gouvernement, combattre le royalisme et
défendre jusqu'à la mort la Liberté, la République et la
Constitution de l'an m.
[Le Directoire, en témoignage de satisfaction, leur confle la
garde de la salle de l'Odéon et de celle de l'École de santé
où siège le Corps législatif, et reçoit les députations des
grenadiers et des vétérans présentées par Chérin ; échange de
discours 2.]
1. Neuf heures du matin.
2. Deux heures avant midi (sic). Les crochets [ ] indiquent que le pas-
sage n'est pas reproduit textuellement, mais seulement analysé.
54 LE COUP d'État.
Le Directoire, voulant concilier les précautions qu'exige
la sûreté générale avec la nécessité de maintenir l'activité
de sa correspondance avec les départements et les
armées, arrête que les courriers de la poste aux lettres
qui devaient partir aujourd'hui seront expédiés à l'heure
ordinaire, mais qu'il ne leur sera remis d'autres dé-
pêches que celles timbrées Directoire exécutif.
Le citoyen Garrouge, l'un des administrateurs, est
chargé de cette mesure; on l'autorise à s'adjoindre à cet
effet les employés qu'il jugera convenable de désigner,
tant au dehors qu'au dedans ^.
On charge le maître de la poste aux chevaux de Paris
de fournir le nombre ordinaire de chevaux nécessaire
pour le départ de ces courriers.
[Mandat d'arrêt contre les auteurs et imprimeurs de 32 feuil-
les périodiques 2.]
Le Directoire reçoit l'avis que des chouans, se disant
membres du Corps législatif, sont rassemblés chez
Henry Longuève, et que le nommé Derisse, ci-devant
aide de camp de Miranda, espion des Inspecteurs de la
salle, a dit ce matin qu'ils allaient se rassembler au
nombre de dix mille pour chercher à laire une trouée
avec les députés coupables qui voudront se sauver avec
eux. Le Directoire transmet de suite au général com-
mandant la 17^ division militaire ces renseignements,
avec une lettre portant invitation de prendre les mesures
qu'ils exigent.
[Envoi au Conseil des Cinq-Cents d'un message sur les
mesures prises 3. Loi sur l'entrée des troupes dans le rayon
1. Neuf heures et demie du soir.
2. Moniteur du 21 fructidor — j septembre ; Réimpression, t. XXVIII, p. 797.
■3. Moniteur du 22 fructidor — 8 septembre ; Réimpression, t. XXVIII, p. 799.
i.E COUP d'État. 55
constitutionnel i. S'assurer si le général Dupont, chef du
bureau topographique, qui a quitte son poste, est à Aix-la-
Chapelle pour prendre les eaux 2.]
Il est minuit, la séance se continue ainsi qu'il suit :
Du dix-neuf fructidor, an cinq de la République française,
une et indivisible.
On décerne un mandat d'arrêt contre les nommés Du-
pont (de Nemours), auteur du journal dit V Historien, et
Fiévée, l'un des rédacteurs de la Gazette française, tous
deux prévenus de conspiration contre la sûreté intérieure
et extérieure de la République...., spécialement de provo-
cation au rétablissement de la Royauté et à la dissolution
du gouvernement républicain, pour être poursuivis et
jugés comme tels, conformément à la loi du 28 germiial
an IV 5.
[Rapport de l'arrêté rendu par erreur contre l'auteur et
l'imprimeur du Mercure français^ qui aura son effet contre
Gussac et Babié, auteurs, et Gussac, imprimeur du Mercure
universel 4.]
Il est arrêté que Duverne de Presle, dit Dunan, actuel-
lement détenu au Temple, sera transféré sur-le-champ
à la Force, avec les précautions nécessaires pour em-
pêcher son évasion 5.
Le Ministre de la police générale donne avis au Direc-
toire de l'arrestation du nommé Godard, fournisseur.
Il le prévient aussi qu'il a fait conduire au Temple le
général Murinais, membre du Conseil des Anciens.
1. Huit heures et demie du soir.
2. Huit heures du soir.
3. 19 fructidor, trois heures un quart du matin. Iiifra, 89.
4. Moniteur du 21 fructidor — j septembre, loc. cit., p. 797.
5. Cinq heures trois quarts du matin.
56 LE COUP d'état.
On lit une lettre du président du Conseil des Cinq-
Cents, par laquelle il invite le Directoire à ordonner la
mise en liberté des Représentants du Peuple arrêtés, qui
ne sont pas compris dans la mesure de sûreté générale
portée dans la résolution de ce Conseil du jour d'hier i.
[Loi portant que les généraux, etc., ont bien mérité de la
patrie 2.]
On adresse un Message à l'un et à l'autre Conseil pour
leur représenter que toute lenteur à prendre les mesures
législatives que les circonstances commandent, com-
promet la chose publique ; que les conspirateurs ont
veillé ; qu'ils ont repris leur audace, renouvellent leurs
intrigues, égarent l'opinion, et se vantent déjà de punir
bientôt les républicains du triomphe qu'ils ont obtenu;
on invite en conséquence les Représentants du peuple à
connaître le prix du moment, à le saisir, à être les libéra-
teurs de leur pays et à fonder à jamais son bonheur et sa
gloire.
[Ordre au ministre de la justice d'inviter les administrations
centrales qui n'ont pas encore envoyé le tableau de déprécia-
tion du papier-monnaie, de se conformer sans délai à l'ordre
qu'elles en ont reçu.]
Sur la proposition du ministre de la guerre, il est
arrêté : 1° que le général Beurnonville, commandant en
chef l'armée française à la solde de la République Batave,
actuellement en congé à Paris, ira rejoindre sans délai
son poste ;
1. On lit au Moniteur du 25 fructidor : « Un arrêté du Directoire exécutif
du 19 a ordonné la mise en liberté des membres ci après : Goupil de Pré-
feln, Tupinier, Perrée (de la Manche), Jarry des Loges, Delamétherie,
Dauchy, Derumare, Fayolle et Piédou d'Héritot.
2. Trois heures et demie du matin.
LE COUP d'ÉTAï. 57
2° Que la 24® division militaire demeurera réunie au
commandement du général en chef de l'armée de Sambre-
et-Meuse, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné;
3° Que les corps d'infanterie, cavalerie et artillerie aux
ordres du général divisionnaire Lemoine, qui ont reçu
l'ordre de se rendre à Dreux, se dirigeront sur Paris,
pour être aux ordres du général commandant la 17* divi-
sion militaire ;
4° Que les deux régiments de chasseurs à cheval, aux
ordres du général Richepanse, qui ont ordre de se rendre
à Château-Thierry, se dirigeront de suite à Paris, pour y
être également aux ordres du général commandant la
17® division.
[Délibération sur l'annulation d'une liste de jurés par l'ad-
ministration d'Indre-et-Loire. — Message aux Cinq-Cents sur
l'embarras des linances.]
Le Ministre de la police générale informe par une lettre
le Directoire que les femmes des députés détenus lui
demandent la permission de voir leurs maris; que le ci-
toyen Goupil de Préfeln, arrêté chez Lafond-Ladebat (sic),
est réclamé par quelques-uns de ses collègues ; et que des
négociants connus le sollicitent de permettre que ledit
Lafond-Ladebat soit renvoyé chez lui pour quelques
heures pour donner des acquits sur des lettres de change
qu'on doit lui payer aujourd'hui. Le ministre est d'avis
qu'on peut permettre à sa femme d'entrer auprès de lui
avec un notaire pour recevoir sa procuration.
[Loi du 19 fructidor, transmise par le Conseil des Anciens i.
— Permission aux parents et amis des députés de communi-
quer avec eux, sous les précautions convenables, et à la
I. Infra, p. 5q-'j2, et Moniteur du 24 fructidor — 10 septembre, loc. cit., p. 809.
58 LE COUP d'état.
femme de Laffon-Ladébat d'entrer avec mi notaire auprès de
son mari pom^ recevoir sa procuration i. Message du Direc-
toire aux Cinq-Cents sur Imbert-Colomès, etc.]
Il est arrêté que le service de la poste aux lettres, de
la poste aux chevaux et des messageries sera repris dès
demain et rempli en la forme ordinaire.
D'après les mesures prises jusqu'à ce moment par le
Corps législatif et par le Directoire, pour le rétablissement
de l'ordre public, le Directoire a levé la permanence de sa
séance, et ordonné qu'à la diligence du Ministre de la
police générale, qui se concertera à cet effet avec le géné-
ral commandant en chef la l'j^ division militaire, la liberté
des communications sera rétablie et les barrières de Paris
ouvertes 2.
On adresse copie de l'arrêté ci-dessus au Ministre de la
police générale, et on lui recommande de donner des
ordres pour qu'il reçoive dès cette nuit son exécution, un
plus long retard pouvant nuire à l'approvisionnement de
cette grande commune. Le Directoire avait dès le matin
pris les précautions nécessaires pour assurer la libre cir-
culation des subsistances, malgré la clôture des barrières,
en écrivant au Ministre de la police générale, au Bureau
Central et au général Augereau de se concerter à cet effet.
Le Président du Directoire exécutif,
L.-M. Revellière-Lépeaux.
Par le Directoire exécutif :
Le Secrétaire général,
Lagarde.
A. N. AF III*.
T. 19 fructidor, onze heures du soir,
a. Id,
LE COUP d'État. 69
IL
LOI DU 19 FRUCTIDOR AN V
(5 septembre 1797 •)
« Le Conseil des Cinq-Cents, considérant que les ennemis
de la République ont constamment suivi le plan qui leur a été
tracé par les instructions saisies sur Brotier, Berthelot de la
Villeurnoy et Duverne-de-Praile (sic) et qu'ils ont été secondés
par une foule d'émissaires royaux disséminés sur tous les
points de la France ;
« Considérant qu'il a été spécialement recommandé à ces
agents de diriger les opérations et les choix des dernières
assemblées primaires, communales et électorales, et de faire
tomber tous ces choix sur les partisans de la royauté ;
« Qu'à l'exception d'un petit nombre de départements où
l'énergie des républicains les a neutralisés, les élections ont
porté aux fonctions publiques, et fait entrer jusques dans le
sein du Corps législatif des émigrés, des chefs de rebelles et
des royalistes prononcés ;
« Considérant que, la constitution se trouvant attaquée par
une partie de ceux-là mêmes qu'elle avait spécialement
appelés à la défendre, et contre qui elle ne s'était pas précau-
tionnée, il ne serait pas possible de la maintenir sans recourir
à des mesures extraordinaires;
« Considérant enfin que, pour étouffer la conspiration exis-
I. Extrait du « Procès-verbal de la séance permanente du Conseil des
Cinq-Cents des 18, 19,20, 21, 22 et 23 fructidor, an cinquième de la Républi-
que française, une et indivisible ; imprimé par ordre du Conseil. Fructi-
dor an y, à Paris, de l'Imprimerie nationale. » — Bien qu'il ne soit pas
difficile de se procurer le texte de cette loi, j'ai pensé qu'il pouvait être
commode au lecteur de l'avoir sous les yeux : i" parce qu'elle résume
presque toutes les mesures prises au coup d'État ; 2° parce que maint
document que nous aurons à citer par la suite se réfère à plusieurs articles
de cette loi. J'ai pris soin de donner en note les textes de lois antérieures
auxquels renvoie celle-ci.
6o LE COUP d'État.
tante, prévenir la guerre civile et l'effusion générale de sang
qui allait en être la suite inévitable, rien n'est plus instant
que de réparer les atteintes portées à l'acte constitutionnel
depuis le premier prairial dernier, et de prendre les mesures
nécessaires pour empêcher qu'à l'avenir la liberté, le repos
et le bonheur du peuple ne soient encore exposés à des
dangers,
« Déclare qu'il y a urgence.
« Le Conseil, après avoir déclaré l'urgence, prend la résolu-
tion suivante ;
Article P"^.
« Les opérations des assemblées primaires, communales et
électorales des départements de l'Ain, l'Ardèche, l'Ariège,
l'Aube, l'Aveyron, Bouches-du-Rhône, Calvados, Charente,
Cher, Côte-d'Or, Côtes-du-Nord, Dordogne, l'Eure, Eure-et-
Loir, Gironde, Hérault, lUe-et- Vilaine, Indre-et-Loire, Loire,
Haute-Loire, Loire-Inférieure, Loiret, Manche, Marne, Mayenne,
Mont-Blanc, Morbihan, Moselle, les Deux-Nèthes, Nord, Oise,
Orne, Pas-de-Calais, Puy-de-Dôme, Bas-Rhin, Haut-Rhin,
Rhône, Haute-Saône, Saônc-et-Loire, Sarthe, Seine, Seine-
Inférieure, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Somme, Tarn, Var,
Vaucluse, Yonne, sont déclarées illégitimes et nulles.
Article H.
« Celles de l'assemblée électorale du département du Gers
sont déclarées légitimes et valables ;
« En conséquence, le citoyen Duffau est admis au Conseil
des Anciens, et les citoyens Carrière-Lagarrière et Sauran
sont admis au Conseil des Cinq-Cents i.
« Les administrateurs et les juges nommés par cette assem-
blée entreront incessamment en fonctions.
« Le haut juré nommé par la même assemblée remplira les
fonctions attachées à cette qualité.
I. Les élections de ces trois représentants avaient été annulées le 6 fruc-
tidor an V.
I
LK COUP d'État. Gi
Article III.
« La loi du 22 i prairial dernier, relative aux opérations de
l'assemblée électorale du département du Lot, est rapportée.
« Les opérations de l'assemblée tenue dans la maison de la
Palonie sont déclarées nulles ; celles de l'assemblée tenue
dans la ci-devant église du collège de Cahors sont déclarées
valables.
« En conséquence, le citoyen Lachièze, élu membre du Con-
seil des Anciens, et les citoyens Poncet et Delbrel, élus
membres du Conseil des Cinq-Cents, prendront leur place.
Article IV.
« Les individus nommés à des fonctions publiques par les
assemblées primaires, communales et électorales, sans excep-
tion de ceux nommés au Corps législatif, des départements
cités dans l'article premier, cesseront toutes fonctions à l'ins-
tant de la publication de la présente loi, sous les peines
portées par l'article VI de la cinquième section du titre pre-
mier de la seconde partie du code pénal 2.
Article V.
« Le Directoire exécutif est chargé de nommer aux places
qui deviennent vacantes dans les tribunaux en vertu dos
articles précédents, ainsi que celles qui viendraient à vaquer
1. Lire : 27.
2. Il est ainsi conçu : « Tout fonctionnaire public révoqué ou destitué,
suspendu ou interdit par l'autorité supérieure qui avait ce droit; tout fonc-
tionnaire public, électif et temporaire, après Fexpiration de ses pouvoirs,
qui continuerait Texercice des mêmes fonctions publiques, sera puni de la
peine de deux années de gêne. — Si, par suite et à l'occasion de sa résis-
tance, il survient un attroupement de la nature de ceux mentionnés aux
articles 4, 5 et 6 de la précédente section, meurtres ou autres crimes, ledit
fonctionnaire public en sera responsable et subira les peines portées contre
les séditieux et les auteurs des meurtres et autres crimes qui auront été
commis. » — Code pénal des 25 septembre et 6 octobre 1791. (Dalloz, Réper-
toire de jurisprudence, t. XXX, p. 236.)
62 LE COUP d'État.
par démission ou autrement avant les élections du mois de
germinal de l'an vi.
Article VI.
« Les nominations faites par le Directoire exécutif en vertu
de l'article précédent auront, en tous points, le même effet
et la même durée que si elles avaient été faites par les assem-
blées primaires et électorales.
Article VIL
« La loi du premier prairial dernier, qui, en contravention à
l'article 78 de l'acte constitutionnel i, rappelle dans le Corps
législatif les citoyens Aimé, Mersan, Ferrand-Vaillant, Gau et
Polissart, est rapportée.
Article VIII.
« Est pareillement rapporté l'article premier de la loi du
9 messidor dernier, portant, au mépris du même article de
l'acte constitutionnel, révocation des articles I, II, III, IV, V
et VI de la loi du 3 brumaire an iv, relatifs aux parents
d'émigrés, etc. 3.
Article IX.
« Les articles I, II, III, IV, V et VI de ladite loi du 3 bru-
maire an IV sont rétablis, et resteront en vigueur pendant les
quatre années qui suivront la publication de la paix générale.
î. Art. 78. Toute proposition qui, soumise à la discussion, a été défini-
tivement rejetée après la troisième lecture, ne peut être reproduite
qu'après une année révolue. — Voir à VIndex alphabétique, qui termine le
volume, des notes biographiques sur ces députés.
2. Art. I". La loi du "3 brumaire an iv est regardée comme non avenue en
ce qui concerne l'exclusion des Ibnctions publiques. — Pour les articles
de la loi du 3 brumaire an iv cités à l'article suivant, cf. Duvergier, t. VIII,
p. 431-432,
LE COUP d'État. ()'3
Article X.
« Aucun parent ou allié d'émigré au degré déterminé par
l'article II i de ladite loi ne sera admis, pendant le même
espace de temps, à voter dans les assemblées primaires, et
ne pourra être nommé électeur, s'il n'est compris dans l'une
des exceptions portées par l'article IV de la même loi 2.
Article XI.
« Nul ne sera non plus admis à voter dans les assemblées
primaires et électorales, s'il n'a préalablement prêté devant
l'assemblée dont il sera membre, entre les mains du prési-
dent, le serment individuel de haine à la royauté et à l'anar-
chie, de fidélité et attachement à la République et à la consti-
tution de l'an m.
Article XII.
« L'article II de la loi du 9 messidor dernier 3 est également
rapporté en ce qui concerne les cheis des rebelles de la Vendée
et des chouans, auxquels, [en conséquence], la disposition de
l'article de la présente loi, demeure commune.
« Sont à cet égard réputés chefs des rebelles de la Vendée
1. Art. 2. Tout individu qui a été porté sur une liste d'émigrés et n'a
pas obtenu sa radiation délînitive; les pères, fils et petits-fils, frères et
beaux-frères, les alliés au même degré, ainsi que les oncles et neveux des
individus compris dans la liste d'émigrés et non définitivement rayés,
sont exclus, jusqu'à la paix générale, de toutes fonctions législatives,
administratives, municipales et judiciaires, ainsi que de celles de haut
juré près la cour nationale, et de juré près les autres tribunaux.
2. Art. 4. Sont exceptés des dispositions des articles 2 et 3 les citoyens
qui ont été membres de l'une des trois assemblées nationales, ceux qui,
depuis l'époque de la Révolution, ont rempli sans interruption des fonc-
tions publiques au choix du peuple, et ceux qui obtiendront leur radia-
tion définitive ou celle de leurs parents ou alliés.
S. Art. 2. Les articles 2, 3, 4 et 5 de la loi du 14 frimaire an v sont pareil-
lement regardés comme non avenus. — Il s'agit d'un arrêté du Directoire
relatif aux prévenus de la conspiration du i3 vendémiaire. {Bulletin des
lois, t. LXL p. i58.)
64
LE COUP D ETAT.
et des chouans ceux qui sont désignés comme tels par la loi
du 5 juillet 1798 i.
Article XIII.
« Les individus ci-après nommés 2,
Du Conseil des Cinq-Cents
Aubry,
J.-J. Aimé, dit Job Aimé,
Bayard,
Blain(des Bouches-du-Rhône),
Boissy-d'Anglas,
Borne,
Bourdon (de l'Oise),
Gadroi,
Coucheri,
Delahaye (de la Seine-Infé-
rieure),
Delarue,
Doumerc,
Dumolard,
Duplantier,
Duprat,
Gibert-Desmolières,
Henry Larivière,
Imbert-Golomès,
Camille Jordan,
André -Joseph Jourdan (des
Bouches-du-Rhône),
Gau,
Lacarrière,
Lemarchand-Gomi court,
Lemerer,
Mersan,
Madier,
Maillard,
Noailles,
André (de la Lozère),
Mac-Curtain,
Pavie,
Pastoret,
Pichegru,
Polissart,
Praire-Montaud,
Quatremère-Quincy,
Saladin,
Siméon,
Vauvilliers,
Vienot-Vaublanc,
Villaret-Joyeuse,
Willot ;
1. Art. unique. Seront réputés chefs d'émeutes et révoltes dont il est
parlé dans Tarticle i" du décret du 19 mars, les membres des Comités de
régie et administration, formés soit pour leur direction, soit pour le vête-
ment, l'armement, équipement et les subsistances des révoltés, ceux qui
signent les passeports, ceux qui enrôlent. Seront pareillement réputés
chefs desdites émeutes et révoltes, les prêtres, les ci-devant nobles, les
ci-devant seigneurs, les émigrés, les administrateurs, les officiers munici-
paux, les juges, les hommes de loi, qui auront pris part dans lesdites
émeutes et révoltes; en conséquence, ils seront, comme les chefs eux-
mêmes, punis de mort.
2. V. VIndex alphabétique. L'orthographe est celle du document.
LI<: COUP 1) KTAT.
65
Du Conseil des Anciens.
Barbé-Marbois,
Dumas,
r errant-Vaillant,
LafTon-Ladebat,
Laiimont,
Muraire,
Carnot, directeur,
Barthélémy, directeur,
Brottier, ex-abbé,
Lavilllicurnois {sic), ex-ma-
gistrat,
Duverne-Dupresle, ditDunan,
Cochon, ex-ministre de la po-
lice.
Murinais,
Paradis,
Portalis,
Rovère,
Tronson-Ducoudray ;
Dossonville, ex-employé de
la police,
Miranda, général,
Morgan, général,
Suard, journaliste,
Mailhe, ex-conventionnel,
Ramel, commandant des gre-
nadiers du Corps législatif,
seront, sans retard, déportés dans le lieu qui sera déterminé
par le Directoire exécutif;
« Leurs biens seront séquestrés aussitôt après la publication
de la présente loi, et mainlevée ne leur en sera accordée que
sur la preuve authentique de leur arrivée au lieu fixé pour
leur déportation.
Article XIV.
(( Le Directoire exécutif est autorisé à leur procurer provi-
soirement, sur leurs biens, les moyens de pourvoir à leurs
secours les plus urgents.
Article XV.
« Tous les individus inscrits sur la liste des émigrés, et non
rayés définitivement, sont tenus de sortir du territoire de la
République; savoir, de Paris et de toute autre commune dont
la population est de vingt mille habitants et au-dessus, dans
les vingt-quatre heures qui suivront la publication de la pré-
sente loi; et dans les quinze jours qui suivront cette même
publication, de toutes les autres parties de la République.
l8 FRUCTIDOR. 5
OG LE COUP d'état.
Article XVI.
« Passé les délais respectifs prescrits par l'article précé-
dent, tout individu inscrit sur la liste des émigrés, et non
rayé définitivement, qui sera arrêté dans le territoire de la
République, sera traduit devant une commission militaire,
pour y être jugé dans les vingt-quatre heures, d'après l'ar-
ticle II du titre IV de la loi du 25 brumaire an m, relative aux
émigrés i.
Article XVII.
« Cette commission sera composée de sept membres qui
seront nommés par le général commandant la division mili-
taire dans l'étendue de laquelle l'individu inscrit sur la liste
des émigrés, et non raj^é définitivement, aura été arrêté.
« Les jugements ne pourront être attaqués par recours à
aucun autre tribunal, et seront exécutés dans les vingt-quatre
heures de leur prononciation.
Article XVIII.
« Les dispositions ci-dessus sont applicables aux individus
qui, ayant émigré, sont rentrés en France, quoiqu'ils ne soient
inscrits sur aucune liste d'émigrés.
Article XIX.
« Les émigrés actuellement détenus seront déportés, et
ceux d'entre eux qui rentreront en France seront jugés et
punis ainsi qu'il est prescrit par les articles XVI et XVII de
la présente 2.
1. Art. I". Les émigrés sont bannis à perpétuité du territoire français,
et leurs biens sont acquis à la République. — Art. 2. L'infraction de leur
bannissement sera punie de mort.
2. C'est à ces art. XV, XVI, XVII, XVIII et XIX que se référeront les juge-
ments dos commissions militaires qu'on trouvera plus loin dans ce volume.
LE COUl' d'ÉTA'I'. (rj
Article XX.
« Les individus inscrits sur la liste des émigrés, et non
rayés définitivement, qui ont réclamé contre leur inscription
avant le 26 floréal an m, pourront correspondre des pays
étrangers avec leurs parents, amis ou fondés de pouvoirs
résidant en France, mais seulement pour tout ce qui sera
relatif à leur demande en radiation définitive.
Article XXI.
« Toute correspondance pour d'autres objets, quels qu'ils
soient, avec des individus inscrits sur la liste des émigrés,
est interdite; et tout individu domicilié ou séjournant dans le
territoire de la République, qui en sera convaincu, sera,
comme complice d'émigré, puni des peines portées par l'ar-
ticle VI du titre IV de la loi du 25 brumaire an m i.
Article XXII.
« Les lois des 22 et 3o prairial dernier 2, qui rayent défini-
tivement de la liste des émigrés les noms de François-Gré-
goire de Rumare et de Jacques-Imbert Golomès, sont rap-
portées.
Article XXIII.
<( La loi du 7 de ce mois, qui rappelle les prêtres déportés,
est révoquée 3.
1. Art. 6. Seront condamnés à dix années de fers ceux qui auront fabri-
qué de faux certificats de résidence pour les émig-rés, et à quatre années
de la même peine ceux convaincus d'avoir sciemment recelé des émigrés,
ou facilité leur rentrée sur le territoire français ; ils seront en outre res-
ponsables, sur leurs biens, des dommages que leur délit aura pu causer à
la République.
2. Bulletin des lois, t. GXXVIII, n° 1233.
3. Art. 1". Les lois qui prononcent la peine de déportation ou de réclu-
sion contre les ecclésiastiques qui étaient assujettis à des serments ou à
des déclarations, ou qui avaient été condamnés par des arrêtés ou des
GS
LE COUP I) KTAT.
Article XXIV.
« Le Directoire exécutif est investi du pouvoir de déporter,
par des arrêtés individuels motives, les prêtres qui trouble-
raient dans l'intérieur la tranquillité publique i.
Article XXV.
« La loi du 7 vendémiaire an iv sur la police des cultes 2
continuera d'être exécutée à l'égard des ecclésiastiques auto-
risés à demeurer dans le territoire de la République, sauf
qu'au lieu de la déclaration prescrite par l'article VI de ladite
loi 3, ils seront tenus de prêter le serment de haine à la
royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la
République et à la constitution de l'an m.
Article XXVL
« Tout administrateur, officier de police judiciaire, accusa-
teur public, juge, commissaire du pouvoir exécutif, officier
ou membre de la gendarmerie nationale, qui ne fera pas exé-
cuter ponctuellement, en ce qui le concerne, les dispositions
ci-dessus relatives aux émigrés et aux ministres des cultes,
ou qui en empêchera ou entravera l'exécution, sera puni de
deux années de fers, à l'effet de quoi le Directoire exécutif est
autorisé à décerner tous mandats d'arrêt nécessaires.
jugements, comme réfractaires, ou pour cause d'incivisme, et contre ceux
qui avaient donné retraite à des prêtres insermentés, sont et demeurent
abrogées. — Art. 2. Les lois qui assimilent les prêtres déportés aux émi-
grés sont également rapportées. — Art. [3. Les individus atteints par les
susdites lois l'entrent dans tous les droits de citoyens français, en rem-
plissant ies conditions prescrites par la Constitution pour jouir de la
susdite qualité.
1. C'est en vertu de cet article que le Directoire prononcera, à lui seul,
indépendamment des arrêtés pris par les administrations centrales, des
milliers d'arrêtés de déportation.
2. Duvergier, t. VIII, p. 36o et suivantes.
3. « Je reconnais que Tuniversalité des Citoyens français est le souve-
rain, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. »
LE COUP d'État. 69
Article XXVII.
« Les dispositions des lois des 2 vendémiaire i et 24 messi-
dor an IV, qui prorogent l'exercice des membres du tribunal
de cassation, élus pour quatre années seulement en 1791, sont
rapportées.
« En conséquence, chaque membre du tribunal de cassation
élu en 1791 cessera ses fonctions aussitôt qu'il sera rem-
placé.
Article XXVIII.
« Le Directoire exécutif est chargé de nommer les rempla-
çants.
Article XXIX.
« Les dix juges qui, d'après l'article 269 de l'acte constitu-
tionnel 2, doivent sortir tous les ans du tribunal de cassation,
seront pris, au mois de prairial an vi, parmi les juges nom-
més en vendémiaire an iv.
Article XXX.
« Le cinquième sortant en prairial an vu sera composé du
restant des membres élus en vendémiaire an iv, et supplétive-
ment des membres nommés par le Directoire exécutif, en exé-
cution de la présente loi '^.
1. Ln*e a brumaire. Duvergier, t. VIII, p. 421, et t. IX, p. i4o.
2. Art. 259. « Ce tribunal est renouvelé par cinquième tous les ans. —
Les assemblées électorales des départements nomment successivement et
alternativement les juges qui doivent remplacer ceux qui sortent du tri-
bunal de cassation. — Les juges de ce tribunal peuvent toujours être
réélus. »
3. Les dispositions des articles XXIX et XXX de la loi du 19 fructidor
correspondent à celles qui, en vertu du décret du 5 fructidor an m, obli-
geaient les électeurs de prendre les deux tiers de conventionnels pour
former le nouveau Corps législatif. On devine sous quelles influences, à
la suite de l'échauffourée du i3 vendémiaire, avaient été élus les juges du
ti'ibunal de cassation.
;0 LE COUP D ETAT.
Article XXXI.
« Le cinquième sortant en prairial an viii sera pris parmi
les membres nommés par le Directoire exécutif en exécution
de la présente loi, et ainsi successivement d'année en année,
jusqu'à ce qu'ils soient tous sortis.
Article XXXII.
« Aucun juré ordinaire, spécial ou haut juré, ne pourra
exercer de fonctions avant d'avoir prêté le serment de haine
à la royauté, à l'anarchie, de lidélité et attachement à la Ré-
publique et à la constitution de l'an m.
Article XXXIII.
« Les jurés ne pourront, dans les vingt-quatre heures de
leur réunion, voter pour ou contre qu'à l'unanimité; ils se-
ront, pendant ce temps, exclus de toute communication exté-
rieure. Si, après ce délai, ils déclarent qu'ils n'ont pu s'accor-
der pour émettre un vœu unanime, ils se réuniront derechef,
et la déclaration se fera à la majorité absolue.
Article XXXIV.
« Les décrets des i^^ août et 17 septembre 1793, et 21 prai-
rial an III I, qui ordonnent l'expulsion des Bourbons, y com-
pris la veuve de Philippe-Joseph d'Orléans, et la conliscation
I. 1" août 1793, art. ']. Tous les individus de la famille des Bourbons
seront déportés hors du territoire de la République, à l'exception des deux
enfants de Louis XVI et des individus de la famille qui sont sous le glaive
de la loi. — ij septembre 1798 : c'est la loi des suspects, rendue sur le rap-
port de Merlin (de Douai) ; son rapport est au Moniteur du 19 septembre ;
Duvergier, VI, 2i3. — 21 prairial an m, art. 2. Sont néanmoins mainte-
nues les confiscations des biens, droits et actions de Louis XVI, de sa
veuve, de sa sœur et de Philippe d'Orléans ; et il n'est point d'ailleurs
dérogé aux décrets qui prononcent la confiscation ou ordonnent la main-
mise nationale sur les biens des autres individus de la famille des Bour-
bons. (Duvergier, t. VIII, p. 168.)
LE COUP D ETAT. ^I
de leurs biens, seront exécutés, et il est dérogé à toute dis-
position contraire.
« Le Directoire exécutif est chargé de désigner le lieu de
leur déportation, et de leur assigner, sur le produit de leurs
biens, les secours nécessaires à leur existence ».
Article XXXV.
« Les journaux, les autres feuilles périodiques, et les
presses qui les impriment, sont mis, pendant un an, sous
l'inspection de la police, qui pourra les prohiber, aux termes
de l'article 355 de l'acte constitutionnel 2.
Article XXXVL
« La loi du 7 thermidor dernier, relative aux sociétés parti-
culières s'occupant de questions politiques, est rapportée 3.
Article XXXVIL
« Toute société particulière, s'occupant de questions poli-
tiques, dans laquelle il serait professe des principes contraires
à la constitution de l'an m, acceptée par le peuple français,
sera fermée ; et ceux de ses membres qui auraient professé
ces principes, seront poursuivis et punis conformément à la
loi du 27 germinal an iv 4.
I. Infva^ p. 80.
'j.. Art. 355 Toute loi prohibitive en ce gem-e (limitation à la liberté
de presse), quand les circonstances la rendent nécessaire, est essentielle-
ment provisoire, et n'a d'effet que pendant un an au plus, à moins qu'elle
ne soit formellement renouvelée.
3. Art. i<='. Toute Société particulière s'occupant de questions politi-
ques est provisoirement défendue. — Art. a. Les individus qui se réuni-
raient dans de pareilles sociétés seront traduits aux tribunaux de police
correctionnelle, pour y être punis comme coupables d'attroupement. —
Art. 3. Les propriétaires ou principaux locataires des lieux où s'assem-
bleraient lesdites sociétés seront condamnés par les mêmes tribunaux à
une amende de 1,000 fr. et à trois mois d'emprisonnement.
4. Duvergier, t. IX, p. 93-94 : Loi portant des peines (mort, et en cas de cir-
constances atténuantes, déportation) contre toute espèce de provocation
LE COUP D ETAT.
Article XXXVIII.
« Les lois des 25 thermidor dernier et i3 fructidor présent
mois, relatives à l'organisation et au service de la garde na-
tionale, sont rapportées i.
Article XXXIX.
« Le pouvoir de mettre une commune en état de siège est
rendu au Directoire. »
m.
PIEGES DIVERSES
jer
LE GÉNÉRAL AUGEREAU »
I.
18 fructidor — 4 septembre.
Ordre d'Augereau, à 3 heures du matin, au général
Montigny d'armer les invalides : 180 fusils.
à la dissolution du gouvernement républicain et tout crime attentatoire
à la sûreté publique et individuelle.
1. Uuvergier, t. X, p. 14 et 87.
2. Les pièces qui suivent sont en général reproduites d'après un registre
de copies de lettres qui a pour titre : Correspondance du général Augereaii
du g août au 25 septembre / j7,9J. Donné au Dépôt de la guerre par M. de Saint-
Aldegonde, février 1802. — M. de Saint-Aldegonde avait épousé la veuve
d'Augereau.
LE COUP d'État. 73
Ordre à Kellermaun d'envoyer 2,5oo hommes à Mar-
seille et autant à Lyon.
Ordre à Moreau d'envoyer des troupes à Dijon.
Ricliepanse à Château-Thierry et loo hommes à Laon.
II.
Même date.
En vertu des ordres du Directoire exécutif, le con-
cierge de la maison d'arrêt du Temple recevra le citoyen
Aubry.
Au GERE AU.
III.
Même date.
Au commandant des Tuileries.
Il vous est ordonné, citoyen, de faire sortir tous les
citoyens quelconques qui voudraient s'introduire dans
le lieu des séances du Corps législatif.
AUGEREAU.
IV.
10 fructidor — 5 septembre.
Tableau des forces militaires dans l'intérieur.
A Dreux, 5,ooo hommes aux ordres du général Lemoine,
qui était en marche pour se rendre dans les départe-
ments de l'ouest.
A Cambrai, 3,ooo hommes ) _ _^
. ^ . ^ > venant de JNamur.
A boissons, J,ooo — )
A Château-Thierry, deux régiments de cavalerie légère
aux ordres du général Ricliepanse.
74 lE COUP d'état.
A Dijon, 2,000 hommes de Rhin-et-Moselle.
A Lyon, 2,5oo hommes d'Italie.
A Marseille, 2,5oo hommes.
Environ 100,000 hommes dans l'intérieur.
17^ division : 20,892 hommes. — Présents : 18,216.
Archives de la guerre.
V.
Ajournement des revues à Paris.
Même date.
VI.
Même date.
Le général Augereau, etc., au Directoire.
D'après tous les rapports, le calme le plus parfait
règne sur tous les points de la ville. Les patrouilles se
croisent en tous sens et la surveillance la plus active est
exercée. 100 hommes d'infanterie, 25 chevaux et une
pièce de canon ont été envoyés au Temple. Un général
que j'ai instruit de vos intentions s'est rendu au fau-
bourg Antoine avec 25 chevaux ; il est chargé de lire aux
habitants la lettre dont je vous remets ci-joint la copie.
Des piquets de cavalerie sont aussi en station aux fau-
bourgs Poissonnière et Saint-Denis ; ainsi tout rassemble-
ment devient impraticable, et, dans le cas où quelque
mouvement aurait lieu, j'en serais sûrement et prompte-
ment informé et mes mesures sont déjà prises. Chacun
veille à son poste et toutes les communications sont ré-
servées. Vous pouvez donc, citoyens Directeurs, vous
reposer sur ma vigilance et être sans inquiétude sur la
situation de Paris.
LE COUP D KTAT. 'JO
VII.
21 fructidor — ^ septembre.
Ordre aux troupes de Dreux (5,ooo hommes) de rétro-
grader sur Paris; — même ordre aux chasseurs de
Richepanse, à Château-Thierry.
VIII.
32 fructidor — 8 septembre.
1,000 hommes des 2,000 de l'armée de Rhin-et-Moselle,
dirigés sur Dijon, se rendront à Bordeaux pour y main-
tenir la tranquillité publique '.
IX.
23 fructidor — 9 septembre.
Les troupes qui doivent arriver à Paris seront campées.
X.
24 fructidor — 10 septembre.
Ordonne à l'adjoint aux adjudants généraux, Groizart,
de se rendre à Dreux, en poste, pour y recevoir et faire
filer sans délai sur Paris la 9® demi-brigade d'infanterie
légère, la légion des Francs, le 10® régiment de hussards et
un détachement d'artillerie formant environ 5, 000 hommes;
les faire partir pour Paris au fur et à mesure de leur
arrivée à Dreux ; communiquer la loi du 19 fructidor et
I. Cet ordre fut rétracté quelques jours après.
^6 LE COUP d'État.
celle du i8 qui autorise le Directoire à faire entrer dans
le rayon constitutionnel les troupes qu'il jugera nécessaire.
AUGEREAU.
XI.
4° complémentaire an v — 30 septembre.
Du général Augereaii. Des plaintes multipliées se pro-
duisent contre la légion des Francs. « S'il en parvient
de nouvelles, je n'hésiterai pas à provoquer toute la sévé-
rité du gouvernement contre elle. »
XII.
2 vendémiaire an vi — « 23 septembre 179-i.
Mort du général Hoche, le 3 complémentaire, an v. —
Nomination d'Augereau au commandement des armées
de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle. « On expédie
aussitôt un courrier extraordinaire au général Bonaparte
pour le prévenir de cette mort imprévue et du choix qui
vient d'être fait du général Augereau. »
Le général Lemoine est nommé pour remplacer Auge-
reau au commandement de la 17® division militaire.
XIII.
CORPS LÉGISLATIF. — CONSEIL DES CINQ-CENTS
Paris, le 3 vendémiaire, Tan sixième de la République
française, une et indivisible.
Les représentants du peuple, membres des commissions des
inspecteurs des deux Conseils, au Directoire exécutif.
Nous devons vous instruire, citoyens Directeurs, que la
LE COUP I) ETAT. ^^
légion des Francs eu station à Paris cherche querelle et
à chaque instant aux grenadiers de la représentation na-
tionale et aux dragons du 2i« régiment; il s'ensuit des
coups de sabre à toute minute, d'après les rapports qui
nous sont faits.
Nous avons donné les ordres les plus précis pour mul-
tiplier les patrouilles autour de notre enceinte, afin d'ar-
rêter ces duels multipliés, mais ces moyens devenant in-
suffisants, nous nous hâtons de vous inviter de vouloir
bien ordonner l'éloignement de quelques distances de
Paris la légion des Francs (sic).
Salut et fraternité.
Jacomin. Gales. ïalot.
Lacuée.
Le Paige. J.-J. Lacombe-S'-Miciiel.
En marge :
Renvoyer au ministre de la guerre pour prendre de très
promptes informations et proposer de promptes mesures.
L.-M. Revellière-Lépeaux.
Autographe.
Archives de la Guerre.
XIV.
Même date.
La légion des Francs, infanterie, artillerie et cavalerie,
et le 21^ régiment de dragons se rendront sans délai à
l'armée de Rhin-et-Moselle.
A. N. AF m *. Registre du Directoire.
^8 LE COUP d'État.
XV.
4 vendémiaire an vi — aS septembre.
Ordre d' Augereaii.
Tout militaire de la 17® division qui provoquera en
duel un de ses camarades, ceux qui seront surpris à se
battre ou se portant au rendez-vous du combat, seront sur-
le-champ arrêtés, conduits en prison pour de là être con-
duits en conseil de guerre et y être condamnés aux pei-
nes portées par la loi.
Les généraux de brigade, chefs de corps, commandant
de place tiendront la main à la stricte exécution du pré-
sent.
XVI.
6 vendémiaire an vi — 27 septembre.
Du Directoire au Ministre de la guerre.
Le Directoire exécutif me charge de vous demander,
citoyen ministre, si vous avez donné des ordres pour la
confection du drapeau que la loi accorde au général
Augereau à titre de récompense nationale.
Signé : Lagarde.
A. N. AF 111% 3o.
XVII.
Même date.
Le Directoire trouve trop long le délai demandé par
l'artiste; le général Augereau ayant témoigné le désir
LE COUP I) ETAT. 'Ji)
(l'emporter ce drapeau avec lui et que (sic) le Directoire le
verrait avec plaisir satisfait] sur ce point.
Idem.
XVIII.
Le Directoire adopte le projet de drapeau, quant au
dessin, mais non quant aux couleurs du fond; il désire
que les trois couleurs, au lieu d'être par bandes, par-
tagent le fond du drapeau en trois parties égales.
Idem.
§2.
LE MIxNISTÈRE DE LA POLICE ET LE DIRECTOIRE
I.
i8 fructidor — 4 septembre.
Au Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
Je reçois à l'instant votre arrêté de ce jour relatif aux
auteurs et imprimeurs de journaux prévenus de conspi-
ration contre la sûreté intérieure et extérieure de la Ré-
publique.
J'ai fait prendre sur-le-champ toutes les mesures qui
sont en mon pouvoir pour en assurer l'exécution.
Minute.
A. N. AF m, 46.
Salut et respect.
SOTIN ï.
I. « Les arrestations commencèrent au point du jour pour les iiommes
faisant i).irtie du gouvernement et des Chambres. Quant aux journalistes,
8o LE COUP d'État.
II.
20 fructidor an v — 6 septembre i .
Il est pris deux autres arrêtés concernant les individus
de la famille de Bourbon et la veuve de Philippe-Joseph
d'Orléans, qui, d'après la même loi, sont expulsés du
territoire de la République ; ils seront, sans délai, con-
duits en Espagne, sous une escorte commandée par un
officier général. Leurs biens seront, sans délai, confis-
qués; il leur sera assigné, sur le produit de leurs biens,
à titre de secours nécessaires à leur existence , les
sommes suivantes : à la veuve d'Orléans, tant pour elle
que pour ses enfants, qui ne recevront aucun autre
secours, cent mille * francs annuellement ; à Louis
François-Joseph Bourbon Gonty, cinquante mille francs,
aussi annuellement, et à Louise-Marie-Thérèse Bathilde
d'Orléans, pareille somme annuelle de cinquante mille
francs. Ces sommes leur seront payées par quartier et
d'avance, en faisant par les parties prenantes la preuve
qu'elles sont en Espagne, à vingt lieues des frontières.
Registres des procès-verbaux du Directoire, AF m*.
qui ne vont jamais qu'à la suite dans ces journées mémorables, on ne se
présenta chez eux qu'à une heure très convenable, et les procès-verbaux
des agents de police n'eurent à constater que des absences. » Mémoires de
Flèvée, p. 198. {Mémoires sur les journées révûlutionnaires et les coups d'Etat,
avec introduction, notices et notes, par M. de Lescure, t. I. Didot, 1875.
I. Supra, 70-71, loi du 19 fructidor an v, art. xxxiv, concernant la famille
d'Orléans.
LE COUP D ETAT. 8l
m.
25 fructidor — ii septembre.
La veuve d'Orléans demande à ce qu'il soit sursis à sa
translation en Espagne. Le Directoire, surpris que la loi
du 19 n'ait pas reçu son exécution, donne les ordres les
plus précis pour que dans le jour elle commence à être
exécutée, sauf à faire marcher à petites journées.
Ibid.
IV.
Même date.
Au président du Directoire exécutif.
Citoyen président,
Je reçois à l'instant votre lettre concernant la famille
des Bourbons, et je me hâte d'y répondre.
Les individus de cette famille seraient actuellement
déportés, conformément à la loi, s'ils eussent été à Paris;
mais le ci-devant prince de Gonty se trouvant à une terre
près de Melun, j'ai été obligé de l'envoyer chercher par
un agent et j'espère qu'il arrivera à Paris ce soir. Dès
demain ils partiront, et la loi sera exécutée.
Salut et respect.
SOTIN.
P. -S. Dans l'instant, on m'apprend que l'arrivée du
ci-devant prince de Gonty à Paris aura lieu ce soir sans
faute.
Salut fraternel.
A. N. AF m, 46 d. 16:.
18 FRUCTIDOR. 6
82 LE COUP d'kTAÏ
V.
27 fructidor — i3 septembre.
Le ministre de la police au Directoire.
Citoyens directeurs, j'ai riionneiir de vous prévenir
que les personnes qui restaient en France de la famille
de Bourbon et dont la déportation est ordonnée par la loi
du 19 de ce mois, sont parties cette nuit au nombre de trois.
Minute.
Ibid.
VI.
Sans date.
Da même.
Gibert-Démolières est arrêté i. Il est au Temple.
SOTIN.
Autographe.
Adresse : Pressée. Au citoyen La Revellière-Lépeaux,
président du Directoire exécutif, au Luxembourg.
A. N. AF III, 46, d. 167.
VII.
I" complémentaire an v — 17 septembre.
Le Directoire exécutif adresse aux sept ministres une
circulaire pour les inviter à purger leurs bureaux de
I. Le 25 fructidor, à Villeneuve-la-Guyard (Yonne), dans une maison
où il s'était réfugié et dont le jardinier le trahit. Déporté à la Guyane
par la Décade, il mourut à Gayenne, le 4 janvier 1799.
LE COUP d'État. 8'3
tous les individus entachés d'incivisme et d'inmioralité,
qui, à une vénalité honteuse, joignent encore la lâcheté de
se faire payer par la pairie même qu'ils trahissent. Il
charge les ministres de les remplacer avec une inflexible
sévérité par des citoyens qui joignent aux lumières et à
la probité un patriotisme prononcé. Il leur recommande
surtout que chez eux la dénomination de citoj'cn soit
seule en usage.
Par suite de cette mesure, il exige de chacun des mi-
nistres, pour le I" vendémiaire, un tableau de la compo-
sition de leurs bureaux, des noms de ceux qui y sont
employés, de leurs fonctions et de leurs traitements. Il
exige d'eux en outre à la fln de chaque mois l'état des
mutations que ce tableau aura pu éprouver dans leur
ministère. Il écrit particulièrement au ministre des
finances pour l'engager à épurer sévèrement non seu-
lement ses bureaux, mais encore les administrations qui
lui sont subordonnées, entre autres celle des postes et
celle des domaines. Il insiste pour que les employés dont
l'attachement à la République paraîtra suspect soient rem-
placés promptement par de vrais patriotes qui aient déjà
donné à la Révolution une garantie de leur dévouement.
AF III*. Registres des procès-verbaux du Directoire.
VIII.
4^ complémentaire an v — 20 se|)tembre.
Du ministre de la police au Directoire.
Conformément aux ordres que vous m'avez donnés, en
marge de la pétition du citoyen Bernois,
Je viens d'écrire à l'administration centrale du départe-
84 LE COUP d'État.
ment du Haut-Rhin de faire mettre en arrestation provi-
soire dans leurs communes les fugitifs de ce département
rentrés dans le délai prescrit par la loi du 22 nivôse
an III, et de faire déporter ceux rentrés ce délai expiré.
Comme il n'y a pas de courrier demain et que ma lettre
ne pourrait partir que le i^'" vendémiaire, je la fais partir
par un courrier extraordinaire.
J'aurai l'honneur de vous présenter sous peu de jours
le rapport sur la demande en radiation définitive du
citoyen Pierre Bernois.
Salut et fraternité.
A. N. AF III, 46.
IX.
2 vendémiaire — 93 septembre.
On adopte une circulaire aux sept ministres pour leur
rappeler qu'ils doivent fournir au Directoire les rensei-
gnements qu'ils auraient par devers eux, et qui pourraient
servir de preuve à cette vérité, « que le complot des con-
jurés roj^aux allait éclater au moment même où ils ont
été frappés le 18 fructidor i.
AF m', 46.
I. Les Archives nationales possèdent, dans le carton AF m, 46, la série
de ces rapports. Ceux des ministres des affaires étrangères, de l'intérieur,
de la justice, des finances et de la guerre, m'ont paru absolument insigni-
fiants. Je n'ai pas trouvé celui du ministre delà marine : ce qui s'explique.
Le plus intéressant serait celui de Sotin, ministre de la police générale,
malgré le ton déclamatoire qui y règne : « Vous frissonnerez, citoyens
directeurs, en considérant de si près l'immensité et la profondeur du gouf-
fre dans lequel la République allait être engloutie tout entière sans votre
prudence. » Mais, outre que ce rapport est très long, les parties intéres-
santes ont passù dans celui que Bailleul lut aux Cinq-Cents, le 26 ventôse
an VI. Je me borne donc à signaler aux curieux cette source de rensei-
gnements, en me permettant d'ajouter que, pour prouver « la vérité » en
question, ce n'est pas dans ces rapports officiels, quelque bonne volonté
qu'y aient mise leurs auteurs, qu'on trouvera des arguments sérieux. J'ai
brièvement analysé ces rapports dans la Terreur sous le Directoire, p. 5o-52.
LE COUP d'État. 85
X.
4 vendémiaire — 25 septembre.
Le ministre de la police au Directoire.
En exécution de votre arrêté du 28 fructidor dernier,
j'ai ordonné, dans la maison cy-devant occupée par l'émi-
gré Ferdinand de Rolian, ex-archevêque de Cambrai, rue
du Regard, faubourg Germain, les recherches et les visites
les plus étendues. On a fouillé dans les appartements,
dans les caves, dans les jardins : le résultat de cette
fouille a été absolument nul. On n'a trouvé ni pièces, ni
trésor, ni rien qui ait trait à la correspondance royaliste.
Je vous transmets le procès-verbal de toutes ces opéra-
tions; vous verrez qu'elles ont été faites avec tout le
soin et toute l'exactitude que l'on pouvait désirer.
Salut et respect.
Minute.
A. N. AF m, 46.
XI.
16 vendémiaire an vi — 7 octobre 1797.
Procès-verbal de sortie du territoire français par Esta-
gel du prince de Conti et des duchesses de Bourbon et
d'Orléans, signé par F. Arago, vice-président du Direc-
toire des Pyrénées-Orientales ^.
D. G. Correspondance des généraux à l'intérieur .
i. Père du célèbre astronome.
86 LE COUP D ÉTAT.
XII.
Sotin signale une tentative d'arrêter Montmorency au
château de Chevreuse ; il a réussi à s'évader.
XIII.
37 vendémiaire an vi — 18 octobre.
Le Ministre de la police générale au Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
Je m'empresse d'avoir Thouneur de vous prévenir que
j'ai, dès le 7 de ce mois, donné les ordres nécessaires pour
que les cultivateurs des départements du Haut et Bas-Rhin,
du Nord et du Mont-Terrible, rentrés en vertu de la loi
du 22 nivôse, soient mis en surveillance dans leur com-
mune respective, et pour que les autres individus inscrits
sur des listes d'émigrés et non rayés définitivement et qui
ne sont point appelés à jouir du bénéfice de cette loi,
sortent du territoire français dans les délais déterminés
par celle du 19 fructidor.
Salut et fraternité.
Sotin i.
Minute.
A. N. AF ni, 46.
I. Cf. le rapport crUarmand (de la Meuse) au Conseil des Anciens sur les
fugitifs du Haut et du Bas-Rhin. (Moniteur^ réimpression, t. XXVIII,
p. 780-785.)
\
LE COUP d'État. 87
XIV.
16 nivôse an vi — 5 janvier 1798.
Da même aux membres du Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
J'ai l'honneur de vous annoncer l'arrestation de l'ex-
député Job Aimé ». Il a été arrêté à la barrière par suite
de l'ordre que j'avais donné de visiter les cartes et passe-
ports pendant l'opération sur les marchandises anglaises.
Je ne connais jusqu'à cette heure que ce résultat.
Salut et respect.
SOTIN.
Minute autographe.
Ibid.
XV.
31 nivôse an vi — 10 janvier 1798.
Du même au président du Directoire,
Citoyen président,
J'ai l'honneur de vous apprendre que l'ambassadeur de
la Cour de Rome ^ est maintenant sous la surveillance
d'un membre de la municipalité du io« arrondissement,
qui ne le quittera pas un moment. Un membre du bureau
1. C'était un surnom; il s'appelait Jean-Jacques Aymé. Déporté à la
Guyane par la Décade, il s'évada le 24 octobre 179g. — Cf. Déportation et
Naufrage de J.-J. Aymé. 1800. In-8.
2. Une lettre du pape Pie VI, du i" thermidor an v, avait accrédité le
marquis Camille Massimi comme son ministre : cette arrestation était la
réponse du gouvernement français à l'assassinat du général Duphot
(8 nivôse).
88 LE COUP d'état.
central a lui-même dirige toute cette opération. Je me
propose de vous rendre promptement compte de l'opéra-
tion en elle-même.
Salut et respect *.
Minute.
A. N. AF III, 46, d. i68.
3.
I.
Ce [2j ?] fructidor an v.
Dupont de Nemours, représentant du peuple, à ses collègues
du Conseil des Anciens.
Citoyens collègues,
Vous avez connu mon assiduité et mon activité dans
tout le temps où j'ai cru pouvoir concourir utilement à
vos travaux. Vous avez vu le dérangement de ma santé
et que tout ce mois-ci je ne quittais le lit que pour me
traîner au conseil; que je me trouvais mal, et retournais
me coucher en sortant.
Le séjour, quoique passager, que j'ai fait en prison
I. Un rapport de Letellier, membre du bureau central, en date du 21 ni-
vôse an VI, rend compte de la perquisition et de Fapposition des scellés
opérées au domicile du marquis Massimi, rue Dominique, n° i5i5, « comme
prévenu de machinations contre la République; » le citoyen Rollin, officier
municipal, fut préposé à la garde de sa personne et des scellés.
Le 14 ventôse an vi — 4 mars 1798, c'est-à-dire quand le pape Pie VI fut
expulsé de Rome et la République romaine proclamée, sur les réclamations
du marquis JNIassimi exposées au Directoire par Torgane de Talleyrand,
ministre des relations extérieures, les scellés furent levés; le 18, le marquis
Massimi reçut en même temps l'ordre de quitter Paris dans un délai de
trois jours. — Arch. Nat., F7 6i49, d. 62;.
LE COUP d'État. 89
dans cet état de maladie, n a pu qu'achever de détruire
mes forces.
Je vous prie d'agréer ma démission.
Salut et fraternité.
Dupont de Nemours ».
A.N. Civ, 61.
II.
Du 3 vendémiaire an vi de la République — 24 septembre.
Lettre de Rouget de Liste au Directoire.
En marge : Renvoyer au ministre de la police géné-
rale.
Citoyens directeurs,
Si j'en puis croire un rapport qui émane directement
de l'un de vous, le Directoire a reçu le 19 ou le 20 fruc-
tidor une lettre revêtue de mon nom et de ma signature,
par laquelle je suis supposé demander « à me charger de
la défense de mon ami Pichegrii. »
Si je m'étais permis une pareille démarche, aucune
considération ne m'empêcherait de l'avouer et de la pro-
clamer, parce que je ne l'aurais faite qu'avec la persuasion
de remplir mon devoir.
I. Supra, 55. — Boulay de la Meurthe avait défendu Dupont de Nemours
devant le Conseil des Cinq-Cents : « Ce sont les lumières qui ont amené la
Révolution^ et Dupont de Nemours a contribué <à les répandre par son
excellent ouvrage des Ephémérldes du citoyen. D'ailleurs, il s'agit ici de la
peine de la déportation : voudriez-vous en frapper un vieillard de soixante-
dix ans? Je demande que l'Historien soit rayé de la liste. » ïallien lit des
objections; Chénier les combattit; il y eut renvoi à la Commission. Quel-
ques jours après, Dupont de Nemours s'embarquait pour les États-Unis
(20 septembre) : il n'avait en réalité que cinquante-huit ans.
90 LE COUP D ÉTAT.
Mais il est de fait et j'atteste sur mon honneur :
1° Que depuis le 5 germinal je n'ai pas écrit une ligne
au Directoire ;
2° Que je n'ai ni écrit, ni eu la pensée d'écrire la lettre
en question, attendu que personne n'est plus persuadé
que moi des crimes de Pichegru, et cela non seulement
d'après les renseignements que vous avez publiés, mais
encore d'après des données qui me sont particulières ;
3" Que si cette lettre existe, elle est le produit de la
perfidie la plus noire; perfidie dont je doute encore, bien
moins parce qu'elle serait absurde et atroce, que parce
qu'elle serait absolument gratuite, vu l'absence de mes
prétentions à quoi que ce puisse être.
Je ne me détermine à vous adresser ma réclamation
qu'après avoir fait d'inutiles efforts pour parvenir aux
deux seuls d'entre vous auxquels je ne sois pas inconnu.
Salut et respect.
J. Rouget de Lisle.
Rue des Champs-Elysées, n^ 9.
Autographe.
A. N. F: 7308.
IV.
LA DÉPORTATION
I.
MINISTÈRE DE LA MARINE ^
I.
Paris, le 29 thermidor an v — 16 août 1^97.
RAPPORT 2
Le général ïruguet avait donné l'ordre à Rochefort de
disposer la corvette la Vaillante à se rendre au Sénégal,
où elle devait transporter plusieurs condamnés à la dépor-
tation. Il avait également destiné la corvette la Baj'on-
naise pour la colonie de Gayenne. Ces deux bâtiments
1. Sous ce titre, j'ai groupé la correspondance du ministre de la marine
et celle de ses agents, relatives soit aux préparatifs de la déportation anté-
rieurs au coup d'Etat, soit aux mesures d'exécution qui l'ont immédiate-
ment suivi. — A l'exception d'une seule pièce (IV), toutes les autres sont
empruntées aux Archives du ministère de la marine, Campagne 1^9;^-,
Guyane, Antilles, 116.
2. Ce rapport, qui se réfère à des dispositions de l'amiral Truguet, sem-
ble indiquer que les projets du Directoire sur la déportation remontent
au delà de la formation du ministère du 16 juillet 1797; ostensiblement,
même pour Truguet, il ne s'agissait pas de déportation politique, mais de
celle que prononçaient les tribunaux criminels.
92 LA DEPORTATION.
sont prêts à remplir leur mission respective ; mais il pa-
raît que l'échantillon plus fort de la Bayonnaise la rend
moins propre que la Vaillante à être employée pour l'ex-
pédition de Gayenne. On pense donc qu'il serait à propos
de changer la destination de ces deux bâtiments, et ce qui
devra déterminer davantage à exécuter cette disposition,
c'est que le gouvernement n'ayant encore arrêté aucunes
mesures relativement à l'établissement où devront être
déposés les condamnés à la déportation, il n'est pas pro-
bable que l'expédition pour le Sénégal puisse s'eftectuer
aussitôt qu'on l'avait présumé.
On prie le ministre de vouloir bien examiner cette pro-
position et de faire connaître s'il y donne son approba-
tion.
Dans le cas où il l'adopterait, on lui observe qu'il se-
rait peut-être convenable de charger du commandement
de la Vaillante le lieutenant de vaisseau Jurien ', qui est
arrivé de Gayenne à Rochefort avec les dépêches de l'a-
gent du Directoire dans cette colonie. Get officier, qui
vient de faire une campagne de quinze mois dans ces pa-
rages, et qui paraît avoir mérité la confiance du citoyen
Jeannet 2, sera probablement en état de mieux remplir
cette mission que tout autre.
Un autre motif d'ailleurs pourrait déterminer à faire ce
choix. L'intention du Directoire est que le premier bâti-
ment qui partira pour Gayenne soit chargé d'y transporter
deux pieds d'arbres à pain, provenant de l'expédition
d'Entrecasteaux 3. Le citoyen Jurien a fait cette campagne
1. Jurien de la Gravière, plus tard vice-amiral; père du vice-amiral de
ce nom, membre de l'Académie française, récemment décédé.
2. Agent du Directoire à la Guyane; cousin de Danton. Infra, Index
alphabétique.
3. Celle qu'il fit à la recherche de Lapérouse. Né à Aix en 1740, mort en
mer en 1793 près de l'île de Java.
lA DEPORTATION. 1)3
et a été à portée d'observer quels moyens de conservation
il convient d'employer pour sauver ce précieux végétal,
et il pourrait mieux y donner tous les soins qu'il exige ^
Le ministre est prié de faire connaître ses intentions
sur les deux propositions qui font le sujet de ce rapport.
Approuvé : Pléville-Lepelley 2.
Minute recopiée. N" 99 3 .
IL
Paris, le 6 fructidor an v — 23 août 1797.
Le niinistt^e de la niaiHne et des colonies à Vordomiciteiiv de
marine et au commandant des armes à Rochefort.
D'après les comptes qui m'ont été rendus, citoyens, j'ai
décidé que la corvette la Vaillante, primitivement desti-
née à une expédition pour le Sénégal, ne suivra pas cette
mission. Mon intention est que ce bâtiment soit mis inces-
samment en état de se rendre à Gayenne au lieu de la cor-
vette la Baj^'onnaise, qui recevra une autre destination.
Vous voudrez bien en conséquence, chacun en ce qui
vous concerne, exécuter les changements qu'exige cette
nouvelle disposition. L'ordonnateur devra faire procéder
sur-le-champ au déchargement des différents objets qui
avaient été embarqués sur la Vaillante et les remplacer
par ceux qui sont à bord de la Baj^onnaise.
1. Ce paragraphe est marqué en marge d'une sorte de croix. Revellière-
Lépeaux attachait personnellement, comme botaniste, beaucoup d'intérêt
à rimportation de ces arbres à pain à la Guyane.
2. Ministre de la marine et des colonies depuis le 16 juillet 1797.
3. J'ai préféré cette copie, parce qu'elle est revêtue de l'approbation mi-
nistérielle. La minute originale porte le n° 100. Ces numéros proviennent
d'un classement tout récent : je les ai reproduits pour faciliter les recher-
ches.
9Î LA DÉPORTATION.
Je VOUS préviens aussi, citoyens, que mon intention est
de nommer le citoyen Jurien, lieutenant de vaisseau, au
commandement de la corvette la Vaillante, et que j'adres-
serai des ordres à cet effet au commandant des armes.
J'ai cru devoir faire choix de cet officier pour remplir
cette mission, par la connaissance qu'il a de ces parages,
et les comptes favorables qui m'ont été rendus de ses ta-
lents et de son activité.
Minute. N" loi.
m.
Rochefort, le i3 fructidor an v. — 3o août 1797.
Du lieutenant Jurien au ministre pour le remercier du choix
qu'il a fait de lui pour commander la Vaillante.
Original. N» 124.
IV.
Paris, le 14 fructidor an v — 3i août.
Le ministre de la marine et des colonies au ministre
de la guerre.
J'ai reçu, mon cher collègue, votre lettre du 2 de ce
mois, par laquelle vous m'informez que vous avez donné
de nouveaux ordres pour faire passer à Rochefort les
600 hommes de troupes que je vous avais demandés pour
la garnison de ce port. Je vous remercie de cette dispo-
sition et je vous prie de vouloir bien en faire surveiller
l'exécution ï.
Plév I lle-Lepelle Y .
Original. Dépôt de la guerre.
T. On comprend l'importance de renforcer la garnison de Rochefort, en
vue de l'opération qui se préparait.
L\ DKl'ORTATIOX. <);)
V.
A Paris, le 18 fructidor i — 4 septembre.
Au citoyen Jurien, lieutenant de vaisseau, commandant la
corvette la Vaillante, à Rochefort.
Je vous préviens, citoyen, que le citoyen Martin, natu-
raliste, vient d'être destiné par le Directoire exécutif à
s'embarquer sur la corvette dont le commandement vous
est confié, pour y prendre soin de la culture et de la con-
servation de l'arbre à pain qui doit y être embarqué pour
Gayenne.
Je ne doute pas que vous n'ayiez pour ce naturaliste, à
qui le Directoire prend un vif intérêt, tous les égards qu'il
a droit d'attendre, et que vous ne lui procurerez pendant
la traversée les moyens de remplir convenablement sa
mission.
Minute. N" 102.
VI.
LIBERTÉ — ÉGALITÉ
Paris, le 20 fructidor an v de la République française
une et indivisible — 6 septembre 1797.
Le secrétaire général du Directoire exécutif au ministre
de la mari?ie.
Je vous fais passer, citoyen ministre, conformément à
votre invitation, la liste des individus déportés par la loi
du 19 du présent mois, c'est-à-dire copie de l'article même
I. En marge, on lit : « Dattée (sic) par erreur du 18, cette lettre est par-
tie le 16. »
9^^ LA DÉPORTATION.
OÙ cette disposition est contenue i. J'y joins la liste des
individus détenus au Temple ; vous verrez quels sont ceux
qui doivent être déportés.
Salut et fraternité.
Lagarde 2.
N» io3.
VII.
REPUBLIQUE FRANÇAISE
ÉGALITÉ LIBERTÉ
DIRECTOIRE EXÉCUTIF
Extrait des registres des délibérations du Directoire exécutif.
Paris, le 20 fructidor an v de la République française,
une et indivisible.
En conformité de la loi du 19 fructidor an v, qui con-
damne divers individus à la déportation ;
Le Directoire exécutif arrête :
Art. i^^ — Les individus condamnés à la déportation par
la loi précitée et dont la liste est ci-jointe ^ seront trans-
férés à Cayenne.
Art. 2. — A cet effet, il sera mis en état le plus tôt
possible au port de Rochefort un bâtiment de la Répu-
blique qui partira pour sa destination dès qu'ils y auront
été embarqués.
Art. 3. — Il sera pourvu à leur sûreté et à leur subsis-
tance tant à bord que dans la colonie, et toutes les mesures
nécessaires seront prises pour empêcher leur évasion.
1. Cf. art. XIII de la loi du 19 fructidor. Supra, p. 64.
2. Secrétaire général du Directoire.
3. On verra plus loin (ju'à cette date elle n'était pas encore arrêtée.
LA DEPORTATION. 97
Art. 4- — Le ministre de la marine est chargé de l'exé-
cution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
Pour expédition conforme :
Le président du Directoire exécutif,
L.-M. Revellière-Lépeaux i.
Par le Directoire exécutif :
Le Secrétaire général,
Lagarde.
Expédition. N" 104.
VIII.
MAISON d'arrêt du TEMPLE
Rapport du 18 au i g fructidor an cinquième de la République française.
Détenus 7 hommes.
Entrés 23 —
Total . . . 3o —
Sortis »
Reste aujourd'hui . . . 3o —
ÉVÉNEMENT
Citoyen,
J'ai l'honneur de vous donner avis qu'il a été écroué
hier en cette maison les citoyens ci-après, savoir :
Delarue, Descourtils, de la Matherie, Jarry, Rovère,
Fayolle, Perrée, Tupignier, Derumare, Dauchy, Bourdon
(Loise) (sic), Villot, Pichegru, les deux frères Ramel,
I. C'est ainsi que, sous le Directoire, il signe invariablement, et non
Réveillère, ni la Réveillère, ni de la Reveillère de Lépeaux.
18 FRUCTIDOR. 7
98 LA DÉPORTATION.
Aiibry, Lafond-Ladebat, Maillard, Goupil de Préfeln,
Marbois, Tronçon du Coudray, Piédou d'Héditos et
Launois '.
La nuit s'est passée fort tranquillement, le service s'est
fait avec exactitude.
Murinais y a été amené ensuite. Je n'ai point de liste
aujourd'hui 20, et n'ai pas encore le rapport du bureau
central.
Le préposé à la garde du Temple,
Signé : L. Besse.
Le concierge chargé de la direction
de la maison.
Original. N° io5.
IX.
Paris, le 20 fructidor an v. — 6 septembre 1^97.
Le ministre de la marine au commandant des armes
à Rochefort.
Je vous préviens, citoyen général, que les individus
dont la liste est ci-jointe 2, condamnés à la déportation par
la loi du 19 fructidor, doivent être conduits très inces-
samment à Rochefort pour être envoyés à Cayenne.
L'intention du Directoire exécutif étant qu'ils partent
1. Sur ces 23 personnages, il en est i3 qui ne furent pas déportés, et même
quelques-uns dans ce nombre ne furent pas maintenus en arrestation. Le
lecteur aura rectifié l'orthographe de Tupinier, Bourdon (de l'Oise), Willot
et Piédou d'Héritot. Cf. le Moniteur du 25 fructidor.
2. Cette liste, que le commandant des armes n'aura qu'au dernier mo-
ment, fut ainsi composée : Barthélémy, directeur ; Barbé-Marbois, Laffon
de Ladébat, Murinais, Rovère, Tronson du Coudray, des Anciens; Aubr3\
Bourdon (de l'Oise), de la Rue, Pichegru, Ramel, Willot, des Cinq- Cents;
l'abbé Brotier, de la Villeurnoy, d'Ossonville; total, i5. Le Tellier, domes-
tique de Barthélémy, voulut accompagner son maître. — Pour tous ces
noms, V. Index alphabétique.
LA DEPORTATION. 99
sur-le-champ pour cette colonie, je destine à cette mission
la corvette la Vaillante, commandée par le citoyen
Jiirien, lieutenant de vaisseau.
Dès que ces individus seront arrivés à Rocliefort et
qu'ils vous auront été remis par les agents chargés de les
escorter, vous les ferez embarquer de suite, mon intention
étant qu'ils ne séjournent pas un instant dans la ville,
mais qu'ils se rendent, des leur arrivée, à bord sous bonne
garde, et qu'ils y soient consignés au capitaine Jurien
pendant toute la traversée, sur sa responsabilité. Il est
permis à ces individus d'embarquer avec eux leurs effets
ainsi que l'or et l'argent qui leur appartiennent.
Vous trouverez ci-joint les instructions que j'ai expé-
diées au capitaine Jurien, et vous les lui remettrez sur son
reçu. Vous aurez soin de me rendre compte de l'arrivée et
de l'embarquement de ces déportés, ainsi que de leur dé-
part, que vous presserez par tous les moj ens qui sont en
votre pouvoir.
Minute. N" 112.
Vous dresserez un procès-verbal constatant la remise
qui vous sera faite par les agents du gouvernement des
individus condamnés à la déportation; vous le signerez
et en remettrez copie à ces agents. Vous remplirez la
même formalité pour votre décharge envers le citoyen
Jurien.
Par le courrier prochain, vous recevrez la liste que je
vous annonce aujourd'hui. Il conviendra de garder le
silence le plus profond sur toutes ces dispositions; vous
ne remettrez la lettre et les instructions ci-jointes au capi-
taine qu'à l'arrivée même des déportés.
Minute. N° ii3.
lOO LA DEPORTATION.
X.
20 fructidor an v — 6 septembre 1797.
Instructions pour le citoyen Jiirien, lieutenant de vaisseau,
commandant la corvette la Vaillante.
Le Directoire exécutif ayant ordonné l'armenient à
Rocliefort de la corvette la Vaillante, le ministre de la
marine fait connaître par la présente instruction au
citoyen Jurien, lieutenant de vaisseau, commandant ce
bâtiment, le service qu'il aura à remplir.
L'objet de sa mission est de porter à Gayenne plusieurs
individus dont la liste lui a été remise et qui sont con-
damnés à la déportation par la loi du 19 fructidor an v.
Aussitôt que la présente instruction lui aura été remise,
il se fera continuellement aviser par les signaux corres-
pondants de la Teste de Bucli, Tour de Cordouan, Ghassi-
ronet l'Ile de Ré, si les ennemis sont sur les parages du
Pertuis d'Antioche et de la côte d'Arcasson.
Au premier moment de leur absence sur Icsdites côtes,
et le vent étant favorable et décidé depuis le nord-est au
sud-est, il appareillera de l'île d'Aix de façon à se trouver
dans le Pertuis à l'entrée de la nuit, et faisant bonne voile
alors, il prolongera la côte d'Arcasson à 3 à 4 lieues,
pour aller chercher les environs de Bilbao, et il suivra la
côte d'Espagne à la même distance jusqu'au cap Finis-
terre, ayant par conséquent divers ports de relâche à sa
portée.
Arrivé au cap Finisterre et ne voyant rien au large de
suspect, il fera route à l'ouest du monde, forçant de
voiles jusques étant au nord des Açores.
Ghaque jour à l'aurore, il se trouvera à sec, les voiles
I
LA DEPORTATION. lOI
étant sur les fils de carres pour découvrir autour de lui
avant d'être aperçu.
Il fuira toute voile qui sera vue du haut de ses mâts ;
par conséquent, il ne fera aucunes prises et évitera tout
combat, à moins qu'il n'y soit forcé, ce dont il aura à
justifier.
Arrivé au nord des Açores, il passera entre Tercère et
Sainte-Croix de Ténérifte ^ ; de là, il fera route pour aller
se mettre en latitude du cap Nord, d'où il se rendra à
Cayenne, où il sera aux ordres de l'agent du Directoire
exécutif.
Dans les cas qui ne seraient pas prévus par les pré-
sentes instructions, il prendra le parti que lui dicteront
ses connaissances maritimes et la prudence.
Il aura soin, pendant sa traversée, d'observer et faire
observer les lois et règlements sur la police de la na-
vigation.
Le ministre est persuadé que le citoyen Jurien saisira
avec empressement cette occasion de donner des preuves
de son zèle et de son dévouement à la chose publique.
Minute. N» 109.
XI.
Même date.
Le ministre à Vordonnateur, à Rochefort.
[Supplément de vivres pour deux mois à 35 hommes, à
raison de deux rations par jour chacun ; compter deux mois
d'avance à l'équipage ; le ministre fera passer des fonds par
les agents chargés de conduire les déportés à Rochefort.]
Minute. N" iio.
I, V. Iiifra, XVI, Tobservation du vice-amiral Martin.
I02 LA DEPORTATION.
XIL
Même date.
Du même au citoyen Jurien.
Le commandant des armes à Rochefort, citoyen, vous
donnera l'ordre de recevoir à bord de la corvette que
vous commandez les individus dont la liste est ci-jointe,
que la loi du 19 fructidor an v condamne à la dépor-
tation.
L'ordre du Directoire est qu'ils soient transportés à
Cayenne.
Dès que vous les aurez reçus à bord, ils seront sous
votre responsabilité; par conséquent, c'est à vous de
veiller sur eux de jour et de nuit avec toute l'exactitude
possible, mais sans aucun acte de rigueur, à moins que
leur mauvaise conduite ne vous y forçât. Vous les ferez
loger avec leurs effets dans l'entrepont, séparés de
l'équipage, avec lequel ils ne doivent pas même commu-
niquer de jour, lorsqu'ils seront sur le pont à prendre
l'air.
Ils vivront entre eux, par plats de 7, des vivres et chau-
dières de l'équipage, et à cet effet il leur est accordé
double ration.
Vous aurez le plus grand soin à ce qu'ils n'éprouvent
aucune insulte de la part de personne, et à ce que leurs
effets soient respectés.
Dans le cas où vous seriez forcé de vous préparer à
un combat, ces individus resteront dans l'entrepont, tout
le temps que dureront ces dispositions, ainsi que pendant
l'action, si elle a lieu.
En arrivant à Cayenne, vous les remettrez à l'agent
LA DÉPORTATION. Io3
du Directoire executif, qui vous eu donnera décharge,
dont vous me ferez passer copie parla première occasion.
Minute. N" m.
XIII.
Paris, le 22 fructidor an v — 8 septembre 179;.
Du même au commandant des armes à Rochefort.
[Ordre d'embarquer un détachement de ving-t soldats d'ar-
tillerie de marine, commandé par un lieutenant, chargés ex-
clusivement de la garde des déportés.]
Vous voudrez bien remettre copie de cette lettre au
commandant de la Vaillante, en même temps que ses
instructions. Vous y ajouterez une consigne sur l'ordre
de service qui devra être suivi à bord pour la g"arde et
la surveillance des déportés, et vous m'en adresserez
également une copie.
Je ne puis vous faire passer la liste que je vous avais
annoncée par le dernier courrier; elle vous sera remise
par les agents qui conduiront les déportés à Rochefort i.
P. S. Vous remettrez copie de la liste à l'ordonnateur
et au capitaine de la corvette. Ci-joint une lettre pour
l'agent du Directoire à Gayenne, dont vous chargerez le
capitaine sur son reçu
2
Minute. N" 114.
1. On voit que la liste ne fut définitivement arrêtée qu'au dernier mo-
ment.
2. Je n'ai pas trouvé trace de cette lettre dont il eût été si intéressant
de connaître les termes.
Io4 LA DÉPORTATION.
XIV.
Rochefort, le 25 fructidor an v — ii septembre 1^97.
Le commandant des armes au juinistre de la marine
et des colonies.
POUR vous SEUL
Citoyen ministre,
Conformément à votre lettre du 20 fructidor, j'ai donné
les ordres les plus positifs pour le prompt armement de
la corvette la Vaillante, qui devra se rendre en rade, si le
temps le permet, le 27 de ce mois, et le 3o, elle sera prête
à mettre sous voiles. Deux petits bâtiments armés sont
destinés à recevoir les déportés que vous m'annoncez,
afin de les conduire avec sûreté à bord de la Vaillante.
J'ai pris des dispositions pour que ces individus n'entrent
même pas en ville, comme vous paraissez le désirer. Ils
seront conduits au lieu destiné pour leur embarquement
et aussitôt conduits, sous bonne et sûre garde, à bord
de la Vaillante en rade.
Je remplirai d'ailleurs toutes les dispositions que vous
me prescrivez relativement à la sûreté de ces individus
aussitôt qu'ils seront embarqués sur la Vaillante. Si le
temps ou d'autres circonstances retardent son départ,
alors toutes espèces de communications seraient in-
terdites à cette corvette. Je ferais mouiller un petit bâti-
ment auprès d'elle et qui serait chargé d'empêcher à
aucune embarcation de communiquer, et les besoins que
la Vaillante pourrait avoir lui seraient fournis par ce
bâtiment.
Il eût été nécessaire que j'eusse été prévenu deux ou
trois heures avant l'arrivée de ces déportés, afin d'être
LA DÉPORTATION. Io5
prêt à les recevoir, aussitôt leur approche de Rochefort,
et les faire conduire de suite au lieu de l'embarquement.
J'aurais regardé comme une mesure de sûreté que le
capitaine de la Vaillante lût un homme mûr. Celui qui
la commande maintenant, quoique très instruit, n'a que
vingt et un ans. Il faut un homme de tête pour rem-
plir une mission aussi importante. Je me permets
cette réflexion, citoyen ministre, parce qu'il est possible
que l'âge du citoyen Jurien ne vous soit pas connu i.
Le vice-amiral,
Martin.
Original. N" 126.
XV.
Même date.
De V ordonnateur au ministre.
Satisfait de l'envoi de fonds : « La caisse de la marine est
sans un sol et il en résulte que tout le monde crie, m
Orig-inal. N» 128.
XVI.
Rochefort, le 27 fructidor an v — i3 septembre 1797.
Le commandant des armes au ministre de la marine
et des colonies.
A LUI SEUL
[A exécuté ses ordres, désigné un lieutenant d'artillerie.]
L'on vient de me dire que le ministre de l'intérieur avait
I. En marge de ce paragraphe, on lit : « Le Directoire a pris depuis un
arrêté sur cet objet. » Infra, XVII et XVIII. — Le lieutenant Jurien allait
avoir vingt-cinq^ ans.
I06 LA DÉPORTATION.
donné des ordres au commissaire du Directoire exécutif
près radministration municipale de cette ville, de faire
préparer des logements pour les déportés. Cette disposi-
tion ne paraît pas s'accorder avec les ordres que vous
avez donnés et les dispositions dont je vous ai fait part
dans ma lettre du 25 ^ Le logement qui me paraît le
plus convenable est la corvette sur laquelle ils doivent
passer.
Je prévois qu'il y a une faute dans les instructions que
vous avez adressées au citoyen Jurien. Dans le huitième
paragraphe de ces instructions, il est dit : « Arrivé nord
et sud des Açores, il passera entre Tercère et Sainte-
Croix de Ténérif. » L'une de ces îles appartient aux Aço-
res et l'autre aux Canaries. Il est possible qu'on ait voulu
écrire : il passera entre Tercère et Saint-Michel. J'ai
laissé subsister le huitième paragraphe tel qu'il m'a été
envoyé, crainte de commettre moi-même une erreur.
Le vice-amiral,
Martin.
Original. N" i3o.
XVII.
Extrait du registre des délibérations du Directoire exécutif.
Au quatrième jour complémentaire an 5° de la République
française une et indivisible.
Le Directoire exécutif arrête que le citoyen Laporte ^,
lieutenant de vaisseau, est chargé du commandement de
la frégate qui doit conduire à leur destination les indivi-
I. Supra, XIV.
3, Sic; partout ailleurs La Porte. V. Index alphabétique.
LA DÉPORTATION. IO7
dus dont la déportation a été ordonnée par la loi du
19 fructidor dernier.
Le présent arrêté ne sera pas imprimé. Le ministre
de la marine est chargé de son exécution ; il le transmet-
tra sur-le-champ à Rochefort par un courrier extraordi-
naire.
Pour expédition conforme :
Le président du Directoire exécutif,
Signé : L.-M. Revellière-Lépeaux.
Par le Directoire exécutif :
Le secrétaire général,
Lagarde.
Pour copie conforme :
Pléville-Lepelley.
Expédition, N° ii5.
XVIII.
Paris, le 4° complémentaire an v — 20 septembre 1797.
Le ministre au commandant des armes.
Citoyen général,
Je vous préviens que le Directoire exécutif a arrêté que
le citoyen La Porte, lieutenant de vaisseau, sera chargé
du commandement de la corvette la Vaillante, qui doit
conduire à leur destination les individus dont la déporta-
tion a été ordonnée par la loi du 19 fructidor dernier.
Je vous fais passer cet ordre par un courrier extraordi-
naire, en vous chargeant de vous y conformer au reçu de
la présente, afin que son exécution ne retarde pas le dé-
part du bâtiment.
Vous remettrez k^et effet l'ordre de commandement au
citoyen La Porte avec les instructions qui avaient été expé-
I08 LA DÉPORTATION.
diées au citoyen Jurien, en substituant au nom de celui-ci
le nom du premier. Il pourra s'entendre avec le citoyen
Jurien pour les dépenses qu'il a pu faire pour son appro-
visionnement de campagne.
Le temps me mancpie pour expédier de nouveaux or-
dres et pour entrer avec vous dans de plus grands dé-
tails ; mais j'approuve d'avance toutes les dispositions que
vous ferez pour assurer la prompte exécution des ordres
du Directoire.
Vous me rendrez compte par le retour du courrier des
mesures que vous aurez prises à cet elï'et.
Minute de la main du ministre. N» ii6.
XIX.
Même date.
Du même à rordoniiateur de la m,arine.
[Le prie de concourir à l'exécution des nouveaux ordres.]
Minute. N" 117.
XX.
Rochefort, ce i" vendémiaire an vi de la République
française une et indivisible — 22 septembre i;j9J.
L'ordonnateur de la marine au ministre de la marine
et des colonies.
J'ai l'honneur de vous rendre compte que le citoyen
Colin, adjudant général, s'est rendu à Rochefort hier au
soir, pour se concerter avec le commandant des armes,
celui de la place, les autorités constituées et moi, relative-
ment à l'embarquement des déportés qu'il a été chargé
d'escorter depuis Paris, et qui doivent arriver aujour-
LA DEPORTATION. IO9
d'iiui à Rocliefort. Cet adjudant général a vu que les dis-
positions étaient faites pour qu'ils n'entrassent point en
ville, et que, passant au dehors, ils pussent de suite se
rendre au passage de Martrou, où des avisos et des cha-
lands étaient depuis quelques jours à les attendre, en
sorte que dans ce jour même ils seront rendus à bord de
la corvette la Vaillante, qui alors pourra appareiller de
suite si les vents le permettent; au surplus, le comman-
dant des armes qui ira les accompagner vous rendra
compte des ordres qu'il aura donnés à cet égard.
Ghevillard le Cadet.
Original. N° i3i.
XXI.
Rochefort, le 3 vendémiaire an vi de la République française
une et indivisible — 24 septembre 1797.
Le commandant des armes au ministre de la marine et des
colonies, à Paris.
Citoyen ministre.
J'ai reçu par le courrier extraordinaire que vous m'a-
viez expédié le 4^ jour des complémentaires, la lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire : je n'ai reçu cette
lettre que le 2 vendémiaire, à huit heures du matin. J'étais
en rade, lorsque votre courrier est arrivé, pour presser le
départ de la corvette la Vaillante.
Les individus condamnés à la déportation sont arrivés
à Rochefort le i^"^ vendémiaire, à onze heures du matin.
Comme je vous en avais prévenu, ils n'ont pas entrés (sic)
en ville. A onze heures et demie, ils étaient embarqués
sur le lougre le Brillant qui a du moment fait route pour
la rade, quoique ayant le vent et la mer contraires. A
neuf heures du soir, ces déportés étaient rendus à bord
IIO LA DEPORTATION.
de la Vaillante, et remis à la consignation du capitaine de
cette corvette. Le 2, à la pointe du jour, la Vaillante a
mis sous voile, avec des vents de sud-est, très petit frais.
Aussitôt l'arrivée de votre courrier, j'ai expédié un ad-
judant pour conduire à bord de la Vaillante le citoyen
La Porte, et le faire reconnaître par l'équipage de cette
corvette. Ce canot a eu beaucoup de peine à joindre la
Vaillante ; il y a cependant réussi, et le lieutenant La
Porte a été installé d'après les ordres que vous avez don-
nés. Si le courrier eût {sic) arrivé deux heures plus tard,
vos ordres n'auraient pas pu être remplis. Le vent est au-
jourd'hui contraire. Cette corvette ne pourra pas mettre
sous voiles.
L'embarquement des déportés, dont je vous fais passer
ci-joint la liste, s'est exécuté avec beaucoup d'ordre. Pas
la moindre confusion; le plus grand silence a été observé
et on ne s'apercevait pas être entouré par 4 ou 5, 000 indi-
vidus. Les déportés se sont comportés avec beaucoup de
décence jusqu'à leur embarquement à bord de la Vaillante.
Vous recevrez ci-joint, citoyen ministie, copie des con-
signes que j'ai établies à bord de la Vaillante, conformé-
ment aux ordres que vous m'avez donnés par votre lettre
du 22 fructidor.
Le vice-amiral,
Martin.
De sa main :
Les vigies m'annoncent à sept heures du matin que la
Vaillante mettait sous voile. A dix heures, on n'en avait
plus connaissance des vigies i.
Original. N" i33.
I. Jurien adressa le jour mèine une réclamation au ministre, qui lui ré-
pondit le n vendémiaire : « En vous transmettant le témoignage de ma
LA DEPORTATION. III
XXII.
CONSIGNE
Conformément aux ordres du ministre de la marine,
Copie de la consigne à observer par le lieutenant d'artillerie
de la marine embarqué sur la corvette la Vaillante, chargé
spécialement de la surveillance des déportés embarqués sur
cette corvette, destinés à être conduits à Cayenne.
Article i^'". — Un détachement de 20 hommes en supplé-
ment à la garnison sera embarqué sur la Vaillante, sous les
ordres du citoyen Hurteaud, lieutenant d'artillerie de la ma-
rine, pour être chargé particulièrement de la garde des dépor-
tés, sous la surveillance immédiate et sous la responsabilité
de ce citoyen.
Article 2. — Aussitôt l'arrivée de ces déportés à bord, le
citoyen Hurteaud s'en fera remettre une liste nominative, et
s'assurera par lui-môme, par un appel, si elle est conforme.
Article 3. — Ces déportés devront être séparés de l'équi-
page de la corvette par une cloison ; le citoyen Hurteaud de-
mandera au capitaine qu'elle soit établie aussitôt l'arrivée de
ces prisonniers à bord, et ce local devra être assez considé-
rable pour les contenir sans être trop gênés.
Article 4- — H y aura toujours une sentinelle et un sous-
officier de planton à la porte de ce logement, et aucun des dé-
portés ne pourra en sortir que d'après l'ordre de l'officier
commandant le détachement, qui en préviendra lui-même le
capitaine de la corvette.
satisfaction, je dois vous dire que la disposition qui vous a privé du coni'
mandement de la Vaillante tient à des mesures particulières que le Direc-
toire a jugé convenable de prendre, et que vous avez toujours les mêmes
droits à son estime et à sa bienveillance. J'espère qu'il se présentera bientôt
une occasion de vous dédommager et de vous mettre à portée de donner
de nouvelles preuves de votre talent et de votre dévouement à la Républi-
que. » Il fut, en effet, nommé capitaine de frégate quatre mois après (i4 jan-
vier 1798). — Archives de la marine, dossier Jurien de la Gravière. Cf. Souve-
nirs d'un amiral, t. II, où le vice-amiral de la Gravière a raconté en détail
ce trait de la vie de son père.
II 12 LA DEPORTATION.
Article 5. — Le planton de consigne à la porte des dépor-
tés leur empochera toute conversation particulière avec au-
cune des personnes de l'équipage, y compris même les offi-
ciers du bâtiment, sans qu'au préalable l'officier chargé de
les surveiller ne soit présent.
Article 6. — Les déportés ne pourront prendre l'air tous
ensemble. Chaque jour, une portion, à tour de rôle, montera
sur le pont ; elle sera alors gardée à vue par dix hommes en
armes. L'officier commandant le détachement sera toujours
sur le pont pendant que ces déportés y seront, et deux heures
par jour leur seront accordées pour prendre l'air, une heure
le matin et une heure le soir à tour de rôle. Pendant ce temps,
le commandant du détachement empêchera toute conversa-
tion particulière entre les déportés et les hommes de l'équi-
page. Il empêchera également qu'ils ne soient insultés par
personne, et provoquera la punition de ceux qui se porteront
à quelques excès envers ces déportés i.
Article 7. — Le détachement sous les ordres du citoyen
Hurteaud ne fera d'autre service à bord de la corvette que
la garde nécessaire pour la surveillance qui est ordonnée au
commandant du détachement.
Article 8. — Le commandant du détachement remplira, en
outre, à bord de la corvette, les fonctions attribuées aux offi-
ciers chargés de l'artillerie, et par conséquent le détachement
embarqué comme garnison sera sous ses ordres, sous l'inspec-
tion immédiate du commandant de la corvette 2.
Article 9. — Il est prescrit au commandant du détache-
ment la surveillance la plus active relativement aux déportés ;
il prendra chaquç jour les ordres du commandant de la cor-
vette à ce sujet, et se concertera avec lui sur les circonstances
qui ne peuvent être prévues. Je m'en rapporte d'ailleurs au
zèle et à l'activité des citoyens Hurteaud et La Porte 3, et suis
assuré d'avance qu'ils rempliront l'un et l'autre les ordres qui
leur sont prescrits.
Article 10. — La présente consigne sera adressée au ci-
1. V. Infra^ XXV, les observations du ministre sur la rigueur de cet
article, et, XXVII, la réponse du commandant des armes.
2. Infra, XXV et XXVIL
3. Le nom de La Porte est substitué à celui de Jurien.
LA DÉPORTATION. Il3
toyeii Laporte i, pour être remise par lui au commandant du
détachement. Il tiendra la main sous sa responsabilité à ce
qu'elle soit strictement suivie telle qu'elle est prescrite.
Article ii. — Le détachement, sous les ordres du citoyen
Hurteaud, repassera en France sur le premier bâtiment qui
sera expédié de Cayenne pour un des ports de la Républi-
que.
Article 12. — Les effets appartenant aux déportés seront
placés de manière à ce qu'aucun vol n'ait lieu : le capitaine
de la corvette donnera des ordres à ce sujet.
Roche fort, le 5® jour complémentaire de l'an v^ de la Répu-
blique française une et indivisible.
Pour copie conforme :
Le vice-amiral commandant des armées,
Martin.
Minute. N» l36.
XXIIL
Copie de la lettre de Vex-dépiité Barbé- Marbois, à la demande
de ses compagnons, au vice-amiral commandant des armes
Martin, en date du 2 vendémiaire an VI 2.
Citoyen vice-amiral,
Nous ne pouvons nous persuader qu'en ordonnant notre
déportation on ait résolu de nous faire mourir, et cepen-
dant, telle sera notre destinée si le traitement que nous
éprouvons n'est changé promptement. Agés et malades,
1. Même observation.
2. « Du fond de notre prison, écrit Barbc-Marbois, nous écrivîmes au
capitaine pour le prier d'envoyer à terre faire ces achats; mais, l'instant
d'après, un officier rapporta l'argent et la lettre, en nous disant : Vous
avez violé la consigne, malheureux que vous êtes ! Vous ne savez pas à
quoi vous vous exposez ! Et il disparut. » Journal d'un déporté non jugé,
t. I, ch. IV. — C'est au vice-amiral, comme on le voit, que la lettre était
adressée et le départ précipité de la corvette empêcha qu'on n'y donnât
suite.
18 FRUCTIDOR. 8
Il4 LA DÉPORTATION.
nos aliments ne peuvent nous soutenir. Du pain, des
gourgannes et du vin ne peuvent être digérés par des
estomacs débiles. Nous demandons à acheter des subsis-
tances d'une digestion plus facile. Nous mangeons dans
la soute, où nous sommes enfermés tout le jour à une heure
près. Un air méphitique empoisonne déjà notre demeure.
Les soins du commandant n'y peuvent rien, car tels sont
ses ordres ; changez-les, si vous voulez conserver seize
de vos concitoyens.
Signé : Barbé-Marbois,
à la demande de ses compagnons.
Pour copie :
Le vice-amiral commandant des armes,
Martin.
De sa main :
La demande des déportés n'a pas pu être remplie. Lors-
que j'ai reçu leur lettre, la Vaillante était sous voiles.
M.
Copie. N» 137,
XXIV.
Rochefort, le 5 vendémiaire an v — 26 septembre 179;.
Le commandant des armes au ministre de la marine
et des colonies.
Conformément à votre lettre du 10 fructidor dernier,
par laquelle vous ordonnez de statuer par procès-verbal
la remise qui me serait faite par les agents chargés de con-
duire à Rochefort les individus condamnés à la déporta-
tion par le décret du 19 fructidor dernier, l'adjudant
Guillet, chargé de cette mission, est parti de Rochefort le
3 vendémiaire sans être muni de cette pièce, mais seule-
LA DEPORTATION. IIO
ment d'une attestation de l'adjudant de la marine La Goste,
chargé de les recevoir à leur descente des chariots, qui
les a conduits jusqu'au bord de la rivière. Gomme cette
pièce pourrait être importante pour le citoyen Guillet, je
vous l'adresse ci-incluse, pour en faire l'usage que vous
croirez convenable.
La corvette la Vaillante avait mis sous voiles le 3 ven-
démiaire ; elle a relâché le même jour dans la rade des
Basques, forcée par un violent coup de vent de sud-ouest.
Gette relâche m'a procuré les moyens de faire parvenir
aux déportés embarqués sur cette corvette des vêtements
qui leur ont été envoyés après avoir été visités. Plusieurs
d'entre eux n'avaient que ce qu'ils avaient sur le corps.
Les instructions que vous m'avez adressées au sujet de ces
déportés portaient qu'ils étaient autorisés à embarquer
leur or, argent et effets.
De la main du vice-amiral :
P. -S. Le lougre le Bi^illant, qui avait mis sous voiles
avec la Vaillante, vient de me rendre compte que cette
corvette avait mis à la voile le 4 vendémiaire, et qu'il
l'avait laissée à six lieues dans l'ouest de Ghassiron avec
bon frais de vent du nord.
Martin.
Original. N" i4o.
XXV.
Paris, II vendémiaire an vi — 2 octobre 1797.
Le ministi^e au coimnandant des armes.
POUR vous SEUL
J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 25 et 27 fruc-
Il6 LA DÉPORTATION.
tidor, et 3 vendémiaire derniers i, toutes relatives à l'expé-
dition de la corvette la Vaillante.
J'ai vu que vous n'avez rien négligé, conformément aux
intentions du Directoire exécutif, pour accélérer le départ
de ce bâtiment, et que vous avez également pris toutes les
précautions nécessaires pour assurer la tranquillité publi-
que, au moment de l'arrivée et de l'embarquement des
individus condamnés à la déportation par la loi du
19 fructidor. C'est avec plaisir que je vous en témoigne
ma satisfaction.
Cependant, à la lecture de la consigne que vous avez
donnée au capitaine de la Vaillante, j'ai remarqué avec
peine que vous n'aviez accordé qu'une heure le matin et
une heure le soir aux déportés pour prendre l'air. Des
hommes renfermés dans l'entrepont d'un bâtiment, pres-
que tous habitués aux douceurs et aux commodités de la
vie, auront bien de la peine à supporter pendant aussi
longtemps la privation de l'air libre, et il serait à craindre
que leur santé ne fut promptement altérée. L'intention
du Directoire n'a jamais été d'aggraver la position de ces
individus, quelque coupables qu'ils fussent, et il a voulu
au contraire donner à leur égard une preuve authentique
de sa modération et de sa générosité. J'espère, au surplus,
que le capitaine aura trouvé dans les instructions que je
lui ai expédiées des motifs suffisants pour modifier la ri-
gueur de cet article.
Je dois aussi vous observer que l'article 8 de la con-
signe ne remplit pas mes intentions. Il convenait que le
citoyen Hurtault {sic) fût exclusivement chargé de la garde
des déportés et qu'il n'eût à remplir aucune autre fonc-
tion. Je ne puis donc approuver que vous lui ayez attri-
I. Supra, XIV, XVI et XXI.
LA DEPOirixVTlON. II7
bue le coiiiniandement de la garnison à bord de la Vail-
lante.
J'ai remarqué avec plaisir que mon courrier vous était
parvenu assez à temps pour que les ordres du Directoire,
relativement à la nomination du citoyen La Porte, fus-
sent exécutés, et que cette disposition n'a pas retardé sen-
siblement le départ de la corvette.
Minute. N» 117.
XXVI.
Même date.
Du même à l'ordonnateur.
POUR vous SEUL
[Félicitations pour son zèle et ses soins.]
Minute. N" 118.
XXVII.
Rochefort, le 19 vendémiaire an vi — 10 octobre 1797.
Le commandant des armes au ministre de la marine
et des colonies.
A LUI SEUL
Citoyen ministre,
J'ai reçu votre lettre confidentielle du ii vendémiaire :
je ne pouvais pas prévoir qu'un des articles de la con-
signe que vous m'aviez ordonné d'établir à bord de la
Vaillante, relativement aux déportés, eût vicié {sic) dans
le temps que je leur avais accordé pour prendre l'air ma-
tin et soir. Je m'attendais, au contraire, que cette faveur
que je leur avais donnée, sans votre ordre positif, aurait
Il8 LA DÉPORTATION.
peut-être subi quelques difficultés. Si vous voulez bien
vous faire présenter votre lettre du 20 fructidor (à vous
seul), vous y trouverez, troisième paragraphe : « Dès que
« ces individus seront arrivés à Rochefort et qu'ils vous
« auront été remis par les agents chargés de les escorter,
« vous les ferez embarquer de suite, mon intention étant
« qu'ils ne séjournent pas un instant dans la ville, mais
« qu'ils se rendent, dès leur arrivée, à bord sous bonne
« garde, et qu'ils j^ soient consignés au capitaine Jurien,
a pendant toute la traversée, sous sa responsabilité i. »
Il était donc certain, d'après ce paragraphe, que les dé-
portés devaient être consignés pendant la traversée. Vous
savez aussi bien que moi, citoyen ministre, que l'homme
qui est consigné à la mer, doit nécessairement être dans
sa chambre ou aux fers, puisque la position du vaisseau
sur lequel il se trouve, ainsi que tous ceux qui ne sont
pas consignés, leur interdit nécessairement la communi-
cation avec la terre. J'ai donc cru, en accordant deux
heures par jour à ces déportés pour prendre l'air, avoir
outrepassé vos instructions, persuadé d'avance qu'il était
presque impossible qu'ils eussent fait la traversée sans
cette disposition qui, d'ailleurs, était prescrite par l'hu-
manité et par les dispositions humanitaires du Directoire
à l'égard de ces provocateurs à la royauté.
Gomment, d'après ce paragraphe et la manière dont ces
individus ont été conduits à Rochefort, pouvais-je me
permettre de leur accorder toute liberté à bord de la
Vaillante ?
Les chariots qui les ont conduits avaient des barreaux
de fer, ils étaient fermés à clef, et on ne me les a remis
que les uns après les autres, et avec toutes les précau-
I. Supra, IX, p. 99.
LA DÉPORTATION. IKJ
tioiis, quoique environ 3oo hommes fussent sous les ar-
mes. Cette mesure de sûreté ne m'ordonnait-elle pas de
prendre également toutes les précautions pour remplir
les ordres que vous m'aviez transmis, en assurant, par
tout ce qui était en mon pouvoir, l'arrivée de pes déportés
au lieu de leur destination ?
Le quatrième paragraphe de votre lettre du ii vendé-
miaire dit que l'article 8 de la consigne ne remplit pas
vos intentions en ce que le citoyen Hurteaud, comman-
dant le détachement destiné à la surveillance des dépor-
tés, ne devait pas être chargé du commandement de la
garnison de la Vaillante. Vous n'ignorez pas, citoyen
ministre, que le détachement de cette corvette ne com-
porte pas d'officiers. Puisqu'il s'en trouvait un embar-
qué accidentellement, il me paraissait convenable que cet
officier fût chargé de la police du détachement formant
garnison, pendant le temps qu'il devra être employé sur
cette corvette. D'autant plus que tous les canonniers mili-
taires embarqués sur la Vaillante appartenaient à la
demi-brigade de cet officier. Je m'étais persuadé, citoyen
ministre, que les dispositions que j'avais prises tant pour
l'article précédent que pour ce dernier auraient eu votre
assentiment, parce que je n'avais opéré que pour le plus
grand intérêt de la chose et en même temps pour que
l'ordre et la sûreté la plus directe eussent rempli pleine-
ment les intentions du Directoire exécutif. Les disposi-
tions de sûreté prises ont indisposé les malveillants
contre les agents du Directoire et enfin contre tous ceux
qui ont fait exécuter les ordres au sujet de ces dé-
portés I.
J'espère, citoyen ministre, avoir suffisamment justifié
I. Le ministre, clans la lettre qui suit, répond à cette observation.
I20 LA DEPORTATION.
ma conduite sur les reproches que vous me faites par
votre lettre du ii de ce mois. Toute riiumanité qui m'é-
tait permise a été mise en exécution au sujet des déportés.
Conformément à vos instructions, je leur ai fait passer
des vêtements qui leur étaient adressés et 700 louis d'or.
Le jour de leur départ, un petit bâtiment, sous les ordres
d'un adjudant, était chargé de vivres frais et de diffé-
rentes provisions qu'ils avaient demandées. Ce petit bâti-
ment n'a pas pu joindre la Vaillante. Cet acte d'humanité,
qui n'avait pas été prévu dans les instructions, n'annonce
pas un acte rigoureux de ma part. Je pouvais cependant
m' opposer à l'embarquement de ces provisions, puisque
vous m'aviez fixé leur ration à bord de la corvette.
Le vice-amiral,
Martin.
Original. N° ifyj.
XXVIll.
Paris, 27 vendémiaire an vi — 18 octobre 1797
Le ministre au vice-amiral Martin.
J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 5, 9 et 19 de
ce mois, relatives aux individus condamnés à la dépor-
tation par la loi du 19 fructidor, et avec les deux pre-
mières, les procès-verbaux de réception de ces con-
damnés, tant à Rochefort qu'à bord de la corvette la
Vaillante.
Si la malveillance a voulu jeter de la défaveur sur
la conduite des républicains qui dans cette circonstance
ont fidèlement exécuté la loi et les ordres du gouverne-
ment, ils ont pour dédommagement l'estime du Directoire,
celle des patriotes, et la satisfaction d'avoir bien rempli
LA DEPORTATION. 121
leurs devoirs. Je m'honorerai toujours, citoyen général,
de mériter la haine des ennemis de la République, et je
vous dois la justice de croire que vous partagez ce
sentiment.
Minute. N" 120.
XXIX.
Paris, II brumaire an vi — v novembre 1797.
Du même au Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
Je m'empresse de vous faire passer l'extrait d'une lettre
que je reçois du consul de Saint-Ander (Santander), en
date du 28 vendémiaire dernier. Le Directoire verra que
la corvette la Vaillante, chargée de conduire les déportés
à Gayenne, a paru le 11 du même mois sur la côte
d'Espagne. Tout annonce que ce bâtiment a fait bonne
route pour se rendre à sa destination.
Minute. N» 121.
XXX.
Même date.
Du m,ême au consul de Santander.
[Le remercie de son empressement à lui donner avis du pas-
sage de la Vaillante, etc.]
Minute. N" 122.
I'2'2 LA DEPORTATION.
XXXI.
Extrait du rapport adressé par le lieiitenaiit La Porte, com-
mandant de la Vaillante, au commandant des armes à
Rochefort i.
Après que j'ai déposé à cette colonie tout ce dont
j'étais chargé d'y porter, il me reste à vous faire part
de ce qui s'est passé relativement aux déportés.
Ils ont d'abord considérablement souffert, particu-
lièrement pendant les dix-sept jours que j'ai resté dans
le golfe; la mer était démontée, l'état où était plusieurs
d'eux mont fait craindre que je serais obligé d'en jetter
quelqu'un à la mer, mais le grand soin que j'ai eu pour
eux les ont préservés d'un pareil accident. J'étais obsédé
chaque moment pour faire une relâche en Espagne, c'est
ce que j'ai constamment refusé, voyant ma résolution
ils ont resté assez tranquille jusqu'à la vue de l'Isle
Saint-Michel, c'est là qu'ils ont récidivé leurs demandes
de relâcher, mais sourd à leurs propositions, ils m'ont
accablé de reproches en disant que je voulais les faire
mourir. Javais beau leurs perssadèr le contraire, ils nen
ont rien voulu croire.
Dépassé la vue de cette Isle. je m'aperçus qu'il y avait
de la dés.mion ci.reux, qu'il s'était formé plusieurs
partis, qu'ils se quéréloit souvent qu'aupoint un jour ils
en vinrent aux menaces ; ils portaient le point sur la
figure du bonhomme Muriné (Murinais) en lui repro-
I. La première partie n'est qu'un journal technique de navigation : j'ai
cru pouvoir l'omettre. Je reproduis telle quelle la pauvre orthographe du
lieutenant La Porte, digne d'ailleurs de son français. Il mouilla à l'île d'Aix
le i3 janvier 1798.
LA DÉPORTATION. 123
chant qu'il était la cause de ce qu'ils Eprouvait, ce M'' se
défendit en leurs disant qu'il les avait prévenus assez
atems que la mèche était éventée, ce débat a duré
quelques instants, Ils ont fini par se Débonder et ont
dit à Haute voix qu'une heure de plus leur plan était
exécuté et réussy, qu'il en aurait coûté la vie à une infi-
nité d'Individus, et Enfin ce qu'ils ont fait ils le ferait
encore, voillà, citoyen ministre, les propos qu'ils ont
tenus, et que je vous certifie.
Salut et Respect.
P^e La Porte.
Vu par le vice-amiral, commandant des armes,
Martin.
Original,
IL
MISSION DU GÉNÉRAL DUTERTRE i
Au quartier général de Paris, le 19 fructidor an v de la
République française une et indivisible.
Aiigereaii, général divisionnaire, commandant en chef
la dix-septième division militaire,
Atteste que le citoyen Dutertre, g-énéral de brigade,
est employé dans sa division en cette qualité; ordonne
I. Dutertre a publié en 1800 un Mémoire justificatif d'où nous extrayons
les pièces I, II, III, VII, VIII, XIII et XIV, que, du reste, nous n'avons pas
124 LA DÉPORTATION.
en conséquence à tous les ofiîciers sous ses ordres de lui
obéir en tout ce qu'il ordonnera relativement au service
militaire et le maintien de la République.
AUGEREAU.
J'ai vu, dans la journée du 19 fructidor, le général
Dutertre déployer la plus grande activité pour exécuter
les ordres du gouvernement, transmis par le général
Augereau.
Le chef de l'état-major,
Charpentier.
Mémoire de Dutertre, p. 18.
II.
21 fructidor an v.
Il est ordonné au général de brigade Dutertre de se
rendre sur-le-champ au Temple, pour y prendre le com-
mandement des troupes qui y sont stationnées pour la
garde des détenus.
L'adjudant général chef de Vétat-major,
Charpentier.
Idem, p. 20.
trouvées ailleurs. Voici le titre de ce mémoire : Départ du Temple, pour
Cayenne, des déportés des ij et 18 fructidor an V, avec les instructions
curieuses données au général Dutertre, chargé de les conduire à leur desti-
nation. Contenant un précis de la vie civile et militaire de ce général, nommé,
le iQ fructidor, commandant du Temple. A Paris, chez Uesenne, libraire,
palais Égalité ; l'auteur, rue du Regard, maison Ferdinand, F. G*., m 806,
an VIII. In-8, 62 p. On lit, à la fin : Dutertre, général de brigade. Paris,
a5 ventôse. — Sur ce général Dutertre, v. Index alphabétique.
• Faubourg [S'] Germain.
LA DEPORTATION. I2iJ
III.
Au quartier g-énéral de Paris, le 21 fructidor an v de la
République française une et indivisible.
Augereaii, général divisionnaire, commandant en chef
la ly^ division militaire ^
Ordonne au général de brigade Dutertre, commandant
au Temple, de ne laisser communiquer avec les prison-
niers détenus au Temple que les épouses de ceux qui sont
reconnus en avoir, avec leurs enfans, et d'en prohiber
l'entrée à tout mâle, quelle que soit la permission qui lui
serait présentée.
Le général en chef,
AUGEREAU.
Idem, p. 20, et A. N. AF m, 4C.
IV.
Même date.
Le ministre de la police générale transmet au Direc-
toire une pétition de la citoyenne Laffon-Ladebat , ten-
dante à obtenir, pour son mari, la permission d'être con-
duit chez lui sous bonne et sûre garde, pour mettre ordre
à ses aftaires, qui intéressent un grand nombre de négo-
ciants. Le ministre observe que, si on n'accordait pas la
permission demandée, il en pourrait résulter plusieurs
banqueroutes. Le Directoire permet au ministre de la
police générale de faire conduire chez lui le citoyen
Laffon-Ladebat, à la charge par lui d'en répondre per-
sonnellement.
Registre des délibérations du Directoire. AF m*, 20.
126 LA DÉPORTATION.
V.
AFFAIRE SECRETE
Même date.
Le ministre de la police générale au Président du Directoire
exécutif.
Citoyen Directeur,
Lorsque je vous ai écrit la lettre relative au citoyen
Laffon-Ladébat, je n'avais pas reçu une lettre du ministre
de l'intérieur qui m'arrive en ce moment. D'après votre
çii motivé, je voulais accorder jusqu'à six heures du soir
sous ma responsabilité personnelle. Mais comme on m'a
répondu que ce délai ne suffisait pas, il n'y a eu rien de
fait, et point de permission donnée.
Salut et respect
SOTIN.
Minute.
A. N. AF III, 46, d^ 167.
VI.
22 fructidor — 8 septembre.
Avis du Directoire au ministre de la police de l'inté-
rieur de faire partir dans la nuit Barthélémy et autres ' .
A. N. AF III*.
I. Ce fut l'adjudant général Hochereau qui, d'après les ordres du Direc-
toire (Registre des délibérations, 22 fructidor), fut charg'é d'extraire Bar-
thélémy du Luxembourg et de le réunir au Temple à ses compagnons de
déportation. Le Directoire, par la même délibération, alloua 8,000 francs
au ministre de l'intérieur pour faire face aux dépenses de la nourinture
et du coucher des déportés, et 6,000 francs au ministre de la guerre pour
les frais du détachement.
LX DEPORTATION. I27
VIL
Même date.
Le niinislre de la guerre au général Augereau.
Le ministre de l'intérieur a fait préparer trois voitures
grillées. Le général commandant la 17*^ division militaire
fournira une escorte de cent hommes à cheval, un géné-
ral, deux adjudants généraux, un chef d'escadron, six ofïi-
ciers et cent hommes. Le voyage se fera à petites jour-
nées ; la troupe les fera cependant les plus longues pos-
sible, de manière aussi à ne pas tuer ses chevaux.
Minute.
Dépôt de la guerre.
VIII.
Au quartier général, même date.
Augereau, général divisionnaire, commandant en chef la dix-
septième division militaire, au général de brigade Du-
tertre, commandant au Temple.
Vous voudrez bien, citoyen général, vous rendre de
suite au quartier général, pour y conférer d'affaires de
service. Vous laisserez le commandement du Temple,
pour un moment, au commandant de la force armée.
Salut et fraternité.
Augereau.
Mémoire de Dater tre, p. 26.
IX.
Même date.
Le général Dutertre se rendra au Temple avec cent
128 LA DÉPORTATION.
hommes du vingt-unième régiment de chasseurs à cheval ;
là, il s'assurera des individus qui lui sont désignés, pour
les faire placer dans les voitures destinées à les trans-
porter à Rochefort.
Signé : Augereau.
Idem, p. 2;.
X.
Instructions pour le général de brigade Dutertre, chargé de
conduire à RochefoiH les condamnés à la déportation par
la loi du 18 fructidor.
Le général de brigade Dutertre se rendra au Temple
avec cent hommes à cheval du vingt-unième régiment de
chasseurs; là, il s'assurera des individus qui lui sont
désignés, pour les faire placer dans les voitures destinées
à les transporter à Rochefort ; il assignera aux officiers
et soldats le poste que chacun d'eux devra occuper, tant
dans la marche que dans les lieux de la couchée.
Il fera toutes les dispositions convenables pour pré-
venir la fuite ou l'enlèvement d'aucun des prévenus de
conspiration, condamnés à la déportation.
Pour éviter que les événements ne se multiplient par
la lenteur de la marche et la longueur de la route, il fera
double étape, lorsqu'il se rencontrera des journées peu
fatigantes; dans tous les cas, il ne prendra point de
séjour pour quelque cause que ce soit.
Il veillera avec attention à ce que les prisonniers soient
traités avec tous les égards dus à l'humanité, sans cepen-
dant s'écarter des mesures de sûreté et de la sévérité que
lui prescrivent les règles militaires et la responsabilité
qui pèse sur lui.
Dans le cas où la force armée à ses ordres serait in-
LA DEPORTATION. Ï29
sulïîsantc, ou qu'il craindrait qu'on n'attente au dépôt qui
lui est confié, il requerra les autorités civiles et militaires
de lui procurer une force suffisante partout où besoin
sera, et fera dresser proeès-yerbal de sa demande, rela-
tivement aux autorités civiles.
En conséquence, il fera commander quatre hommes et
un brigadier d' avant-garde à deux cents pas.
Huit hommes et un maréchal des logis en avant des
voitures; trois hommes en flanc de chaque voiture.
Le reste de la troupe marchera en bon ordre et en ré-
serve derrière les voitures, sans les quitter jamais, à la
distance de cinquante pas. Il fera déposer dans un lieu
décent et à l'abri de tout danger, les prisonniers à chacun
des endroits où il fera reposer la troupe ; il établira des
sentinelles et les fera garder à vue. Le général Dutertre
se pénétrera si fort de la nécessité de prévenir toute occa-
sion qui pourrait procurer ou favoriser la fuite, l'évasion
ou l'enlèvement des prisonniers, qu'en cas d'attaque de
la part de quelque individu ou d'insulte, il doit agir mili-
tairement sur les condamnés, plutôt que de se les voir
ravir.
Il est personnellement responsable de la conduite et de
la sûreté des déportés.
Il déposera à bord de la corvette destinée pour
Cayenne, au port de Rochefort,les prisonniers qui lui sont
confiés ; il s'adressera à cet effet au capitaine Suvieu [lire
Jurien], qui la commande, et retirera de lui la déclaration
de remise du nombre, de la qualité et du nom des prison-
niers.
SOLDE
Le général de brigade touchera par jour . i5 1.
Chaque adjudant général lo
l8 FRUCTIDOR, «,)
l3o I.A DÉPORTATION.
Le chef d'escadron 8 1.
Chaque officier 6
Chaque maréchal des logis i lo s.
Chaque brigadier i 5
Chaque chasseur i
Le général se rendra à Rochefort par les lieux désignés
sur la feuille de route à lui délivrée par le commissaire
des guerres, Fradel, employé dans la dix-septième divi-
sion militaire. Après qu'il aura déposé les déportés, il
rejoindra, par la même route, le quartier général de la
dix-septième division.
Paris, le 23 fructidor, l'an v de la République française.
Le général en chef commandant la dix-septième
division militaire,
Signé : Augereau.
Pour copie conforme :
P. GuiLLET.
Idem, p. 27-29 et Correspondance d'Augereau, conservée en copie aux
archives du ministère de la guerre. — Lors du passage à Tours, le géné-
ral Vimeux prêta 25 hommes à Dutertre. — Dépôt de la guerre, Corres-
pondance des généraux à Vintérieur, i5 septembre 1797.
XL
26 fructidor — 12 septembre.
Augereau au général Dutertre.
J'ai reçu votre lettre, mon cher général, ainsi que les
pièces qui y étaient jointes, aujourd'hui à deux heures
après midi; j'en ai fait part au Directoire, qui me charge
de vous témoigner sa satisfaction du zèle avec lequel
vous vous acquittez de la mission qui vous est confiée;
j'approuve également votre conduite, et vous exhorte à ne
LA DKPORTATIOX. l3l
pas doubler les Journées, du moins tant que les circons-
tances ne l'exigeront pas, afin de ne pas trop fatiguer les
hommes et les chevaux.
Je charge votre aide de camp, qui part pour vous re-
joindre, de vous remettre cette lettre.
D'après le registre de eopies de lettres dWiigereau.
XIL
28 fructidor — i^ septembre.
Du même au même.
J'ai successivement reçu tous vos rapports, mon cher
général, et j'en ai fait part au Directoire qui est, ainsi que
moi, très satisfait de votre conduite. Gomme vous avez
beaucoup pressé la marche de votre détachement, les che-
vaux doivent être extrêmement fatigués : vous les lais-
serez en conséquence rafraîchir quelques jours à Roche-
fort, et marcherez à petites journées pour retourner à
Paris. Je m'en rapporte à cet égard à votre prudence.
Idem.
XÎII.
3o fructidor — 16 septembre.
Augereau au ministre de la guerre.
Je reçois à l'instant, citoyen ministre, votre lettre de ce
jour par laquelle vous m'annoncez que le Directoire a
des motifs pour ôter au général Diitertre le commande-
ment de l'escorte des déportés.
J'ignore quelles causes peuvent avoir donné lieu à ces
nouvelles dispositions; j'ignore encore si les talents de
l'adjudant général Guillct lui donnent droit à ce com-
iSa LA DÉPORTATION.
mandement; je ne puis donc, citoyen ministre, vous con-
seiller sur le choix que vous devez faire pour confier le
commandement de l'escorte à quelque autre officier.
Idem.
XIV.
Extrait des registres du Directoire exécutif du 3o fructidor
de l'an VI de la République française , une et indivisible.
Le Directoire exécutif arrête que le ministre de la
guerre donnera, sans délai, les ordres nécessaires pour
faire revenir à Paris le général Dutertre, commandant
l'escorte des déportés qui sont en route pour Rochefort;
faire remettre, par cet officier, entre les mains de l'adju-
dant général Guillet, les fonds qui lui restent, tant de ce
qu'il a touché à Paris, que des sommes qu'il s'est fait four-
nir dans les départements où il a passé, et lui faire rendre
compte de ce qu'il a dépensé i.
Le président du Directoire exécutif
Signé : Revellière-Lépeaux.
Par le Directoire exécutif :
Lagarde, secrétaire général.
Mémoire de Dutertre, p. 47-
I. D'après les déclarations de Dutertre, 11 aurait reçu du ministre de la
guerre 6,000 f r.
D'Hochereau 4^200
Du receveur d'Étampes 4îOoo
a Tours 3,000
A Poitiers 6,000
A Châtellerault 5,ooo
Total 28,200 fr.
Dutertre remit au général Guillet i5,558 fr, ; il avait dépensé pour les
déportés 5,5oo fr. et pour la troupe d'escorte et serAaces extraordinaires,
7,142 fr. (op. ciï., p. 48). Suivent (p. 49-53) l'approbation du compte de Dutertre
par le ministre de la guerre et les comptes du général Guillet.
LA DÉPORTATION. l33
XV.
Paris, le 3o fructidor an v — i6 septembre.
Le ministre de la guerre au général Dutertre, commandant
l'escorte des déportés.
Le Directoire exécutif me charge, général, de vous
donner l'ordre de remettre de suite, à l'adjudant général
Guillet, le commandement de l'escorte qui vous a été con-
fiée ; de lui remettre pareillement les fonds qui vous res-
tent de ceux que j'ai mis à votre disposition, ceux que
vous avez perçus dans les départements, et enfin ceux
que vous avez retirés à l'adjudant général Hochereau;
vous remettrez de même les instructions et renseigne-
ments dont vous êtes porteur, concernant votre mission,
et vous vous rendrez de suite de votre personne à Paris.
Salut et fraternité.
M., p. 4;. SCHERER.
XVI.
6 vendémiaire an vi — 27 septembre.
Au ministre de la police générale.
Le Directoire exécutif me charge de vous inviter,
citoyen ministre, à prendre des informations auprès des
commissaires près les administrations centrales de la
Vienne, d'Indre-et-Loire et du Loiret, sur la conduite
qu'ont pu tenir ces administrations centrales ou celles
municipales à l'égard du général Dutertre et lors des
émeutes qui ont eu lieu sur la route relativement à ce
général.
-,. . .„ ,„ Lagarde.
Minute. AF m* 3o.
l34 LA DÉPORTATION.
XVII.
Paris, le 8 vendémiaire 6« année — 29 septembre.
Le ministre de la guerre au Directoire exécutif,
RAPPORT
J'ai rhonneur de vous transmettre copie d'une lettre en
date du 2 vendémiaire, que je reçois à l'instant de l'adju-
dant général Guillet, commandant le détachement qui a
servi d'escorte aux condamnés à le déportation.
Vous verrez, citoyens Directeurs, que ces individus, au
nombre de seize, sont arrivés à Rocliefort le i^'' vendé-
miaire, à midi et demi, et qu'ils ont été conduits de suite
au port, où le vice-amiral Martin avait fait préparer le
Brillant pour les transporter à bord de la corvette la
Vaillante, sur laquelle ils ont été embarqués.
Cet officier ajoute que cette corvette a profité du vent
qui était favorable pour se rendre de suite à sa destina-
tion.
Je joins aussi ici, citoyens Directeurs, copie du pro-
cès-verbal qui constate la remise de ces déportés entre
les mains de l'adjudant de marine chargé par le vice-
amiral Martin de les recevoir à bord du lougre le Bril-
lant et de les conduire sur la corvette la Vaillante, com-
mandée par le capitaine Jurien.
Il parait, citoyens Directeurs, qu'il ne s'est rien passé de
remarquable pendant la marche de ces déportés, de Paris
à Rochefort, si ce n'est que Bourdon de l'Oise, se plai-
gnant de la surveillance et sûreté intérieure {sic) que le
commandant de l'escorte exerçait dans les endroits où ils
logeaient, Pichegru lui répondit : « Ils nous font ce que
nous leur aurions fait. »
LA DÉPORTATION. l35
Tel est, citoyens Directeurs, le rapport que le comman-
dant de l'escorte m'a adressé sur la mission dont il était
charge.
Il m'annonce au surplus, qu'après quelques jours de
repos dont la troupe qu'il commande a le plus grand be-
soin, il rétrogradera avec son détachement sur Paris.
S. etR.
Minute. Dépôt de la guerre.
XVIII.
8 vendémiaire — 29 septembre.
[Le ministre de la guerre rend compte par une lettre au
Directoire de l'arrivée du général Dutertre à Paris et des
ordres qu'il a donnés pour qu'il soit mis aux arrêts à domi-
cile. Le Directoire répond au ministre en le chargeant de
donner des ordres pour que le général Dutertre soit retenu
aux arrêts, jusqu'à ce qu'il ait rendu le compte moral et
matériel de la mission dont il était chargé.]
Registre des délibérations du Directoire. AF in*, 20.
XIX I.
Copie de la lettre du Commissaire da Directoire exécutif près
V adm^inistration centrale du département de la Vienne,
datée de Poitiers le i^^ vendémiaire an VI, adressée au
ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Je crois devoir vous rendre compte de ce qui s'est
I. Les trois lettres suivantes (XIX, XX et XXI), qui émanent de diverses
autorités du département de la Vienne, lurent transmises au Directoire
par le ministre de la police le 22 vendémiaire an vi. Les réponses des admi-
nistrations d'Indre-et-Loire et du Loiret nous manquent.
l36 LA DÉPORTATION.
passé dans cette commune, lors du passage et du retour
du général Dutertre chargé de l'escorte des déportés, et
de la conduite tenue par les autorités constituées.
J'avais été informé, quekpies jours avant l'arrivée des
détenus, que beaucoup de voitures très chargées d'hommes
et d'effets avaient passé à Richelieu et étaient dirigées
sur Poitiers et Ghâtellerault ; craignant qu'il se fût formé
quelques projets pour enlever les déportés à leurs con-
ducteurs, de concert avec l'administration départemen-
tale, je fis mettre en marche toute la force armée du dé-
partement, éclairer tous les chemins de traverse et au-
tres qui ont leur débouché sur la grande route par où
devait passer l'escorte ; surveiller tous les voyageurs
avec ordre d'arrêter tous ceux qui ne seraient pas munis
de passeport en forme et de dissiper toute espèce de ras-
semblement qui paraîtrait vouloir se former.
L'escorte a traversé le département sans rencontrer la
moindre opposition et le plus léger obstacle; mais je ne
vous tairai pas que la société dont le général Dutertre
s'est entouré, ses propos, ses menaces ont généralement
scandalisé tous les citoyens de ce département, et qu'il a
donné des inquiétudes dans les communes qu'il a traver-
sées.
L'arrivée de ce général à Lusignan par ordre du gou-
vernement a paru faire plaisir à la majeure partie des ci-
toyens ; mais, comme la jeunesse n'est jamais assez sage
pour exprimer sa joie sans exaltation, plusieurs jeunes
gens se sont livrés à des excès' envers sa personne, à la
sortie de cette commune le jour d'avant-hier, de manière
que, sans respect pour la justice, il a été non seulement
insulté, mais encore éclaboussé ; ce délit ne pouvant res-
ter impuni, les autorités constituées ont pris de suite les
mesures nécessaires pour en faire rechercher et punir les
LA DÉPORTATION. l37
auteurs; déjà il y a eu des mandats d'arrêt décernés con-
tre quelques-uns d'eux et trois sont dans ce moment dans
la maison d'arrêt, les autres sont pareillement poursui-
vis.
Tel est, citoyen ministre, le compte que j'avais à vous
rendre sur la conduite du général Dutertre et de celle
tenue à son égard; il vous convaincra sans doute que les
fonctionnaires publics de ce département ne négligeront
rien pour maintenir la sûreté des personnes et surveiller
l'exécution des lois.
Salut et respect.
Signé : Bonnefon.
A. N. AF III, 46.
XX.
Copie de la lettre du Commissaire du pouvoir exécutif près
l'administration municipale de Poitiei^s, datée de Poitiers
le ^^ complémentaiî^e an Y, adressée au ministre de la
police générale de la République.
Citoyen ministre.
Le général Dutertre, commandant de la force armée
qui conduisait à Rochefort les déportés, en arrivant le
i^'' complémentaire dernier en cette commune, rechercha
tout ce qu'il y a de plus méprisable parmi les habitants
de Poitiers et en forma son cortège tant qu'il y resta ; il
alla loger chez lliomme le plus immoral et le plus crapu-
leux; et l'action seule de choisir pour logement la mai-
son de cet individu eût sulli pour aliéner de ce général
les esprits même des citoyens paisibles. J'ose vous assu-
rer qu'aucun administrateur, soit civil ou militaire, n'eût
voulu l'accompagner dans les rues, en le voyant envi-
ronné, ainsi qu'il l'était, des terroristes les plus décidés.
l38 LA DÉPORTATION.
Ce général fut arrêté hier par ordre du gouverne-
ment à cinq lieues de Poitiers, et y vint coucher le même
soir; il en a {sic) parti aujourd'hui sur les deux heures
de Faprès-midi, escorté de plusieurs gendarmes; lorsqu'il
a traversé la place publique, plusieurs individus roya-
listes et ennemis du gouvernement se sont permis de le
huer, et môme de le menacer en criant : A bas le Terro-
riste, etc. Aussitôt que le rapport m'en a été fait, ennemi
de tous les partis, jaloux de faire respecter les personnes,
et surtout un homme que le gouvernement avait chargé
d'une mission importante et qu'il rappelait auprès de lui
sans avoir déclaré s'il était coupable, je viens d'écrire
aux gendarmes de cette résidence, qui s'étaient réunis aux
autres gendarmes pour l'escorter jusque hors des murs
de cette commune, de dresser procès-verbal de ce qui
s'était passé et de désigner ceux qu'ils auraient pu con-
naître pour avoir participé à ce délit ou pour en
être les auteurs, et de me remettre de suite ce procès-
verbal afin que je le fasse passer au juge de paix, en
l'invitant à procéder à l'information. Voilà, citoyen mi-
nistre, le compte exact de ce qui a eu lieu aujourd'hui
dans cette commune ; je ne vous cacherai pas que l'arres-
tation du général Dutertre et son passage ici a paru être
un triomphe pour les royalistes; mais ce triomphe ne
sera d'aucun avantage pour eux, et je vous assure que
j'emploierai tous mes moyens pour les comprimer et pour
maintenir la paix dans Poitiers ainsi qu'elle y a été main-
tenue depuis deux ans.
Salut et respect.
Siarné : Dassier.
Id. ^
LA DÉPORTATION. iSq
XXÎ.
Copie de la lettre de l'accusateur public près le tribunal crimi-
nel du département de la Vienne, datée de Poitiers, le 2 ven-
démiaire an VI, adressée au ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Je Yous ai marqué par ma dernière que des anarchistes
royaux, faisant partie d'un rassemblement armé qui a eu
lieu le 10 thermidor dernier, d'où étaient partis plusieurs
fois les cris d'A bas la cocarde nationale, d'A bas la Ré-
publique, à' A bas les accfuéreurs de domaines nationaux,
avaient été acquittés par le jury d'accusation. Cette impu-
nité vient d'occasionner une autre scène dont on voit peu
d'exemples par la férocité qui l'a accompagnée. Les dé-
portés sont arrivés à Poitiers le i^^" jo^^i' complémen-
taire : beaucoup de citoyens sont allés au-devant d'eux,
tout s'est passé dans le meilleur ordre. Personne ne s'est
permis de les invectiver, et ils sont partis le lende-
main ; un courrier a passé dans la nuit du 2® au 3^ jour
complémentaire ; il était porteur de dépêches concer-
nant le général d'escorte, et le secret aurait {sic) appa-
remment transpiré. Que font ces mêmes hommes du
10 thermidor de Poitiers, ces mêmes collets noirs et dont
pas un ne s'était trouvé à l'arrivée des déportés ? Ils vont
se poster à la porte de la ville et attendent le général ;
arrivé, ils l'accablent d'injures et d'outrages, lui crient :
A bas le scélérat, à bas le voleur ! Il leur répond par des
cris : Vive la République ! Mais ils n'en deviennent que
plus furieux, ils veulent le frapper, et ce n'est que par la
rapidité de son cheval qu'il évite les coups qu'on lui
porte. Tous ces excès de furieux n'assouvissent pas leur
rage ; le lendemain, sur les une heure du soir, époque de
l4o LA DÉPORTATION.
son départ, ils vont au milieu de la ville, Fattendent dans
une descente ; là, son cheval ne peut courir, il éprouve
toutes les bordées d'injures qu'on lui adresse, on le traite
encore de voleur, de scélérat, de coquin, on lui jette des
pierres, on couvre son habit de boue, on lui crache à la
figure, les gendarmes d'escorte ne peuvent rien faire pour
sa défense, ils sont obligés de céder à la multitude. Un
de leurs camarades se trouve là par hasard ; il accourt,
ces scélérats se saisissent de lui, l'acculent près d'un mur,
il ne peut rien faire non plus pour venger l'outrage fait à
la loi et à l'humanité. Il est possible que ce général, que
je n'ai pas vu et dont je ne sais pas le nom, soit coupable ;
mais était-ce une raison pour l'outrager, le frapper, le
vilipender, le couvrir de boue ? Il était conduit par des
gciidarmes, il était sous la protection de la loi, il devait
être respecté ; mais, comme il avait conduit les déportés
et qu'il s'était montré patriote, ils avaient le malin plaisir
en l'insultant d'outrager les patriotes de Poitiers et de la
République elle-même. Cette scène est passée, une autre
reviendra peut-être, et les malheurs les plus graves peu-
vent éclater ; il commencerait donc à être temps que ces
horreurs cessassent, autrement le fonctionnaire public,
qui remplit les devoirs de sa place avec zèle, qui poursuit
tous les malveillants, ne serait pas en sûreté. Le Direc-
toire, qui verra que les autorités constituées, qui avaient
été instruites des avanies faites à ce général le jour
de son arrivée, devaient veiller à ce qu'elles ne se repro-
duisent pas le lendemain, y pourvoira sévèrement, cela
est nécessaire.
Salut et respect.
id. Signé : Motel i.
I. Voici en <-:\ ■]^ termes Dutertre raconte ces incidents : « En attendant
mon arrivée de Lusignan à Poitiers, un rassemblement avait été formé de
LA DEPORTATION. l^l
XXII.
25 vendémiaire — 16 octobre.
Le général Dutertre a rompu ses arrêts et est parti pour
l'armée d'Allemagne, où il avait été appelé par un arrêté
(lu Directoire antérieur à sa mise en arrestation 1. Le Di-
rectoire arrête que ce général sera arrêté et amené à
Paris pour rendre compte de sa conduite.
Registres des délibérations du Directoire, AF m*, 20.
parents d'émigrés; en un mot, d'individus tous notés par leur haine pour
la Républifiue. Je fus donc accueilli à Poitiers, à peu près comme le Messie
allant au lieu de son supplice, au milieu des hurlements épouvantables :
A bas le buveur de sang! le protecteur des scélérats! La force armée eut
beaucoup de peine à contenir cet attroupement, enivré de fureur, qui vou-
lait se porter aux derniers excès contre moi. J'avais du moins lieu d'eFî)é-
rer que ce premier essai infructueux me garantirait le lendemain de toute
insulte. Dès sept heures du matin, cette scène outrageante recommença :
pendant toute la traversée de Poitiers, je fus invectivé, couvert de boue et
poursuivi à coups de pierres. Un gendarme en fut blessé. J'échappai avec
peine à ces furieux, à la tête desquels était un homme connu, à qui je fais
grâce du nom et qui avait figuré avec distinction parmi les sectionnaires
ameutés au i3 vendémiaire contre la Convention. » Mémoire de Dutertre,
p. 55-56.
I. Dutertre produit en effet {Mémoire, p. 18) : i" une lettre du ministre de
la guerre, en date du 20 fructidor, qui l'informe que le Directoire a jugé à
propos de le remettre en activité et de l'employer dans son grade de géné-
ral de brigade près l'armée de Rhin-et-Moselle et qui l'invite à se rendre le
plus tôt possible à son poste ; 2° un arrêté du 5 vendémiaire an vi, signé de
Revellière-Lépeaux, par lequel, « sur la demande du général en chef de
l'armée du Rhin, le général Dutertre sera employé à l'une ou l'autre de ces
armées » (p. 59). Le texte de cet arrêté est incomplet, puisqu'il ne parle que
de l'armée du Rhin, tandis qu'Augereau réunissait dans ses mains le com-
mandement de celle-ci et de celle de Sarabre-et-Meuse. Il y a, du reste, dans
la fin de ce mémoire, des confusions de dates qu'il est sans grand intérêt
d'éclaircir.
l42 LA. DÉPORTATIOX.
in.
CORRESPONDANCE DES DÉPORTÉS ^
I.
Barbé-Marbois
I.
Arpajon, 23 fructidor.
A la citoyenne Lavoisier, boulevard de la Madeleine,
à Paris 2.
Ma chère Elise, il m'est permis de vous écrire 3. Nous
sommes en route pour Rocliefort où nous serons arrivés
dans quinze jours. La précipitation de notre départ nous
laisse dans un grand dénùment de beaucoup de choses.
Nous présumons qu'on nous envoyé à Cayenne, mais
1. Ces lettres sont toutes autographes. Les unes furent remises au chef
de Tescorte, les autres à la municipalité de Poitiers et au vice-amiral
commandant des armes à Rochefort, qui, comme l'indiqiient des lettres
d'envoi (5"= complémentaire et i3 vendémiaire), les transmirent au mi-
nistre de la marine, d'où elles passèrent au Directoire. Les familles durent
en recevoir des copies ou des extraits. J'ai emprunté le texte de ces lettres
au carton des A. N. AF m, 44; j'en reproduii» même l'orthographe.
2. M""^ Lavoisier, veuve de l'illustre chimiste, sous le couvert de qui
Barbé-Marbois adresse la lettre à sa femme, demeurait boulevard de la
Madeleine, n» 243, dans une maison qui appartenait à M. Lecoulteux de la
Noraye; c'est sur l'emplacement de cette maison que se trouve le n» 21
actuel, môme boulevard. (Laco/sier, par Edouard Grimaux, p. 36;.)
3. Cette ligne est surajoutée.
LA DEPORTATION. l43
c'est à Paris même que vous pourrés le savoir, de ma-
nière à ne pas vous tromper sm" les secom^s, effets, ha-
bits, recommandations, qu'il faudra m'y faire parvenir.
[Il prie sa femme de lui envoyer du linge, de l'argent, en
s'entendant avec la femme de Laffon-Ladcbat, de prendre des
renseignements auprès de l'Escalier i.]
Vous pourrés prendre un peu plus de tems pour m'en-
voyer par les routiers et par le port le plus commode une
malle où vous mettrés du linge et des effets de Saint-Do-
mingue que vous trouvères dans les tiroirs de ma com-
mode à Paris ; des draps, habits de toile, bas de fil, etc....
Faites tout pour le mieux, mon amie; je m'en rapporte
entièrement à vous. Vous m'écrirés régulièrement.
Adieu, ma chère Élise ; depuis treize ans, vous avés
partagé les peines de ma vie et vous en avés fait le bon-
heur. Vos nouvelles et celles de notre enfant vont faire
mon unique consolation. Appliqués vous à m'en donner
de fréquentes et adressés toutes vos lettres à mon coilè-
gne Pécheur.
Le G. [citoyen] Lescalier vous dira à qui il faut adres-
ser vos lettres à Rochefort. Je ne le sais pas moi-même.
Je parle de celles que vous m'écrirés avant mon dé-
part.
Je mets cette lettre-ci sous l'enveloppe de la citoyenne
Lavoisier, et, si vous n'étiez pas arrivée à Paris, je la prie
de faire, pour les deux effets de 809 livres tournois chacun,
ce dont je vous chargeais.
Adieu, mon amie, adieu aussi à notre petite Sophie
I. Daniel Lescalier, dont parle ici Barbé-Marbois, avait été, avant 1-89,
ordonnateur général de la Guyane ; il avait publié, en irgi, tine brochure :
Exposé des moyens de mettre en ^mleur et d\idministrer la Guyane. — Une
nouvelle édition, dédiée au Directoire, parut en Tan vi (1798).
l44 LA DÉPORTATION.
dont les billets et les dessins me faisaient tant de plaisir.
Je serai encore heureux quand je verrai de votre écriture
et de la sienne.
Barbé-Marbois,
Au port de Rochefort.
Le citoyen l'Escalier vous dira quels ports de France
correspondent ordinairement avec Gayenne.
II-
Paris, route de Rochefort, le 23 fructidor an v, R. F.
Aux citoyens Risteau père et fils et Q^, Bordeaux.
Citoyens,
On nous conduit à Rochefort et Ton dit que c'est pour
aller de là à Gayenne. Ma santé est bien faible et je vous
prie de me recommander à llochefort à un de vos corres-
pondants qui puisse me secourir en cas de maladie.
Je ne doute pas que je n'éprouve de la part de nos com-
merçants des marques de leur intérêt; ils m'ont prouvé
souvent qu'ils gardaient le souvenir de mon zèle pour la
prospérité du commerce.
Je vous salue de tout mon cœur.
Barbé-Marbois.
Mandez-moi quels ports de France correspondent ordi-
nairement avec Gayenne.
LA DKPORÏATIOX. l45
IlL
23 fructidor.
Au citoyen Ferrand-Lazé et C'"^ à L'Orient.
[Il demande des lettres de crédit et des recommandations.
Le texte de cette lettre est presque identique à celui de la
précédente.]
IV.
Orléans, le 24 fructidor.
A la citoyenne Lavoisier i.
Que vous dire, ma chère Elise, dans l'incertitude où je
suis de ma destination et même du lieu où mes lettres
peuvent vous trouver ? J'ignore si, sur la nouvelle de
notre arrestation, vous et notre enfant avés quitté Metz
pour venir me joindre à Paris Quoi qu'il en soit, agisses
pour le mieux. Si nous sommes destinés à quitter la
France, il faut sans délai me procurer un crédit de 5 à
6,000 livres à Rochefort pour que je ne sois pas, dans le
lieu où nous serons envoyés, réduit à un dénùment incom-
patible avec mon âge et mes infirmités. Mais il n'y a point
de temps à perdre à cet égard. Je ne sais si je suis privé
pour jamais du bonheur de vous voir, de revoir notre
Sophie : veillés à tout ce qui pourra rendre sa vie heu-
reuse. Evitez avec soin un mariage de famille qui me dé-
plaît à tous égards. Heureusement, il ne peut être ques-
tion d'établissement avant trois ou quatre ans 2. En atten-
1. Cette lettre, destinée à M'"" Barl)é-Marbois, porte, comme la précé-
dente, l'adresse de M""^ Lavoisier.
2. Sopliie Barbé-Marbois épousa plus tard le g^énéral Lebrun, duc de
Plaisance, fils de l'architrt-sorier, traducteur du Tasse et d'Homère.
18 FRUCTIDOR. 10
l46 LA DEPORTATION.
dant, ne négligés rien pour donner dos talents utiles à
notre enfant; procurés-lui même tous ceux qui peuvent
contribuer à embellir sa vie. Dans la situation où je suis,
la seule pensée consolante que je puisse avoir, c'est
qu'elle sera heureuse et que vous, qui ne pouvés plus
l'être, jouisses au moins d'un avantage et d'un bien qui
était le plus cher pour moi.
Je vous autorise, ma chère Elise, à disposer de nos biens
pour tout ce cjue vous croirez nécessaire de vendre pour
me libérer. Je voudrais avoir payé tout ce que je dois à
votre frère Moore ; faites à cet égard tout ce que vous vou-
drés. Envoyés-lui le produit de ce que vous aurés vendu.
Différés, si vous voulés, à m'acquitter ; en aucun cas, soyés
sûre que je ne désapprouverai rien de ce que vous aurés
fait, quand même l'issue n'en serait pas heureuse.
Si le c. [itoyen] Lescalier pense que vous pouvés encore
me faire parvenir une petite malle par la diligence, n'y
perdes pas de tems. Je ne puis vous dire tout ce qui,
parmi les effets que j'ai laissés à Paris, me sera nécessaire.
Ce sont mes habits, mon linge, tous les mouchoirs neufs
que j'ai fait faire, mes lunetes, une plume d'or qui est
dans le tiroir de mon pupitre ; quelques bons livres an-
glais, comme les deux volumes de Stuart, grand in-4°,
mon plumoir. Si je dois passer l'hyver à Rochefort;
toutes mes cravattes, une pièce de ruban noir, etc., etc.
En un mot, tout ce qui est dans mes tiroirs et que vous
jugerez devoir m'être utile.
Adieu, mon Elise, que votre courage n'est-il égal au
mien! Ma santé n'est pas aussi bonne que je la voudrais;
mais il est impossible que cela soit autrement. Adieu,
j'embrasse tendrement la mère et la fille.
Barbé-Marbois.
LA DÉPORTATION. Ï^'J
Je continue à adresser mes lettres à une de vos amies,
et dans la circonstance présente, je ne lui demande même
pas pardon d'en user avec autant de liberté.
Je prie la c"® Lavoisier d'agréer mon sincère respect.
V.
Blois, 2^ fructidor an v.
Au citoyen Lamardelle, ancien procureur général au conseil
de Saint-Domingue, à Launoi près de Tours.
DUPLICATA.
Nous passons demain près de votre demeure. Vous
m'obligerés beaucoup si vous pouvez me faire remettre
sur mon reçu, et non autrement, les i5o livres que j'ai
payés {sic) il y a huit jours pour votre compte. Il faudra
vous adresser pour me les faire tenir, ou au général qui
commande le détachement, ou à celui qui le représentera.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Barbé-Marbois.
A Tours, le 28.
N'ayant pas eu de vos nouvelles à mon passage ici, je
ferai une traite sur vous que je vous prie d'acquiter exac-
tement.
VI.
Sainte-Maure, 29 fructidor an v.
A Élise Barbé-Marbois, rue pr^ojettée Choiseul, /i° 802,
à Paris.
Nous nous éloignons de vous chaque jour, ma clière
l48 LA DÉPORTATION.
Élise ; je suis toujours excessivement échauffé, mais non
malade. Si j'avais quelques lignes de vous, j'éprouverais
le principal soulagement dont j'ai besoin.
Vous trouvères dans mes papiers (portefeuille de maro-
quain rouge) une procuration de mon frère de l'Isle de
France. Je vous prie de l'adresser à mon beau-frère Sau-
vage ï.
Je vous ai adressé hier une procuration qui a dû vous
être envoyée par le général Augereau, commandant la
force armée, à Paris. Je souhaite qu'elle vous soit parve-
nue, car, faute de vos soins, un grand désordre dans mes
affaires résulterait bientôt do l'impuissance où je suis d'y
donner mes soins.
Adieu, mon amie, je vous embrasse de tout mon cœur.
Barbé-Marbois.
VIL
Tours, 29 fructidor an v.
A la même.
[Lettre assez longue, toute d'affaires, où il faut néanmoins
relever le passage suivant :]
« Je ne vous dis pas, ma chère Élise, combien j'ai été
touché de la marque de courage que vous m'avez donnée
hier. Cette première consolation, reçue du côté où j'en dé-
sirais le plus, me sera toujours présente 2. »
1. Il habitait à Metz, rue Mazel.
2. Ces lignes font allusion à Tentrevue de M-^^ Barbé-Marbois avec
son mari dans la prison de Blois. Bien qu'elle n'eût de permission ni du
Directoire, ni du ministre de la police, le général Dutertre ne lui refusa
pas la faveur qu'elle sollicitait. Ce pénible entretien amena dans sa santé
et même dans sa raison un ébranlement dont elle ne se rétablit jamais.
Elle mourut en i834. (Journal d'un déporté non jugé^ t. I, ch. m ; Départ du
LA DÉPORTATION. l4o
VIII.
Poitiers, le 2« jour complém".
A la même.
Je n'ai pu vous écrire hier, ma chère Elise. Ma santé a
été pendant deux jours très mauvaise. Le supplice de la
cage de fer prolongé depuis dix jours est au-dessus de
mes forces. Je suis mieux portant, mais j'ai toujours la
bouche horriblement malade et mes digestions sont très
mauvaises. Votre amitié soutiendra mieux votre santé.
Faites-moi savoir de vos nouvelles et de celles de notre
enfant à Rochefort. J'y serai dans 4 à cinq jours et je ferai
tous mes efforts pour me soutenir jusque-là.
Adieu, mon amie. Je vous aime et vous embrasse ten-
drement.
Barbé-Marbois.
Depuis que ceci est écrit, j'ai éprouvé des douleurs si
vives que je viens de demander un médecin.
IX.
Lusignan, 3« jour complém".
Au citoyen Péchsur, représentant du peuple, rue de l'Isle
[Lille], à Paris.
Si ceci vous parvient, mon cher collègue, donnés de
Temple pour Cayenne^ par le général Dutertre, p. 36 ; Journal de l'adjudant
général Hamel, 2« édition, Londres, 1799, p. 2^-28; Relation historique du
voyage des quinze déportés, par un citoyen de l'escorte, Paris, an vi, p. i3-
16; Mémoires du comte Dufort de Cheverny, publiés par M. Robert de
Crévecœur, t. II, p. 359-36o.)
lOO
LA DEPORTATION
mes nouvelles à ma femme ; ma santé a été déplorable
jusqu'ici. J'éprouve encore des douleurs violentes à la
bouche ; j'ai peine à parler et à manger : mais j'ai été sans
fièvre depuis hier au soir, et comme nos journées sont
plus courtes, je puis prendre dans les gitées un repos dont
j'ai grand besoin. Détournés ma femme de venir me
joindre si elle en avait la pensée. Un tel voyage n'aurait
aucun avantage qui pût en égaler les inconvénients, et sa
présence à Paris m'est bien plus nécessaire. J'ai eu la sa-
tisfaction de la voir un moment à Blois. C'était un ange qui
descendait dans ma prison, environné de consolations et
de douceurs. Adieu, mon cher concitoyen, je voudrais bien
savoir que le c^" Thibaut est rétabli et en parfaite santé i.
Je vous salue de tout mon cœur.
Barbé-Marbois.
X.
Saint-Maixant, 3« jour complém".
A Élise Bai'bé-Marbois.
Incertain, ma chère Elise, si mes lettres vous parvien-
nent, je ne veux pourtant pas avoir à me reprocher d'a-
voir laissé passer un seul jour sans vous donner de mes
nouvelles. Je ne vous cache pas que des secousses aussi
longues et aussi fortes ont étrangement ébranlé une ma-
chine aussi frêle que la mienne. J'ignore combien de
tems elle y pourra résister. Mais rien n'altère la tran-
quilité de mon âme et jamais je n'ai mieux cojinu le prix
d'une vie sans reproches. Je ne vous indique aucun plan
de conduite, ma chère amie, je m'en remets entièrement à
I. S'agit-il de Tliil>rtult, membre du Conseil des Cinq-Genls?
LA DEPORTATION. lOI
VOUS et je ne vous désavouerais que dans le cas où vous
pourries descendre à la moindre humiliation dans la vue
de mon intérêt. Je ne crois rien de semblable de votre
part. Adieu, mon amie, je vous aime et vous embrasse
tendrement.
Barbé-Marbois.
XI.
Lusignan, 3» jour complém".
A la même.
Dans l'incertitude ou je suis de notre destinée, ma
chère Elise, je vous adresse des instructions dont vous ne
devés faire usage que suivant les circonstances, et vos
pleins pouvoirs illimités vous prouvent assés que je m'en
rapporte pleinement à vous. Je vais néanmoins vous
mander éventuellement ce qui me paraît devoir être
ajouté à ce que je vous ai précédemment écrit.
[Suivent des recommandations détaillées sur ses affaires
privées.]
J'espère trouver de vos nouvelles à Rochefort. Dirigés
vos soins pour que Oléron ou la Suisse ou l'Allemagne
ou l'Espagne ou d'autres pays neutres soient assignés pour
retraites à ceux qui comme moi ne peuvent causer d'om-
brage et sont reconnus irréprochables.
Ma santé est moins mauvaise, mais la bouche est tou-
jours dans un état horrible. Adieu, ma chère Elise. Je
vous embrasse tendrement. Je vous écris par 3 et 4 expé-
ditions pour être sûr que mes lettres vous parviennent. Il
me parait que cevix qu'on déportera outre-mer ne partiront
pas de 20 ou 3o jours. Ainsi vous pouvés m'écrire et peut-
être encore [plusieurs] fois au delà de cette époque. Mais
102 LA DEPORTATION.
mettes autant d'attention que vous pourrés à vous assurer
que vos lettres nous parviendront.
M. Staircase peut les envoyer '.
Je vous embrasse tendrement.
Barbé-Marbois.
XII.
A la rade de Rochefort, i" vendémiaire.
A la même.
Nous voilà embarqués, mon Élise, j'ignore pour quelle
destination. Peut-être Tignorés-vous de même. Recevez
mes bien tendres adieux. Conservés avec vos soins accou-
tumés notre Sophie. Votre excellent exemple me garantit
qu'elle sera digne de vous. Ne l'attristés pas, ne vous
affligés pas inutilement vous-même en l'entretenant trop
souvent de moi. Je vous demande avec instance, et c'est la
seule chose où je me permette d'avoir une volonté avec
vous, je vous demande de distraire, d'égayer son enfance.
J'ignore combien de temps l'état de ma santé me permettra
de m'occuper de vous deux : mais si je puis être certain
que vous donnés à notre enfant toutes les qualités dont sa
situation est susceptible, je serai moins malheureux.
Adieu, Élise, Sophie ; adieu, ma mère, mes sœurs, mes
frères.
Mon courage n'est point abattu, mais j'éprouve un cruel
dérangement d'estomach. Il me faudrait des secours que
je crains de ne pouvoir recevoir à bord, même de l'huma-
nité la plus attentive.
Barbé-Marbois.
I. Il s'agit sans doute de quelque Américain des États-Unis, ami de Barbé-
INIarbois.
LA DÉPORTATION. l53
[Cette lettre clail accompagnée de la suivante, adressée au
ministre de la marine :]
XIII.
En rade à Rochefort, i" vendémiaire an vi.
Citoyen ministre,
Vous m'obligerés beaucoup, si vous voulés bien faire re-
mettre cette lettre à ma femme. C'est une faveur que vous
accorderés à quelqu'un qui, pendant plusieurs années,
a servi avec quelque utilité dans votre département.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Barbé-Marbois ï.
II.
Tronson du Goudray
I.
D'Arpajon, le 23 f".
A la citoyenne Tronson Diicoudray> rue des Victoires
nationales, n° ig, à Paris.
Recevés tous, mes très chers, ma femme, maman, mes
enfants, mes amis, recevés tous mes adieux. Ce matin les
I. Il ne quitta la Guyane que le 21 janvier 1800, sur la Sirène, rappelé
par un arrêté du Directoire du 2 septembre 1799, qu'avaient confirmé les
consuls (26 décembre 1799). — On trouvera dans le Journal d'un déporté non
jugé, t. I, ch. m, le récit circonstancié et quotidien de la translation des
l54 LA DÉPORTATION.
chariots de la République nous ont reçus et ils nous
mènent tous en 16 ou 17 jours au port de Kochefort, pour
aller de là à la destination de nôtre déportation. Nous
sommes traités avec humanité et égards et bien nourris ;
mais avec ma frêle machine vous sentes aisément que le
cahot des chariots allant au pas, la nécessité de coucher
souvent habillés quoique sur la paille fraîche ou sur
un matelas, n'arrangera pas ma santé pendant i5 ou
16 jours.
Enfin il faut se soumettre à sa destinée. Il s'agit à pré-
sent que vous vous arrangiés si c'est possible pour me
faire toucher à Rochefort les fonds nécessaires, tant pour
me faire faire des draps, plus de linge, des habits, acheter
des livres pour la traversée et avoir des moyens de four-
nir en arrivant à un travail, commerce, exploitation, in-
dustrie quelconque. M'envoyer mes effets et mes livres
serait beaucoup trop long et je serais parti probablement
avant que de les recevoir.
Je vous fais passer deux mandats quej'avais sur la tliré-
sorerie, pour que vous tachiés d'en avoir les fonds. J'ai
mis mon pour aquit.
[Suivent des détails et des recommandations relativement
à un procès en cours.]
Je remercie ma femme des soins et du zèle qu'elle a eus
pour moi dans mon infortune. Je m'en remets à ses ré-
flexions pour l'avenir et pour le bien de ses enfants, pour
le sien même. Je ne lui en dis pas et ne veux pas lui en
déportés à Rochefort. Dans le tome II, in fine, Barbé-Marbois a publié lui-
même trois autres lettres à sa femme du 6 ventôse an vi — 24 février 1798,
du 20 prairial — 8 juin, et du 29 ventôse an vu — 16 mars 1799. Ces lettres
avaient été. dit-il, imprimées, peu après leur date, chez Giguet et C'% maison
des Petits-Peres, près la Bourse, à Paris.
LA DÉPORTATION. l55
dire plus. Je vous embrasse tous et vous presse contre
mon cœur. Doimés-moi de vos nouvelles à Rochefort.
Tronson Ducoudray I.
II.
An citoyen Danchy, représentant du peuple au Conseil des
Cinq-Cents, à Paris 2.
Mon cher Dauchy, si vous aviés des fonds à m'envoyer,
faites-les moi passer à Rochefort par une Lettre de change.
Nous y arriverons dans i5 jours. Je vous remercie de vos
tendres soins et vous embrasse. Ma pauvre santé souffre
du voyage. On a pour nous beaucoup d'égards, mais le
I. Barbé-Marbois raconte que Tronson du Coudray, la veille de sa mort,
après lui avoir remis une Instruction écrite pour ses enfants, lui dit en-
suite : « Tirez de cette poche un papier dont je n'ai voulu me séparer
qu'à la mort, et lisez-le. » C'était un billet que sa femme lui avait écrit le
18 fructidor, le jour même qu'on nous avait conduits au Temple. Il était
ainsi conçu :
« S'il m'était arrivé un très grand malheur, ce serait de vous que j'atten-
drais une lettre. J'espère qu'en ouvrant celle-ci, vous éprouverez un ins-
tant d'adoucissement à vos peines. Depuis ce matin, que je sais votre
malheur, j'ai couru tout Paris, pour essayer d'y porter quelque remède.
Je sors de chez Barras : je n'ai pas pu lui parler, mais je lui ai écrit, et
j'espère avoir de lui la permission de vous voir. Puissé-je être la première
qui vous apportera quelque consolation !
«N.... T.... Duc... »•
P.-S. « C'est moi-même qui vous apporte mon billet. J'en attends la
réponse au guichet. »
Tronson ajouta : « Renvoyez ce billet à ma femme, après en avoir pris
copie. Ne lui laissez pas ignorer avec quel soin je l'ai conservé. » {Journal
d'un déporté non jugé, t. I, p. 28;-288.)
2. Député de l'Oise, arrêté le 18 fructidor; mis en liberté, par ordre du
Directoire, le lendemain.
• Nau Tronson du Coudray. — Alexandrine-Françoise Nau, fille de M. Jean
Nau, secrétaire du Roi ; elle avait épousé Tronson du Coudray le ; juin 1789.
l56 LA DÉPORTATION.
voyage est bien rude pour un homme frêle et maladif
comme moi.
Arpajon, ce 23 fructidor.
Tronson Dugoudray.
III.
A la citoyenne Tronson Ducoudray.
Voulés-Yous bien, ma chère amie, m'envoïer à Roche-
fort par la diligence le plutôt possible une malle com-
posée de linge, habits et livres essentiels parmi lesquels
je désire pardessus tout que vous envoies chercher à ma
campagne tous mes livres d'agriculture in-4° et in-8°;
quant aux autres, Féval choisira ce qu'il sentira me
convenir. Qu'il n'oublie pas l'atlas de Delille ; n'oubliés
pas non plus les bandages pour mon cautère. Si cette
malle ne suffît pas, ayés en deux, mais ne perdes pas de
temps. Il parait que j'aurai le temps de recevoir le tout.
Je vous embrasse ainsi que tous nos amis et vos frères.
Embrassés p"^ moi Minette et Alexandre ï.
Ce 24 fructidor.
Tronson Dugoudray.
Il me faut des chaussons de laine et tout mon tabac.
I. Minette, n'est-ce pas sa fille Euphrosine, qui épousa M. Hardouin Mi-
chelin, conseiller référendaire à la Cour des comptes? Alexandre, c'est son
fils aîné, qui mourut dans la campagne de Russie. Son autre fils, Emile,
capitaine au ôi" de ligne et chevalier de la Légion d'honneur, fit les cam-
pagnes de i8i3 et de 1814.
LA DEPORTATION. 10^
IV.
A la même.
Je vous ai écrit, ma chère amie, deux lettres. Vous
sont-elles parvenues, je l'ignore ?
J'ai laissé au Temple ma cassette et des effets et linge
dont le concierge a la notte.
Envoiés-moi à Rocliefort par les diligences et tout de
suite deux malles contenant tous effets, linge et livres
(au choix de Féval) que vous pourrés. Songes aux
moyens de me faire parvenir des ressources.
Embrassés mes enfants, ma pauvre maman, mes frères
et dites à Féval d'écrire à ma famille.
Je vous embrasse.
T. DU GOUDRAY 1.
Ce 25 fructidor.
[Suivent quelques lignes sur le procès dont il a été question
dans une lettre précédente.]
V.
Au citoyen Dauchj-, membre du Conseil des Cinq-Cents,
à Paris.
Mon cher Dauchy, vous m'avés promis dans la prison
que vous avés un instant partagée avec moi de tacher
I. Sic. On voit qu'il signait indifféremment en deux mots ou en un seul.
— Je trouve encore le billet autographe suivant: « Je supplie le citoyen
général de faire partir promptement ces deux lettres. L'une surtout écrite
au citoyen Féval, mon fondé de pouvoir, contient des détails pour un
procès que j'ai avec le citoyen Jaraart, mon fermier, et dont le retard ferait
l58 LA DÉPORTATION.
d'emprunter pour moi quelque argent. Je vous ai déjà
écrit pour que vous vous occupassiez de m'envoyer des
fonds; je vous prie devons en occuper, au moins pour
une cinquantaine de louis, car enfin il faut avoir des
nippes et des moyens d'existence, quelque part qu'on
nous envoie.
Je me porte assés bien, quoique horriblement tour-
menté par la voiture.
Consolés ma femme; lextrême modicité de ma fortune
lui laissera peu de ressources et elle ne pourra pas m'en-
voyer beaucoup de secours, mais sa famille ne la laissera
pas manquer non plus que nos enfants.
Je vous embrasse.
De Tours, ce 28 fructidor.
Tronson Dugoudray.
Il nous est dû au moins la quinzaine de fructidor,
voulés-vous la recevoir pour moi à la Commission du
Conseil des Anciens ?
Tronson Dugoudray.
VI.
Lusignan, ce a» j. c".
Au citoyen Damans, à Laval.
Je suis passé, mon cher ami, non loin de Laval, et j'ay
regretté de ne pouvoir m'approcher de vous avant mon
départ de France. Me voilà déporté, et probablement
beaucoup de tort à ma famille et à ma femme. — Tronson Dugoudray. »
— Cette lettre « au citoyen Féval » ne se trouvant pas aux Archives, on
peut supposer qu'elle aura été envoyée immédiatement à son adresse,
comme le demandait le signataire.
LA DEPORTATION. lOf)
lions ne nons rcvciTons pins. C'est nne de mes donlenrs,
je Yons aime antant qne je vons estime, et vons savés
combien j'ai peine à me résigner sur le chapitre de mes
aflcctions. Il faut prendre son parti pourtant. Mon arrêt
tient à des haines personnelles, car en vérité il n'y a pas
le sens commun à me supposer quelque part dans les in-
trigues, s'il y en a eu. Vous me connoissés : j'ai été droit
mon chemin; j'ai voulu la constitution; mes discours le
prouvent; ma conduite le démontre. J'ai vivement souffert
pendant quelques jours. S'arrachera sa patrie, à ses en-
fants, à ses amis, est un malheur affreux, mais j'ay fait de
bonne heure provision de morale et de philosophie ; je la
retrouve et je suis aujourd'huy beaucoup plus calme.
Je prie votre excellente femme de ne pas m'oublier, je
ne vous oublierai jamais ni l'un ni l'autre.
Tronson Ducoudray I.
m.
Laffon de Ladkbat
I.
D'Arpajon, 23 fructidor an v.
A la citoyenne Laffon- Ladébat, rue Neuve du Luxembourg,
71» i/fi, à Paris.
Nous sommes partis, ma chère amie, ce matin, du
I. Il mourut à Sinnamary, le aS juin 1798. C'est lui, dit-on, qui appliqua
à la déportation à la Guyane le nom de guillotine sèche. Son fils et son
l6o LA DÉPORTATION;
Temple sur trois chariots. Nous sommes arrivés vers
deux heures ici. Nous sommes venus tout d'une traite.
D'abord, nous avons craint d'y être fort mal; mais
tout cela s'est arrangé et on nous a donné une chambre
haute dans la prison qui est assez aérée, où nous avons
de bonne paille et où nous dormirons, j'espère.
Nous allons décidément à Rochefort et à très petites
journées. Voici notre ordre de route pour que tu puisses
me donner des nouvelles de ta santé et de celle de mes
enfants. Le 24, nous couchons à Etampes ; le 25 à Anger-
ville, le 26 à Arthenay, le 27 à Orléans, le 28 à Beau-
gency, le 29 à Blois, le 3o à Amboise, le i^"" complémentaire
à Tours, le 2 à Saint-Maure, le 3 à Ghatellerault, le 4 à
Lusignan, le 5 à Saint-Maixant; le 1^^ vendémiaire à Niort,
le 2 à Surgères, le 3 à Rochefort '. D'après cela, tu peux
juger des lieux où tu peux m'écrire.
D'après ce que tu m'avais dit, je ne m'attendais pas à
partir cette nuit, et il m'a été impossible de rédiger une
instruction que j'avais à donner encore pour mes mal-
heureuses affaires. Je gémis pour toi, pour mes enfants,
pour mes créanciers, des embarras où elles vont être
plongées, et j'avais cru avoir encore quelques jours pour
te donner des éclaircissements.
Nous sommes reconnaissants des soins qu'on a ici, notre
escorte s'est conduite avec beaucoup d'égards et le géné-
ral a donné des ordres très précis.
Je manque de tout ; il faut aviser aux moyens de m'en-
voyer ce qui est indispensable pour un voyage de long
cours. Il faudrait tâcher de m'y faire avoir un crédit un
gendre publièrent, en 1829 (2 vol. in-8), les Œuvres choisies de Tronson du
Coudray^divec une dédicace au Roi et un portrait. Les éditeurs y ont in-
séré (t. II, p. S61-382) les Instructions de Tronson du Coudray à ses enfants.
I. La phi'ase qui suit est en renvoi.
LA DEPORTATION.
l6l
peu fort dont je disposerais suivant les circonstances
pour moi et mes amis. Noire destination est vraisem-
blablement pour Gayenne ou pour Madagascar, mais
nous l'ignorons absolument encore. Tous nos amis
doivent s'employer pour que nous y soyions logés
le mieux possible et le plus sainement. C'est le temps
des fièvres dans ce port, et il faut, s'il est possible,
nous en préserver. Il faut ensuite faire presser le plus
possible Texpédition du bateau qui doit nous empor-
ter. J'avais eu d'autres espérances : elles sont toutes éva-
nouies. Je me livre à mon sort. J'emporte ton image,
celle de mes enfants et mes vœux pour le bonheur de ma
patrie. Je compte sur mes amis. Ce qu'ils feront pour toi,
pour mes enfants, sera plus, beaucoup plus cher à mon
cœur que tout ce qu'ils pourraient faire pour moi. Je les
embrasse tous.... j'embrasse mes enfants...., toi et mes
enfants. Quelles images pour mon cœur.... Adieu....
A.-D. Laffon I.
IL
Angerville, 24 fructidor an v.
Je reçois ta lettre, ma bonne amie Julie, à sept heures
du soir. Je suis fâché que tu aies envoyé. J'aurai[s] pu
attendre à Rochefort ce que tu m'envoies ; mais cependant
ce sont des lignes de toi et elles me consolent. Je t'ai écrit
hier au soir une longue lettre. Nous sommes arrivés ici
ce soir, nous y couchons et nous comptons aller demain à
Orléans. Si nous n'étions pas brisés par les voitures, nous
serions bien et nous ne pouvons que nous louer des soins
I. André-Daniel.
18 FRUCTIDOR. II
iGHr LA DEPORTATION.
qu'on a pour nous procurer toutes les commodités que
notre situation permet.
Ma santé et mon courage se soutiennent parfaitement. Je
ne yeux pas que mes enfants viennent i. Qu'ils s'occupent
à te contenter, à te faire oublier tes malheurs, à soigner
mes affaires ou plutôt les leurs. Qu'ils honorent mon nom
et tes tendres soins pour eux par leurs vertus.
Si l'on pouvait éviter de suspendre longtemps les paie-
ments et les remises à faire, ce serait pour moi une grande
consolation que de l'apprendre.
J'ai dans le même chariot où je suis Marbois, Tronçon,
Murinais, Barthélémy.
La promesse que tu me fais d'avoir du courage m'en
donne encore.
Adieu, ma chère et tendre amie ; adieu, mes chers en-
fants. J'emporte vos images dans mon cœur et tous mes
vœux sont pour vous.
Je t'envoie d'Orléans de nouvelles instructions pour
mes affaires. Il m'est impossible de les envoyer ce soir.
Il est important, je l'ai écrit hier, de nous procurer des
ionds à Rochefort et des recommandations pour y être le
mieux possible. Je crains ce séjour à cause des fièvres.
Adieu mille fois.
A.-D. Laffon.
m.
Orléans, 25 fructidor an v, à 8 heures.
Nous sommes arrivés ici, ma chère Julie, un peu fati-
1. Un de ses fils vint néanmoins à Rochefort; mais les déportés étaient
déjà abord et on lui refusa la faveur de voir et d'embrasser son père.
(Barbé-Marbois, Journal d'un déporté non jugé, t. I, ch. iv.)
LA DÉPORTATION. l63
gués. Nous y passons la nuit et nous sommes assez bien
logés. Nous continuerons demain notre route pour Roche-
fort. La journée a été fatigante, le tems était mauvais.
Hier, on m'a pressé de marcher un peu et cela m'a fait
du bien.
Je comptais t'envoyer des instructions sur mes affaires ;
mais il est difficile de les donner au milieu du bruit de
trente personnes. Je voudrais qu'on m'envoyât une copie
de l'état que j'avais dressé ; si j'en ai le tems, je le recti-
fierai. L'objet le plus embarrassant sont mes inscriptions.
J'en ai bien fait une note : mais je ne sais si on l'a trou-
vée....
Je suis désespéré de ne pas laisser tout en ordre, mais
depuis ma législature et la maladie de ma fille chérie, je
n'ai pas eu un moment à moi. Au reste, ma correspon-
dance qui est très exacte donnera les éclaircissements
nécessaires. Enfin, je te laisse entièrement maîtresse de
disposer de tout comme tu l'entendras : prends les con-
seils de mes amis, fais tout ce que tu pourras pour que
mon malheur ne frappe que moi. — Ranime ton courage
par ce que tu dois à mes enfants. Je ne pviis plus que faire
des vœux pour vous, mais ces vœux seront tous les jours
plus animés, tous les jours plus tendres. Que puis-je aimer
que vous ! Ma santé se soutient assez bien. J'espère que
nous aurons une bonne nuit. — Adieu, ma chère et
bien-aimée Julie, adieu. J'embrasse nos enfants, eux et toi
seront toujours dans mon cœur.... Adieu.
A.-D. Laffon.
l64 LA DÉPORTATION.
IV.
Blois, 26 fructidor an v.
Nous sommes arrivés ici un peu tard, ma bien-aimée
Julie. Ma santé se soutient, c'est tout ce que je te man-
derai aujourd'hui. J'aurais besoin de te donner beaucoup
d'instructions pour la suite de mes affaires : mais il est
impossible d'écrire au milieu de trente personnes.
Je crains que nous ne séjournions ici un jour. Les
chevaux paraissent fatigués. Je n'aurai sans doute de tes
nouvelles qu'à Rochefort, si on nous permet d'en recevoir.
Adieu, ma tendre et bonne amie, embrasse mes cinq en-
fants et dis-leur tous les jours que, dans quelque lieu que
je sois, tous mes sentiments, tous mes vœux seront pour
toi et pour eux.
A.-D. Laffon.
27, à huit heures
Nous ne séjournons pas.
Nous partons et nous coucherons sans doute à Am-
boise. J'ai assez bien dormi et ma santé se soutient parfai-
tement. Adieu, ma chère Julie. J'embrasse encore mes
enfants.
V.
Tours, 28 fructidor an v.
Nous sommes arrivés ici, ma bien-aimée, assez de
bonne heure. Nous y couchons. Demain nous irons
à S^^-Maure. Après-demain à Chatellerault. Ainsi je
pense que nous serons le 4® jour comp. au plus tard à
LA DÉPORTATION. l65
Rochefort. Nous n'avons eu aucune, aucune nouvelle de
nos familles depuis notre départ, excepté celles que tu
m'as données le 2^^ jour et celles que nous a données
jyXme Marbois ; tu l'auras vue « sans doute ». Ma santé se
soutient toujours : même malgré cela, il m'est impossible
de t'envoyer les instructions dont je sens que tu as un
extrême besoin pour maintenir l'ordre de mes affaires et
pour éviter la ruine de mes mallieureux créanciers. Voilà
surtout ce qui m'aflige le plus après l'idée cruelle de
quitter tout ce qui m'est cher; mais mon courage et
ma conscience me soutiennent. Adieu, ma chère Julie,
embrasse tendrement pour moi mes enfants. Puissé-je
apprendre un jour qu'ils sont heureux ! Adieu.
A.-D. Laffon.
VI.
S'«-Maure, 29 fructidor an v.
Nous couchons ici ce soir, ma chère Julie, nous avons
eu une assez bonne journée. Nous sommes bien ici. De-
main nous allons à Gliatellerault. Je ne crois pas que nous
puissions être à Rochefort avant le i^'' vendémiaire. Ma
santé continue à se soutenir. Celle de Marbois et de
Rarthélemy, qui menaçait, est bonne à présent.
Nous n'avons aucune nouvelle de Paris. J'attends avec
impatience de savoir le parti que tu auras pris pour mes
malheureuses affaires. Il faut surtout aider les maisons
que la suspension de mes payements pourrait entraîner.
Je crains par-dessus tout que mon arrestation ne cause
des désagréments que je n'ai pu ni prévoir ni prévenir,
mais qui m'affligent cruellement. J'espère que mes amis
feront tout ce qui sera possible pour m'éviter ce malheur.
l66 LA DÉPORTATION.
Adieu, ma chère amie, répète chaque jour à mes enfants
combien je les aime, combien je fais de vœux pour leur
bonheur ! Adieu mille fois.
A.-D. Laffon.
VII.
Chatellerault, 3o fructidor an v.
Nous sommes arrivés ici à deux heures après midi, ma
chère Julie, et nous en partirons demain pour Poitiers.
Nous n'avons eu des nouvelles de Paris que par les jour-
naux. Je compte toujours que nous serons à Rochefort
le dernier jour complémentaire ou le i^^ vendémiaire au
plus tard. Ma santé se soutient parfaitement, celle de
Marbois chancelle et cela m'inquiète beaucoup. N'en
parle pas à sa femme, cela aggraverait ses tourments.
Adieu, ma chère et tendre amie, embrasse mille fois mes
enfants pour moi.... Adieu.
A.-D. Laffon.
VIII.
Poitiers, i" complém" an v.
Nous sommes arrivés ici, ma chère Julie, à deux
heures. Nous y couchons et demain matin nous partons
pour Luzignan. Il est possible que nous soyons le 5^ jour
complémentaire à Rochefort. Nous sommes toujours
sans aucune nouvelle particulière de Paris. Ma santé se
soutient assez bien. Marbois a une inflammation à la
langue qui le fait extrêmement soufrir. J'espère cepen-
dant que ce ne sera rien. Tous mes autres compagnons
d'infortune se soutiennent. J'espère que vous aurez
obtenu que nous soyons placés à Rochefort d'une manière
LA DÉPORTATION. 167
saine en attendant le moment de notre départ, cela est
essentiel dans un séjour malsain par lui-même. Nous
dormons assez-bien ici, nous avons de l'air et c'est sur-
tout ce qu'il nous faut. Adieu, ma chère amie, tu sais com-
bien j'aimerai toujours et toi et mes enfants.
A.-D. Laffon.
IX.
Lusignan, 2« complémentaire an v 1 .
Nous Yoilà à Lusignan, ma chère Julie, nous y cou-
chons et nous y sommes assez bien. Marbois est mieux.
Les fatigues de la route lui avaient causé une inflamma-
tion qui m'efroyait (sic).
Ma santé et celle de mes autres compagnons se soutien-
nent assez bien. Nous ne serons à Rochefort que le
i^^ vendémiaire. Nous sommes toujours sans aucune nou-
velle de tout ce qui nous est cher. Gela est bien long.
J'espère que nous en trouverons enfin à Rochefort. J'écri-
rai de là de nouvelles instructions pour mes affaires. J'y
travaille lorsque je puis avoir un coin pour écrire. —
Adieu, ma chère et malheureuse amie. Tu sais combien je
t'aime, combien j'aime tous mes enfants. Adieu.
A.-D. Laffon.
X.
Saint-Maixant, 3« complém" an v.
Je t'écris tous les soirs, ma chère Julie, c'est ma seule
I. En haut de cette lettre, on lit d'une autre main : Envoyé l'extrait.
l68 LA DÉPORTATION.
consolation. Nous avons fort mal dormi à Lusignan, quoi-
que nous y fussions assez bien. Il y a eu beaucoup de
mouvement dans la nuit : mais qui ne nous concernait
pas ï. Nous sommes arrivés ici pour dîner. Nous y som-
mes très bien. Demain nous couchons à Niort, après-
demain à Surgères et le 3^ jour à Rochefort. Mar-
bois continue à aller mieux. Nous sommes toujours sans
aucune lettre de Paris. En aurons-nous à Rochefort ? Je
n'ose me livrer à cet espoir. Il faut que je m'arme de cou-
rage pour suporter la privation des jouissances les plus
chères à mon cœur. Adieu, ma chère Julie, mes enfants et
toi, vous occupez toutes mes pensées, vous êtes l'objet de
tous mes vœux. Adieu mille fois.
A.-D. Laffon.
XI.
Au citoyen Otard, à Rochefort.
J'ai reçu, mon cher monsieur, les cent louis que vous
m'envoyez. Voici une lettre pour ma femme que je vous
prie de lui envoyer. Je ne sais encore quelle est notre
destination: mais si vous l'appreniez et si nous sommes
assez longtemps en rade pour m'anvoyer quelques provi-
sions, vous [me] ferez plaisir, si cela est possible, de m'en
faire passer.
Recevez tous mes remerciements et tous mes vœux.
i^^ vendémiaire anvi.
M. Otard.
A.-D. Laffon ^.
1. a propos de la mise en arrestation du général Dutertre. Supra, p. iSa
et suivantes.
2. Il quitta la Guyane avec Barbé-Marbois le 21 janvier 1800, rappelé par
le même arrêté.
LA DÉPORTATION. 169
IV.
MURINAIS
I,
Le 10 septembre, à Arpajon.
A la citoyenne Murinais, rue de Bondy, n° /^6, Paris i.
Nous dirigons notre marche a petite journée sur Roche-
fort qui doit être le lieu de l'embarquement, nous igno-
rons notre destination ultérieure. Vous connoissés mon
âge et mes infirmités, mais ce qui minquiette le plus c'est
les souffrances que j'ai toujour éprouvé [à] la mer et aux-
quelles je ne résisteray pas longtemps. Mais patiance, il
ne faut pas manquer de courage quand je dois vous en
donner, ainsi qu'à tout ce qui m'est cher, et qui s'inté-
resse à moi, une preuve que Fesperance ne mabandonne
pas, Gest que je vous prie de passer ches la citoyenne La-
fond-Ladebat pour s'avoir d'elle qu'elle voye elle compte
employer pour faire passer des fond à son mari ; si vous
pouviés me faire passer une lettre de change ou une lettre
de crédit de 5o ou de cent louis, cela me donneroit le
tems d'attendre les evenemens éloignés. Je preffererois
que vous puissiés vous procurer une lettre de crédit
par ce que vous pourries en retirer les fonds, s'il m'était
possible de ne pas faire usage du tout. Nous arriverons à
I. L'orthographe de Murinais est très défectueuse ; nous la reproduisons
telle quelle.
170 LA DÉPORTATION.
Rocheforl le 3 vendemiere, ainsi j'espère y trouver de
vos nouvelles poste restantes.
Gomme il y a grande apparence que notre destination
est pour Gayenne je voudrois que vous écrivissiés a notre
ami Bourgon i, pour qu'il me recommande vivement et
fortement à ses amis s'il en a conservé quelqu'uns dans
cette colonie Mendez luy que j espère de son amitié qu'il
mecrira à Rochefort, poste restante.
J'aurois a vous exprimer ma chère amie les sentiments
de l'amitié la plus tendre et tous les regrets que j'ai de
m'éloigner de vous. Mais il faut être bref et précis et ne
parler que d'affaire. J'embrasse nos enfants et la respec-
table grand'maman.
MURINAIS.
Le 27 a Orléans, le 3o a Amboise le 3 complémentaire a
Gliatellerau, le 5 à Saint-Maixan, le 3 à Rochefort.
II.
A Orléans, le 11 septembre.
A la même.
Notre voyage continue avec tranquilité, et, jusqu'à pré-
sent j'en suporte courageusement les fatigues. Je vous ay
déjà écrit d'Arpajon pour vous prier d'écrire à notre amis
M. de Bourgon de madresser a Rochefort des lettres de
recommandations pour ses amis de Gayennes, comme il y
a commandé long tems, il est vraisemblable qu'il y a
laissé des amis. Gepend[ant] nous ignorons toujours notre
I, Ancien gouverneur de la Guyane, demeurant alors à Angoulème. V.
infra^ IV, la lettre qui lui est adressée.
LA DÉPORTATION. I7I
destination ultérieure, et ce n'est que par suposition et
par conjecture que nous jettons nos regard sur cette colo-
nie loitaine.
Je vous priois aussi de voir la citoyenne LafFond de la-
debat, rue neuve du Luxembourg, pour savoir délie
qu'elle moyens elle compte prendre pour faire passer des
fond a son mary, et si vous pouvés par la même voye me
faire passer 5o ou loo louis. Gela me seroit je crois fort
nécessaire. S'il vous étoit possible de me faire passer ce
secour par une lettre de crédit cella seroit prefferable
parce que cella me donneroit une connissance à Roche-
fort ou je ne connois personne et ou vraisemblablement
nous naurons pas la liberté den faire.
Je vous renouvelle ma chère amie tous les regres que
jai de méloigner de vous, et de nos enfans, et de cette
bonne et aimable grand mère. Jai cependant toujours
l'espérance que quelques refflections de justice rappelle-
ront de malheureuses victimes des circonstances, et qui
ne peuvent pas même être soubsonné d'une mauvaise in-
tention.
Il faut vous occuper, ou que Victor ^ soccupe de deux
petites loccation a Beauregard, l'une des terres qu'un
dés gendres de David avait en l'ocation et que le second
desireroit l'autre [terre] de la location quavoit la vielle
[vieille] de Grivevy, il ne faudroit donner les deux objets
que pour trois ans et a la charge de payer les imposition.
Adieu, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
MURINAIS.
Donnez moy l'adresse du citoyen Bourgon pour que je
I. Victor Dauberjon, son beau-fils.
172 LA DEPORTATION.
puisse lui écrire. Nous arriverons à Rocliefort le i®^ ven-
demiere au lieu du 3.
III.
A Orléans, le 11 septembre.
Je meloigne de vous, Mon aimable amie, mais toutes
mes idées m'en rapprochent et m'en rapprocheront jusqu'à
la mort. On nous Dirige sur Rochefort ou nous arriveront
le i^^ vendemiere j espère que vous m'y donnerez de vos
nouvelles postes restantes. Nous ignorons encore notre
destination ultérieure, mais quelque éloignée qu'elle soit
soyés bien sûre de la contante amité que je vous conser-
veray pour la vie.
MURINAIS.
En suscription : département de la seine
à la citoyenne Trinquant à Bonœuil-sur-Marne,
à Bonœuil-sur-Marne,
près Greteil.
IV.
a Tours, le 28 fructidor.
Au citoyen Bourgon, ancien gouverneur de Cayenne,
à Angoulesme.
Je réclame votre amitié mon cher Bourgon pour obtenir
de vous des recomendations et des marques Dinterest
pour vos anciens amis de Gayennes. Je suis sans pou-
voir deviner pourquoi l'un des malheureux qu'on Dirige
svir Rochefort j'ignore qu'elle sera ma destinée ulté-
rieure mais si elle me conduisoit dans un lieu ou vous
LA DEPORTATION. 1^3
avés des amis, faite-moi connoitre pom* mi homme qui
ii'abus[cr]a pas des secours qu'il pouroit réclamer. Ma
vieillesse et mes infirmités ne me laissent pas lesperance
de résister à un voyage outre-mer. Parti de Paris avec peu
de moyens, ignorant si les lettres que j'y ay écrite pour
qu'il m'en soit aressé à Rochefort y sont parvenue, dans
cette incertitude en cas que vous ayez aussi tjuelque amis
ou quelque connoissance à Rochefort de vouloir me re-
commender pour qu'ils puissent me diriger de leurs con-
seils sur les petites emplettes que je pouray faire. Je
connois votre amitié et toute l'envie que vous avés de
secourir vos amis. Ainsi j'attends de vos nouvelles à
Rochefort poste restante ou par vos amis.
Ma femme a du vous écrire sur le même objet.
Salut et fraternité.
MURINAIS.
V.
A Poitiers, le i" joui' complémentaire.
Au citoyen Victor Daiiberjon, rue de Bondy, n° 4^^ à Paris.
J'ai déjà écrit plusieurs fois à votre mère mon cher
amis pour lui donner des nouvelles de notre marche et
de ma triste existance, je la priois aussi de voir la ci-
toyenne Lafond-Ladebat rue neuve de Luxembourg pour
savoir d'elle qu'elle moyens elle a pris pour procurer
des fonds a son mari, en la priant de me faire passer par
la même voie une lettre de crédit de cinquante ou de cent
louis. Gomme j'ignore parfaitement si mes lettres lui
sont parvenues, je vous adresse celle-ci pour le même
objet et dans la même incertitude. Nous ne somment pas
1^4 LA DÉPORTATION.
plus instruits de notre destination ultérieure. Si nous
l'apprenons je vous en feray part le plus tôt qu'il me sera
possible. Si mon âge et mes infirmités ne metaient pas
des obstacles à mon courage, je ne désespérerais pas de
vous revoir et de vous embrasser.
Soyés l'organe de mes sentiments d'amitié et de ten-
dresse pour votre mère, pour votre femme et votre
respectable grande mère. Dites leurs bien souvent qu'elles
réunissent à elles seules tous mes regrets. Occupés-vous
sans cesse de leur bonheur, le votre doit y être intime-
ment lié.
MURINAIS.
Nous arriverons à Rochefort le dernier jour complé-
mentaire j'espère y recevoir des nouvelles de tout ce qui
m'est cher.
J'avois aussi prié votre mère d'écrire au citoyen Bour-
gon pour me procurer des recommendation. Adieu i.
I. Des seize déportés, ce fut Murinais qui mourut le premier (17 décem-
bre 1797) à Sinnamary ; il était débarqué depuis trente-six jours.
LA DEPORTATION. 1^5
V.
De la Rue
I.
Arpajon, le 23 fructidor an v de l'ère républicaine
A la citoyenne de la Rue, la Jeune, quai de V Égalité,
section de la Fraternité, n° 21, à Paris.
Enfin, ma chère amie, notre destination à l'extrémité
de la France nous est connue. On nous conduit à Roche-
fort où nous attendrons notre sort définitif : notre marche
est extrêmement lente : à peine faisons-nous sept lieues
par jour : nous coucherons successivement à Etampes,
Angerville, Arthenay, Orléans, Beaugency, Blois, Am-
boise. Tours, S^*^-Maur, Ghâtellereau, Lusignan, Saint-
Maxan (sic), Niort, Surgère et Rochefort : j'espère que je
recevrai de tes nouvelles à chacun de ces endroits : tu
dois sentir combien elles sont nécessaires pour soutenir
mon courage que l'idée, l'affreuse idée de perdre à jamais
tout ce que l'on a de plus cher au monde ébranle quel-
quefois. Je ne te parle pas du projet de partager mes
malheurs : je l'abandonne à ton cœur. Seulement je
t'invite à continuer les démarches que tu as commencées
pour adoucir la rigueur de mon exil et à me faire par-
venir le plus tôt possible mes eff'ets et spécialement tout
ce que t'offrira ma bibliothèque sur la médecine, l'agri-
culture, l'histoire naturelle et la géographie.
Adieu, ma chère amie ; j'ai le cœur si serré que ma
176 LA DEPORTATION.
maiii abandonne la plume; je n'ai plus la force que de
t'embrasser. Oh ! combien je regrette de n'avoir pas vu
hier mon pauvre petit Emile, mon malheureux père !
qu'il est pénible pour moi de ne les avoir pas pressés
contre mon sein au dernier moment oà peut-être il m'a
été permis de les voir.
De la Rue.
Fais part de ces détails à tes compagnes d'infortune et
concertes-toi avec elles sur les moïens de m' expédier ce
que tu seras dans le cas de m'envoïer, si elles font de
leur côté passer quelque chose à leurs maris.
II.
A la même.
D'après les nouveaux renseignements que nous avons
recueillis, il est à présumer, ma chère amie, que notre
embarquement suivra de très près notre arrivée à Ro-
chefort, où nous comptons être le 2 vendémiaire au
plus tard. Fais donc toutes tes dispositions pour que les
objets qui me sont nécessaires et chers me parviennent
à temps ; aux ouvrages que je t'ai demandés tu joindras
ma traduction du livre anglais qui traite de la chimie, et
mes recueils que l'on trouvera dans mon secrétaire à la
Charité : tout cela pourrait m' être expédié de ce dernier
endroit ; mais il faudrait que ce fût de suite et par une
voiture exprès; car autrement tout arriverait peut-être
trop tard.
Je te renouvelle l'assurance de mon tendre attachement
et de ma vive douleur : j'embrasse tous mes respectables
LA DEPORTAïIOxX. I77
et malheureux parents : mille témoignages de ma recon-
naissance à ma sœur, à son mari et à nos amis.
Ce 24 fructidor, à Angerville.
De la Rue.
m.
Arpajon, le 23 fructidor an v^ de l'ère républicaine.
Au citoj'en Billalois Boisinoiit, notaire public à la Charité-
sur-Loire, Nièvre.
[11 le prie de faire passer à son père la procuration qu'il lui
a remise.]
IV.
Ce 25 fructidor.
Au même.
[Au sujet d'une procuration qu'il veut lui envoyer i.]
I. De la Rue s'évada de Sinnamary avec sept autres déportés, Aubry,
Barthélémy, Le Tellier, Pichegru, D'Ossonville, Ramel et Willot, le
27 mai 1^198. — La Terreur sous le Directoire, p. 93-94. On a de de la Rue une
Histoire du 18 fructidor, ou Mémoire contenant la vérité sur les divers évé-
nements qui se rattachent à cette conjuration. Paris, 1821, 2 vol. in-8.
18 FRUCTIDOR. V2
1^8 LA DÉPORTATION.
VI.
WiLLOT. — Barthélémy. — Le Tellier. — D'Osson-
viLLE. — Bourdon (de l'Oise)
I.
Arpajon, ce 23 fructidor la v année.
Au citoyen Moncade, rue du Cherche- Midi, faubourg
Germain, n° 2g5, à Paris t.
Nous venons d'apprendre, mon cher Moncade, que
notre destination est pour Rocheffort, où nous arriverons
le 3 vendémiaire. Nous marchons à petites journées avec
une nombreuse escorte ; les ordres du gouvernement sont
probablement de nous faire traiter avec égard, en veillant
à notre sûreté, et les officiers supérieurs qui nous con-
duisent les exécutent ponctuellement. Nous irons demain
coucher à Étampes, etc. Écris-moi à Tours, poste restante,
à notre passage. Nous ignorons encore le lieu de
notre déportation. C'est à Rocheffort qu'il faut m'adres-
ser du linge, mes chemises neuves, des habits, etc. ; tu
en rempliras une malle qie ta t'entendras avec Léon pour
me faire parvenir sûrement. Tu remettras le reste de
mes effets à ma mère. Quant à l'argent que tu auras re-
couvré, soit de ce qui m'est dû, soit de ce dont tu te seras
défait, tu verras les moyens que prendra la citoyenne
I. C'était le domestique de Willot.
LA DEPORTATION. 1^9
Thomas, pour me le l'aire toucher sur quelque maison à
Rociieffort, ayec ce qui lui reste à moi.
Je voudrais que la montre que Rochemont a dCi
achetter soit envoyé avec la chaîne à la citoyenne Gase-
nove, qui me redevrait alors environ dix louis. Si l'em-
plette n'est pas faite, tu me feras tenir les 3o louis que
j'avais donné à Rochemont. Apprend-moi si tu as reçu
une lettre que je t'ai écrite hier dans laquelle il y en
avait une pour ma mère ^ — Tu vendras les boucles,
pommes de cannes, argent d'Espagne, que tu sçais que j'ai,
ainsi que mes équipages; enfin tu feras pour le mieux;
j'espère que Léon '^ sera bien aise de te prendre avec lui
et je ne désespère pas de te revoir. Lorsque Joseph ^ sera
inutile, tu solliciteras mes amis de le placer; il gardera
les effets que je lui ai donné, et, avec l'argent que je lui
ai laissé, tu lui remettras i5o francs.
Pour toi, mon ami, des services comme les tiens sont
sans prix ; prends trois cent, quatre cent livres, ce que
tu voudras, à raison de tes besoins et de ma position. Je
ne me regarderai pas quitte envers toi. Rapelle-moi au
souvenir de mon hôte, de mes amis; écris-moi si tu as
fait ma commission rue des Capucins, et ce qu'elle t'aura
répondu. Fais aussi mes adieux au citoyen Gallot et
ses associes ; tu ne saurais me faire plus de plaisir que de
me donner des nouvelles des personnes que j'aime et aux
[quelles] je m'interdis d'écrire. Dis-leur que je supporterai
mon sort et que mon courage est [à] l'épreuve de tout.
Adieu, mon cher Moncade, je t'embrasse comme ton
ancien maître et ton ami.
WiLLOT.
1. Nous n'avons pas ces deux lettres.
2. Un de ses amis, sans doute.
3. Antre domestique.
l8o LA DÉPORTATION^.
Tu verras ce que les parents de De la Rue, de
Lafond-Ladébat, de Roverre font pour leur arrangement
dans leur exil. Ce sont mes compagnons d'infortune ^.
IL
Arpajon, le 23 fructidor an v.
Au citoyen Anicet Barthélémy^ Jiégociant, n^ 2, rue
Grange Batelière, à Paris.
Je vous laisse à penser, mes chers frères, si je vous ai
quittés avec regret, ainsi que le cit. Marandet 2 que j'em-
brasse et que je déplore d'avoir associé à ma mauvaise
fortune.
Je suis prodigieusement fatigué de cette première jour-
née. Nos chariots sont très durs et réveillent mes
douleurs hémorroïdales. Je suis désolé de n'avoir pas
reçu la consultation des cit. Portai et Sabathier. Deman-
dez-la leur et envoyez-la moi à Rochefort où, d'après
notre ordre de route, nous arriverons le 3 vendémiaire.
Vous n'oublierez pas de payer ces deux officiers de
santé.
Je n'ai presque point d'effets avec moi, quoique j'en
eusse beaucoup préparé; je ne crois pas qu'il vous sera
possible de m'en envoyer, à cause de la grande distance
où vous êtes de Rochefort.
Malgré les promesses qui vous ont été données, ne
perdez pas de vue l'arrangement qui concerne notre
frère François; je crois que cela est très essentiel.
Mon valet de chambre, Tellier, en consentant à me
1. Willot s'évada de Sinnamary, avec de la Rue, Barthélémy et autres,
2. C'était le secrétaire de Barthélémy.
LA DÉPORTATION. l8l
suivre dans ce désagréable voyage, m'a donné une
grande preuve d'attachement que je sens vivement.
Marbois, l'un de mes compagnons de voyage que vous
connoissez, a une bien mauvaise santé qui lui permettra
difficilement d'en soutenir la fatigue.
Toutes les personnes qui sont chargées de nous con-
duire nous témoignent beaucoup d'intérêt.
Adieu, je vous embrasse tendrement.
Barthélémy.
m.
Arpajon, le 24 fructidor an v«
Le Tellier au citoyen Barthélémy, rue Grange Batelliere,
à Paris.
Citoyen,
Nous arrivâmes hier ici à midi. Nous en partons aujour-
d'hui à quatre heures. Le citoyen Barthélémy est toujours
souffrant de ses hémorrhoïdes. La voiture l'incommode
beaucoup. Il a cependant dormi un peu cette nuit. Tous
les prisonniers sont traités avec tous les égards possibles.
Ils ne manquent de rien.
[Suivent des détails d'ordre purement domestique qu'il nous
semble inutile de reproduire.]
IV.
Même date.
Au citoyen Monet, portier au palais du Luxembourg, pour
remettre, s. l. p., à Ducrot.
[Même observation que pour la précédente lettre i.]
I. Le Tellier fut aussi des évadés de Sinnamary ; mais il mourut à bord
du navire qui le ramenait avec son maître en Angleterre.
iSa LA DÉPORTATION.
V.
A Tours, ce 28 fructidor an v.
A la citoyenne d'Ossonville, rue des Fossés MontmartrCy
n° 12, même maison du Juge de paix.
Voilà le sixième jour que nous sommes en route vers
Rochefort : il me tarde bien, chère amie, d'y arriver pour
y savoir comment et dans quel état est ta santé car c'est ab-
solument la seule chose qui m'occupe. Quand à la mienne,
elle est toujours excellante. Nous couchons aujourd'hui ici :
demain nous irons coucher à Saint-Mort, nous comptons
arriver à Rochefort le 4^ jour complémentaire. Je ne sais
sy notre séjour à Rochefort sera long pour attendre notre
ambarquement ; l'éqinoxe poura bien nous y retenir quel-
que temps. Alors, je ten ferais par et te prierai de me faire
parvenir différentes choses qui me deviendront utiles.
Je désire bien que mon fils m'écrive ce sera un gage de
son amour fdial que je conserverai sur moi jusqu'au tom-
beau. Je le prie de ne se la point faire dicter. Je lui de-
mande au contraire qu'il m'exprime s'est sentiments tels
qu'il les sent pour moi.
Quand à moi, il lui sont connus ; il sais que je l'aime et que
je ferais des veux pour lui former un cœur tendre et sensi-
ble. Je Tangage à se resouvenir de ce que je lui ai souvent
répété afin de ne pas tomber dans les écarts que la mauvaise
compagnie pourai lui faire prendre. Je l'exorte à suivre
en touts les conseils de sa maman et à avoir soins d'elle, si
elle venait à avoir besoin d'assistance dans sa vieillesse.
Adieu, ma tendre amie, je vous embrasse tous trois
avec l'amitié que tu me connais pour toi.
Ton mari, d'Ossonville.
LA DÉPORTATION. l83
J'adresserai désormais mes lettres sous ton nom de
fille, c'est-adire au nom de Dubois. Préviens-en la ci-
toyenne Hulard i. Je te prie de leur dire mille choses de
ma par ainsi qu'a tous nos amis.
Tu feras également mes adieu à mes sœurs, que je les
embrasse et leurs souhaites une bonne santé.
(Paraphe.)
Ne m'oublie pas auprès des citoyennes Groisettes et la
citoyenne Juquelle, ta bonne amie. Jespère quelles tacis-
teront de leurs soins dans tes couches ^.
VI.
Au citoyen Lhéritier, Boulevard italien [des Italiens]^ au
coin de la rue Favart, à Paris.
En tête : Vos réponses ou à Tours d'abord, ensuite à
Rochefort, poste restante.
Je vous prie de recevoir la procuration cy-j ointe mon
ami et de vouloir bien me rendre les services que je vous y
demande. Si vovis voulez m'écrire, adressés vos lettres soit
a Tours soit a Rochefort, poste restante. Je joins aussi
une lettre pour Ghabert chez lequel vous envoyerai mes
onze bêtes espagnoles par mon berger. Pardon des peines
que tout cela va vous donner mais je sais avec douleur
que je ne puis plus m'adresser qu'à vous. Mon troupeau
de bêtes communes vendu, vous voudrés bien remettre au
citoyen Forest employé à la trésorerie rue de Louvois
2,400 livres et la moitié du prix des laines qui sont au
1. Sa concierge (?),
2. D'Ossonviile S'évada aussi et revint en Europe.
l84 LA. DÉPORTATION.
Lanthy ', je vous prie de vous entendre avec lui pour ce
détail. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi
que la citoyenne votre épouse.
Le 23 fructidor an v, d'Arpajeon.
Bourdon, de VOise ^.
1. C'est sans doute un nom de ferme.
2. Il mourut à Sinnamary, le 23 juin 1798, le même jour que ïronson du
Coudray. — Nous n'avons pas de lettres de Rovère ni de Brotier : Rovère
mourut à Sinnamary, le 9 septembre 1:798, et Brotier, trois jours après. Au-
bry, Ramel et Pichegru, de qui les lettres, s'ils en ont écrit, ne nous sont
pas parvenues, prirent part à l'évasion du 3 juin ; Aubry mourut à Deme-
rary.
La Villeurnoy mourut à Sinnamary, le 23 juillet 1798. Trois de ses lettres
sont conservées en original aux Archives nationales: l'une, du 9 octobre 1797,
commence ainsi : « Je n'ai pu, mes excellentes amies, me procurer qu'aujour-
d'hui, etc.; » la deuxième, du 12 octobre : « Je vous avouerai, mes excel-
lentes amies, que jusqu'au dernier moment, etc. ; » enfin voici le début de
la troisième, du 4 novembre 1797 : « C'est aujourd'hui saint Charles, etc. »
Elles sont adressées, la première et la troisième « aux citoyennes More
sœurs, rue Neuve Sainte-Catherine, w 683, à Paris, » et la deuxième « à la
citoyenne Deprémilon, rue Culture Sainte-Catherine, n" 52o, au Marais, à
Paris. » Ces pei'sonnes avaient été impliquées dans la conspiration Brotier-
la Villeurnoy; mais le conseil de guerre les avait acquittées. En 1873,
M. Honoré Bonhomme a publié treize lettres de la Villeurnoy, d'après « un
petit volume cartonné, format in-i8, de 1^3 pages, en tête duquel on lit, de
la main de la Villeurnoy : « Correspondance avec des amies restées en
France à l'époque de ma déportation (septembre 1797). Première partie,
comprenant treize numéros, depuis le 12 octobre 1797 jusqu'au 25 avril 1798. »
C'est, sans doute, le registre sur lequel la Villeurnoy avait, comme il le
dit lui-même (p. 297), coutume de recopier ses lettres avant de les envoyer.
Cette correspondance est écrite tout entière de sa main et signée de lui;
elle comprend les trois lettres dont les originaux sont aux Archives. (Cor-
respondance inédite de iH"« Théophile de Fernig, aide de camp du général
Dumouriez, suivie du coup d'État du iS fructidor an F, d'après le journal
inédit de la Villeurnoy, agent secret de Louis XVIII et l'un des déportés d
la Guyane française^ d'aj^rès les manuscrits autographes originaux, avec
introductions et notes, par Honoré Bonhomme. Paris, Didot, 1873.)
V.
COMMISSIONS MILITAIRES '
PREMIERE PARTIE
PARIS
I.
Comte de Mesnard
20 vendémiaire an vi — ii octobre 1797 2.
Le 18 vendémiaire an vi de la République française.
Le ministre de la police générale au Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
J'ai fait arrêter et interroger, les 6 et 17 vendémiaire
1. Pour les explications préliminaires, nécessaii'es à l'intelligence de cette
série de pièces, cf. Introduction, § V, et la Terreur sous le Directoire,
p. 99-165. — A Paris, la commission militaire siégeait à THôtel de ville ;
les exécutions avaient lieu dans la plaine de Grenelle, aux environs de
Téglise actuelle et du théâtre.
2. Cette date est celle du jugement. A Paris, l'exécution avait lieu d'ordi-
naire le lendemain. Cependant, nous aui'ons à noter deux exceptions.
Infra, Chassey et Rochecot.
l86 COMMISSIONS MILITAIRES.
courant, le nommé Dieudonné, soidisant comte de Mes-
nard, soupçonné d'émigration. Je vous soumets ici le
résultat de son interrogatoire.
Cet individu a déclaré se nommer Marie, Alexandre,
Antoine, Dieudonné, Ménard, âgé de trente ans, né à Lu-
çon, département de la Vendée, demeurant à Passy,
Grande-Rue, 35, maison de la citoyenne Gauthier ; on a
des raisons de douter de la vérité de ces prénoms.
Interpellé sur les pièces saisies dans son domicile, dont
un passeport faux fait partie, il a été reconnu :
1° Qu'il a servi parmi les brigands de la Vendée ;
2° Qu'il ne prouve point sa résidence sur le sol de la
République, antérieurement à cette époque ;
3° Qu'il n'en justifie pas d'une manière satisfaisante et
complète depuis ce temps ;
4° Qu'il est en réclamation auprès du gouvernement
pour être rayé de la liste des émigrés ;
6° Qu'il produit un certificat de résidence qui n'est pas
plus vrai que son passeport, ce dont il convient.
Pourquoy et vu ce que dessus, le juge de paix, en con-
sidérant que ledit Ménard est reconnu coupable de faux,
et qu'il y a lieu contre lui à la prévention d'émigration, a
décerné le mandat d'arrêt et ordonné son transfert par-
devant un tribunal compétent, ainsi que l'envoy de toutes
les pièces.
Je vous préviens, citoyens directeurs, que, vu la pré-
somption d'émigration, j'ay ordonné que le prévenu soit
traduit par-devant la commission militaire.
Je joins ici la notice exacte à l'analyse des pièces, je
joins encore un relevé fait sur la liste des émigrés, let-
tre M (dont je fais passer un duplicata à la commission
militaire).
COMMISSIONS MILITAIRES. 187
[A la suite de ce rapport, se trouve l'analyse de dix-neuf
pièces saisies chez le comte de Mesnard, et qui furent trans-
mises à la commission militaire ; j'y relève les suivantes :
1° Un passeport délivré par l'administration municipale du
2® arrondissement de Paris, avec les nom et prénom de
Jacques Ardias et non les siens propres ;
.... 3° Des brevets d'officier dans plusieurs régiments, du
i^'' mars 1786 au i^^ mars 1791, époque à laquelle il fut ré-
formé ;
4° Une note, sans signature et sans date, adressée à Barras,
pour n'être pas tenu à quitter le territoire ;
5*^ Une lettre à sa femme, où il la prie de ne pas donner son
adresse à Mac Gurtain, et l'avise qu'il prendra le nom d' Ar-
dias, puisqu'elle le désire i;
.... 12° Une carte de sûreté du 5® complémentaire an v, déli-
vrée par le canton de Passy ; un certificat de résidence sous
le nom de Marie-Antoine-Alexandre Edouard, délivré par le
2^ arrondissement de Paris le 9 ventôse an v, établissant sa
résidence du i^"" mai 1792 au 9 ventôse an v ; un autre du
2 messidor an v. — « Ledit Mesnard a servi en qualité de chef
vendéen ou de chouans depuis 1798 jusqu'à la pacilication
générale des départements insurgés. Comment des témoins
domiciliés à Paris ont-ils pu attester cette résidence à Paris ? »
(Note du rapport.)
.... 14° Lettre d'un sieur Saint-Eusèbe à Renault, pour solli-
citer de celui-ci, quartier-maître de la 108^ demi-brigade à
Sedan, un faux certificat de service du conseil d'administra-
tion de son corps en faveur de Menard de la Barotière 2.]
Minute.
A. N. Fj 6196. N» 2745.
1. Marie-Joséphine de Caumont la Force, alors à Hambourg, sœur du
comte de la Force et sœur de M"<= la comtesse de Balbi, dont on connaît
la situation auprès de Louis XVIII. Ardias était le nom d'une terre dont
les Mesnard étaient seigneurs.
2. Saint-Eusèbe, ancien soldat de la République, combattant de Kaisers-
lautern, demeurant rue du Mont-Blanc, n° 4, fut arrêté et dut comparaître
devant la commission militaire comme témoin ; il fut traduit devant le
tribunal criminel, qui l'acquitta. Même dossier.
i8S
COMMISSIONS MILITAIRES.
§ 2.
iQ vendémiaire an vi.
u Sur l'avis doané au Directoire que la commission
militaire nommée pour juger les émigrés qui se trouvent
détenus, est encore dans l'inaction, que même on s est
vainement présenté au Bui^eau central pour y avoir les
renseignements sans lesquels cette commission ne peut
être mise en activité, on écrit au ministre de la police
générale, en le chargeant de donner des ordi^es poui" que.
dans le joui\ le Bureau central domie au général Lemoine
létat des divei^es maisons de détention où il se trouve
des émigrés, et lui indique en même temps le nom de ces
émigrés et le lieu où se trouvent les pièces relatives à
chacun deux ^ »
AF m*. Procès-verbaux du Directoire.
I. Voici la réponse de Sotin
21 vendémiaire an vi — 12 octobre i-\i-
Citoyens. Directeurs,
Je reponds de suite a votre lettre du 19 courant, reçue ce matin. Le fait
dont on accuse le bureau central est inconcevable; car, depuis le i3 de ce
mois, il ne s'est pas écoulé de jour où je ne lui aie rappelé Tordre d'en-
voyer à la commission mUitaire les émigrés arrêtés avec les pièces qui les
conc-ernaient. J'espère que cette coupable négligence n'aura plus lieu.
J'écris a l'inst-ant même au bureau central pour la lui reprocher, et, en
même temps, pour lui prescrire l'envoi dans le jour au général Lemoine
de la liste indicative des émigrés arrêtés, des maisons d'arrêt où ils sont
détenus, des pièces de leur affaire ou des lieux dans lesquels elles se trou-
vent. Je vous instruirai sans délai, citoyens directeurs, de l'exécution de
cet ordre par le bureau central. Quant à moi. je suis en état de prouver
par ma correspondance journalière avec celte administration, avec le
général Lemoine. avec la commission mibtaire. que j'ai porté dans cette
partie importante de mes fonctions tout le zèle et toute l'exactitude que
vous me recommandez et dont je me suis fait un devoir depuis que je
suis entré au ministère.
Salut et respect.
A. >. .IF m 46, d. 16S.
^OTl^".
COMMISSIONS MILITAIRES. 1B9
§ 3.
JUGEMENT
Etat-major de la ly^ division militaire.
Jugement rendu à Paris, le 20 vendémiaire, an vi de la
République française, une et indivisible, par la commis-
sion militaire établie à Paris à la maison commune, place
de Grève, d'après l'ordre du général de division, com-
mandant en chef la 17^ division militaire, et créée en
vertu de la loi du 26 brumaire an m, et de celle du
19 fructidor an v,
Contre le nommé :
Marie- Antoine-Alexandre-Dieudonné de Mesnard, na-
tif de Luçon, département de la Vendée, prévenu d'émi-
gration ;
Lequel ayant été interrogé sur tous les faits à lui impu-
tés, il résulte qu'il est constant que le nommé Marie-An-
toine-Alexandre-Dieudonné de Mesnard a émigré en An-
gleterre en 1789 ;
Qu'il est rentré en 1792;
Qu'il est constant qu'il a été ensuite à Goblentz, au mois
de lévrier, même année ; mais que l'époque de sa seconde
rentrée en France n'est constatée par aucun certificat de
résidence ; qu'il est constant que tous les passeports dont
il était porteur sont faux ;
Qu'il est constant qu'il en a payé un 120 livres et qu'il
y était désigné sous le nom de Jacques Hardiasse ^ ;
Qu'il est constant qu'il a voulu se faire délivrer un cer-
tificat de service dans la 108® demi-brigade d'infanterie
I. Sic : lire Ardias.
190 COMMISSIOxNS MILITAIRES.
de ligne, où il n'a jamais servi, par l'intermédiaire du
nommé Saint-Eurelle (sic, lire : Eiisèbe), pour pouvoir
couvrir son émigration ;
Qu'il est constant qu'il a écrit le 7 vendémiaire, pré-
sent mois, à un des membres du Directoire exécutif;
qu'ayant été arrêté à Passy le 6 du même mois, pour n'a-
voir pas obéi à la loi du 19 fructidor dernier relative aux
émigrés, ses motifs d'excuse étaient : 1° que, pour obéir à
cette loi, il est sorti de Paris dans les vingt-quatre heures
prescrites, avec l'intention de s'éloigner du territoire de la
République dans les quinze jours suivants ; a'' que, n'ayant
pu réaliser aucune espèce de fonds pour entreprendre ce
voyage, il est resté à Passy, et dès lors, qu'il n'a pu exé-
cuter complètement la loi;
La commission militaire, après avoir entendu les moyens
de défense de l'accusé ^, a condamné et condamne à l'una-
I. Ces mots ne doivent s'entendre que des moyens personnels qvi'opposa
l'accusé. En fait, le comte de Mesnard n'eut pas de défensenr; il en
sera de même pour tous les émigrés que jugera la commission mili-
taire de Paris. Merlin (de Douai) avait dès Tan iv, étant ministre de la
justice, fait prévaloir ce système. Les membres de la commission militaire,
chargés de juger le comte de Geslin, « prévenu d'émigration et autres
délits, » en présence de l'insistance du prévenu à demander un défenseur
officieux qu'il désignait, mais que, paraît-il, on ne trouvait point,
écrivirent au Directoire. Ils disaient : «Obligés, d'après la loi, de prononcer
notre jugement dans les vingt-quatre heures, nous avons craint de la
contrarier en remettant à demain la continuation de cette cause. Veuillez
donc, citoyens, nous rassurer à cet égard, ou nous ordonner de passer
outre, malgré l'absence du défenseur indiqué par le prévenu. Votre ré-
ponse, que nous attendons avec impatience, décidera notre marche. »
Cette lettre, écrite en séance le 5 nivôse, à six heures et demie du soir, fut
renvoyée immédiatement au ministre de la justice (c'était Merlin) qui,
dans la même soirée, répondit ainsi qu'il suit :
Paris, 5 nivôse an iv de la République française.
Le ministre de ta justice à la commission militaire établie au palais de Justice.
Citoyens, le Directoire exécutif vient de me renvoyer, par l'arrêté dont
une expédition est ci-jointe, la lettre que vous lui avez écrite aujourd'hui,
COMMISSIONS MILITAIRES. I9I
nimitc le noniinc Maric-Antoine-Alexandre-Dieiidonné de
Mesnard à la peine de mort, conformément à l'article pre-
mier, section première, titre premier, de la loi du aS bru-
maire an III, qui porte : « Sont émigrés, i° tout Français
qui, sorti du territoire de la République depuis le i^^ juil-
let 1789, n'y était pas rentré au 9 mai 1792; 2° tous Fran-
çais qui, absents de leur domicile ou s'en étant absentés
depuis le 9 mai 1792, ne justifieraient pas, dans les formes
prescrites, qu'ils ont résidé sans interruption sur le terri-
toire de la République depuis cette époque. »
Et d'après les articles i et 2, section première, du titre IV
de la même loi, qui portent : « Les émigrés sont bannis a
perpétuité du territoire français, et leurs biens sont ac-
relativement à la prétention élevée par l'émigré Geslin d'avoir pour défen-
seur officieux le citoyen Julienne. Vous demandez à ce sujet, citoyens, si,
attendu l'absence du citoyen Julienne, abolis devez passer outre au juge-
ment de l'accusé, ou si vous devez surseoir. La réponse que j'ai à vous faire,
citoyens, est indiquée par la loi elle-même. Ce que la loi commande, il
faut Texécuter à la rigueur. Ce qu'elle ne dit pas, il n'est pas permis de le
suppléer. Désobéir ou ajouter à la loi, serait également un crime. Or, la
loi du 25 brumaire de l'an m ne dit pas un mot des défenseurs officieux;
son silence à leur égard est une prohibition de les admettre, quand il s'agit
d'émigrés. Le motif de la loi est simple : c'est que, dans le jugement d'un
émigré, il ne s'agit que de constater un fait, et qu'à cet égard, tout doit se
résoudre par oui ou par non. Il y a, d'ailleurs, par rapport aux émigrés
traduits devant les commissions militaires, une raison particulière, c'est
que la loi veut qu'ils soient jugés dans les vingt-quatre heures du mandat
d'arrêt décerné contre eux, disposition qui assurément serait inexécutable,
s'il était permis à un émigré, traduit devant vine commission militaire, de
se procurer un sursis en demandant pour défenseur officieux un individu
fort éloigné du lieu des séances de cette commission. Déjà, vous avez
excédé le terme dans lequel la loi vous obligeait de prononcer. Ce n'est pas,
certes, une irrégularité dont l'accusé puisse se prévaloir; car ce n'est pas
en sa faveur que ce terme a été prescrit. Mais c'est assez vous dire qu'ayant
obtenu un délai plus long qu'il n'avait droit d'exiger, il ne peut plus, sous
aucun prétexte, exiger davantage.
Salut et fraternité.
Signé : Merlin.
Lé comte de Geslin fut condamné à mort dans la nuit du 5 au 6 nivôse, à
une heure du matin. Recueil de pièces relatives à rémigré Geslin, etc. ; à
Paris, de l'Imprimerie de la République. Nivôse an iv. — 36 pages in-8.
Î92 COMMISSIONS Militaires.
quis à la République. L'infraction de leur bannissement
sera punie de mort. »
Le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre
heures, à la diligence du commandant de la place.
Jugé en séance publique, lesdits jour, mois et an que
dessus, et ont signé :
BouLAY ; Lecoint, maréchal des logis;
PiÉRON, Colomb, Hillet ; Verbois, chef
de bataillon, et Cailliot, pj^ésident i.
Pour copie conforme :
L'adjudant général, chef de Vétat-inajor général,
Evrard =.
Le Rédacteur^ n" 668, 23 vendémiaire an vi, p. 4-
Le Journal des débats et lois du Corps législatif, t. LXII, p. 3oi-3o2.
21 vendémiaire an vi — 12 octobre i;9".
Le ministre de la police générale an président du Directoire.
J'ai l'honneur de vous annoncer que le ci-devant comte
de Ménars {sic), qui avait été traduit à la commission mili-
1. Lire : Boulais, Guillet et Cathol. Ce dernier avait présidé, de septem-
bre à décembre 1794, la commission militaire de Valenciennes, qui con-
damna à mort de prétendus émigrés rentrés, pai'mi lesquels des prêtres
et des ursulines. — Cf. Wallon, Les Représentants du peuple en mission, etc.,
t. V, p. 159-169. Le registre de cette commission est conservé au greffe de
la cour de Douai.
2. M. le baron Gaston de Mesnard a bien voulu me communiquer et me
permettre de publier ici la lettre suivante, que Louis XVIII écrivit, à l'oc-
casion de cette mort, au chevalier Bonaventure de Mesnard, frère de la
victime :
A Blankenburg, ce 3o novembre 1797.
J'avais déjà appris, Monsieur, avec une véritable douleur l'assassinat de
monsieur votre frère, et je prends une part bien sincère à votre juste
COMMISSIONS MILITAIRES. I93
taire, a ctc condamné hier 20, à la peine de mort, et qu'il
a subi cette peine ce matin, à la plaine de Grenelle.
SOTIN.
iMimite.
En niarg'C, de la main de Revellière-Lépeaiix :
Ecrire au général de division Lemoine et l'inviter à
envoyer aux Rédacteur, Conservateur ^ etc., le jugement
du ci-devant comte de Ménars.
A. N. AF III, 46, d. 168.
afflicUon. Je ne pourrai jamais déclommaf^er entièrement ses enfans de la
perte qu'ils viennent de faire, mais j'y travaillerai du moins dans des
temps plus heureux. Si xows pouvez avoir quelque communication avec
madame votre belle-sœur, je vous prie de l'en assurer et de lui parler en
même temps des sentimens qu'elle me connaît depuis longtemps pour
elle.
Soyez également persuadé, Monsieur, de tous ceux que ''ai pour vous,
Louis.
A Monsieur
Monsieur le chevalier de Mesnard
d Altona.
Autographe.
I. Il s'agit de journaux qui étaient à la dévotion du Directoire. On
raconte que le comte de Mesnard, ayant, dans le trajet, aperçu un de ses
amis, le marquis Charles de Galard, émigré rentré comme lui, détourna
ses regards pour ne pas le compromettre. Le marquis de Galard mourut
en 18; r, à fruatre-vingt-dix-ee]>t ans. — De son mariage, M. le comte de
Mesnard avait eu un fils et une lille : Ladislas, mort sous-lieutenant au
service de la Russie ; Zénobie-Joséphine-Alexandrine, qui épousa, en 1808,
le jnarquis de Lordat. Son frère, Louis-Charles-Bonaventure, comte de INles-
nard, i)remier écuyer de la duchesse de Berry en i8i6, pair de France en
1823, est bien connu par son chevaleresque dévouement à la duchesse
de Berry; il juourut le i5 avril 1842. ((]f. Archives du diocèse de Luçon,
chroniques paroissiales par l'abbé Aillery^ revues et augmentées par Vabbé
Ponldevie, t. I, p. 540-062; la Duchesse de Berry en Vendée, à Xanies cl à
Blaye^ par Imbert de Saint-Amand, p. 0x7 ei passim.
18 FRUCTIDOR. l3
194
COMMISSIONS MILITAIRES,
II.
* Brugières I
24 vendémiaire an vi — i5 octobre 1797.
« La commission militaire a acquitté le 24 (vendé-
miaire) le citoyen Bugieres (sic), ex-noble, grenadier du
Corps législatif, accusé d'émigration et arrêté depuis le
18 fructidor ^. »
Journal des débats et lois du Corps législatif, vendémiaire an vi, p. 35i.
m.
Ghe?;u
6 brumaire an vi — 2;^ octobre i-gy.
Le ministre de la police générale au Directoire.
J'ai l'honneur de vous prévenir que le nommé Chenu,
émigré, vient d'être condamné à mort par la commission
militaire siégeant en la maison commune.
SOTIN.
Minute.
A. N. AF m, 46. — Moniteur, 3i octobre 1797.
<( Louis-Charles Chenu, âgé de trente-trois ans, natif
d'Auxerre, département de l'Yonne, sous-lieutenant au
1. Les noms précédés d'un astérisque sont ceux d'individus qui ne furent
pas condamnés à mort ou qui furent acquittés.
2. Mis en liberté, Brugières fut repris Iiuit jours après et détenu au Tem-
ple. Il y resta quinze mois, sans être même interrogé. Le 18 nivôse an vu —
7 janvier 1799, on le trouva mort dans son lit, d'un coup de sang, suivant
les uns; de désespoir, suivant les autres. Il avait vingt-sept ans et était
originaire de Glamecy (Nièvre). — Cf. Mémoire sur ma détention au Temple
par P.-Fr. de Rémusat, p. 27;. Infra, VIL
COMMISSIONS MILITAIRES. igS
ci-devant régiment de Picardie-infanterie,.... pour avoir
émigré en Angleterre au mois de novembre 1791, où il a
resté jusqu'au mois de juillet 1796; avoir passé d'Angle-
terre en Danemark, où il a resté deux mois ; être rentré
en France au mois d'octobre 1796 et ne s'être point con-
formé à la loi du 19 fructidor dernier. »
Journal des débats et lois, brumaire an vi, t. LXIII, p. m.
IV.
* Fribourg
Même jour.
« Le même jour, acquitté le nommé Joseph-Louis-Vin-
cent Fribourg, âgé de trente-quatre ans et demi, natif de
Mamers (Sarthe), ci-devant capitaine au 5^ régiment d'in-
fanterie, vivant présentement de son revenu, habitant la
commune de Bois-Guillaume, canton du Mont-aux-Mala-
des (Seine-Inférieure), qui était prévenu d'émigration i. »
Ibid.t loc. cit., p. III.
V.
Trion, dit Gassino
II pluviôse an vi — 3o janvier 1798.
[Mgr Brumauld de Beauregard nomme M. de Trion comme
envoyé par Louis XVIII en Vendée pour réconcilier Charette
I. Par une lettre du 27 vendémiaire, le ministre de la police annonçait au
président de la Commission militaire que le nommé Fribourg, émigré,
allait être envoyé par le bureau central pour être traduit devant la Com-
mission. — A. N. Fj 6201.
196 COMMISSIONS MILITAIRES.
et Stofflet I. En juin 1796, le chevalier de Tryon (sic) repré-
sente l'armée de Scépcaux à une réunion, tenue à Londres,
des députés des armées royales ; il y est précisément question
de procurer 6 à 8,000 louis pour le départ de M. de Tryon, qui
va passer en France avec Gollin de la Contrie 2. Le rapport
qui suit révèle la nature de ses fonctions. Le 8 pluviôse an vi,
les vingt-trois pièces saisies sur Trion furent envoyées au pré-
sident de la Commission militaire, Cathol ; deux mois après
sa mort (14 germinal), il fut procédé à la levée des scellés
chez Cassino, dit Trion, émigré fusillé, rue du Mont-Blanc
(aujourd'hui de la Chaussée-d'Antin), n° 73. — Nous n'avons
pas le texte de son jugement.]
Ministère
de la police générale
de la
République Rapport au Directoire exécutij.
Citoyens directeurs,
Sur les indications qui m'ont été données par le nommé
P...., instruit qu'un individu se faisant appeler Cassino,
se disant né à Livourne, et domicilié en Prusse depuis
six ans, inscrit en cette qualité à la chancellerie de son
ambassadeur, devait arriver de Londres avec des lettres
de la plus haute importance, cachées dans une cassette à
secret; et que cet individu, cy-devant chouan, émissaire
des royalistes, courrier ordinaire de Dutheil, agent prin-
cipal des princes à Londres, se nommait Trion, était cy-
devant chevalier de Malthe, et se trouvait inscrit ainsi sur
le tableau des émigrés de son département (la Charente) ;
Je me suis fait assurer de sa personne ; arrêté, il a été
1. Me/noires de Mgr Briunauld de Beauregavd^ t. II, p. 99.
2. Un Chouan d Londres (i:/96), par M. le comte G. de Contades. Revue de
la Révolution. Documents, 1884, 2"= semestre, p. 47 et 5o,
COMMISSIONS MILITAIRES. IQ^
interrogé ; les secrets de sa cassette ouverts, il s'y est
trouve vingt-trois lettres écrites de Londres par des émi-
grés à leurs agens ou amis.
Plusieurs de ces lettres sont d'un nommé La Barberie,
passé à Londres depuis brumaire dernier (ce la Barberie
est rindividu à qui La Trimouille i avait remis ses pou-
voirs, en quittant Paris, après le i8 fructidor, et qui avait
été envoyé il y a un an à Blankembourg, par Brottier et
adjoints); d'autres sont de Bourmont, de Suzanne (cy-de-
vant chefs de chouans) ; d'autres enfin sont de Dutheil
(une des lettres de ce dernier était pour P...., et devait,
ainsi que cellui-cy en avait prévenu, lui facillitter des
moyens d'évasion) ; 2 traittes de 12,000 1. chacune étaient
jointes. (Je les ay fait remettre à mon collègue, le ministre
des finances, pour en toucher le montant.) Une, encore
du même Dutheil, était pour un homme de Bordeaux,
lequel devait remplacer P.... pour la correspondance
(P.... donne en ce moment les moyens de découvrir ce
nouvel agent).
Le prétendu Cassino, apprès avoir soutenu assez long-
temps son nom adoptif et son innocence, a fini par se re-
connaître. Mais il a constamment refusé d'indiquer les
individus qui lui avaient remis des lettres pour Londres
à son départ de Paris, ainsi que ceux pour qui il en avait
reçu en quittant Londres.
J'allais, citoyens Directeurs, ordonner le renvoi de cet
individu à la commission militaire, lorsqu'il m'a fait re-
mettre la déclaration cy-j ointe, que je crois de mon devoir
de vous soumettre.
Je dois vous dire encore qu'il a ajoutté verbalement
l'offre de faire connaître les projets ultérieurs des princes
I. Sic. Lire : La Trémoille et, plus bas, Suzannet.
igS COMMISSIONS MILITAIRES.
et de leurs agens, de concert avec le ministère Britan-
nique.
Minute.
De la main de Cassino :
Si le gouvernement veut me promettre la libertée et de
me rayer définitivement de desus la liste des émigré, je
decouvrirer une conspiration qui doit enlever la vie aux
directoire et a trois ministre, prometant par la suite de
vivre bien tranquille et soumis aux loix, demandant en
outre je demande une déclaration comme quoi tout le
passe sera oublié et qu'on ne peut me chercher a lavenir
sous aucun prétexte, à moin que je ne réagisse le 21 ni-
vôse an VI.
Gassino I.
A. N. F7 6196. N" 2746.
2.
Questions à poser à Trion lors de son interrogatoire.
Quels sont les individus à qui il devait remettre les
lettres dont il était porteur : notamment celle pour Dol-
bran ?
Quels sont les individus qui lui ont remis ces lettres ?
S'il connaît Dutheil? — S'il l'a beaucoup vu à Londres?
— S'il connaît Châtellan ? — S'il connaît M"^^ de Beau-
caire ; pour qui les lettres qu'elle lui a remises lors de son
départ pour Londres ?
S'il en avait d'autres, de qui étaient ces lettres, à qui
I. J'ai reproduit l'orthographe telle quelle; mais cette orthographe,
l'écriture et le tour de la phrase, non moins que la nature même de la dé-
claration, inspirent quelques doutes sur l'authenticité de cette pièce.
COMMISSIONS MILITAIRES. KJÇ)
elles s'adressaient. — S'il connaît MM. Narbonne-Serent.
— S'il connaît Latriniouille, Frotté, Rochecotte, Bour-
niont, M. de Rivière, Puisaye, Despomelles, l'abbé de Gli-
gny, M. de Desson, s'il sçait où ils sont. S'il a connu l'abbé
Brottier, Duverne et la Villeurroy, s'il ne les a pas vus
souvent chez M. de Rivière, ou chez Brottier, attendu
leur cohabitation ^ ?
Ibid.
ANNEXES
[Les pièces qui suivent se réfèrent aux 24,000 livres tournois
saisies en deux traites de pareille somme sur Trion ; le minis-
tre des finances les fît toucher à Londres en quatre autres
traites fournies par Villain XIV, banquier belge établi à Pa-
ris, rue Chantereine, plus tard de la Victoire, pour le compte
du gouvernement français. Je reproduis d'abord les traites
originales, puis les lettres qui en constatent la réalisation.]
L
Embden, le 20'= novembre 1797.
Mess. Ph. Villain XIIII et C'^ à Paris,
Messieurs,
J'ai pris la liberté de disposer sur vous ce jour à vue
12,000 1. à l'ordre de Mons. Gardel.
12,000 1. à l'ordre de Mons. Edmond.
Ensemble 24,000 1.
Je dis 24,000 livres tournois. Il vous plaira en prendre note
pour y faire bon accueil à mon débit et prendre votre rem-
I. Plusieurs de ces noms sont mal orthographiés : ainsi, il faut lire La
Trémoille, Rochecot, D'Esgrigny, de la Yilleurnoy. Il sera question plus
loin de D'Esson. {Infra, Commission militaire de Caen.) V. VIndex alpha-
bétique.
200 COMMISSIONS MILITAIRES.
boursemcnt sur moi au cours le plus avantageux; comptez
que votre traite recevra tout honneur, ayant celui de vous
saluer cordialement.
L. Cheminant.
Embden, le 20 novembre 1797.
Pour 12,000 livres tournois.
A vue, il vous plaira payer à l'ordre de M. Edmond la
somme de 12,000 livres tournois, valeur reçue que vous pas-
serez au compte de I. B. L. suivant l'avis de Messieurs Ph.
Mllain XIIII et G'^, rue Ghantereine n° 16, à Paris.
Signé : N.-L. Gheminant.
Embden, le 20 novembre 1797.
Pour 12,000 livres tournois.
A vue, il vous plaira payer à l'ordre de M. Gardet la
somme de 12,000 livres tournois, valeur reçue que vous pas-
serés au conqjte de I. B. L. suivant l'avis de MAI. Pli. Vil-
lain XIIII et G'*^, rue Ghantereine, n» 16, à Paris.
Signé : N.-L. Gheminant.
II.
Retiré les trois pièces originales mentionnées ci-dessus avec
obligation de les délivrer à la première réquisition. Paris,
ce 9 nivôse an vi.
Ph. Villain xiiii et G'^.
Déclarons que les aquits Gardel et Edmond n'ont été mis
en notre présence que pour la l'orme.
Ph. Villain.
COMMISSIONS MILITAIRES. 20I
III.
Bureau Paris, le 19 nivôse an G'^ de la République
des interrogatoires une et indivisible.
Le ministre de la police générale de la République
au ministre des finances.
Je vous envoyé, mon cher collèg-ue, quatre traites sur
Londres, ensemble de la somme de 842 livres sterling. Ces
sommes prises sur les ennemis de la République. Je vous
prie de m'en accuser réception, d'en faire toucher le montant
le plus promptement qu'il sera possible et de m'en donner
avis.
Salut et fraternité.
SOTIN.
En marge :
Le montant était de 21,892 qui mont été payés en billets de
caisse sur lesquels j'ai rendu 108 livres.
J'ai reçu les traittes ci-haut détaillées et j'en remettrai le
montant dans les dix jours au cours de 26 livres par livre
sterling i.
(Paraphe de Bocliar.)
IV.
Bureau Paris, le 4 pluviôse an 6<= de la République
des interrogatoires une et indivisible.
Le ministre de la police générale de la République à son
collègue, le citoyen ministre des finances.
Je vous envoyé, mon cher collègue, par le citoyen Maigne,
I. P. s. Au bas d'une lettre écrite par Yillain XIIII, banquier à Paris,
adressée à Lammens, banquier à Londres : « La présente écrite et au
202 COMMISSIONS MILITAIRES.
employé dans mes bureaux, vos trois lettres du 21 et 27 ni-
vôse et 2 pluviôse courant. Je vous prie de les annuller.
Vous voudrez bien aussi, sans doute, me renvoyer la mienne
du 19 nivôse, et la présente. Je joins à cet envoy 108 livres
au moyen de quoy vous pourrez faire remettre au porteur les
16,000 I francs, convenus.
Salut et fraternité
SOTIN.
Au bas :
J'ai reçu de mon collègue le ministre de la Police, 6,000
livres et je lui remettrai au premier jour dix actions dans
l'emprunt contre l'Angleterre, le 4 pluviôse an vi.
Ramel 2.
En marge :
Reçu des mains du citoyen Maigne, de la part du ministre
de la police, la somme de 16,892 francs. Paris, le 4 pluviôse
an VI.
BOCHAR,
Chef de la comptabilité.
3.
Paris, le 12 pluviôse an vr de la République
une et indivisible.
Le m^inistre de la police générale de la République au
pi'ésident du Directoire exécutif.
Citoyen président,
J'ay riionneur de vous prévenir que la commission mili-
moment devoir (sic) être envoyée l'agent de change nous annonce qu'il a
lacé huit cent quarante-deux livres sterling, tirées par notre Louis De
Calurve dattées d'Hambourg le 24 décembre dernier à un mois de date à
son ordre au cours avantageux de 28 1. 10 s. par livre sterling.
1. Surchargé; il y avait 22,000 fr. « Sur la minute on lit : Le ministre a
effacé 22, il a niis 16.... Les 6 autres apparemment sont laissés par lui, pour
cause, au citoyen ministre des linances. »
2. Ministre des finances.
COMMISSIONS MILITAIRES. 2o3
taire séante à Paris yient de condamner à la peine de
mort le nommé Trion, cy-devant chevalier de Malthe,
émigré rentré, servant de messager secret au cabinet
Saint-James et aux émigrés réfugiés en Angleterre.
L'exécution aura lieu ce matin à la plaine de Grenelle.
Salut et respect.
Original. SoTlN.
AF III, d. 169, n° 1701.
ANNEXE
« L'émigré Trion-Cassineau, fusillé le 11 de ce mois à
la plaine de Grenelle, se voyant découvert et sur le point
de recevoir la mort, a offert au Directoire de lui révéler
tous les secrets et les plans prouvés d'un assassinat mé-
dité contre les cinq membres du Directoire et trois mi-
nistres, avec les moyens de le déjouer. Il demande à ce
prix la vie. Le Directoire, supérieur aux complots de ses
lâches ennemis, n'a pas voulu faire plier la loi devant un
danger qu'il a regardé comme n'étant que personnel à ses
membres, et ne devant pas alarmer les destinées de la
République, et il a unanimement passé à l'ordre du jour. »
Courrier du Corps législatif et de la guerre. 2 pluviôse an vi — 8 fé-
vrier 1798, n° ii85.
Le 21 pluviôse, Reubell invite Sotin à rechercher
l'auteur originaire de cet article. — « L'auteur originaire
est moi, répond Sotin (lettre du 25 pluviôse), et c'est moi
qui ai prescrit l'insertion de cette note dans les jour-
naux Au moment où l'on dit qu'il n'y a rien à craindre
des royalistes, quand chaque jour je mets sous vos yeux
les démonstrations trop certaines du contraire, j'ai cru
qu'il était nécessaire d'opposer à ces perfides insinuations
204 COMMISSIONS MILITAIRES.
le contrepoids des déclarations mêmes d'un agent actil
de la royauté. Je me suis rappelé que c'était sur de sem-
blables garanties de tranquillité et de soumission de la
part des royalistes qu'on avait préparé en germinal
dernier la jovn^née de fructidor. Je vois les mêmes
moyens, j'ai dû croire au même but ; ma place, votre con-
fiance, vos intentions m'ordonnent de le déjouer.
(( Salut et respect.
(( SoïiN. »
[Cette ardeur de lutte déplut au Directoire et précipita la
chute dé Sotin.j
Original.
AF III, 47, n" 2491.
VI.
Le Coq de Beuville
16 floréal an VI — 5 mai 1798.
LIBERTÉ ÉGALITÉ 1
GOINIMISSION MILITAIRE DE LA ir DIVISION
Paris, le i6 floréal an vi de la République française
une et indivisible.
Au ministre de la police générale de la République.
Citoyen ministre,
Nous avons l'honneur de vous envoyer copie du juge-
I. Dans l'entre-deux se trouve une vignette représentant un faisceau
d'armes et de drapeaux.
COM^riSSIOXS MILITAIRES. 200
ment rendu aujourcriuii contre le nommé Louis-Henry-
François Lecoq de Beuville, condamné à l'unanimité à
la peine de mort pour cause d'émigration. Il doit être
exécuté demain 17, à dix heures du matin, à la plaine de
Grenelle.
Autographe.
A. N. F7 :4a8. N" 6482.
Salut et respect.
Gathol, président.
2.
.JUGEMENT
Ce jourd'hui, seize floréal an sixième de la République
une et indivisible, à onze heures du matin, la commission
militaire, établie à Paris, en vertu des lois du vingt-cinq
brumaire an trois et dix-neuf fructidor an cinq, nommée
et convoquée par le général Moulin, commandant en chef
la 17^ division militaire, à l'effet de juger le nommé
Loiiis-Henri-Fi^ançois Lecoq de Beiwille, prévenu d'émi-
gration,
Réunie au lieu de ses séances tenues publiquement
dans une des salles de la cy-devant maison commune,
place de Grèves (sic), composée des citoyens Cathol, chef
de la 20^ demi-brigade d'infanterie de ligne, président;
Verbois, chef de bataillon de la même brigade; Vivenot,
capitaine à la 28^ demi-brigade d'infanterie de ligne;
Colomb, capitaine à la 9® demi-brigade d'infanterie légère ;
Guillet, capitaine à la 20*" demi-brigade d'infanterie de
ligne ; Harriet, capitaine adjudant à l'état-major de la
17® division militaire; Boulais, sous-lieutenant au iG^ ré-
giment de cavalerie ; assistés du citoyen Royer, secrétaire
grefiier de la commission, lesquels ont déclaré n'être ni
2o6 COMMISSIONS MILITAIRES.
parents ni alliés entr'eux, ni du prévenu aux degrés
prohibés.
La commission a fait comparaître libre et sans fers ce
prévenu qui a déclaré se nommer Louis-Henri-François
Lecoq, âgé de trente-neuf ans, natif de Caen, départe-
ment du Calvados, cy-devant chevalier de Beuville, fils
légitime de François- Antoine-Nicolas-Louis Lecoq, cy-
devant seigneur d'Houteville, et de Françoise-Auguste
Depierrepont, auquel elle a fait prêter interrogatoire par
l'organe de son président, après avoir pris lecture de
toutes les pièces qui ont été produites tant à charge qu'à
décharge, et les avoir examinées avec la plus scrupuleuse
attention, ouï le prévenu dans ses moyens de défense,
après qu'il a eu déclaré n'avoir rien à y ajouter, le pré-
sident l'a fait retirer et reconduire à la maison d'arrêt
dite de l'Abbaye, le public retiré et la commission déli-
bérant à huis clos, les voix ayant été recueillies en
commençant par le plus jeune, le président ayant, aux
tei^mes de la loi, émis la sienne le dernier ;
Considérant qu'il est constant que le nommé Louis-
Henri- François Lecoq, cj^- devant cheçalier de Beu-
ville, a quitté le territoire de la République à l'époque
du vingt -deux mai mil sept cent quatre-vingt-douze
(v. st.);
Qu'il est constant d'après les pièces et ses aveux que,
depuis cette époque, jusqu'au huit messidor an cinq, il
a résidé tantôt en Angleterre, tantôt en Hollande, en
Prusse et difïerentes parties de l'Allemagne ;
Qu'il est constant qu'il est inscrit sur la liste des émi-
grés du département du Calvados sous la date du dix
août mil sept cent quatre-vingt-douze, comme il appert
par l'extrait délivré par le ministre des finances, et
qu'il n'est point rayé définitivement;
COMMISSIOxXS MILITAIRES. 20^
Qu'il est constant qu'il n'a pu produire aucun certificat
de résidence ;
Qu'il est constant qu'il a séjoiu'iié en France depuis le
huit messidor an cinq (époque de sa rentrée), passé les
délais prescrits par l'article i5 de la loi du 19 fructidor
dernier, qui lui ordonnait de sortir de Paris dans les
24 heures et du territoire de la République dans le délai
de i5 jours;
La commission, après avoir examiné tous ces faits
et en avoir acquis la conviction, vu l'article 16 de la loi
du 19 fructidor an v ainsi conçu (suit le texte de cet
article), et celui des articles i et 2 de la loi du 25 brumaire
an m;
La commission déclare à l'unanimité que le nommé
Loiiis-Henri-François Lecoq, cj^-deçant chevalier de
BeuQille, est contrevenu à la loi du 19 fructidor an v, qui
lui enjoignait de sortir du territoire de la République
dans le délai de i5 jours de la publication de la loi.
En conséquence et aux termes des articles précités, l'a
condamné et condamne à l'unanimité à la peine de mort.
Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution
dans les 24 heures, à la diligence du général comman-
dant la place de Paris.
Copie du présent jugement sera adressée au ministre
de la police générale de la République et au général
commandant en chef la 17^ division militaire.
Fait, clos et jugé en séance publique les jour, mois et
an que dessus.
[Suivent les signatures.]
IbUL
208
COMMISSIONS MILITAIRES.
3.
LIBERTE
DIVISION MILITAIRE
ÉGALITÉ 1
Au quartier géuéral à Paris, le l'j floréal, Tan vi de la
République une et indivisible.
Moulin, général de division, commandant en chef la ly^ divi-
sion militaire, an ministre de la police générale.
J'ai rhonneur de vous prévenir, citoyen ministre, que
la commission militaire a condamné hier le nommé Louis-
Henry-François Le Coq, cy-devant chevalier de Beuville,
du département du Calvados, porté sur la liste des émi-
grés de ce département et arrêté à Paris pour ne s'être
pas soumis à la loi du 19 Iructidor.
L'exécution de ce jugement va se faire ce matin à
10 heures à la plaine de Grenelle.
Salut et fraternité.
Moulin.
Expédition.
Ibid.
VIL
* VixDELiNG (Henry-François)
2 prairial an vi — 21 mai 1798.
[Arrêté sous prévention d'émigration le i4 floréal an vi,
interrogé le i5; renvoyé, le 21, dcA^ant la commission mili-
I. La vignette, très distinguée de style, représente la République avec le
bonnet phrygien, Técharpe flottante, une couronne dans la main droite,
une pique dans la gauche ; elle est debout sur le creux d'un bouclier qui
flotte sur des attributs militaires ; des branches d'arbre à droite et à
gauche.
COMMISSIONS IMILITAIIIES. 209
taire de Paris ; acquitté le 2 prairial. Cependant, si l'on en
juge par une réclamation de sa mère qui se trouve au dossier,
il aurait été maintenu en détention.]
A. N. F: 6196, ii°2;44.
VIII.
Vincent de Lamotte »
5 prairial an vi — 24 mai 1798.
§ !"■•
Paris, le 14 thermidor an vi de la République
une et indivisible.
Le ministre de la police générale de la République, au
citoyen Lagxirde, secrétaire général du Directoire.
En réponse à votre lettre du 7 de ce mois, relative au
nommé Durand Lamotte, je vous adresse ci-joint, ci-
toyen, copie de celle que le bureau central du canton de
Paris vient de m'écrire à son sujet.
Je réclame auprès du ministre de la justice les pièces
concernant cet individu, et que vous m'annoncez avoir
été déposées dans ses bureaux.
Salut et fraternité.
Lecarlier.
Original.
A. N. AF ni, 4;.
1. Soit dans les journaux, soit aux Archives nationales, je n'ai l'ien
trouvé sur ce personnage; mais il résulte bien de la lettre du bureau cen-
tral (§ 2) qu'il fut condamné par la commission militaire de Paris et fusillé.
— Sur Durand Lamotte, Infra^ XVIII, p. 247.
18 FRUCTIDOK. 14
210 COMMISSIONS MILITAIRES.
§2.
Paris, le 12 thermidor an vi de la République
une et indivisible.
Bureau central du canton de Paris au ministre de la
police générale.
Citoyen ministre,
Les recherches les plus exactes ont été faites sur nos
registres des prisons, au sujet du nommé Durand Dela-
motte, qui fait l'objet de la lettre que vous nous avez
écrite hier, et nous n'avons trouvé que le nommé Durand,
Etienne-César, prévenu d'émigration, et détenu à l'Ab-
baye par ordre du général Moulin ; nous vous observons
qu'un nommé Vincent de Lamotte, convaincu d'émi-
gration, a été fusillé le 5 prairial dernier.
Salut et respect.
Signé : L. Milly.
Pour copie conforme :
Le ministre de la police générale,
Lecarlier.
Copie certifiée. Ibid.
IX.
* Rémusat (Pierre-François de)
5 messidor an vi — 23 juin i:j98.
[Né à Marseille, le 4 octobre 1^55; de 1791 au mois d'août
1792, administrateur de quatre hôpitaux de Marseille. En
août 1792, muni d'un passeport réguher, il se rend à Smyrne
pour ses affaires, puis revient à Livourne et à Venise; il rentre
en France en août 1790. Elu député des Bouches-du-Rhône
COMMISSIONS MILITAIRES. 211
au Conseil des Anciens, en germinal an v. Au i8 fructidor, les
élections de ce département furent annulées. Le Directoire
donna l'ordre d'arrêter Rémusat (14 vendémiaire an vi).J
Paris, le 19 vendémiaire an vi.
Le bureau central au ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Au reçu de votre lettre du 17 du courant, relative au
citoyen Rémusat, ex-législateur, qu'un arrêté du Di-
rectoire exécutif ordonne d'arrêter, nous avons pris de
suite, dans le plus grand secret, les mesures nécessaires
pour nous assurer de sa personne; il est arrêté, nous
regrettons de n'avoir pu vous l'annoncer plus tôt ; mais
comme sa demeure n'était pas indiquée, il a fallu faire
les recherches les plus actives pour la découvrir. Nous
avons ordonné la perquisition la plus sévère dans tous
ses papiers. Ils sont renfermés dans une boîte, sur la-
quelle les scellés ont été apposés ; nous vous prions de
vouloir bien nous faire passer de suite copie de l'arrêté
du Directoire exécutif qui ordonne l'arrestation dudit
citoyen Rémusat.
Salut et respect.
Les membres du bureau central,
LiMODIN.
Original.
A. N. F: 6201.
§ 2.
Même date.
Ordre du Directoire de traduire devant une commission
militaire à Paris, comme émigré rentré et ayant porté
212 COMMISSIONS MILITAIRES.
les armes contre la République, Pierre-François Rémiisat,
dont l'arrestation a été ordonnée par arrêté du i/\.
Original.
A. N. F7 4371.
§ 3.
Bureau
de surveillance Paris, 21 vendémiaire an vi de la République
une et indivisible.
Le ministre de la police générale aux membres composant
le Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
Je me disposais à exécuter votre arrêté relativement à
la traduction de Rémusat devant la commission militaire,
lorsque j'ai reçu une lettre du bureau central qui m'ins-
truit que cette mesure a été prise d'après vos ordres par
le ministre de la justice. J'envoye en conséquence la
copie de la lettre qui atteste la trahison de Rémusat, ex-
député, à la commission militaire, en la prévenant que
vous faites rechercher l'original i. Comme la mise en juge-
ment de Rémusat m'empêche de l'interroger, ainsi que
j'étais convenu de le faire d'abord avec le citoyen Merlin
de Douai qui avait reconnu Futilité de cet interrogatoire
préalable par-devant moi, je demande à la commission de
me communiquer toutes les pièces de Fafïaire, aussitôt
après le jugement, afin que je puisse connaître les liaisons
que Rémusat pouvait avoir avec d'autres conspirateurs.
Salut et respect.
Minute.
A. N. Fj 6201.
I. Cette lettre, que Rémusat a reproduite dans son Mémoire^ était datée
de V'enise, 2 vendémiaire an vi, et adressée par Bassal au général Bona-
parte.
COMM[.SSIONS MILITAIRES. 21 3
§4-
Au quartier général à Paris, le 27 vendémiaire de l'an vi
de la République une et indivisible.
Le général commandant la ly^ division militaire
au ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Les membres de la commission militaire me pré-
viennent que, depuis quatre jours, ils s'occupent sans
relâche à faire le dépouillement de tous les papiers saisis
chez le nommé Rémusat, cy-devant représentant, et
qu'aucune pièce ne constate son émigration et sa non-ra-
diation : il manque même la certitude de son inscription
sur la liste des émigrés de son département. Ils vous ont
écrit à ce sujet, et, le 21 de ce mois, vous leur avés répondu
que le Directoire devait avoir une lettre qui constate que
ce Rémusat a fait la campagne de iyg2 sous le régent
de France. Cette lettre, qui seule peut éclairer leur cons-
cience, leur est absolument utile. Je vous invite donc,
citoyen ministre, à la leur procurer, ainsi qu'un certificat
qui atteste qu'il est porté sur la liste des émigrés. Vous
sentez, citoyen ministre, que toutes ces pièces doivent
leur être remises le plus promptement possible, si l'on
veut que cette affaire soit bientôt terminée.
Salut et fraternité.
Original. L. LemOINE.
Ibid.
5.
[En tête d'une pétition au Directoire, signée de la femme
de Rémusat, et que Baudin (des Ardennes) présenta à Merlin
3l4 COMMISSIONS MILITAIRES.
(de Douai), celui-ci écrivit : « Renvoyé au ministre de la
police générale pour faire un prompt rapport. 5 prairial an
VI.» Un mois après, Rémusat était cité devant la commission
militaire, qui rendit le jugement suivant; je le reproduis,
en omettant les formules du début, que nous connaissons
déjà par les deux jugements qui précèdent.]
JUGEMENT
Considérant que Pierre-François Rémusat, ci-dessus
dénommé et qualifié, est parti de Marseille, muni d'un
passeport en date du i4 août 1792 (v. st.), reconnu valide,
pour se rendre à Smyrne, où il est resté jusqu'au i^^ août
1793, époque à laquelle il obtint du représentant de la
nation française à Smyrne un certificat de résidence pen-
dant ledit temps et un passeport pour se rendre à Li-
vourne ; qu'il y est arrivé dans le courant du même mois ;
Considérant que les hostilités entre la République
française et le grand-duc de Toscane n'étaient point alors
commencées, puisqu'il paraît, d'après le traité de paix du
21 pluviôse an 11 entre le Comité de salut public et le
comte Cartelli, qu'elles n'ont commencé que le 8 octobre
1793 (v. st.);
Considérant qu'il est resté, tant à Livouirne qu'à Flo-
rence et autres villes d'Italie, l'espace d'environ six mois
après la rupture de la neutralité ;
Considérant qu'il n'a pas regardé ce séjour en Toscane
comme émigration, attendu qu'il n'existait pas ostensi-
blement de déclaration de guerre, et qu'il y était passé
avec un passeport légal ;
Considérant qu'il n'est pas constant, d'après les certi-
ficats de résidence et passeports, qu'il ait fait la cam-
pagne de 1792 sous le régent de France, puisqu'il a passé
cette année à Marseille et à Smyrne;
COMMISSIONS MILITAIRES. 210
Considérant cjiie Pierre-François Rémusat n'est inscrit
sur aucune liste d'émigrés ;
Considérant eiiQn que, d'après différentes lettres et
instructions du ministre de la police générale, elle ne
peut, sans encourir la forfaiture, prononcer définitive-
ment sur le sort d'un prévenu, lorsqu'il nie son émigra-
tion, n'étant inscrit sur aucune liste d'émigrés;
La commission arrête à l'unanimité qu'il en sera référé
au Directoire exécutif, pour par lui être décidé : i° Si le
nommé Pierre-François Rémusat, dénommé et qualifié ci-
dessus et d'autre part, doit être considéré comme émigré ;
2° s'il est dans le cas de la loi du 19 fructidor an cinq ;
Ordonne que les pièces justificatives seront remises
ainsi que copie du présent arrêté au ministre de la police
générale de la République par la voie du général com-
mandant en chef la i;;^ division militaire.
Fait, clos et arrêté les jour, mois et an que dessus.
(Suivent les signatures ^.)
Pour expédition conforme :
Le secrétaire-greffier de la commission
militaire de la ly^ division,
ROYER.
A. N. F7 6201.
[Non seulement Rémusat ne fut pas mis en liberté ; mais,
malgré un certificat de non-inscription du 26 floréal an vi et
sans avoir égard à un arrêté de l'administration centrale des
Bouches-du-Rhône du i5 frimaire an vu, portant qu'il y avait
lieu de faire droit à sa réclamation, le Directoire, par arrêté
du 23 nivôse an vu, signé de Revellière-Lépeaux, inscrivit
I. La commission était composée des mêmes jug'es que pour Le Coq de
Beuville. Supra, p. 2o5.
21 6 COMMISSIONS MILITAIRES.
d'office Rémusat sur la liste des émigrés et ordonna qu'il
resterait détenu jusqu'à décision (F7 6201). Merlin, Revellière-
Lépeaux et Reubell étant tombés du pouvoir, Rémusat fut li-
béré le 2.5 messidor an vu, après 642 jours de détention i.]
X.
Merle d'Ambert
i3 messidor an vi — i" juillet 1^98.
[Colonel du Royal-Marine en 1790; nommé général de bri-
gade, mais sans emploi; en mai 1792, prend un passeport
pour l'Angleterrre, part; revient Un octobre, muni d'un
certificat de résidence à Londres, signé Ghauvelin; 25 novem-
bre 1792, prête serment à la section des Piques 2. Inscrit dans
le Puy-de-Dôme sur la liste des émigrés. 8 septembre 1793, ar-
rêté ; emprisonné aux Madelonnettes, et, le 26 frimaire an 11, à la
Bourbe, où il reste comme suspect jusqu'au 20 vendémiaire
aniii ; commissaire civil de sa section (des Piques) ; adjudicataire
(1796) d'un bien d'émigré en Seine-et-Oise ; rayé provisoire-
ment. Il était en instance pour obtenir sa radiation définitive.
Je mentionne des pétitions de Merle d'Ambert, remontant à
l'époque de la Terreur, pour montrer combien il avait déjà
fait de sacrifices d'opinion, on pourrait même dire : de dignité.
Toutes ces pétitions sont autographes 3.]
1. Il mourut à Marseille le 7 février i8o3. En 1817, son frère Justinieii
publia un volume ayant pour titre : Poésies diverses, suivies du Comte de
San frein ou L'Homme pervers, comédie en trois actes et en vers, et d'un mé-
moire de l'auteur sur sa détention à la prison du Temple, par feu P. -F. de
Rémusat. Bibl. Nat. Y. 31960.
2. Quartier de la place Vendôme.
3. Cf. La Terreur sons le Directoire, p. 111-116.
COMMISSIONS MIMTVIUKS. '21'
SOUS LX CONVENTION
4" Jloj^éal an II. — Pétition au Comité de salut public, par
le citoyen Agricole Merle, détenu en la maison de suspicion
de la rue de la Bourbe.
Il rappelle qu'il était colonel du 60^ de ligne en 1791; qu'il
n'a que trente-neuf ans et que l'oisiveté lui est odieuse; il de-
mande à servir : « Car il faut être fou ou imbécile pour croire
que, quand tout un peuple veut une constitution, une poignée
d'hommes réunie pourra arrêter ce grand et unanime mouve-
ment.... Je veux servir la cause de la liberté, et qu'importe
d'où je sors ? Je suis Français. »
2^ prairial an II. — A la commission populaire.
Demande à servir dans le rang. — « J'ai toujours fait mon
service en personne. Le comité militaire de la section des
Piques, dans laquelle je loge depuis plus de dix ans, peut en
rendre compte. Le commandant de la 12*^ compagnie où j'étais
volontaire rendra compte que, jusqu'au 8 de septembre [1793],
vieux style, jour de mon arrestation, j'ai toujours pris les
armes avec la compagnie; que, le 3i mai et jours suivants, j'ai
resté jours et nuits à mon poste et que j'ai souvent monté la
garde au Temple pour garder le dernier tyran. J'ay toujours
suivi l'assemblée de ma section ; appelé le mercredi 3 juil-
let 1793 (vieux style) à la tribune pour émettre mes vœux
sur l'acte constitutionnel, j'ai voté pour l'acceptation, le re-
gistre de ce jour en fait foi; je ne parle pas des différents
dons que j'ai faits pour mes frères d'armes.
«Quant à mes opinions politiques, elles sont qu'un soldat se
doit tout entier à sa patrie; la Convention nationale, dans le
courant de mai, a bien voulu décréter la mention honorable
de dons que je faisais pour les frais de la guerre; elle a re-
nouvelé cette mention le 5 frimaire en exécutant le décret
relatif aux décorations militaires dont je m'étais défait; ma
pétition a été imprimée dans les journaux et bulletins; mes
sentimens y sont exprimés.
«Quant au dernier tyran de France, je pense qu'il a subi le
2l8 COMMISSIONS MILITAIRES.
juste châtiment dû à ses forfaits; ennemi du peuple, il devait
périr sur un échafaud, et si j'avais été un de ses juges, je
l'aurais condamné, comme il l'a justement été ; mon opinion
n'a jamais varié; depuis la Révolution, je ne l'ai point appro-
ché, et, dans le temps de sa tyrannie dont j'ai été victime,
j'allais très peu dans son palais.
« Enfin j'ignore les motifs de mon arrestation, n'ayant ja-
mais été d'aucuns clubs ni société quelconque, mais si j'ai
commis quelques fautes, plus de neuf mois de prison doivent
les avoir expiées par la douleur de ne pouvoir continuer un
métier que j'aime avec passion, et de ne pouvoir être utile à
ma patrie, étcmt à la fleur de l'âge et dans le temps où je
pourrais lui rendre le plus de services. »
Agricole Merle.
Autographe.
A. N. F7 4623.
Motif de son arrestation. — « Ex-noble. Ses relations, ses
liaisons avec tous les contrerévolutionnaires ; joueur au cy-de-
vant Palais-Royal, membre d'un club qu'ils tenaient entr'eux,
où ils tenaient leurs conciliabules.
(( Emigré et rentré pour se défaire de son argenterie qui était
cachée et l'a vendue; aristocrate enragé, homme de mauvaise
foi envers sa famille et ses domestiques, amené au Comité
civil de sa section pour un fait faux établi dans un certificat
de résidence dont le citoyen Vachard, membre du départe-
ment, était témoin, et enfin homme plus que suspect et très
mauvais citoyen. »
Les membres du Comité.
(Suivent les signatures.)
6 octobre iyg3. — Pétition de la veuve César Chevrau,
paysanne de Montreuil, proche Vincennes, âgée de soixante-
sept ans, mère de quatre enfants et neuf petits-enfants, tous pay-
sans à Montreuil, pour réclamer la liberté de son fils nourri-
cier, frère de ses enfants, leur bienfaiteur ; ils répondent de lui
COMMISSIONS MILITAIRES. 219
sur leur tête, et le représenteront toute fois et quand on le ju-
gera nécessaire.
20 vendémiaire an III. — Libéré après treize mois de capti-
vité.
A. N. F; 4:748.
§ 2-
sous LE DIRECTOIRE i.
Avant fructidor an V.
19 brumaire an iv.
Merlin, ministre de la justice, à Merle d'Ambert.
Je conçois, citoyen, l'embarras où vous vous trouvez.
Mais il n'est point en mon pouvoir de vous en délivrer. Le
Corps législatif n'a pas encore déterminé le mode de radia-
tion des listes d'émigrés, qui devra être substitué à celui
dont la suspension a été décrétée par la Convention natio-
nale. Jusqu'à ce qu'il ait pris une détermination à cet
égard, je ne puis en nulle manière m'occuper d'aucun ob-
jet de cette nature.
Salut et fraternité.
Autographe. Merlin.
18 ventôse an iv. De Merle au ministre de la justice.
29 ventôse an iv. Du même au Directoire.
4 floréal an iv. Du même au ministre de la police géné-
rale.
28 germinal an iv. Nouvelle réclamation. — « Renvoyé
au ministre de la police générale. — P. Barras. » (Note
autographe.)
I. Toutes les pièces qui suivent sont puisées au dossier des A. N., F; 5487
(ci-devant 5434).
220
COMMISSIONS MILITAIRES.
Messidor an IV. — Rapport au Directoire, signé Cochon
(c'était le ministre de la police). En tête : Radiation définitive.
Département du Puy-de-Dôme. Puis, de la main de Cochon :
Ajourné, ainsi que toutes les questions de cette nature. Le
25 messidor.
Nous lisons au rapport :
« Toutes les pièces ci-dessus étant revêtues des formalités
voulues par les lois, une seule difficulté paraîtrait se présen-
ter : c'est l'absence de Merle d'Ambert du territoire français,
depuis le mois de juillet 1792 jusqu'au 29 octobre suivant, et
son séjour en Angleterre pendant ce laps de temps. »
On répond :
« 11 est sorti en vertu de la loi (passeport visé à Lille le 3i mai,
c'est-à-dire à une époque où il n'était pas interdit de sortir de
France), la loi du 28 juillet 1792 i partant de ce principe que
nul ne peut être repris pour avoir fait ce que la loi autorise. »
[L'arrêté de radiation n'est pas signé.^
ly thermidor an IV. — Au ministre de la police. Merle
d'Ambert demande qu'on se hâte ; il n'était pas à Paris.
y fructidor. — Apprend l'ajournement de la décision sur sa
radiation ; demande qu'on ne le fasse pas languir.
18 fructidor an IV. — Nouvelle demande au Directoire:
« le rapport a été fait ; il n'attend plus que votre sanction. »
En marge : « Renvoyé au ministre de la police générale. Ce
21 fructidor. — Barras. (Autographe.)
Après fructidor an V.
4 brumaire an VI 2. — Merle réclame contre son inscription.
1. Cette loi du 28-29 juillet 1792 était ainsi conçue : — Art. i*^'. Jusqu'à ce
que TAssemblée nationale ait déclaré que l'assemblée n'est plus en danger,
il ne pourra être délivré de passeports pour sortir du royaume à aucun
citoyen français. Les passeports qui auraient été accordés jusqu'à ce jour
pour sortir du royaume et dont il n'aurait pas été fait usage, sont déclarés
nuls. — Le passeport de Merle était antérieur et il en avait fait usage.
2, On remarquera qu'entre la date qui précède et celle-ci. il y a un inter-
valle de treize mois.
COMMISSIONS ailLITAlRES. 221
En niai'ge : a Renvoyé au ministre de la police pour faire un
prompt rapport. Ce 6 l^rumaire, 6*^ année, Rmibell. » Au-des-
sous : « S'il prouve avoir obéi à la loi. » D'une autre main,
qui semble celle de Barras, avec son paraphe : « Faire un
prompt rapport. »
4 brumaire an VI. — Certilicat de résidence délivré par la
i^^ municipalité du canton de Paris : « Résidence sans interrup-
tion du i^'' mai 1792 jusqu'à ce jour. »
ig brumaire an VI. — Lettre de Merle au ministre de la
police. Il demande une surveillance, si besoin il y a, dans la
municipalité de son domicile. Il ajoute : « Je jure haine à la
royauté et à l'anarchie, fidélité et attachement à la Répu-
blique et à la Constitution de l'an m. »
Signé : D'Ambert.
Apostilles de Dusaulx, Rousseau et Lecouteulx.
i'^' frimaire an vi.
Merle d'Ambert au Directoire exécutif. Il rappelle sa de-
mande en radiation sur la liste du Puy-de-Dôme et qu'il a ob-
tenu de Sotin un prompt rapport. Invoque un paiement à
faire d'un bien d'émigré acheté en Seine-et-Oise. « Ma re-
connaissance de votre justice égalera mon dévouement
sincère au soutien et à la conservation du gouvernement ré-
publicain. »
Apostille de Le Couteulx-Canteleu, des Anciens : «Le repré-
sentant du peuple soussigné déclare qu'il est à sa connais-
sance que le citoyen Merle d'Ambert n'a jamais émigré; que,
dans les différentes époques de la Révolution, ce citoyen a
été présent à sa section et y a toujours manifesté des senti-
ments contraires à ceux des ennemis de son pays, et une vo-
lonté bien prononcée en faveur de la République. » Mêmes dé-
clarations, par les mêmes motifs, de Dusaulx et de Dugué
d'Assé.
En marge : « Renvoyé au ministère de la police générale.
3 frimaire an vi. — Reubkll. » (Note autographe.)
110. COMMISSIONS MILITAIRES.
25 frimaire an VI. — Nouvelle pétition. En marge : « Ren-
voyer au ministre de la police générale pour faire un prompt
rapport. 26 frimaire an vi. — Merlin. » (Note autographe.)
36 frimaire an vi.
Rapport des républicains de la commune d'Ambert.
En tête, on lit : « Le ministre demande un rapport en main-
tenue. »
[On rappelle l'aft'aire de Marseille, le jugement du 16 juil-
let 1790 de la sénéchaussée i.J
« Atteint et convaincu d'avoir injurié, menacé, outragé et
provoqué la garde nationale et la municipalité de Marseille,
d'avoir porté la main sur l'estomac du capitaine au poste de
la porte d'Aix, et condamné pour réparation du tout à vingt
sous d'amende envers le Roi, à être privé pendant cinq ans
de sa qualité de citoyen actif, et à 6,000 livres d'aumône en-
vers l'hôpital du Saint-Esprit, sur laquelle somme il serait
prélevé celle qui serait nécessaire pour établir, sur le lieu dé-
signé par la municipalité, une plaque en marbre sur laquelle
seront gravés ces mots : « En réparation de l'injure faite par
« Ambert, colonel du régiment de Royal-Marine, à la garde
« de Marseille et à la municipalité, etc. »
Abandonne son régiment, refuse le serment civique. Va à
Bruxelles. Lettre de la marquise de Dandrenen à son mari,
sur M"^^ d'Ambert. 11 juillet 1792, porté sur la liste des émi-
grés du Puy-de-Dôme. Cousin de Rovère. Élargissement et
radiation provisoire. — 14 brumaire an m, le Comité de sûreté
générale décerne contre Merle un mandat d'arrêt et le fait tra-
duire devant le tribunal criminel du Puy-de-Dôme. Nouvelle
mise en liberté et radiation provisoire. Commissaire de sa
section (des Piques) jusqu'au i3 vendémiaire. Là, se retire et
se dessine. Au 18 fructidor, à Lyon. Commerçant! Suppose un
voyage en Angleterre, avec qui on n'était pas en guerre, pour
cacher son voyage à Bruxelles, au milieu de l'ennemi.
I. Cf. La Terreur sous le Directoire, p. m, et le Moniteur, t. III, p. ^18, ^aS;
t. ^^ P- 93. Ce jugement avait été cassé.
COMMISSIONS MILITAIRES. 223
12 nivose an vi.
Merle d'Ambert au citoyen Merlin, directeur. Il rappelle
les pétitions précédentes ; a appris qu'on voulait le faire arrêter
en vertu de la loi de fructidor ; rapporte un certiiicat du gé-
néral Bernadotte, qui, « mon élève, a toujours été mon ami. »
En marge : « Renvoyé au ministre de la police générale pour
faire un nouveau rapport, après avoir pris les renseignements
nécessaires. i3 nivôse an vi. — Merlin. » (Autographe.)
16 nivôse an vi.
Lettre d'Artauld-Blanval i, représentant du peuple,
à Merlin, directeur.
En haut : « Renvoyé au ministre de la police générale pour
accélérer le rapport. 17 nivôse an vi. •— Merlin. » (Note au-
tographe.)
« Tu verras par ce mémoire relatif à Merle que cet individu,
c[ui réclame sa radiation définitive, est un royaliste du premier
ordre, un contrerévolutionnaire forcené, et que son émigration
n'est pas douteuse; j'en ai conferré (sic) avec le ministre de
la police générale, qui a entre mains l'original dudit mémoire
et qui n'attend que les ordres du Directoire pour faire son
rapport. Je puis certifier, d'après les connaissances locales
que j'ai, la vérité des renseignements qui sont donnés sur cet
émigré, et je dois ajouter que cet homme est venu à Ambert
au commencement de fructidor dernier, qu'il a menacé tous
les acquéreurs de ses biens, qu'il a ratifié certaines ventes
faites par la nation moyennant une somme d'argent que quel-
ques acquéreurs ont eu la faiblesse de luy donner, qu'il a
vendu une partie de ses biens dont la vente a été suspendue
et que de là il s'est rendu à Lyon, pour y attendre le résultat
du 18 fructidor. »
I. Artauld de Blanval (Joseph). Élu à la Convention par le Puy-de-Dôme
le 7 septembre 1792 ; A'ota la mort du Roi et contre l'appel au peuple et le
sursis ; élu au Conseil des Anciens le 29 vendémiaire an iv et le 23 ger-
minal an VI.
!2!24 C03IMISSI0XS MILITAIRES.
20 nivôse an VI. — Pétition de Merle à Merlin. En tête :
« Renvoyé au ministre de la police générale, pour joindre aux
autres pièces. — Merlin. » (Note autographe.)
20 nivôse an VI. — Lettre de Merle d'Amberl contre le sé-
questre de ses biens. Il a fait quatorze mois de prison. Il est
le premier qui ait fait honneur de sa décoration militaire à
l'Assemblée constituante (?), dans la séance du 5 frimaire
an II. Le ministre des finances ajourne jusqu'à la fin de ni-
vôse, pour faire faire la folle enchère des biens que Merle a
achetés en Seine-et-Oise. Avait été nommé général en 1791;
la sénéchaussée l'avait acquitté.
II pluviôse an VI. — De Lyon. M"^^ d'Ambert au ministre
de la justice. Demande un prompt jugement.
§4-
Paris, le 14 pluviôse, Tan 6"^ de la République
française une et indivisible.
Extrait des registres des délibérations du Directoire exécutif.
Le Directoire exécutif,
Vu la réclamation d' Agricole-Marie Merle d'Ambert,
tendante à obtenir la radiation définitive de son nom de la
liste des émigrés ;
Les pièces par lui produites, à Tappui de ladite récla-
mation , et notamment un passeport à lui délivré le
II mai 1792, par la municipalité de Paris, pour voyager
dans l'intérieur et à Douvres; ledit passeport de lui signé,
revêtu du seul visa de la municipalité de Lille, le
3i mai 1792;
Un autre passeport également signé dvidit Merle d'Am-
bert, venant de Londres, à lui accordé le 29 octobre 1792,
par la municipalité de Calais ;
La loi du 29 juillet 1792 sur les passeports ;
COMMISSIONS MILITAIRES. 225
Les arrêtés du département du Puy-de-Dôme, en date
des 28 février et 9 juillet 1793 ; celui du district d'Ambert,
en date du 27 juin suivant ;
Considérant qu' Agricole-Marie Merle d'Ambert a émi-
gré en Angleterre et ne saurait exciper en sa faveur
d'aucune loi sur les passeports, puisque celle du 29 juil-
let 1792 révoque tous ceux délivrés pour l'étranger dont
il n'avait point été fait usage à cette époque, et que celui
accordé audit Merle d'Ambert le 11 mai 1792 ne justifie
nullement sa sortie du territoire français antérieure à la-
dite époque du 29 juillet 1792 i;
Après avoir entendu le rapport du ministre de la police
générale, arrête :
Art. i^''. Les arrêtés du département du Puy-de-Dôme
des 28 février et 9 juillet 1798, relatifs à Agricole-Marie
Merle d'Ambert, ainsi que celui du district d'Ambert en
date du 27 juin même année, sont annulés et comme non
avenus.
Art. 2. Le nom dudit Agricole-Marie Merle d'Ambert
est définitivement maintenu sur la liste des émigrés, et il
sera, à cet effet, par l'administration centrale du départe-
ment du Puy-de-Dôme, fait toute rectification nécessaire
des prénoms dudit Merle, sur la liste particulière de ce
département.
Art. 3. Les biens dudit Merle d'Ambert sont acquis à
la nation, et il en sera disposé en conformité des lois ren-
dues sur les domaines nationaux; à l'efiet de quoi, le pré-
sent arrêté sera, sur-le-champ, notifié aux administrations
centrales des départements du Puy-de-Dôme, de la Seine,
de Seine-et-Oise et du Pas-de-Calais, qui sont spécialement
I. On lit en marg-e, d'vme autre écriture et qui date sans doute de l'an viii,
lors de la revision de l'affaire : « La sortie est justifiée par le visa à Lille le
3i mai, et l'ari'ivée à Londres ainsi que le retour, par la pièce du n° 12. »
18 FRUCTIDOR. l5
226
COMMISSIONS MILITAIRES.
chargées d'en donner connaissance à toutes autres admi-
nistrations, dans le ressort desquelles ledit Merle d'Am-
bert pourrait avoir des biens situés.
Art. 4- Le présent arrêté ne sera point imprimé. Les
ministres de la police générale et des finances sont char-
gés de son exécution, chacun en ce qui le concerne.
Le Président du Directoù^e exécutif,
Signé : Barras.
Dans une lettre insérée à VAmi des lois du ii ventôse —
i^'' mars 1798, Merle revendiquait l'honneur d'avoir eu Berna-
dette au 60^ régiment d'infanterie, de l'avoir fait nommer adju-
dant, de l'avoh reçu dans sa famille dans l'hiver de 1790-91.
« Son bonheur adoucit les malheurs, aussi injustes que peu
mérités, qui me poursuivent depuis un mois. »
De l'écriture de Merlin (de Douai). — « Renvoyé au ministre
de la police générale pour faire rechercher l'émigré qui a
écrit cette lettre, et qui a été maintenu sur la liste par un
arrêté tout récent du Directoire. i3 ventôse an vi. — Merlin. »
(Note autographe.)
16 ventôse an VI. — Mandat d'amener contre Merle d'Am-
bert, prévenu d'émigration, par Hanoteau, juge de paix de la
division du Mail et officier de police judiciaire.
En bas :
Le citoyen rédacteur de VAmi des loix pourrait peut-être
donner sur sa résidence quelques renseignements : dans son
n° 928, il a inséré une lettre de lui.
A. N. F5 6196.
4 messidor an VI. — Le ministre de la police générale au
président de la commission militaire. — Il lui annonce l'ar-
restation de Merle d'Ambert, et lui envoie l'arrêté du 14 plu-
viôse an VI.
COMMISSIONS MILITAIRES. 227
5 messidor an VI. — Envoi, par le ministre de la police, de
toutes les pièces au président de la commission militaire par
l'intermédiaire du général Moulin, commandant la division.
— « Vous voudrez bien vous occuper sans délai de cette
affaire et me faire part du résultat. Agricole-Marie Merle
d'Ambert est à votre disposition au Temple. »
§ 6.
9 messidor.
L'épouse du citoyen d'Ambert aux membres composant le
Directoire exécutif.
Citoyens directeurs,
Le 7 de ce mois, je vous ai adressé une pétition.
Je vous demandais un sursis qui ne préjugeait rien....
et, au lieu du sursis que j'attendais, une nouvelle, qui est
pour moi la foudre, m'apprend que vous avez ordonné,
cwancé sa traduction devant une commission militaire.
Dans l'aflreuse douleur qui me tue, dois-je penser encore
que c'est ma démarche auprès de vous, la démarche
d'une épouse, d'une mère, qui aura avancé l'heure fatale
où mon mari sera jugé.... jugé, sans pouvoir être dé-
fendu ?
Ecoutez la vérité.
Mon MARI n'a point émigré.
Sa mort sera la joye des véritables émigrés.
Je le jure devant Dieu : le sang qui va couler sera le
sang d'un innocent, et une indiscrétion va faire fusiller
un bon citoyen.
S'il est vrai que des formes sévères semblent l'accuser,
c'est vous, citoyens directeurs, c'est vous-mêmes qui, sans
le vouloir, sans le savoir, lui aurez inspiré la fatale con-
fiance qui le tuera.
Daignez m'écouter.
228 COMMISSIONS MILITAIRES.
Il VOUS a écrit, vous lui avez répondu.
Il vous a adressé vingt pétitions qui vous annonçaient
sans détour qu'il était resté dans Paris ; il vous y a dit
plusieurs fois qu'il ne se croyait pas dans la loi du 19 fruc-
tidor ; vous ne l'avez pas détrompé. Vous lui açez adressé
vos réponses a son domicile a Paris.
Il vous a demandé du service contre les ennemis de la
patrie. Vous lui avez annoncé à lui-même, /)ar des lettres
Cl lui adressées à son domicile à Pains, que cette demande
était renvoyée au ministre de la guerre.
Vous l'avez accueilli lui-même, vous l'avez entendu à
vos audiences, lorsqu'il vous demandait en personne la
revision de son affaire, et cous avez renvoj^é ses vingt
mémoires apostilles au ministre de la police.
Hommes généreux, tous ces actes ne devaient-ils pas
maintenir dans ime fatale sécurité l'homme de bien sûr
de son innocence?.... Hommes sensibles, ne frémissez-
vous pas, en pensant que, complices peut-être de son
erreur, vous l'aurez vous-mêmes conduit à la mort?
Au nom de la paix, au nom de la justice, de l'humanité,
au nom de vos épouses et de vos enfants, accordez à mon
désir le succès que je demande....
Merle d'Ambert, née Tolozan,
pour ma mère i.
12 messidor. — Du président de la commission militaire
au ministre de la police générale . — Il réclame le passeport
du II mai 1792, un certificat de Ghauvelin, ambassadeur de
I. Sic. C'est Nina d'Ambert, fille du prévenu, qui aura signé cette péti-
tion du nom de sa mère, en l'absence de celle-ci.
COMMISSIONS MILITAIRES. 229
France à Londres; un extrait de la liste des émigrés, diverses
pétitions adressées par le prévenu : « Quoique la commission
soit pleinement convaincue qu'elle ne doit point entrer dans le
fond de la question ni s'occuper du délit d'émigration, elle a
cru devoir référée {sic, déférer) à la demande du prévenu.
Ainsi, si vous ne trouvez pas d'inconvéniens à nous en-
voyer ces pièces qu'il réclame, je vous prie de me les faire
passer aujourd'hui, cet individu devant comparaître demain
matin, i3 du courant, pour être jugé définitivement. »
Du i3, du même au même. Accusé de réception de
huit pièces.
§ 8-
i3 messidor an vi — i<^' juillet i;j98.
Du président de la commission militaire au ministre de la
police générale.
Citoyen ministre,
J'ai riionneur de vous envoyer copie du jugement
rendu contre Merle d'Ambert, qui est condamné à la
peine de mort.
Salut et respect.
Cathol.
Autographe.
JUGEMENT
Commission militaire de la ly^ division.
Paris, le i3 messidor an vi de la République française
une et indivisible.
Cejourd'hui, i3 messidor an vi de la République fran-
çaise une et indivisible, à dix heures du matin, la com-
mission militaire de la 17^ division, établie à Paris en
vertu des lois du 20 brumaire an m et 19 fructidor an v et
23o COMMISSIONS MILITAIRES.
conformément à cette dernière, nommée et convoquée par
le général Moulin, commandant la 17^ division militaire,
à l'effet de juger le nommé Merle d'Ambert, prévenu
d'émigration et de contravention à la loi du 19 fructidor
dernier, réunie au lieu de ses séances tenues publiquement
dans une des salles de la cy-devant maison commune,
place de Grève, composée des citoyens Cathol, chef de la
20^ demi-brigade d'infanterie de ligne, président tVerbois,
chef de bataillon de la même demi-brigade ; Vivenot, capi-
taine à la 28® demi-brigade d'infanterie de ligne; Colomb,
capitaine à la 9^ demi-brigade d'infanterie légère ; Guillet,
capitaine à la 20^ demi-brigade d'infanterie de ligne;
Harriet, capitaine adjudant à l'état-major de la i^° divi-
sion militaire; Boulais, sous-lieutenant au 16® régiment
de cavalerie; assistés du citoyen Royer, secrétaire-
greffier de la commission, lesquels ont déclaré n'être
parents ni alliés entr'eux ni du prévenu aux degrés
prohibés.
La commission a fait comparaître libre et sans fers ce
prévenu, qui a déclaré se nommer Agricole-Marie Merle
d'Ambert, âgé d'environ quarante-deux ans, né à Paris,
département de la Seine, y demeurant, lors de son arresta-
tion, rue Basse du Rempart, n° 356, militaire de pro-
fession, à qui elle a fait prêter interrogatoire par l'organe
de son président.
Après que la commission eut entendu le prévenu dans
ses moyens de défense, pris connaissance de toutes les
pièces tant à charge qu'à décharge, qu'elle a examinées
avec la plus scrupuleuse attention, après qu'il a eu dé-
claré n'avoir rien à ajouter pour sa défense, le président
l'a fait reconduire à la maison d'arrêt du Temple et or-
donné à l'auditoire de se retirer.
La commission, délibérant à huis clos, et les voix ayant
COMMISSIONS MILITAIRES. 23l
été recueillies suivant la loi après mûre délibération, le
président ayant émis son opinion le dernier ;
Considérant que le nommé Agricole-Marie Merle
d'Ambert est inscrit sur la liste des émigrés du dépar-
tement du Puy-de-Dôme, et que, loin d'en être rayé, il y
a été maintenu par un arrêté du Directoire exécutif en
date du i4 pluviôse an vi, qui porte : Art, 2. — Le nom
d'Agricole-Marie Merle d'Ambert est définitivement
maintenu sur la liste des émigrés, et il sera à cet efïet, par
l'administration centrale du département du Puy-de-
Dôme, fait toute rectification nécessaire des prénoms dudit
Merle sur la liste particulière de ce département. —
Art. 3. — Les biens dudit Merle d'Ambert sont acquis à
la Nation, et il [en] sera disposé en conformité des lois
rendues sur les domaines nationaux ;
Considérant que ce prévenu est le même que celui
désigné dans les articles ci-dessus cités et inscrit sur la
liste des émigrés du département du Puy-de-Dôme sous
le nom de Merle fils ;
Considérant que le nommé Merle d'Ambert ne s'est
pas conformé aux dispositions de la loi du 19 fructidor
an V qui porte : Art. i5, etc. ;
La commission, vu l'article 16 de ladite loi du 19 fruc-
tidor, vu aussi les articles i^'' et 2^, titre IV, section i'^^,
de la loi du 26 brumaire an m ;
A condamné et condamne à la majorité absolue ^ à la
peine de mort le nommé Agricole-Marie Merle d'Ambert,
ex-colonel au cy-devant 60^ rgiméent d'infanterie de
ligne, dénommé d'autre part ;
Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution
dans les vingt-quatre heures, à la diligence du général
I. Notons, à la décharge de la commission, qu'elle ne fut pas unanime.
232 COMMISSIONS MILITAIRES.
commandant la place de Paris ; que copie du jugement
sera adressée au ministre de la police générale de la
République et au général commandant en chef la i^^ divi-
sion militaire.
Fait, clos et jugé en séance publique les jour, mois et
an que dessus.
(Suivent les si^natwes.)
A. N. F7 6196.
[Nina d'Ambert, lîUe du condamné, adressa immédiate-
ment aux Cinq-Cents une pétition ; après de violentes paroles
de Briot, ancien accusateur public à Besancon, et de Lecointe-
Puyraveau, l'ordre du jour fut prononcé à la presque unani-
mité. Merle d'Ambert fut fusillé à la plaine de Grenelle, le
2 juillet 1798.]
§ 9-
[Un rapport du 10 pluviôse an viii, rédigé sur l'ordre du
ministre de la police, conclut que « le considérant de l'arrêté de
maintenue est mal motivé, mais qu'il n'y a pas lieu à revision
quant à la maintenue. » — Au contraire, le chef de bureau
conclut à la revision et « la commission des émigrés estime
qu'il peut y avoir lieu à revision dans l'aft'aire de Merle
d'Ambert; qu'en conséquence, on peut écrire au ministre des
finances la lettre indiquée dans l'ordre du ministre pour faire
suspendre la vente des biens. » C'est ce qui eut lieu. La de-
mande en revision avait été formée par Nina d'Ambert, fille
du fusillé.
Un précis imprimé, rédigé par un sieur Courtellemont,
défenseur ofïicieux, expose très nettement cette longue et
difïicile aiïaire (in-12 carré, 12 p., de l'imprimerie des citoyens
Fauvelle et Sagnier, rue Pavée-André-des-Arts, n° 28].
A. N. ¥'] 548: (autrefois 5434).
COMMISSIONS MILITAIRES. «233
XI.
Comte de Lorge
i8 messidor an vi — 6 juillet 1798.
Paris, le 20 messidor.
Le ci-devant comte de Lorge a été condamné à mort
par la commission militaire de Paris et a dû être fusillé
hier [19 messidor].
Moniteur du 21 messidor an vi — 9 juillet 1798.
XII.
Chassey
20 messidor an vi — 8 juillet 1798.
La même commission [celle de Paris] a condamné au
jourd'hui [20] à la peine de mort François Chassey, émi-
gré, se disant le chevalier Desroches, ci-devant officier
au régiment de Foix. Il a subi de suite son jugement i.
Moniteur du 21 messidor an vi — 9 juillet 1798, daté de Paris du 20 mes-
sidor.
XIII.
DUBREUIL
28 messidor an vi — 16 juillet 1798.
La commission militaire, séante à Paris, a condamné
I. Il semble que Chassey fut exécuté le jour même de son jugement.
234 COMMISSIONS MILITAIRES.
le 28 messidor à la peine de mort Jean- Julien Dubreuil,
âgé de vingt-deux ans, ex-noble, convaincu d'être émi-
gré. 11 a été fusillé le 29 au matin à la plaine de Grenelle ^
Moniteur du 2 thermidor an vi — 20 juillet 1798.
XIV.
Gérard Saint-Elme
14 thermidor an vi — i" août 1798.
[Chef de chouans de la Seine-Inférieure; deux lettres de
Duval, alors commissaire du Directoire près l'administration
centrale de ce département, en réponse à une demande de
renseignements du ministre de la police (7 pluviôse an vi),
donnent quelques détails sur ce personnage. Détenu à la
Force depuis le 10 janvier 1798, il ne fut jugé et condamné
qu'au mois d'août suivant.]
Rouen, le i3« jour de pluviôse — Tan vi.
Le commissaire du Directoire exécutif près V adm^inistration
centrale du département de la Seine-Inférieure.
Citoyen ministre,
Ne pouvant pas vous adresser aussitôt que je l'aurais
désiré les renseignements que vous m'avez demandés
sur le nommé Gérard Saint-Elme, je me borne dans ce
moment à vous accuser réception de votre lettre sous
1. 25 prairial an vi : mandat d'amener contre Dubreuil (Pierre-Edmc-
JuUien);, natif de Pierrefitte (Allier), âgé d'environ 22 à 24 ans, taille de cin({
pieds huit pouces, sans domicile fixe, rue Honoré, au 4° étage. — A. Ts'.
¥■] 6196, n" 2^41. N'est-ce pas le même personnage? Il n'y a pas d'autres
pièces.
COMMISSIONS MILITAIRES. 235
la date du 7 de ce mois, et à vous préyenir que ce Gérard
a été arrêté à Dieppe comme émigré revenant d'Ang-le-
terre; que, malgré son assertion qu'il avait eu une
mission secrète du gouvernement français, il fut traduit
au tribunal criminel du département de la Seine-Infé-
rieure, qui ordonna sa translation dans le département
du Var ou du Gard, lieu de son dernier domicile connu;
Que, pendant sa translation, il parvint à obtenir une
mise en liberté du Comité de sûreté générale ;
Que , s' étant depuis reproduit à Rouen parmi les
réactionnaires les plus turbulents, il y fut arrêté avec le
fameux Maury, qui doit avoir été depuis jugé et exécuté
comme chef de brigands dans les départements de
l'Ardèche et du Gard ;
Que, détenu avec ce Maury dans les prisons de Rouen,
il est parvenu à s'en évader, et que, depuis ce temps, on
l'a vu plusieurs fois à Paris, où il se disait employé par le
gouvernement.
Je me fais délivrer une expédition des jugements qui
constatent les principaux faits que je viens de vous ex-
poser.
Dès qu'ils seront expédiés, j'aurai soin de vous les
faire parvenir.
Salut et respect.
Autographe. DuVAL i.
A. N. F7 6157.
[La lettre suivante, écrite par le prisonnier à son frère,
fut transmise par l'administration des prisons au ministre de
la police et ne dut pas parvenir au destinataire.]
I. Le même qui, le 3 novembre i:y8, succédera à Lecarlier comme mi-
nistre de la police générale.
236 COMMISSIONS MILITAIRES.
De la Force, 28 pluviôse.
Au citoyen Gérard, administrateur municipal, rue Sébastien,
pj^ès le Pont aux Choux, à Paris.
Vous êtes bien tranquille, Monsieur mon frère, pen-
dant que je suis incarcéré, maltraité et pris pour un
autre. Vous devez bien imaginer que, si je suis en prison,
ce ne peut être pour aucun fait déshonorant, j'en suis
incapable ; je suis pris pour Saint-Elme, qui, s'il n'est
pas mort, est en Amérique. Je suis pourtant pris pour
lui, selon mon mandat d'arrêt. Voilà l'agrément de la
ressemblance, mais pourquoi n'êtes-vous pas arrêté aussi,
car j'ai l'honneur de tous resembler, nous nous resem-
blons tous et c'est moi qui [suis] le Sozie de l'affaire ou
de la similitude.
Rendez-Yousdonc, aussitôt la présente reçue, au bureau
central, auprès des administrateurs et chez le ministre
de la police, et là, parlez en homme libre, réclamé-moi,
faites-moi rendre justice, et c'est le cas de le dire encore
une ibis, la liberté ou la mort, et j'espère bien que vos
écus ne doubleront pas cette fois-cy. En parlant argent,
je vous prie de m'en envoyer, parce que, dans l'endroit où
je suis, on paye l'air au poids de l'or.
Votre tout dévoué frère,
Prosper Gérard.
Autographe.
Ibid.
COMMISSIONS MILITAIRES. a'i^
§ 3.
Rouen, le 3"= jour de ventôse de Tan vi de la République.
Le commissaire du Directoire exécutif près le département
de la Seine-Inférieure an ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Vons m'avez chargé, par votre lettre du 7 pluviôse der-
nier, de vous transmettre tous les renseignements que je
pourrais me procurer sur les liaisons, les intrigues et les
menées du nommé Gérard Saint-Elme, fameux chef de
Chouans.
Je vous fais passer ci-jointes copies certifiées de toutes
les pièces qui se trouvent au greffe du tribunal criminel
du département concernant cet individu.
Je vous observe en outre, citoyen ministre, qu'il y a
d'autres pièces relatives au fait de son émigration qui ont
été envoyées, le 9 messidor an v, au tribunal criminel de
l'Eure, en vertu d'un jugement du tribunal de cassation
du 3 prairial même année. S'il {lire : II) s'y trouve prin-
cipalement copie de deux lettres de Gérard envoyées par
le ministre de la justice, le 2 prairial an iv, au commissaire
du Directoire près le tribunal criminel, et dont les ori-
ginaux sont dans le livre intitulé : Correspondance origi-
nale des émigrés. Le ministre de la justice pourrait,
citoyen ministre, ordonner que le tribunal criminel de
l'Eure vous fit la remise de ces différentes pièces, ou, du
moins, vous en adressât une expédition en forme.
Quant aux liaisons que Gérard avait à Rouen, la prin-
cipale, je crois, et la plus connue était celle qu'il a tou-
jours entretenue pendant le temps de son arrestation et de
ses voyages à Rouen avec la femme Aumont, dont le mari
238 COMMISSIONS MILITAIRES.
a été guillotiné à Paris, pour cause d'un rassemblement
contrerévolutionnaire qui avait eu lieu sur la place de la
Rougemard de cette commune, dans les premiers jours
de 1792, et dont ledit Aumont avait été le principal auteur.
C'est cette femme qui lui a fait passer, dans la maison
de justice de Rouen, pendant tout le temps de sa déten-
tion, tous les secours dont il pouvait avoir besoin.
L'histoire des intrigues de ce fameux chef de brigands
a fait la matière de la procédure qui a été instruite contre
lui, tant dans l'afTaire de Maury au tribunal criminel de
la Seine-Inférieure, que dans celle qui a eu lieu au tribu-
nal criminel de l'Eure, pour cause de chouannerie.
Voilà, citoyen ministre, tous les renseignements que je
puis vous transmettre sur ce dangereux individu, qui n'a
dû l'impunité dont il a joui jusqu'à ce jour qu'à l'influence
du royalisme et de l'aristocratie, toutes les fois qu'il a été
mis en jugement.
Salut et respect.
Autographe. DuVAL.
Ibid.
[Voici les pièces auxquelles Duval fait allusion :]
ANNEXES
Pièces relatives au sieur Gérard, se disant chevalier de Saint-Elme.
Sans date.
A Monseigneur le comte cVAiHois, frère du grand roi
de France.
Demande à servir dans l'armée du prince. « C'est pour te
servir de plastron, couvrir ton corps du sien, qu'il te de-
mande la grâce de venir servir auprès de toi. »
COMMISSIONS MILITAIRES. 289
« Si j'étais coupable i, comme mes ennemis m'en accusent,
je profiterais du pardon que le généreux et brave Brunswick
accorde aux coupables; mais je ne le suis pas, et j'ai tou-
jours mérité la confiance dont vous m'honoriez avant ma
disgrâce. »
Le chevalier de Saint-Elme.
A M. le chevalier de Malseigne, officier général français,
adjudant général de Monsieur, frère du Roi de France, dans
l'armée de S. A. S. le duc de Brunswick, à Trêves ou au
camp, timbrée Aix-la-Chapelle . Datée de Boscett, proche
Aix-la-Chapelle, le 20 août IJQS.
Mon général.
Je n'ai reçu votre lettre que le 20 du courant, je m'em-
presse d'y répondre. Oui, mon cher général, je suis toujours
digne de votre confiance et de votre amitié. Vous sauvez un
honnête homme et un brave homme qui ne demande qu'à
mourir pour le plus malheureux des Rois, mais qui veut
combattre, sous les yeux des princes, les scélérats rebelles.
Ne soyez pas embarrassé de moi. Partout où il y aura du
danger, c'est où je vous prie de m'envoyer.
Je n'ai plus qu'un cheval. J'ai été obligé de vendre les
autres pour pouvoir vivre ; on m'a volé. J'ai tout perdu ; mes
ennemis m'ont poursuivi partout, mais grâces à M. Edouard
Dillon, et à vous, mon général, je suis sauvé et je vais con-
fondre mes ennemis.
Ci est inclus une lettre pour Monseigneur le comte d'Artois
I. « Les ennemis du chevalier de Saint-EIme ont dénoncé qu'au commen-
cement de la Révolution il était démagogue; ils ont de plus ajouté d'in-
fâmes calomnies.... mais ils ont oublié de dire la manière dont il avait fait
son abjuration et ce qu'il a eu à souffrir de la part des rebelles qui l'ont
traîné dans les prisons, dans les cachots de l'Abbaye de Paris ; et enfin,
tous les dangers qu'il a courus en combattant tant de fois les ennemis du
Roi, ce qui est à la connaissance de tout Paris; et les différentes blessures
dont il est couvert sont autant de témoins de ce qu'il avance. (Cette note
est littéralement du sieur Saint-Elme.) Sic,
24o COMMISSIONS MILITAIRES.
que je vous supplie de remettre. Mon Dieu ! que je vous
aime ! que je vous respecte !
Le chevalier Gérard Saint-Elme.
J'attendrai vos derniers ordres à Trêves poste restante i.
§4-
6 germinal an VI : Lettre du ministre de la justice,
Lambrechts, au ministre de la police, pour lui communi-
quer des renseignements (ils font double emploi avec ceux
de Duval). Il constate le double délit d'émigration et de
port d'armes prohibées contre la république, et conclut à
ce que Gérard soit traduit devant la commission militaire.
Original.
A. N. F: 6157.
Au quartier général à Paris, le 29 messidor an vi.
Moulin, général de division, commandant de la ly^ division
militaire, au ministre de la police.
J'ai reçu quelques avis, citoyen ministre, sur les pro-
jets médités de faire évader de la Force le nommé Saint-
Elme, prévenu d'émigration. Je pense qu'il serait plus en
sûreté, s'il était détenu soit dans la prison du Temple
ou celle de l'Abbaye. En conséquence, je vous invite à
vouloir bien ordonner son transfèrement à l'une de ces
maisons d'arrêt, et, si vous vous y décidez, je vous prie
de me le faire savoir : j'y ferai mettre une force suffisante.
Salut et fraternité.
Original. MoULIN.
Ibid.
1. Correspondance originale des émigrés ou les Emigrés peints par eux-
mêmes. — Paris, 1793. i« partie, p. 267-270.
COMMISSIONS MILITAIRES. ti/\l
En mai'ge : Ordonner au bureau central de faire opé-
rer le transfèrement. Donner avis au général Moulin.
[Suivent deux lettres conformes, en date du 2 thermidor.]
Bureau des prisons Paris, le 11 thermidor an vi.
Bureau central du canton de Paris au ministre de la police
générale.
Citoyen ministre,
Nous vous informons qu'au désir de votre lettre du 2
de ce mois, toutes les mesures ont été prises pour la trans-
lation du nommé Saint-Ehne dit Gérard, prévenu d'émi-
gration, de la maison d'arrêt de la grande Force à celle
du Temple.
Salut et respect.
Original. GOUSIN.
Ihid.
5.
17* Division militaire Au quartier général à Paris, le i3 thermidor
— de l'an vi de la République.
Moulin, général commandant en chef la i y^ division militaire^
au ministre de la police générale de la République.
J'ai l'honneur, citoyen ministre, de vous prévenir que
la commission militaire a été convoquée pour aujourd'hui
à l'effet de juger définitivement le nommé Prosperd {sic)
Gérard dit Saint-Elme, prévenu d'émigration. Son juge-
ment sera prononcé demain.
Salut et fraternité.
Original. MoULIN.
Ihid.
18 FRUCTIDOR. 16
2^2 COMMISSIONS MILITAIRES.
17 thermidor.
Gérard Saint-Elme, royaliste forcené, qui, dans les pre-
miers temps de la Révolution, tua Bezancourt, aide de
camp du général La Fayette, a été condamné hier à être
fusillé, pour fait d'émigration.
Moniteur du 19 thermidor an vi. Paris, 18 tliermidor t.
XV.
Comte de Rochecot
20 thermidor an vi — 7 août 1798.
[Fortuné Guy on, comte de Rochecot, né en 1769 au château
de Rochecot, à deux lieues de Langeais (Indre-et-Loire), an-
cien officier au régiment du Roi-infanterie. Il émigra de bonne
heure et se distingua dans les premières campagnes de l'ar-
mée de Condé. En 1796, il fut chargé de commander une divi-
sion composée de gens du Maine, du Perche et du pays Char-
train. Dans ses déclarations, Duverne-Dupresle ou Dunant
écrivait de lui : « C'est un jeune homme très actif, très intel-
ligent. Son organisation militaire n'est que de quelques cents
hommes, mais uniquement parce qu'il n'a pas eu assez d'ar-
gent pour s'en attacher davantage. Il nous assurait que, dans
sa patrie, tout le monde passait au-dessus de l'Institut phi-
lanthropique et voulait être de celui des fidèles 2. »
C'est,, d'après Beauchamp, à Rochecot et à ses amis que
Sidney Smith dut son évasion de la prison du Temple. Dé-
noncé par un des siens, il fut arrêté le 29 juin 1798, au bas
1. D'après la lettre de Moulin, il semblerait que Gérard aurait été tra-
duit le 14 thermidor devant la Commission militaire ; d'après le Moniteur,
son jugement serait du l'j thermidor. Il est possible que la Commission
ait ajourné la sentence pour s'éclairer sur l'identité du prévenu. Le texte
du jugement fait défaut.
2. Déclaration du 11 ventôse an v. — Moniteur, réimpression, t. XXVIII,
p. 3o5,
COMMISSIONS MILITAIRES. ^43
du Pont-Royal, tua ou blessa plusieurs des agents et fut
lui-même grièvement blessé. Conduit à l'Abbaye, il déclara
se nommer Ulric Néméré, natif du Puy-de-Dôme ; mais on
arriva à établir son identité. Le jour de son jugement, une
nombreuse escorte de cavalerie accompagna sa voiture de
l'Abbaye à l'Hôtel de ville, où siégeait la commission mili-
taire; à son arrivée, une double haie de soldats borda
le chemin qu'il devait suivre à pied jusqu'à la salle où
étaient les juges, tant on craignait une tentative de ses
amis pour le délivrer ! — « Là, raconte Alphonse de Beau-
champ, il persiste encore à dire qu'il est Ulric Néméré, du
département du Puy-de-Dôme; il répond négativement à
d'autres questions et entend presque aussitôt prononcer son
arrêt de mort. Voyant alors qu'il ne lui reste aucun espoir et
qu'il faut se résigner à mourir, il demande un confesseur :
on lui répond par une indécente plaisanterie. Une voiture
l'attendait : il y monte avec un sang-froid, une tranquillité
d'âme, un mépris de la mort dont tous les soldats qui l'en-
touraient sont frappés. La même escorte le conduit au
Champ de Mars : c'était le lieu de son supplice. A peine a-t-il
mis pied à terre qu'une grêle de balles le renverse sans vie,
comme si, aux portes de la capitale, au milieu de tant de
troupes qui répondaient de lui, on eût encore redouté l'au-
dace de Rochecot et le dévouement de ses officiers i. »
Quelques auteurs semblent croire que Rochecot aurait été
jugé et fusillé en juin 1798, c'est-à-dire immédiatement après
son arrestation, qui eut lieu le 29. A défaut du texte officiel
du jugement, nous reproduisons deux extraits du Moniteur,
d'où il résulte que Rochecot fut condamné et fusillé le 20 ther-
midor, c'est-à-dire le 7 août 1798. D'après Bernard de la Fré-
geolière, p. 128, cité par M. de la Sicotière, t. Il, p. 770, la tête
de Rochecot aurait été payée 5o,ooo francs aux époux Richard,
ses amis et ses confidents. Le commandant de Paris, Verdière,
aux soins de qui on devait son arrestation, fut promu au
I. Mémoires du comte Fortuné Guy on de Rochecotte, rédigés par Beau-
champ, sur ses notes et sur les papiers de ses principaux officiers ; 1819,
in-8, p. 227. M. Léon de la Sicotière, Louis de Frotté, etc., t. I, p. 434-436, re-
produit une longue et intéressante lettre de Rochecot à Frotté ; il établit,
d'après cet autographe, qu'il faut écrire Rochecot et non Rochecotte.
244 COMMISSIONS MILITAIRES.
grade de général de division. {Moniteur du 23 messidor.) Il
n'a pas été trouvé aux Archives nationales de pièces relatives
à Rochecot.]
On vient d'arrêter les principaux agents de l'émigré
Rochecotte, au nombre de quatre. Ils avaient lait un dé-
pôt de 7,200 francs chez le notaire Jalabert, pour payer
l'évasion du fameux comte de Rochecotte (sic).... Cette
arrestation a eu lieu le 212 messidor.
Moniteur du 3 thermidor an vi.
Le ci-devant comte de Rochecotte est devant la com-
mission militaire de Paris. De cinq témoins appelés de
l'Ouest, un seul a déclaré le reconnaître : les autres ont
dit qu'ils ne l'avaient jamais vu.
Moniteur du 21 thermidor an vi.
Le ci-devant comte de Rochecotte a été condamné et
fusillé hier (20). Il n'a jamais voulu dire ni son véritable
nom ni le lieu de sa naissance.
Moniteur à\x 22 thermidor; de Paris, du 21.
JUGEMENT ï.
Attendu qu'il est constant que le nommé Gnyot (sic) de
Rochecote a émigré ; qu'il a porté les armes après la
pacification de la Vendée ; qu'il a assassiné le citoyen
David, officier de paix, et cinq autres personnes, le
1 1 thermidor dernier ;
La commission condamne à la peine de mort Guyot de
I. Le journal auquel nous l'empruntons donne le sens plutôt que le
texte exact du jugement.
COMMISSIONS MILITAIRES. ^45
Rochecote, se disant Louis-Ulric Namerey (sic), en vertu
de la loi du 19 fructidor an v, portant que tout individu
inscrit sur la liste des émigrés qui, passé quinze jours
après la publication de cette loi, serait pris sur le terri-
toire de la République, sera traduit devant une com-
mission militaire, et jugé dans les vingt-quatre heures.
Le Républicain du Nord, numéro du 28 thermidor an vi, p. 4.
XVI.
J.-B. Lecoq aine
2 fructidor an vi — 19 août 1798.
Paris, 18 pluviôse an 6«.
Le ministre de la police au commissaire du pouvoir exécutif
près le départem,ent de la Côte-d'Or.
Le nommé Lecoq fils aîné, émigré de Dijon, est re-
tiré, à ce que l'on m'assure, à Genlis, près Dijon, dans
une ferme, et va souvent à la chasse, déguisé en paysan.
Faites de cet avis, citoyen, l'usage le plus prompt; pre-
nez, avec les précautions nécessaires pour le vérifier, les
mesures convenables pour l'arrestation de l'individu si-
gnalé, envers qui la loi du 19 fructidor vous prescrit la
marche ultérieure que vous avez à suivre, et rendez-moi
compte du résultat de vos opérations.
Salut et fraternité.
Minute.
A. N. F3 6i5o. N" 727.
« J.-B. Lecoq aîné, de Dijon, fusillé à Paris pour cause
d'émigration. A pris la qualité de négociant et soutenu
jusqu'au dernier moment le caractère de fermeté ou d'audace
246
COMMISSIONS MILITAIRES.
qu'on lui connut ici [à Dijon] ; se fit gloire d'avoir servi les
royalistes dans le Midi et n'a manifesté qu'un seul regret,
celui de s'être laissé prendre. »
Journal de la Côte-d'or, fructidor an vi i .
[Par une lettre de brumaire an vu, le ministre demande au
même commissaire le résultat des mesures qu'il a dû prendre.
Mais la lettre est bâtonnée, et on lit en marge : Il a été fusillé
à Paris.]
A. N. Fj 6i5o.
XVII.
* Marquis Jules-Éléonore Beauxoncles
6 fructidor an vi — 23 août 1798.
« Le ci-devant marquis Jules-Éléonore Beauxoncles, âgé de
trente-huit ans, natif de Vieuxvigne (Loir-et-Cher), avait été
arrêté, à l'époque du 26 pluviôse dernier, dans la principauté
de Lembach, occupée alors par les armées françaises. Il avait
depuis été envoyé à Paris pour être jugé sur le fait d'émi-
gration. La commission, par jugement de ce jour, considérant
que cet individu a vraiment émigré, mais qu'il n'a point
contrevenu à la loi du 19 fructidor, puisqu'il n'a pas été saisi
sur le territoire de la Bépublique, l'a unanimement condamné
au bannissement. »
Moniteur du 7 fructidor an vi ; Paris, le 6 fructidor 2 .
1. Je n'avais trouvé ce nom ni au Moniteur ni aux Archives nationales ;
c'est M. Jules dWrbaumont, membre de l'Académie de Dijon, l'éditeur,
avec M. Henri Beaune, d'une grande publication sur les Universités de
Franche-Comté qu'a couronnée l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
qui, en compulsant à mon intention le Journal de la Côte-d'Or, y a ren-
contré le jugement de J.-B. Lecoq aîné. J'aurai encore (infra, commission
militaire de Dijon) à signaler le très utile concours qu'a bien voulu me
donner M. J. d'Arbaumont et dont je me plais, dès maintenant, à le re-
mercier ici,
2. Au ilfon/f^n?' du 9 fructidor an VI, nous lisons la précieuse note sui-
vante : « On a répandu le bruit que la Commission militaire de Paris
COMMISSIONS MILITAIRES. 247
XVIII.
* Durand, dit Lamotte (Etienne-César)
i6 fructidor an vi — 2 septembre 1798.
« .... Agé de soixante-quatre ans, natif de Draguignan
(Var), ci-devant capitaine de gendarmerie à la résidence de
Toulon, a été condamné le 16 fructidor au bannissement. La
commission, considérant les infirmités et l'état de décrépitude
de l'accusé, et le croyant dans le cas de l'article 19 de la loi
du 19 fructidor, lui a appliqué la peine portée dans cet article
contre les émigrés détenus. »
Moniteur du 18 fructidor an vi.
XIX.
Frérot {de Lan grès)
6 niA^ôse an vu — 26 décembre 1798.
« C'était un garçon d'environ vingt-quatre ans, rempli de
probité et de douceur ; il était employé dans une administra-
tion militaire à Lille, quand on l'y arrêta pour l'amener au
avait condamné à mort deux cents individus qu'elle avait fait exécuter
pendant la nuit. Le secrétaire de la Commission vient de répondre à ce
bruit en publiant Télat des jugements qu'elle a rendus depuis la loi du
19 fructidor dernier qui l'a établie. Il résulte do cet état que la Commis-
sion a condamné à la peine de mort douze individus; un à la déportation;
qu'elle en a acquitté cinq ; renvoyé un au Directoire exécutif et un autre
à l'Administration centrale de son département. » — Cet état, nous ne
l'avons pas; mais, si le lecteur veut bien récapituler ce qui précède, il cons-
tatera que, comme la note officielle, nous avons relevé et cité à cette date
douze condamnations à mort; sur les huit autres décisions, il en est trois
dont nous ne faisons pas mention, mais qui se rapportent peut-être à
quelques-uns des noms que nous citons plus loin en appendice (infra,
p. 258), sans pouvoir, faute de documents précis, attribuer une date aux
jugements qui les concernent.
248 COMMISSIONS MILITAIRES.
Temple ; son inscription sur la fatale liste n'était pas légale
par le défaut des prénoms. Il fut cependant sacrifié par juge-
ment de la commission militaire le 6 nivôse an vu, et reçut la
mort avec une fermeté héroïque. »
Mémoire sur ma détention au Temple, par P.-Fr. de Rémusat^ p. 276.
ANNEXE
[Je transcris textuellement la note ci-dessous : elle est sans
date, mais on peut la placer après le 25 brumaire an vu,
d'après l'annotation des bureaux pour Badouville.]
— Badouville, ex-adjudant général de Pichegru, dési-
gné dans les papiers trouvés dans le chariot de Klinglin
sous le nom de Coco.
En note : Le bureau premier a la majeure partie de
cette affaire. — D'une autre main : Il a tout du [à partir
du] 24 brumaire an vu.
En marge : Faire inscrire Badouville dans son dépar-
tement. Signé : D. [Duval].
— Pilliot, soi-disant comte de Goligny. Émigré.
En marge : Ordonner sa traduction devant la commis-
sion militaire. Signé : D. [Duval]. — En regard, d'une
autre main : Fait.
— Vaillant, dit Florival, émigré, nanti d'un faux certi-
ficat de résidence.
En marge : Ordre de le traduire devant la commission
militaire. Signé : D. [Duval]. En regard, d'une autre
main : Fait.
— Gillet de la Renomière. Idem (sic).
En marge : Ordre de le traduire devant la commission
militaire. Signé : D. [Duval]. — En regard, d'une autre
main : Fait.
a. N. F-j 5748.
COMMISSIONS MILITAIRES. , 249
[Badouville ne fut que détenu ; on verra (XX et XXIII) ce
qu'il advint de Pilliot de Coligny et de Vaillant dit Florival.
Gilet de la Renomière fut détenu au Temple ; il résulterait
de certains documents qu'il n'avait pas émigré, mais qu'il
avait seulement quitté pour une ville voisine celle qu'il avait
précédemment habitée : de là son inscription sur la liste des
émigrés. Hue (Mémoires, p. 190, en note) dit de lui : « Je dois
à la mémoire de M. Gilet de la Renomière, chevalier de Saint-
Louis et premier lieutenant des chasses de la capitainerie de
Fontainebleau, un hommage que je m'empresse de lui rendre.
Il montra constamment, dans le cours de la Révolution, le
plus grand zèle pour le service du Roi. »J
XX.
Pilliot, comte de Coligny
26 nivôse an vu — ï5 janvier 1799.
26 ventôse an VI. — Par pétition à cette date, Pilliot-Co-
ligny (Marie-Charles-Ignace) demande sa radiation de la
liste des émigrés, où il est inscrit du 10 janvier 1793. Il est
étranger, possessionnaire en France, non émigré ; ses biens
ont été séquestrés jusqu'à la paix seulement. La réclamation
est présentée par Piat, homme de loi.
Il fut arrêté le i3 vendémiaire an vu — 4 octobre 1798,
jjar l'ordre du général Verdière, commandant la place de
Paris.
§ i^^.
Rapport au ministre de la police.
Citoyen ministre, vous demandez les motifs de l'arres-
tation de Coligny. Cet homme (soi-disant comte) a été ar-
rêté comme émigré par la police militaire, amené au mi-
nistère le 14 vendémiaire dernier (an vu), et interrogé
25o COMMISSIONS MILITAIRES.
le i5. Il me paraît constant qu'il est émigré. Il y a lieu de
l'envoyer à la commission militaire.
On lit au-dessous :
Approuvé : Duval.
Minute sans date.
2 0 brumaire an VII. — A la suite de l'interrogatoire,
le juge de paix ordonne la traduction de Pilliot devant la
commission militaire.
25 brumaire an vu.
Le ministre de la police au général commandant en chef la
ly^ division militaire à Paris.
Vous trouverez ci-joint, citoyen général, un paquet à
l'adresse du président de la commission militaire.
Ce paquet contient les pièces du nommé Pilliot, cy-de-
vant comte de Coligny, émigré et rentré.
Je vous prie de convoquer sans délai la commission, de
lui remettre le paquet et de m'en accuser réception.
Salut et fraternité.
26 brumaire.
Du même au même.
[Envoie les pièces du dossier.]
Vous voudrez bien vous occuper sans délai de cette
affaire.
Salut et fraternité.
II nivôse an VIT. — Du ministre de la justice Lambrechts
à Vivenot, rapporteur près la commission militaire. — Con-
COMMISSIONS MILITAIRES. 25l
suite par Vivenot, il répond que l'inscription de Pilliot sur
la liste des émigrés suffît pour le rendre passible de la loi ;
mais que, Pilliot se disant étranger, il y aurait lieu d'écrire
au ministre de la police générale, qui en référerait au Direc-
toire.
2.
i6 nivôse. — De Vivenot an ininistre de la police générale.
— Il insiste sur les raisons de culpabilité. Cependant, d'après
l'avis du ministre de la justice, « je vous prie, citoyen, de me
faire savoir si votre intention est que la commission passe
outre, ou si vous vous en référerez au gouvernement, dont elle
attendra la décision. »
Le 19 nivôse.
Le ministre de la police générale au citoyen Vivenot,
J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 16 de ce mois, relative
au nommé Marie-Gharles-Ignace Pilliot-Goligny, prévenu
d'émigration, et inscrit sur la liste des émigrés, qui pré-
tend avoir droit à l'exception de naturalisation en pays
étranger.
Je vous objecte que cette excuse est un moyen banal
employé par les prévenus de ce genre pour se soustraire
à la loi ;
Qu'elle doit être rejetée avec d'autant plus de raison
que plusieurs témoins ont reconnu cet individu, ont at-
testé qu'il était en France, à l'époque où il annonce s'être
fait naturaliser dans les Etats du prince de Virtem-
berg {sic), et qu'en 1792, il fut poursuivi dans la commune
de Romainville, comme faux monnayeur.
252 COMMISSIONS MILITAIRES.
21 nivôse. — Réclamation d'Abel, ministre de Wur-
temberg, adressée an ministre des relations extérieures ;
il le prie de a ouloir bien mettre cette réclamation sous
les yeux du Directoire exécutif, « dont l'humanité lui fera
trouver doux d'être autorisé par la loi à soustraire un
malheureux à la mort. »
2 2 nivôse. — Lettre de Talleyrand, ministre des rela-
tions extérieures, invitant le ministre de la police à sur-
seoir à la procédure et au jugement de la commission mi-
litaire. — Il envoie pareille lettre au ministre de la jus-
tice.
24 nivôse. — De Vivenot au ministre de la police géné-
rale. — [Combat les prétentions de Pilliot, déclare que
l'acte de naturalité est antidaté ; qu'il a été obtenu par ar-
gent, etc.] « Telles sont, citoyen ministre, les questions
dont je vous demandais la solution.
« Je sais que l'intrigue s'agite pour soustraire à la justice
cet homme dont l'immoralité est constante. Il est parvenu
à intéresser la sensibilité de différentes personnes, en
leur débitant les fables les plus ridicules (il se prétend
parent de l'Empereur de Russie); son vrai nom est
Pilliot. Celui de Coligny qu'il porte lui vient parce qu'il
avait la terre de ce nom que son père avait achetée, mais
il n'est pas de la famille Goligny.
« Salut et respect.
« Vivenot. »
Même jour. — Du ministre de la police à Vivenot. [Il
COMMISSIONS MILITAIRES. 253
lui demande le dossier, pour le communiquer au Di-
rectoire.]
2 5 nwôse. — Du même ainninistre des relations exté-
rieures. — [11 lui renvoie les titres et le diplôme du
nommé Pilliot de Goligny :] « Je vous préviens que le
Directoire exécutif n'a pas cru devoir adopter la récla-
mation de M. Abel en faveur de ce prévenu. »
25 nivôse. — Du même à Vivenot. — « Je vous renvoie
ci-joint, citoyen, les pièces de la procédure du nommé
Pilliot de Goligny, que vous m'avez transmises hier.
« Il résulte de la conférence que j'ai eue sur cet objet
avec le Directoire exécutif, en présence du citoyen Abel,
ministre plénipotentiaire du duc de Wurtemberg à Paris,
qu'il n'y a pas lieu à surseoir à l'instruction de l'affaire
de ce prévenu.
« Veuillez, en conséquence, lareprendre et regarder mon
invitation de surseoir comme non avenue. Au surplus,
je vous répète, avec le ministre de la justice, que l'ar-
ticle i6 de la loi du 19 fructidor de l'an v a statué la peine
de mort contre tout individu inscrit sur la liste des
émigrés et non rayé définitivement, qui sera arrêté sur le
territoire de la République, après les délais prescrits par
l'article i5. Le prévenu se trouvant dans le cas prévu par
la loi, il ne vous reste plus qu'à constater l'identité de sa
personne et à la faire exécuter.
« Salut et fraternité.
« Du VAL. »
254 COMMISSIONS MILITAIRES.
LIBERTÉ ÉGALITÉ
COMMISSION MILITAIRE DE LA ij« DIVISION MILITAIRE
Paris, le 26 nivôse an vii« de la République française,
une et indivisible.
Au ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Je vous préviens que Goligny vient d'être jugé et con-
damné à l'unanimité à la peine de mort. Il était temps
de terminer une intrigue qui dure depuis si longtemps
pour sauver un coupable.
Salut et respect.
ViVENOT,
Rapporteur de la commission militaire
séante à Paris.
A. N. F7 6184.
ANNEXES
Acte de décès
Mairie de Vaugirard, arrondissement communal de Sceaux,
département de la Seine.
Extrait des registres des actes de décès de la commune de Vaugirard, pour
Van sept de la République.
Le 27 nivôse an vu, a été constaté le décès du même
jour de Mairie- Charles-Ignace Pilliot de Colignjr, âgé
de trente-sept ans, né à Marno (Marnoz), département du
Jura.
En présence de Jean-Jacques Gauda et de Charles-
François Petel, demeurant tous deux à Vaugirard.
Gollationné et délivré pour extrait par moi, Jean-
COMMISSIONS MILITAIRES. q55
Baptiste Dunepart, maire de la commune de Vaugirard,
le vingt-neuf germinal an onze.
Dunepart, maii^e.
Vu pour légalisation, etc.
NOTE POUR LES JOURNAUX
[On trouve au dossier la note ci-dessous, d'une ironie peu
séante; elle est de l'écriture du ministre de la police, Duval,
et fut reproduite presque textuellement au Moniteur du
29 nivôse an vu — 18 janvier 1799.]
Le nommé Pilliot de Goligni, convaincu d'émigration
et d'avoir enfreint les dispositions de la loi du 19 fructidor
an V, vient d'être condamné à mort par la commission
militaire de la 17^ division à Paris.
Cet individu se disait comte d'Empire.
Il était né en France ; il y avait été domicilié avant et
depuis la Révolution.
M. le comte s'amusait en l'an iv à fabriquer de la
fausse monnaie d'or et des assignats dans le dernier do-
micile qu'il occupait à Romainville, près de Paris.
Le Comité de sûreté générale, lui ayant contesté le
droit de battre monnaie qu'il voulait s'attribuer, décerna
contre lui un mandat d'arrêt.
On ne trouva chez lui que les balanciers et les poinçons.
M. le comte, dégoûté du métier de faux monnayeur,
y renonça pour jouer le rôle d'espion, qu'il a rempli cons-
tamment en Allemagne, en Suisse, en Italie et en France,
jusqu'à l'instant où il a été arrêté à Paris dans le cours
de ses nobles exploits ^
I. Sous le Consulat, la veuve de Pilliot de Goligny, Mathurine- Antoinette
Fournier Frey, née à Toulouse, demeurant à Paris, rue de l'Echiquier, aS,
256 COMMISSIONS MILITAIRES.
XXI.
* Gabriel Branzon
19 pluviôse an vu — 7 février 1799.
[Le Moniteur du 25 messidor an vi — i3 juillet 1798
annonce l'arrestation à Paris du nommé Alexandre-Alexis
de Laroque-Brussanne (sic, infra, XXII), département du Var,
émigré qui a méconnu la loi du 19 fructidor, et de Branzon,
«fournisseur des Anglais, quand ils étaient à Toulon. »
19 pluviôse an vu, jugement de la commission militaire de
Paris qui acquitte Branzon, comme ayant justifié de sa rési-
dence non interrompue sur le territoire français, à l'exception
du temps qu'il a passé en Italie, en qualité d'agent des repré-
sentants en mission.
24 floréal an vu. L'administration de la Charente-Inférieure i
déclare que la commission militaire a excédé ses pouvoirs, en
s'immisçant dans un examen délégué exclusivement à l'auto-
rité administrative, et « ordonne que sans avoir égard au juge-
ment du 19 pluviôse, le nommé Branzon continuera d'être
considéré comme émigré. »
4 prairial an vu. Déclaration conforme du Directoire, sur
avis du ministre de la justice.
Par arrêté du 18 prairial, le Directoire ordonna l'inscription
tutrice de Marie-Gharlotte-Eléonore-Adèle, sa fille, réclama la radiation de
Pilliot de Goligny. Dans une note du préfet de l'Ain (23 ventôse an ix), on
lit que Pilliot de Goligny avait vendu ses biens de l'Ain à un sieur Bus-
seuil; que, propriétaire à Marnoz, canton de Salins, il y avait demeuré de
i;;90 à i;;92 ; qu'il avait été inscrit sur la liste des émigrés le 29 septem-
bre 1792 et qu'on ne l'avait pas revu. Le préfet ajoute : « Ayant continué à
habiter la France, il pouvait être considéré comme émigré et condamné
comme tel. » Un arrêté des Consuls du 8 thermidor an x donna satisfac-
tion à la pétitionnaire. — A. N. Fj 6184 et 5^93.
I. C'est la seule fois qu'à notre connaissance, dans l'état actuel de nos
documents, un jugement de la commission militaire de Paris ait été
annulé pour excès de pouvoirs ; nous en trouverons, au contraire, plu-
sieurs exemples dans les commissions militaires des départements, spé-
cialement à Marseille, Montpellier, Nimes et Toulon.
I
COMMISSIONS MILITAIRES. 267
(lu nom de Branzon lils, Gabriel-Louis, sur la liste générale
des émigrés.]
A. N. F7 4374.
XXII.
Alexandre Alexis
2 ventôse an vu. — 20 février 1799.
[Alexandre Alexis, de Roquebrussane (Var), avait été arrêté
le 25 messidor an vi — i3 juillet 1798. — « Après avoir été
détenu sept ou huit mois au Temple, il avait été transféré à
lAbbaye le 3o nivôse an vu — 19 janvier 1799; cet infortuné,
père de plusieurs enfants, quoique jeune encore, se croyait
à l'abri de toute recherche et de tout danger, par la raison
que l'administration centrale de son département l'avait
déclaré rayé définitivement de la fatale liste, en vertu d'une
loi dont elle lui avait fait l'application. Cependant la commis-
sion militaire le condamna à périr, ce qui fut exécuté le 3 ven-
tôse suivant ; il paraît qu'Alexis fut sacrifié à la haine que lui
portaient deux députés de son département qui l'avaient dé-
noncé. Il entendit la lecture de son arrêté de mort avec le
plus grand sang-froid; l'instant d'après, il se lit donner une
plume et du papier, et traça l'écrit suivant. {Suit une lettre de
pardon aux citoyens M. et G., députés du Var, dont les curieux
retrouveront facilement les noms.\
Mémoires sur ma détention au Temple, par P. Fr. de Rémusat, p. 281.
XXIII.
Vaillant de Floiuval (Pierre-Louis)
9 floréal an vu. — 28 avril 1799.
« Pierre-Louis Vaillant de Florival, père de famille et chef
d'une manufacture de verrerie, fut arrêté sans motif connu à
Paris et conduit au Temple. 11 y demeura en détention huit ou
dix mois, pendant lesquels sa femme, jeune, intéressante et
très avancée dans sa grossesse, ne cessa de courir chez le
18 FRUCTIDOR. 17
258 COMMISSIONS MILITAIRES.
ministre et tous ses alentours pour implorer leur justice et
leur pitié. Tout fut inutile. Vaillant n'était inscrit sur aucune
liste d'émigrés; mais le gouvernement décida qu'il y serait
inscrit (après huit mois de détention !), et qu'ensuite, comme
inscrit, il serait fusillé. En effet, vers la fin de germinal
an VII, cet infortune fut transféré à l'Abbaye et n'en sortit le
9 floréal suivant que pour aller subir la mort. Il fut impossible
de retenir sa malheureuse femme; elle suivit la victime et les
bourreaux jusqu'au lieu du supplice : ses cris, ses impré-
cations et sa douleur causèrent une scène si terrible et si
déchirante, qu'aucun récit ne peut l'exprimer. »
IbicL, p. 289.
APPENDICE
Le 22 floréal an vu — 11 mai 1799, le secrétaire géné-
ral de la commission militaire de Paris, Royer, renvoyait
au ministre de la police huit dossiers que lui avait remis
Vivenot, capitaine rapporteur. En voici la liste :
1° Rémusat (s ??/)/'«, IX);
2° Femmes Matrot, Lécluse, Fitzherbert, Louvard,
Bernard, Ganning, acquittées. Le jugement avait été
cassé pour incompétence par le tribunal de cassation ;
3*^ Jean Pihorelle, renvoyé au Directoire exécutif
comme ouvrier ^ ;
4*^ Mouret, renvoyé au ministre de la police ;
5° Victor Picard, renvoyé au ministre de la police ;
6° Barthélémy Duchamp, ou Jean- Jean Bailly, renvoyé
par-devant l'administration centrale du département de
la Haute-Saône ;
7° Becdelièvre, renvoyé au ministre de la police ;
8° Tribaudeau, renvoyé au Directoire exécutif comme
ouvrier.
A. N. Fj, 6201.
I. Loi du 22 nivôse an m.
COMMISSIONS MILITAIRES
DEUXIEME PARTIE
DÉPARTEMENTS
AVIGNON
i" Rey
2° Un autre Émigré (?)
3° DUPRAT
28 brumaire et 6 frimaire an vi — 18 et 25 novembre 1798.
« La cominissioii militaire [d'Avignon] a commencé
depuis quelques jours ses opérations. Elle condamna, le
28 du mois dernier (brumaire), à la peine de mort un
nommé Rey. Depuis, un autre émigré a été condamné à
la même peine, et une femme à la déportation. Hier
(4 frimaire), le sieur Duprat a été aussi condamné à mort
pour cette cause. »
Le Rapporteur (journal édité à Bruxelles), numéro du 29 frimaire; lettre
d'Avignon, du 5 frimaire an vi 1 .
I. M. Duhamel, archiviste de Vaucluse, a bien voulu, sur ma demande,
rechercher ces jugements dans le dépôt dont il a la garde ; mais il n'a
rien trouvé. (Lettre du 20 avril 1893.)
lôo COMMISSIONS MILITAIRES.
BESANÇON I
I.
* BuciiET FRÈRES, prêtves
[i° Jean- Antoine-Emmanuel, curé de Saulx (Haute-Saône) ;
2° Antoine-Léopold, curé de Breurey (id.) : déférés par arrêté
de l'administration centrale de la Haute-Saône (i6 nivôse an vi
— 5 janvier 1798) à la commission militaire.
Elle ne les condamna qu'à la déportation.
L'un, Jean-Antoine-Emmanuel, fut déporté à l'île de Ré ;
l'autre, Antoine-Léopold, mourut en mer, le 27 août 1798, à
bord de la Bayonnaise, qui le transportait à la Guyane.]
A. N. F:j j357.
* ViÉNOT (Jean-François), prêtre
[Ex-curé d'Autet (Haute-Saône) ; déféré par arrêté de la
Haute-Saône, du 17 nivôse an vi — 6 janvier 1798, à la com-
mission militaire ; condamné à la déportation. Cependant on
I. La Commission militaire tenait ses séances à la maison commune.
(Jugement de Perrin, infra, p. 274-) Les exécutions avaient lieu en dehors
de la fortification, entre le Doubs et le rempart, du côté qui regarde Chau-
danne. Les condamnés venaient par la rue du Porteau, franchissaient vine
poterne pratiquée dans la muraille et fermée aujourd'hui, et, par un esca-
lier situé en dehors du rempart, descendaient sur un emplacement où
l'on voit aujourd'hui une plantation de peupliers. (Ces renseignements
m'ont été obligeamment fournis par M. Jules Gauthier, archiviste du
Doubs, qui les tient lui-même d'une personne de sa famille.) M. Jules Sau-
zay (Histoire de la persécution révolutionna ire dans le Doubs, t. IX, p. 348-
406), a donné, d'après les notices de Mgr de Chaffoy, les détails les plus
touchants sur les victimes de la Commission militaire de Besançon.
COMMISSIONS MILITAIRES. 261
ne rencontre son nom ni sur les listes de la Guyane, ni sur
celles de l'île de Ré ou de l'île d'Oléron i.]
II.
Patenaille, prêtre
19 frimaire an vi — 9 décembre 1797.
[Insermenté ; se retira à Soleure ; après thermidor, se fixa
à Arc-et-Senans, canton de Liesle ; après fructidor, se réfugia
dans une misérable baraque au-dessus des vignes de Fou-
cherans ; c'est là qu'on l'allait chercher la nuit pour l'exercice
de son ministère et qu'on lui portait à manger. Ces démar-
ches trop nombreuses trahirent sa retraite; il y fut arrêté, le
7 novembre 1797, par la gendarmerie d'Ornans.
Traduit dans la maison d'arrêt de Besançon, il fut reconnu
comme né à Echenoz (Haute-Saône) et ancien curé à Arlay
(Jura), et, en conséquence, renvoyé à Lons-le-Saunier ; mais
l'administration centrale du Jura l'ayant considéré comme
émigré rentré, le réexpédia à Besancon, où il comparut
devant la commission militaire.
Constatation faite de son identité et de sa prétendue émi-
gration, il fut condamné à être fusillé, et le fut en effet le
9 décembre 1797 2.]
1. Il faut ajouter à ces trois noms celui de Chavet (Joseph), prêtre à Or-
gelet (Jura), qui, d'après M. J. Sauzay (t. IX, p. 35o), fut condamné à la
déportation dans les mêmes conditions. Il revint de la Guyane sur V Alerte
(2O octobre 1801).
2. Je n'ai retrouvé ni aux Archives nationales, ni à celles du Doubs, les
pièces de la procédure suivie contre Patenaille.
262
COMMISSIONS MILITAIRES.
m.
Galmiche, prêtre
4 pluviôse an vi — 23 janvier 1798.
[Insermenté, ne à Villedieii-lez-Quenoche (Haute-Saône),
d'abord vicaire à Calmoutier (id.), puis curé à Dampierre-lez-
Montbozon (id.). Se retire en Suisse, à Eslavayer. Il rentre,
est arrêté après fructidor et transféré à Vesoul. Il comparut
le 24 novembre 1797 devant l'administration centrale de la
Haute-Saône, qui lui fit subir un long interrogatoire que nous
reproduisons intégralement.]
Extrait des minutes du département de la Haute-Saône.
L'an VI de la République française, une et indivisible,
le 4 frimaire.
Par devant F administration centrale du département
de la Haute-Saône et dans la salle ordinaire de ses séances,
a été amené par les citoyens Duguet, maréchal des logis,
et Carroz, brigadier de gendarmerie nationale stationné
à Vesoul, le nommé Galmiche, prêtre déporté et arrêté ce
présent jour, auquel nous avons demandé ses nom, pré-
noms, âge et détature (sic) ^
A répondu qu'il se nomme Claude-François Galmiche,
prêtre, ex-curé de Dampierre-lez-Montbozon.
D. A lui demandé depuis quel temps il est rentré sur
le territoire de la République. — A répondu qu'il y a
rentré depuis deux ans et demi 2.
1. Etat.
2. Aux formules : A lui demande et a répondu, nous substituons les abré-
viations D. et R. (Demande, Réponse),
COMMISSIONS MILITAIRES. 263
D. Quelles sont les communes qu'il a habitées depuis,
et quels sont les citoyens qui lui ont donné asile ? — R.
Qu'il a roulé (sic) les paroisses de Dampierre, de Sou-
tenoi, de Presle ; que Ignace Galmiche, son oncle, domici-
lié à Dampierre, lui ? donné plus ordinairement asile dans
cette commune ; mais qu'il refuse de désigner les noms
des citoyens des autres communes qui lui ont donné asile.
D. S'il a célébré son culte soit publiquement soit dans
les maisons particulières ? — R. Qu'il l'a célébré souvent
à Dampierre, dans l'église même, depuis sa rentrée en
France, dans les forêts, et jamais dans aucune maison
particulière ni de cette commune ni d'autre; il ajoute
cependant à l'instant qu'il ne se croit pas obligé de dé-
clarer où il a célébré et administré, parce qu'il ne veut
pas être délateur,
D. Pourquoi il est entré en France sans autorisation
légale ? — R. Que c'était pour administrer aux fidèles les
secours spirituels dont ils pouvaient avoir besoin.
Interpellé de déclarer quelle espèce de secours il leur
a administrés? — R.. A répondu qu'il a administré le bap-
tême, mariage, confession, pénitence, viatique, extrême-
onction.
D. S'il a réadministré les secours spirituels reçus anté-
rieurement de prêtres assermentés ou constitutionnels, et
s'il n'a pas engagé les chrétiens fidèles de la campagne à
regarder ces premiers secours comme des fautes graves
commises, en ce que les prêtres qui les avaient admi-
nistrés, quoique autorisés par les lois de la République,
n'avaient aucun pouvoir de le faire. — R. Que cette
question regardant le sceau de la confession, il n'avait
rien à répondre.
A lui observé que les dernières questions à lui faites
n'ont aucune analogie avec le secret ou sceau de la con-
26/1
COMMISSIONS MILITAIRES.
fession, puisqu'il n'y est aucunement question de décla-
ration à lui faite au tribunal secret de la confession; il
est de nouveau interpellé de donner des réponses catégo-
riques et précises aux faits qui émanent de lui indivi-
duellement, faits qu'il a pu exercer dans les différentes
parties du territoire, qu'il s'est permis de rôder (sic) contre
le prescrit des lois de son pays.
A déclaré qu'il ne veut attribuer aucune réponse à
l'interpellation à lui faite, parce que ces faits regardent
le secret naturel de la confession, que les lois naturelles,
divines et humaines lui défendent de violer.
Interpellé de déclarer pourquoi il n'a pas obéi à la loi
du 19 fructidor dernier, malgré qu'il n'a pu ignorer les
recherches qui ont été faites de sa personne depuis lors,
dans les communes où il trouvait asile. — R. Qu'ayant
appris qu'on ne souffrait point ses pareils dans les pays
étrangers, il a préféré rester dans ce pays-ci, et courir les
dangers auxquels il était exposé, pour enfin être aussi
malheureux dans son pays que dans les autres.
Interpellé de déclarer si, par ses discours faits en public
ou dans des sociétés particulières, il n'a pas cherché à
empêcher l'exécution des lois de la République ; s'il n'a
point provoqué l'établissement de la royauté ; s'il n'a pas
engagé les réquisitionnaires à ne pas continuer leur
service dans les armées de la République et s'il n'a pas
engagé leurs pères et mères à empêcher ceux qui étaient
rentrés dans leur foyers à [abandonner] leurs corps et à
user de leur autorité paternelle et maternelle pour enga-
ger ceux qui servaient activement dans lesdites armées à
quitter leur poste pour ne pas coopérer à la dévastation
impie que faisaient journellement les armées de la Répu-
blique, et contribuer au succès de ces armées, en ce qu'il
devait afïèrmir le gouvernement républicain. — R. Qu'il
COMMISSIONS MILITAIRES. 265
n'a jamais provoqué personne aux faits énoncés au précé-
dent article, ni en public ni en particulier.
D. Si, depuis sa rentrée, il a éprouvé quelque maladie
ou infirmité. — R. A répondu que non et qu'il en rend
grâces au Seigneur.
D. Si, pendant son long séjour en France, il n'a pas
conféré avec des prêtres déportés ou réfractaires sur les
moyens d'empêcher le peuple des campagnes d'obéir aux
lois du gouvernement actuel. — R. Que tant s'en faut;
qu'il a toujours engagé le peuple à obéir aux lois du
gouvernement, les invitant toujours de payer les contri-
butions, réquisitions et le reste.
D. Que sa réponse ne paraît pas conforme à la vérité,
puisque, de son propre aveu, il a trouvé asile pendant
deux ans et demi tant dans la commune de Dampicrre que
Soutenoi, Presle et autres, qu'il y a même célébré publi-
quement son culte et administré les sacrements, enfin que
tous ces faits étaient proscrits par les lois de la Républi-
que et qu'il n'a pu, pendant tout ce temps, commettre ces
contraventions qu'après avoir séduit et les fonctionnaires
publics et les particuliers, au point de les avoir souf-
ferts, sans avoir pris aucune mesure pour les réprimer,
et pour le faire arrêter lui-même et le livrer au bras ven-
geur de la loi ofi'ensée. — R. Que, malgré ces observations,
il a toujours trouvé asile dans ces communes, et qu'il n'a
engagé personne à ne pas se soumettre aux lois de la
République, ne prêchant partout que l'Évangile et la
doctrine de l'Eglise catholique, comme il l'a fait depuis
vingt-quatre ans qu'il est dans la paroisse de Dampierre.
D. S'il n'a pas regardé les autorités constituées de la
République comme illégitimes, et s'il n'a pas manifesté
cette opinion à ceux qu'il a fréquentés depuis sa rentrée
en France. — R. Qu'il n'avait jamais agité cette question
266 COMMISSIONS MILITAIRES.
dans aucune conversation et qu'il n'a point manifesté
cette opinion.
Interpellé de déclarer s'il a eu connaissance d'une
instruction pour Messieurs les missionnaires du diocèse
de Besançon, contenant vingt-trois chapitres, dont le pre-
mier est intitulé de la Foi, et le dernier, des prêtres qui
retiennent à résipiscence, dont un extrait lui a été commu-
niqué à l'instant. — R. Qu'il a ouï parler de cette ins-
truction pour se conformer aux rites de l'Église catho-
lique et qu'il a tâché de s'y conformer autant qu'il a pu.
Lui ayant représenté à l'instant trois lettres à l'adresse
du citoyen Enchot, dont l'une est recommandée à Ensoli,
à Dampierre, lettres qui ont été trouvées sur lui lors de
son arrestation, interpellé de déclarer si ce sont bien
celles trouvées sur lui. — R. Qu'il les reconnaissait pour
être les mêmes, et qu'il les a regardées comme venant de
ses supérieurs ecclésiastiques.
A l'instant ces lettres ont été paraphées et signées par
lui Galmiche et par le président de l'administration; enfin
le timbre sec, sous couleur noire, de l'administration, y a
été apposé ne varietiir.
D. Interpellé de déclarer de qui est la signature A
avec paraphe, qui se trouve au bas de chacune de ces
lettres ? — R. Qu'il ne sait ce que cela veut dire, et
qu'il n'a fait aucun usage de ces lettres.
Interpellé de désigner l'individu dont on a voulu parler
dans l'une de ces lettres par les lettres suivantes, écrites
en gros caractères : D. G. H. — R. Qu'il ne le peut, n'en
ayant aucune connaissance ; que les lettres lui ont été
remises de la main à la main par des étrangers qu'il ne
connaît pas ; qu'il était au milieu des champs, quand elles
lui ont été remises par une femme à lui inconnue.
A lui demandé d'indiquer le domicile d'un nommé
I
COMMISSIONS MILITAIRES. 267
Vaillaudet, dénommé dans ces lettres. — R. Qu'il ne
connaît ni ledit Vaillaudet, ni sa demeure.
D. S'il connaît Viennet et Thé venin dénommés dans
ces lettres, ainsi que leurs domiciles ? — R. Qu'il ne sait
de qui on a voulu parler.
S'il a approuvé des prêtres dans le département, et de qui
il en avait reçu le pouvoir? — R. Qu'il n'y en avait point
approuvé et qu'il n'avait point reçu de pouvoir à cet eflet.
S'il n'a pas parfois engagé et même décidé des prêtres
constitutionnels à rétracter leurs serments, notamment
Vasse, ex-curé de Quenoche? — R. Qu'il a eu des conver-
sations avec des prêtres constitutionnels sur les matières
catholiques de l'Eglise ; que quelques-uns d'eux ont eu
des peines et des doutes, et qu'il leur a dit de tranquil-
liser leur conscience et qu'ils feraient bien ; que, quanta
Yasse, il ne l'a pas vu depuis sa rentrée en France.
S'il a connaissance que les prêtres constitutionnels
avec lesquels il a conféré des matières de l'Eglise se sont
décidés à tranquilliser leur conscience? — R. Qu'il y en
a qui l'ont fait et d'autres qui ne l'ont pas fait.
Interpellé de désigner les noms de ceux qui l'ont fait ?
— R. A répondu que Daval, curé de Roche-sur-Linotte,
et Montagnon, curé de Villerspater, ont rétracté leurs
serments et qu'il n'en connaît pas d'autres de ceux avec
lesquels il a conféré, qui l'ayent rétracté.
Si, dans ses transports de commune à autre, il n'a pas
été accompagné de quelques citoyens pour lui servir de
sauvegarde ou de guide ? — R. Qu'il roulait jour et
nuit, aussi bien seul qu'avec quelqu'un, mais qu'il n'a pas
été accompagné dans ses courses.
A lui représenté instamment {sic ^) une lettre portant
1. A rinstant.
268
COMMISSIONS MILITAIRES.
l'adresse suivante : A monsieur, monsieur Galmiche,
curé de Dampierre, et interpellé de déclarer s'il la
reconnaît pour être celle qui a été trouvée sur lui lors de
son arrestation. — R. Qu'il la reconnaît pour être une des
quatre trouvées sur lui à cette époque.
Instamment, elle a été paraphée par lui et signée ainsi
que par le président de l'administration, et le ne çarietiir
y apposé et le même timbre sec.
Interpellé de déclarer le nom de l'auteur de cette
lettre, a répondu qu'il ne le connaît pas.
A l'instant encore et en la présence dudit Galmiche, le
procès-verbal de son arrestation a été paraphé par ledit
président et le même timbre sec apposé ne varietiir.
De suite, ledit Galmiclie, ayant été interpellé de dire
s'il avait d'autres déclarations à faire, a répondu que non.
Le présent procès-verbal a été fini et clos et signé par
ledit Galmiche sur les deux feuillets et par les adminis-
trateurs après lecture. Signé à la minute : Cl. -F. Gal-
miche, prêtre. Petitjean, Rochet, Drouhin, Dubuisson.
L'administration, considérant qu'il est important de
s'assurer de la personne dudit Galmiche comme prévenu
de plusieurs délits, afin d'assurer aussi l'action de la jus-
tice envers lui, arrête, le commissaire du Directoire en-
tendu, que ledit Galmiche sera provisoirement conduit
dans la maison de sûreté de la commune de Vesoul.
Fait en séance du département de la Haute-Saône, tenue
l'après-midi du 4 brumaire an vi de la République
française une et indivisible.
Signé : Petitjean, Dubuisson, Drouhin,
Rocket, président.
Pour extrait :
Yuillemot.
COMMISSIONS MILITAIRES. 269
2.
Extrait des registres du département de la Haute- Saône .
A la séance tenue par l'administration centrale du dé-
partement de la Haute-Saône, le dix-neuf frimaire an six
de la République française une et indivisible, à laquelle
ont assiste les citoyens Rochet, président, Dubuisson,
Drouhin et Petitjean, administrateurs;
Vu son arrêté du sept frimaire présent mois, le procès-
verbal d'arrestation de Claude-François Galmiche, prêtre
déporté, les quatre lettres trouvées sur lui, et le procès-
verbal de son audition rappelé dans cet arrêté ;
Vu l'instruction à Messieurs les missionnaires du
diocèse de Besançon, énoncée dans les réponses dudit
Galmiche ;
Vu un procès-verbal du treize frimaire, même mois,
contenant les renseignements pris sur la conduite dudit
Galmiche par le citoyen commissaire nommé à cet effet
par l'arrêté du sept frimaire précité ;
Vu enfin un autre procès-verbal du lendemain, des
déclarations faites devant le citoyen Rochet, président de
cette administration, sur la conduite du même prêtre ;
L'administration centrale, considérant qu'il résulte de
ces pièces et qu'il est de notoriété publique que ledit Gal-
miche, prêtre déporté, est rentré en France depuis en-
viron deux ans et demi, notamment dans le canton de
Montbozon; que, pendant tout ce temps, il a célébré son
culte tant dans les églises que maisons particulières et
même dans les bois; qu'il y a prêché des maximes
contre-révolutionnaires et qu'il a employé tous les
moyens de fanatiser et royaliser le peuple de la cam-
2^0 COMMISSIONS MILITAIRES.
pagne, de séduire et d'entraîner môme les prêtres ser-
mentés ;
Qu'il a entretenu à cet effet une correspondance suivie
tant avec les prêtres réfractaires et qui paraissent
résider hors du territoire de la République et être des
supérieurs ecclésiastiques, tel que Vaillaudet, dénommé
dans lesdites lettres ;
Que ledit Galmiclie est un agent très actif du fana-
tisme et du royalisme; qu'il a presque totalement cor-
rompu l'opinion publique des habitants du canton de
Montbozon et autres environnants ; enfin, qu'il pourrait
parvenir à troubler la tranquillité publique s'il restait
dans la société, particulièrement dans les lieux où il a
exercé sa dangereuse influence, et que déjà, ayant été
arrêté par la gendarmerie nationale en l'an iv, il a occa-
sionné un rassemblement qui l'a tiré de force des mains
de la gendarmerie et fait évader ;
Considérant qu'il est notoire que les prêtres ont re-
noué leurs trames, qu'ils infectent de nouveau ce dépar-
tement et y organisent la contre-révolution et la guerre
civile et qu'il est de la plus haute importance de prévenir
les funestes effets de leurs sinistres projets;
Considérant, en outre, que ledit Galmiche n'est ni sexa-
génaire ni infirme ;
Le commissaire du Directoire exécutif entendu.
Arrête qu'extraits du présent arrêté et des pièces y
détaillées seront adressés au ministre de la police géné-
rale, afin de le mettre à même de faire prononcer la dépor-
tation dudit Galmiche, prêtre, par le Directoire exécutif,
en conformité de l'article 2^ de la loi du 19 fructidor der-
nier ;
Arrête en outre, que ledit Galmiche restera provisoire-
ment détenu dans la maison de sûreté de Vesoul, jusqu'à
COMMISSIONS MILITAIRES. '2'Jl
ce qu'il en aura été autrement ordonné par le gouverne-
ment.
Et ont les administrateurs signé.
Signé au registre : Roghet, Dubuisson,
Drouhin et Petitjean.
Pour extrait :
VUILLEMOT.
[Par arrêté du i6 nivôse an vi, l'administration centrale de
la Haute-Saône, visant les diverses pièces dont nous avons
parlé, l'inscription de Galmiche sur la liste des émigrés et la
loi du 19 fructidor, renvoya Galmiche devant une commission
militaire et ordonna son transfèrement à Besançon, « sous
bonne et sûre garde. »
Il comparut le 23 janvier 1798, à dix heures du matin, et fut
exécuté le même jour, à trois heures et demie i. Sur une
petite note annexée, on lit : « Rien à faire ; le nommé Galmiche
a été condamné à mort par une commission militaire. »]
A. N. Fj 3357.
IV.
Jagquinot, prêtre
8 pluviôse an vi —27 janvier 1798.
[Né à Echenoz-la-Meline en 1^58; vicaire à FougeroUes, puis
à Melincourt; se déporta en Suisse; rentra; arrêté dans sa fa-
mille à Echenoz; conduit à Vesoul, puis à Besançon, les fers
I. Nous n'avons pas le texte du jugement; mais, comme on pourra le
voir plus loin, le secrétaire de la Commission avait adopté une si rigou-
reuse uniformité de rédaction, qu'avec les deux échantillons que nous
donnons (infra, Perrin et Émourgeon), il est facile de reconstituer les
autres jugements.
^^2
COMMISSIONS MILITAIRES.
aux mains, avec quatre autres prêtres, parmi lesquels M. Gai-
miche.
Il comparut le 27 janvier, à neuf heures et demie du matin,
devant la commission militaire ; à midi et demi, il apprit sa
condamnation. Un de ses compagnons de captivité a donné
les plus touchants détails sur son calme et sa douceur inalté-
rable envers la mort.
Il fut exécuté dans l'après-midi.
Voici un extrait de l'arrêté de l'administration centrale du
département de la Haute-Saône, en date du 17 nivôse an vi,
qui le renvoya devant la commission militaire de Besançon.]
Considérant qu'il résulte des déclarations de ce dernier
(Jacquinot) qu'il est rentré sur le territoire de la Répu-
blique depuis six mois et plus; qu'il a exercé son culte
depuis lors et pendant deux mois en contravention à
toutes les lois, tant concernant les prêtres que l'exercice
extérieur du culte; que, par le fait seul de cet exercice
du culte, il a donné l'exemple de la désobéissance aux
lois de l'État et a servi des trames des conspirateurs roya-
listes fanatiques;
Considérant que ledit Jean Jacquinot est inscrit sur
la liste générale des émigrés, premier supplément, lettre
initiale J, page 02, ;
Que, conformément au prescrit de l'article i5 de la loi
du 19 fructidor dernier, etc.
Le commissaire du Directoire exécutif entendu.
Arrête que ledit Jacquinot, prêtre, inscrit sur la liste
générale des émigrés et non rayé définitivement, sera
traduit à une commission militaire, qu'il sera transféré
à cet efïet à Besançon, sous bonne et sûre garde, etc.
A. N. F7 :?398.
COMMISSIONS MILITAIRES. 2^3
V.
Martelet, prêtre
21 pluviôse an VI — 9 février 1798.
[Lazariste ; originaire de Jussey (Haute-Saône) ; se déporta
en 1792; revint, après thermidor, par Saint-Omer, où il exerça
deux ans le ministère en secret; en 1797, vint à Paris; mais
le 18 fructidor le ramena à Jussey. Il y arriva le 11 octobre
1797 et fut arrêté le 21.
Pendant quatre mois de prison qu'il subit à Vesoul, on le
soumit quinze fois à l'interrogatoire. Enlin, on le conduisit à
Besançon avec trois autres prêtres, enchaînés comme lui.
Le 9 février, à neuf heures du matin, il comparut devant
la commission militaire, fut condamné et, dans l'après-midi
du même jour, exécuté.]
VI.
Perrin, prêtre
29 pluviôse an vi — i;j février 1798.
[Jean-Claude Perrin, de Loray, né en 17Ô5, vicaire à la
Grand'Combe de Morteau; le 14 septembre 1792, il prit un
passeport de déportation, et se retira à Cressier, canton de
Neuchâtel. Au retour, il exerça son ministère à Loray, Flan-
gebouche, Guyans-Vennes, le Plaimbois, la Sommette, Lavi-
ron, Germéfontaine i. Un jour qu'il s'apprêtait à dire la messe
à Loray, une troupe de furieux envahit la salle. Perrin
s'échappa, gagna un moulin; il fallut fuir encore; mais,
atteint de trois coups de feu, il dut s'arrêter et se livrer.
I. Toutes ces communes font partie du département du Doubs.
18 FRUCTIDOR. 18
2^4 COMMISSIONS MILITAIRES.
Conduit à Vercel et à Ornans, il arriva le 27 janvier à
Besançon; l'administration centrale du Doubs le renvoya,
comme émigré rentré, devant la commission militaire. Mais
les officiers qui la composaient paraissant favorables, on les
changea dans la nuit du 16 février.
Le 17 au matin, on dut, à cause de ses blessures, le porter
au prétoire ; la peine de mort fut prononcée à l'unanimité.]
6« Division militaire
_ JUGEMENT
Place de Besançon
Jugement de la commission militaire qui condamne à
la peine de mort Claude-François Perrin, natif de Loray,
département du Doubs, prêtre, ex-vicaire de la Grand'-
Combe de Morteau, prévenu d'émigration.
L'an 6 de la République française une et indivisible, le
vingt-neuf pluviôse, à neuf heures du matin, dans la salle
où le tribunal criminel tient ordinairement ses séances,
dans la maison commune de Besançon, Nous, Jean-Baptiste
Vienot, ex-adjudant général; Ange-François Franchy,
capitaine de la 21^ demi-brigade d'infanterie légère; Louis
Quéruel, capitaine de la 89^ demi-brigade; François
Troussard, capitaine de la 89^ demi-brigade ; Jean Perrot,
capitaine au 8*^ régiment d'artillerie légère; Jean-Louis
Lourioux, lieutenant de la 89^ demi-brigade ; Louis-Joseph
Dorez, capitaine d'artillerie de la 56^ demi-brigade, nom-
més en conformité de l'article 17 de la loi du 19 fructi-
dor dernier, pour juger Jean-Claude Perrin, prêtre, ex-
vicaire de la Grand'Combe de Morteau, prévenu d'émi-
gration, ayant avec nous le citoyen Claude-François
Muiron, secrétaire de l'état-major de cette place, nommé
par le général commandant la 6^ division militaire, pour
remplir les fonctions de secrétaire près ladite commis-
sion.
COMMISSIONS MILITAIRES. 276
Le dit Perriii ayant été amené libre et sans fers, le
citoyen Vienot, faisant les fonctions de président, lui a de-
mandé s'il avait fait choix d'un défenseur officieux; à quoi
il a répondu qu'il avait choisi le citoyen Guillaume, homme
de loi, demeurant à Besançon, qui a promis de n'em-
ployer pour la défense de l'accusé que la vérité.
Le président a ensuite ordonné au secrétaire de faire
lecture de toutes les pièces de la procédure et a invité
l'accusé d'y être attentif. Cette lecture étant faite, la
commission militaire, après avoir entendu l'accusé dans
ses moyens de défense, ainsi que son défenseur officieux,
et après avoir mûrement examiné toutes les pièces de la
procédure et les exemplaires des différentes loix déposés
sur le bureau.
Le président a posé la question suivante :
Jean-Claude Perrin, de Loray, prêtre, ex-vicaire de la
Grand'Combe, inscrit sur la cinquième liste des émigrés
du département du Doubs, en vertu de la loi du l'j sep-
tembre 1793 (v. s.), qui assimilait les prêtres déportés
aux émigrés, comme il est constaté par l'observation en
marge de la liste du district d'Ornans relative aux ci-
toyens qui n'ont pas constaté leur résidence, et par le
certificat de déportation dudit Perrin, doit-il être jugé
comme émigré ?
La commission s'étant déclarée pour l'affirmative;
Vu les articles i5 et i6 de la loi du 19 fructidor dernier
et ceux i^^' et 2 du titre 4 de la loi du aS brumaire an 3,
La commission condamne Jean-Claude Perrin, prêtre,
ex-vicaire delà Grand'Combe de Morteau, natif de Loray,
département du Doubs, à la peine de mort; ordonne que
le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre
heures, à la diligence du général commandant la 6^ divi-
sion militaire.
2^6 COMMISSIONS MILITAIRES.
Fait et prononcé par le président, à haute et intelligible
voix, en séance publique, et ont les membres signé et
le secrétaire, à Besançon, les an, jour et mois susdits.
Signé à la minute : Lourioux, Quéruel, Dorez, Franchy,
Troussard, Perrot, J.-B. Vienot et Muiron, secrétaire.
Pour expédition conforme :
Muiron, secrétaire. J.-B. Ni^^ot, président.
Original l .
En marge : Je certifie que le présent jugement a été
mit (sic) à exécution dans le jour.
A. N. F: 7398.
L'adjudant général, chef de V état-major
de la diçision,
Malet 2.
VIL
* Emourgeon, prêtre ^
2 ventôse an vi — 20 février 1798.
6« Division militaire
Place de Besançon
JUGEMENT
Jugement de la commission militaire qui condamne à
la déportation Pierre-Paul Emourgeon, prêtre, ex-vicaire
à Guyans-lez-Durnes, comme prévenu d'émigration.
1. Tout entier de l'écriture de Muiron.
2. L'organisateur de la fameuse conspiration d'octobre 1812, qui porte
son nom.
3. Sur une liste incomplète, disposée par ordre alphabétique (elle ne va
que jusqu'à L), que j'ai vue aux Archives du Doubs, on lit : « Emourgeon,
vicaire insermenté, Commission militaire, jugement du 2 ventôse an vi :
COMMISSIONS MILITAIRES. 2^7
L'an six de la République française une et indivisible,
le deux ventôse, à neuf heures du matin, dans la salle où
le tribunal criminel tient ordinairement ses séances, dans
la maison commune de Besançon,
Nous, Jean-Baptiste Berruyer, chef d'escadron au
ii« régiment d'hussards; Jean- Jacques Gastet, capitaine
de grenadiers, attaché à la compagnie auxiliaire de la
5o^ demi-brigade; Pierre-Nicolas Claude, capitaine de la
la 79® demi-brigade; Michel Solagnier, capitaine de la
89® demi-brigade; Louis Maselet, capitaine de la 89® demi-
brigade ; Jean-Baptiste Duprez, capitaine au 8® régiment
d'artillerie légère; François-Hiacinte (sic) Vincent, lieu-
tenant de la 89® demi-brigade, nommés en conformité
de l'article 17 de la loi du 19 fructidor dernier, pour juger
Pierre-Paul Emourgeon, prêtre, ex-vicaire à Guyans-lez-
Durnes, prévenu d'émigration, ayant avec nous le ci-
toyen François Muiron, secrétaire de l' état-major de cette
place, nommé par le général commandant la sixième
division militaire, pour remplir les fonctions de secrétaire
près ladite commission.
Ledit Emourgeon ayant été amené libre et sans fers,
le citoyen Berruyer, faisant les fonctions de président,
lui a demandé s'il avait fait choix d'un défenseur officieux ;
à quoi il a répondu qu'il avait choisi le citoyen Guil-
laume, homme de loi, demeurant à Besançon, qui a promis
de n'employer pour la défense de l'accusé que la vérité.
Le président a ensuite ordonné au secrétaire de faire
lecture de toutes les pièces de la procédure et a invité
l'accusé d'y être attentif. Cette lecture étant faite, la
commission militaire, après avoir entendu l'accusé dans
7 lettres, jugement de la Commission militaire, etc., » et, à la colonne Ob-
servations : Retiré des Archives. C'est à Pai-is, aux Archives nationales,
que j'ai rencontré le jugement d'Émourgeon et celui de Perrin.
278 COMMISSIONS MILITAIRES.
ses moyens de défense, ainsi que son défenseur officieux,
et après avoir mûrement examiné toutes les pièces de la
procédure et les exemplaires des différentes lois déposés
sur le bureau, le président a posé les questions sui-
vantes :
1° Est-il constant que Pierre-Paul Emourgeon, ex-
vicaire de Guyans-lez-Durnes, natif de MamiroUe, dépar-
tement du Doubs, âgé de cinquante ans, est porté sur une
liste d'émigrés, et est-il suffisamment identifié ?
2° Est-il dans le cas des articles 16 et 17 de la loi du
19 fructidor an v ?
La commission militaire, après avoir mûrement déli-
béré sur ces questions, déclare à l'unanimité que Pierre-
Paul Emourgeon est bien le même que celui qui est porté
sur la 4® liste des émigrés du département du Doubs, et
qu'il n'est pas rayé définitivement;
Mais considérant qu'un certificat d'officiers de santé
atteste qu'il n'a pu obéir à la loi du 19 fructidor dernier,
ledit certificat visé par l'administration municipale du
canton d'Ornans, que conséquemment il ne peut être
traité conformément à l'article 2 de la loi du 25 brumaire
an III, relative au jugement des émigrés;
Ordonne que Pierre-Paul Emourgeon, natif de Mami-
mirolle, ex- vicaire de Guyans-lez-Durnes, sera renvoyé
par-devant l'administration centrale du département du
Doubs, qui exercera à son égard les mesures de dépor-
tation qui lui sont déléguées par le gouvernement ;
Ordonne que le présent jugement sera exécuté à la
diligence du général commandant la 6^ division mili-
taire.
Fait et prononcé en séance publique par le président, à
haute et intelligible voix, et ont les membres signé et le
secrétaire à Besançon, les an, jour et mois susdits. Signé
COMMISSIONS MILITAIRES. 2^79
à la minute : Duprez, Claude, Maselet, Vincent, Solagnier,
Castet, Berruyer et Muiron, secrétaire.
Pour expédition conforme :
MuiRON, secrétaire. Berruyer, président.
En marge, on lit : Je certifie que le prêtre dénommé
au présent jugement a été mis au dépôt des prêtres à
déporter en conformité dudit jugement.
Pour l'adjudant général, chef de V état-major
de la 6^ division militaire :
Le capitaine adjoint,
JOLY.
[On remarquera i° que la composition de la commission qui
acquitta Emourgeon n'était pas la même que celle qui jugea
et condamna Perrin; 2° que, sauf les différences qui tiennent
au fond des choses, le secrétaire Muiron avait adopté une
seule et même formule de rédaction.]
6« Division militaire REPUBLIQUE FRANÇAISE
— LIBERTÉ ÉGALITÉ
Au quartier générai de Besançon, le 3 ventôse
an 6« de la République.
L'adjudant général, chef de l'état-major de la sixième division
militaire, au ministre de la police générale.
Citoyen ministre,
Vous trouverez ci-joint deux jugements rendus par des
commissions militaires.
Le i^"", contre Claude-François Pcrin (sic), ex-prêtre
émigré, condamné à mort.
28o COMMISSIONS MILITAIRES.
Le 2®, contre Pierre-Paul Émourgeon, ex-prêtre, con-
damné à la déportation.
Le premier a été exécuté dans le jour et le second a
été mit (sic) au dépôt des prêtres à déporter du départe-
ment du Doubs pour faire partie du premier convoi pour
Rochefort ^
Salut et respect.
Malet.
Autographe.
[Suit l'accusé de réception du ministre de la police générale.]
A. N. F^ 5398.
ANNEXE
Le mémoire de J.-B. Victor Proiidhon
[C'est à la fin de février 1798, que le célèbre jurisconsulte
Proudhon, alors professeur de législation à l'école centrale de
Besançon, publia à ses frais un mémoire ayant pour titre :
Opinion d'un jurisconsulte de Besançon sur la question de
savoir si un prêtre inscrit sur la liste des émigrés, dans le
cours de sa déportation^ peut être considéré et traité comme
émigré 2. Il y démontrait que la loi du 19 fructidor concernait
les émigrés et non les déportés ; que les prêtres étaient évi-
demment dans la seconde catégorie, et qu'en s'exilant en
conformité de la loi du 26 août 1792, ils avaient fait acte de
soumission et non de révolte. «En résumé, écrivait-il en termi-
nant, les listes d'émigrés sur lesquelles se trouvent inscrits
les prêtres déportés ne sont à leur égard que des listes de
déportation. Les commissions militaires, comme tribunaux
d'exception, n'étant chargées de juger que les émigrés et non
les déportés, doivent se reconnaître incompétentes chaque
1. Émourgeon ne figure sur aucune liste de déportation; il resta sans
doute en prison à Besançon.
2. Tirée à 5oo exemplaires, 3o pluviôse an vi. Besançon, Charmet^ impri-
meur.
COMMISSIONS MILITAIRES. 281
fois que l'individu traduit devant elles ne peut plus être re-
gardé, aux yeux de la loi, que comme déporté. »
Le Directoire parut, dans ses déclarations publiques, se
rallier à cette doctrine; mais, en fait, les commissions mili-
taires, comme le démontre l'ensemble de nos documents,
poursuivirent leur œuvre, spécialement pendant l'année 1798,
avec la même rigueur. Quant à Proudhon, l'administra-
tion centrale du Doubs l'invita à s'expliquer par écrit sur
divers griefs qui «nous ont paru, disait-elle, accréditer l'opinion
désavantageuse que l'on a conçue de votre civisme. » Prou-
dhon répliqua aussitôt : « Le droit de repousser l'outrage,
l'honneur que j'attache à bien remplir mes fonctions, l'heu-
reux essai que j'en ai fait, les succès brillants de mes élèves,
les applaudissements éclatants qu'ils ont mérités et obtenus
du pubhc, voilà les seuls motifs qui me décident à me dé-
fendre pour conserver une place que mon goût pour l'étude
et plus encore l'amour de ma patrie m'avait fait accepter et
à laquelle je ne puis tenir par intérêt. » Laissant de côté le
premier reproche, qui s'attachait à son enseignement, nous
reproduisons intégralement ses réponses sur le second re-
proche et sur le troisième, qui se rapportent directement à
notre sujet.]
SECOND REPROCHE
Ma téméraire apologie des prêtres déportés.
Ici l'accusation est téméraire elle-même, puisqu'il n'y a pas
un mot d'apologie dans l'écrit dont on veut parler ; puisqu'il
n'y est question que de l'exécution littérale des lois de 1792 et
1793 et autres, remises en vigueur par celle du 19 fructidor
an V.
Revoyez cet ouvrage, j'enjoins un exemplaire à ma défense,
je vous prie de ne l'en pas séparer; vous y verrez que je n'ai
pris pour guide de mon opinion que le texte des lois, les
lettres ministérielles et les discours du Corps législatif. Vous
y reconnaîtrez, citoyens administrateurs, que, lorsque je con-
signais sur le papier, à la lin de pluviôse an vi, que les
prêtres déportés qui avaient été, à l'occasion de la déporta-
282 COMMISSIONS MILITAIRES.
tion, inscrits sur les mêmes listes que les émigrés dans le
temps où les uns étaient assimilés aux autres, ne devaient pas
être, par cette seule confusion matérielle, confondus avec les
émigrés, ni jugés de même; vous y verrez, dis-je, que le Di-
rectoire lui-même le pensait ainsi, puisque telle a été la déci-
sion consacrée dans son message du 16 ventôse.
« Vous ne devez pas douter, citoyens républicains (porte ce
« message), que le Directoire exécutif ne partage avec vous les
« sentiments qu'inspirerait le sacrifice de l'innocence, s'il exis-
« tait une loi qui pût y conduire. Loin de l'exécuter, le gouver-
« nement ne se laisserait pas prévenir dans le devoir d'en pro-
« voquer l'abolition.... Le Directoire exécutif a pris un parti
« qu'il a cru conforme à la loi, il a décidé que, dans les dépar-
« tements où l'on n'a pas fait de distinction entre les prêtres
« émigrés et les prêtres déportés, où on les avait tous inscrits
« sur la liste comme émigrés, l'inscription ne vaudrait provi-
« soirement que comme déportés. »
VoUà la décision du gouvernement, veuillez la comparer
avec l'opinion qu'on me reproche, et voyez s'il y a la moindre
différence. Je pourrais vous citer encore plusieurs décisions
ministérielles, telles qu'une lettre du ministre de la justice du
II germinal an vi, dans laquelle il établit les mêmes principes
et fait une partie des mêmes raisonnements que vous trouve-
rez dans mon écrit. Où est donc le délit qu'on me reproché,
puisque je n'ai parlé que le langage des lois? que j'en ai ex-
pliqué le rapprochement de la même manière et dans le même
sens que les rei)résentants du peuple les mieux prononcés, le
gouvernement et les ministres?
Et c'est devant vous, citoyens administrateurs, vous, les
amants de la liberté, qu'on veut m'accuser d'en avoir fait un
usage criminel, lorsque j'ai parlé comme l'autorité supérieure!
C'est devant vous qu'on citerait ainsi le gouvernement lui-
même, en voulant que vous déclarassiez coupable ce qu'il a
solennellement approuvé ! Non, vous ne le jugerez pas ainsi ;
j'en ai envoyé dans le temps un exemplaire aux autorités
constituées, chargées de surveiller la presse, j'en ai envoyé
un exemplaire au ministre de la police : personne alors ne le
trouva répréhensible, et vous jugerez de même aussi.
COMMISSIONS MILITAIRES. 283
TROISIÈME REPROCHE
il/a profession solennelle de la religion de mes pères.
Je commence par déclarer que si, pom' être professeur, il
fallait être athée, je n'en aurais jamais accepte les fonctions,
et que je ne devrais pas conserver ma place. Mais comme il
s'agit ici moins de la croyance à l'Être suprême et du respect
dû à la divinité, dont tout bon républicain doit s'honorer, que
de l'abus d'opinions fanatiques, et que, sur l'un et sur l'autre,
vous pensez sans doute comme moi, reste à examiner si, dans
la circonstance où j'ai fait la profession qu'on me reproche, il
y a eu, de ma part, la moindre indiscrétion.
J'ai prononcé, au commencement de l'hiver, un discours en
présence du public et des élèves de l'École centrale, dans le-
quel j'ai prouvé que l'institution du divorce était conforme au
droit naturel des sociétés ; que, demandé pour de justes
causes, il n'était pas défendu par la morale ; qu'en principes
de politique, il était indispensablement nécessaire de l'ad-
mettre en France, soit par rapport à la tolérance universelle,
soit parce qu'autrement les lois organiques seraient en con-
tradiction avec le principe constitutionnel sur la liberté natu-
relle du citoyen. J'ai ajouté que la loi du divorce n'avait rien
de commun avec le culte, et que, malgré mon respect pour la
religion de mes pères, l'homme sage et tolérant les respecte
toutes; il ne m'en était pas moins démontré que ceux qui en
abusaient pour parler contre la loi étaient de grands cou-
pables; que, dans les commencements du christianisme, les
évêques et les plus grands personnages de l'Eglise exhortaient
le peuple à la soumission aux lois, et que cependant le di-
vorce était non seulement permis à Rome, mais même les
causes en étaient beaucoup plus multipliées qu'en France.
Je n'ai pas changé d'opinion; dès lors, je crois encore au-
jourd'hui que, pour prouver que les prêtres qui blâment
la loi du divorce sont des imbéciles, et que ceux qui parlent
contre sont des méchants, il n'est pas nécessaire de décla-
mer contre la morale de l'Évangile, et que, de toutes les ma-
nières d'instruire, celle qu'on doit le plus éviter, c'est de
284
COMMISSIONS MILITAIRES.
commencer par révolter un grand nombre d'esprits, tandis
qu'il faut s'efforcer de se les concilier et de les persuader i.
fProudhon resta quelque temps suspect, ainsi que son
collègue Viguier,professeur d'histoire à l'école centrale; enfin,
le 9 prairial an vu, l'administration du Doubs déclare « qu'ils
jouissent de l'estime de l'administration et méritent celle de
tous les citoyens. »]
VIII.
* Maille Y, prêtre
5 ventôse an vi — 23 février 1798.
[Il semble que ce jugement ait été rédigé sous l'influence
immédiate de la consultation de Proudhon : c'est à ce titre
que nous croyons intéressant de le reproduire. On remar-
quera que le personnel de la commission avait été, une fois
de plus, complètement changé.]
I. J'ai reproduit les deux parties de ce mémoire d'après le manuscrit
qui en est conservé aux Arcliives nationales, F;;; i344* • — Sur Proudhon
et sur cet incident, cf. /•> Etude sur la vie et les travaux de Proudhon,
etc., par Gabriel Dumay ; 2° Recherches historiques sur Besançon, par
S. Droz: 3° La Faculté de droit et l'école centrale de Besançon, par
EsTiGNARD ; 4° Jules Sauzay, op. cit., t. IX, p. 389-394. Dans ce même mé-
moire, Providhon exposait son curriculum vitœ pendant la Révolution :
10 mars ijgo, élu membre du département à la presque unanimité des suf-
frages ; octobre 1790, élu simultajiément membre des tribunaux des districts
de Lure, Baume, Ornans, Pontarlier (il opta pour ce dernier et y resta
deux ans); août 1791, élu à la place du député suppléant: 20 novembre 1792,
élu juge de paix de Nods, son pays natal ; destitué, à la fin de i;;93, par
Bernard (de Saintes), mais, sur ses énergiques réclamations, réintégré un
mois après par le représentant Prost ; au printemps de l'an m, appelé par
Saladin à l'administration centrale, où, dit-il, « il n'avait fait arrêter ni desti-
tuer qui que ce fût; » en frimaire an v, nommé par l'administration centrale
et le jury d'instruction professeur de législation à l'école centrale de Besan-
çon, sans s'être présenté au concours ni avoir demandé la place; depuis,
professeur non seulement estimé, mais apprécié à ce point que les élèves
venaient à son cours jusque des départements voisins et remportaient aux
examens les succès les plus éclatants. — La l'erreur sous le Directoire,
p. i52-i56.
COMMISSIONS MILITAIRES. 285
6' Division militaire
Place de Besançon
Extrait des minutes déposées au secrétariat de l'administra-
tion centrale du département de la Haute- Saône.
L'an six de la République française, une et indivisible,
le cinq ventôse, à neuf heures du matin, dans la salle où
le tribunal criminel tient ordinairement ses séances dans
la maison commune de Besançon, nous, Louis Barbier,
chef de bataillon de la 89^ demi-brigade ; Antoine-Marie
Dejeou, capitaine de la 89® demi-brigade; Louis-Xavier
Morel, capitaine ci-devant aide de camp; Ignace
Schwartz, capitaine au 11^ régiment d'hussards; Pierre-
François Lefebvre, capitaine à la 34"" demi-brigade; Jean-
Baptiste Grillet, lieutenant de la gendarmerie nationale ;
Jean-Louis Drouard, lieutenant de la 89^ demi-brigade,
nommés en conformité de l'article 17 delà loi du 19 fruc-
tidor dernier pour juger Pierre-François Mailley, ex-curé
de Vauconcourt, prévenu d'émigration, etc.
Le président a posé la question suivante : Pierre-Fran-
çois Mailley, natif d'Arbecey, département de la Haute-
Saône, âgé de cinquante-neuf ans, prêtre, ex-curé de
Vauconcourt, doit-il être considéré comme émigré ou
comme déporté ?
Les voix recueillies sur cette question, la commission
militaire,
Considérant que Pierre-François Mailley, ex-curé de
Vauconcourt, porté sur le 4"" supplément à la liste géné-
rale des émigrés à la lettre M, n'y a été compris que
comme déporté, ledit mot déporté se trouvant dans la
colonne à' Observations.
286 COMMISSIONS MILITAIRES.
A déclaré à l'unaaimité qu'il ne pouvait être considéré
comme émigré, mais comme déporté, et, en conséquence,
ordonne que ledit Pierre-François Mailley sera renvoyé
par-devant l'administration centrale du département de
la Haute-Saône, seule compétente pour exercer à son
égard les lois et arrêtés concernant les prêtres dépor-
tés; ordonne que le présent jugement sera exécuté à la
diligence du général commandant la 6^ division mili-
taire, etc. I.
A. N. F; 7391.
IX.
Delapierre, prêtre
9 messidor an vi — 27 juin 1798.
[Paul Delapierre, né à Vallerest (Haute-Marne), chantre au
chapitre noble de Baume-les-Messieurs ; refusa le serment ;
s'exila : on ne sait si ce fut avant le 26 août 1792. Il rentra le
i5 septembre 1795. « Il couchait sur le feuiUage et la fougère,
et, pour les plus mauvais temps, s'était ménagé des habitations
dans les creux des rochers, qu'il avait fermés par des mu-
railles. C'est là qu'il administrait le baptême et prêchait la
pénitence. »
Le 9 mai 1798, il fut arrêté dans la commune du Vernois,
près de Voiteur (Jura), par les gendarmes. Conduit à Lons-le-
Saunier et considéré comme émigré rentré, il fut renvoyé
devant la commission militaire de Besançon. On avait fait
quelques démarches en sa faveur auprès des juges; il les
trouva tout autrement disposés qu'il ne l'avait espéré.
Il fut condamné et exécuté le même jour (27 juin 1798).]
I. Mailley fut, en effet, déporté à l'île de Ré, en vertu d'un arrêté de l'ad-
ministration centrale de la Haute-Saône du 2; prairial an vi — i5 juin 1798.
COMMISSIONS MILITAIRES. 28;;
X.
Bertin-Mourot.
12 thermidor an vi — 3o juillet 1798.
[P. Mathilde Bertin-Mourot, né à la Longeville (Doubs), en
1760, prêtre en 1786, vicaire à Port-sur-Saône (Haute-Saône),
puis à Darney (Vosges). Il refusa le serment, passa en Suisse,
rentra en 1795, et, pendant deux ans, exerça activement le
ministère.
En 1798, il évangélisait Bregille et les Chaprais, faubourgs
de Besançon. Il fut arrêté le i^"^ juin, ainsi qu'une dame
Françoise Noirot, ancienne religieuse, prévenue de lui avoir
donné asile.
Le 14 juin, le département prit un arrêté contre Bertin-
Mourot, inscrit sur la liste des émigrés sans avoir réclamé en
temps utile et n'ayant pas d'ailleurs pris de passeport de
déi)ortation ; il était renvoyé devant la commission militaire.
Il comparut le 3o juillet 1798 et fut exécuté le même jour i.J
XI.
* M"^ Marguerite Muselier
i3 floréal an vu — 2 mai 1799.
[Réfugiée en Suisse pour y embrasser la vie religieuse, elle
fut obligée, à la suite de l'invasion de ce pays par les
armées françaises, de rentrer en France. On l'arrêta à
I. M. Jules Sauzay (t. IX, p. 4o3) rapporte que le directeur des domaines et
le ministre des finances consultés refusèrent de considérer Bertin-Mourot
comme émigré et de confisquer ses biens ; ils furent laissés à sa famille,
comme venant de déporté, aux termes de la loi du 22 fructidor an m. —
Sur la liste dont j'ai parlé (supra, Émourgeon), on trouve aussi, à propos
de Bertin-Mourot, la mention : Retiré des archives.
288 COMMISSIONS MILITAIRES.
Ornans (Doubs) comme émigrée, le 28 avril 1799 ; emprisonnée
à Besançon, elle fut traduite, le 2 mai, par le département
devant la commission militaire.
L'accusée produisit un certificat de résidence à Ornans,
depuis le 9 mai 1792 juqu'au 7 nivôse an iv.
Elle fut acquittée.
Quirot, commissaire du Directoire, fît vérifier après coup
le certificat et le commissaire d'Ornans lui transmit le procès-
verbal le 10 août suivant. C'était trop tard. Dans la commis-
sion militaire figuraient deux membres de la noblesse de
Besançon, MM. Viénot de Bay et Dugrail de la Villette i.]
XII.
* MiLLOT
17 thermidor an vu — 4 août 1^99.
[Millot, Glaude-Pliilippe-Ambroise,22ans, cultivateur, s'était
retiré avec sa famille en Hongrie ; puis, profitant de la loi du
22 nivôse an m qui accordait une amnistie aux cultivateurs
qui avaient quitté le sol de la République, il était revenu à
Bonnétage (Doubs). On le conduisit devant l'administration
cantonale du Russey : il fut trouvé dans le cas de la loi du
19 fructidor; d'ailleurs, par son âge, sovimis à la réquisition;
en conséquence, justiciable de la commission militaire. Le
22 mai (1799), l'administration centrale ratifia cette décision.
Il comparut le 2 juillet suivant; la commission lui accorda,
sur la demande de Guillaume, son défenseur, un délai de
trois décades pour se procurer les certificats dont il avait
besoin. Le 4 août, il comparut de nouveau devant la commis-
sion militaire, qui rendit le jugement suivant 2.]
1. J. Sauzay, op. cit.., t. X, p. 95-96.
2. Ces renseignements, ainsi que le texte du jugement qui suit, sont
empruntés à l'ouvrage de M. J. Sauzay, t. X, p. 96-100.
COMMISSIONS MILITAIRES. 289
JUGEMExNT
Au nom du peuple français, Tan vu de la République
française une et indivisible, le ij thermidor, à neuf heures
du matin, dans la salle où la commission militaire tient
ordinairement ses séances, nous, F. Beaug-ard, chef de
brigade à la suite du ii^ régiment de dragons; Cl. -Jacques
Leblanc, chef d'escadron à la suite du lo'^ régiment de
liussards; Odon Serre, capitaine des vétérans nationaux;
Cl. -Ignace Chaillou, capitaine à la suite de la 24® demi-
brigade d'infanterie légère; P. -Joseph Dugrail-Lavillette,
capitaine adjudant-major de la 24^ demi-brigade; Jacques
F. Bassand, lieutenant au 2^ régiment de cavalerie, et
Jacques-Nicolas Claisse, sous-lieutenant à la suite de la
24*^ demi-brigade, tous nommés en conformité de l'ar-
ticle 17 de la loi du 19 fructidor an v, pour former la
commission militaire, afin de juger Millot, prévenu d'émi-
gration, ayant avec nous le citoyen Cl. -F. Muiron,
secrétaire de l'état-major de cette place, nommé par le
général commandant la 6° division militaire pour rem-
plir les fonctions de secrétaire près ladite commission;
ledit Millot ayant été amené à la séance, libre et sans
fers, le citoyen Beaugard, faisant les fonctions de pré-
sident, lui a demandé ses nom, prénoms, lieu de naissance,
âge, profession, et s'il avait fait choix d'un défenseur
officieux, à quoi il a répondu s'appeler Gi.-Phil.-x\mb.
Millot, cultivateur, âgé de vingt-deux ans,.... et avoir
choisi le citoyen Guillaume, homme de loi, pour son
défenseur officieux, qui, présent, a promis de n'employer
pour la défense de Taccusé que la vérité. Le président a
fait faire par le secrétaire lecture de toutes les pièces de
la procédure, et notamment du jugement rendu par la
18 FRUCTIDOR. 19
CtgO COMMISSIONS MILITAIRES.
commission militaire, qui renvoie Millot à trois décades
pour se procurer les certificats dont il a besoin, à l'eflet
de constater son état et sa résidence. Cette lecture étant
faite, la commission, après avoir entendu l'accusé dans
ses moyens de défense, ainsi que son défenseur officieux,
s'est retirée à huis clos, et, après avoir mûrement examiné
les pièces de la procédure et les exemplaires des diffé-
rentes lois déposées sur le bureau, le président a posé les
questions suivantes : i° Gl.-Phil.-iVmbr. Millot, inscrit sur
la cinquième liste des émigrés, est-il coupable ? Les voix
recueillies, en commençant par le grade inférieur, le pré
sident ayant émis son opinion le dernier, la commission
militaire déclare à l'unanimité qu'il est coupable d'émi-
gration. 2° Le nommé Cl.-Phil.-Amb. Millot est-il dans
le cas (d'après les pièces qui ont été présentées à la
commission) de jouir du bénéfice des lois du 22 nivôse et
4^ complémentaire an m, relatives aux ouvriers et culti-
vateurs ? La commission s'est déclarée à l'unanimité pour
l'affirmative, et a ordonné en conséquence qu'il sera mis
en liberté ^.
1. « Les Commissions militaires, naguère si redoutables, acquittaient
systématiquement tous les accusés traduits devant elles comme pi'évenus
d'émigration. Le i3 juillet, le département dénonça au ministre de la po-
lice la sentence prononcée par ces juges militaires en faveur de M. F.-X.
Bonnefoy, d'Ornans ; le 12 août, il dénonça encore au même ministre l'ar-
rêt prononcé, huit jours auparavant, en faveur du jeune Millot, de Bonné-
tage, en déclarant que de pareils arrêts tendaient à atténuer ou à détruire
l'action salutaire de la loi du 19 fructidor. Le 17 septembre, le département
envoya à la Commission un troisième émigré, M. J.-B. INIougin, du canton
du Russey, cultivateur, et, quinze jours après, il dénonça au ministre de
la police le nouvel arrêt qui venait de mettre ce proscrit en liberté. »
J. Sauzay, op. cit., t. X, p. 187.
COMMISSIONS MILITAIRES. 2QI
BORDEAUX
I.
Mascard, prêtre
Janvier 1798.
[Mascard, prêtre bénéficier de l'église Sainte-Eulalie à
Bordeaux, fut arrêté en décembre 1797 Il avait d'abord,
comme insermenté, quitté la France, d'après la loi de dépor-
tation rendue le 26 août 1792; il y était rentré après thermi-
dor. Enfermé au fort du Hâ, il fut amené devant la commis-
sion militaire et condamné à mort comme émigré rentré 1.]
(Janvier 1798.)
IL
Bordes
12 ventôse an vu — 2 mars 1799 2 .
[Bordes, Jean- André-Guillaume, dit l'abbé, né à Toulouse,
lils de Bordes, homme de loi; tonsuré et pourvu d'une cha-
1. Abbé Guillon, Les Martyrs de la Foi, t. IV, p. 3i-32. Malgré des re-
cherches très soigneuses et réitérées qu'a bien voulu faire pour moi aux
Archives de la Gironde M. le chanoine Ernest AUain, il n'y a pas été
trouvé trace de l'abbé Mascard; cependant l'abbé Guillon déclare tenir
ses renseignements de l'abbé Maignen, aumônier de Thôpital de Blaye
sous la Restauration; celui-ci aurait procuré le saint Viatique à l'abbé Mas-
card, ainsi qu'à plusieurs autres prêtres détenus. Il est encore question de
cet abbé Maignen, même ouvrage, t. I, p. 386, n.
2. Les pièces qui composent ce dossier sont si nombreuses que j'ai dû
me borner à donner de la plupart une analyse. Le lecteur reconnaîtra
29^
COMMISSIONS MILITAI llES.
pellenie qu'il abandonna en novembre 1785 ; domicilié à
Toulouse du 10 juillet 1792 au 24 juin 1793; sorti, d'après son
interrogatoire, en septembre I79*3, et rentré postérieurement.
Arrêté à Bordeaux, le 6 nivôse an vi. Les biens de son
père furent saisis comme père d'émig-ré.
Prévenu d'émigration; inscrit sur la liste des émigrés;
rentré; interné au bureau central de Bordeaux, les 28 nivôse
et 6 pluviôse an vi.]
j pluviôse au vi : Arrêté de l'administration centrale de la
Gironde qui le traduit devant la commission militaire de
Bordeaux.
22 pluviôse au vi : Jugement de la commission militaire qui
estime les preuves d'émigration insuffisantes et renvoie le
prévenu dans son département d'origine (Haute-Garonne). Il
est transieré dans les prisons de Toulouse.
Le ministre de la police générale écrit : « Si cet individu
n'était inscrit sur aucune liste d'émigrés, il ne devait pas être
traduit à une commission militaire. Celle-ci n'a le droit de
juger que les inscrits sur une liste d'émigrés qui n'ont pas
exécuté la loi du 19 fructidor dernier. L'administration cen-
trale devait prononcer sur le fait d'émigration et demander
un arrêté au Directoire. »
ly veutôse au vi : Arrêté de l'administration de la Haute-
Garonne, qui établit l'identité de Bordes et le renvoie devant
la commission militaire de Perpignan (c'était le siège de la
division).
a germiual au vi : La commission de Perpignan se déclare
incompétente et renvoie Bordes devant celle de Bordeaux,
dans la circonscription de laquelle il a été arrêté.
i5 floréal au vi : Arrête de l'administration de la Haute-
Garonne : Bordes sera conduit à Bordeaux pour y être jugé
par la commission militaire.
aisément, à la durée et aux incidents de cette procédure, que les commis-
sions de Perpignan et de Bordeaux cherchèrent à tramer en longueur et
à s'épargner une cruelle décision.
COMMISSIONS MILITAIRES. 203
8 vendémiaire an vu. (Ciiicj mois se sont écoulés.) Le mi-
nistre de la police s'enquiert de ce qui a été l'ait ; rapport
au ministre. — « D'après cet exposé, conclut le rapporteur, il
est facile de s'apercevoir qu'on lait voyager cet individu de
commission militaire en commission militaire, et qu'on est
parvenu à empêcher qu'^aucune d'elles ne prononce. Il me
semble que l'individu ayant été arrêté à Bordeaux en contra-
vention à la loi du 19 fructidor, ayant ensuite avoué dans son
interrogatoire son émigration, et l'administration centrale
ayant elle-même constaté et reconnu l'émigration, il me
semble, dis-je, que la commission militaire était sulïisanunent
éclairée pour prononcer. )> Ordre de constituer une commis-
sion.
25 brwnaire an vu. Par un très long arrêté, radministra-
tion de la Gironde déclare l'identité du prévenu et le renvoie
devant la commission militaire.
Elle transmet les pièces au général Mergier, avec ordre de
convoquer au plus vite la Commission. Entre temps, le mi-
nistre avise que tout acte administratif relatif aux émigrés
est provisoire et que la décision appar lient au Directoire.
Même jour. Le général Mergier constitue la commission
militaire.
6 frimaire an vu. 11 demande s'il doit attendre l'approbation
de la formation de la commission militaire.
iz/ frimaire an vu. Il en fait connaître la composition au
ministre.
2y nivôse an vu. Le ministre de la police avise l'adminis-
tration centrale que les commissions militaires n'ont pas be-
soin d'attendre que leur formation soit approuvée i)ar le Di-
rectoire pour procéder au jugement; que, d'ailleurs, elles ne
sont pas juges de l'émigration, mais de l'identité.
<) pluviôse an vu. De l'administration centrale au ministre
de la police : Reçu : envoyé lettre du 27 nivôse au général
de division.
i3 pluviôse an vu. Le président d^ la commission militaire
demande des témoins pour déposer sur l'identité de Bordes ;
invitation de les faire citer.
294 COMMISSIONS MILITAIRES.
2.
JUGEMENT
Le vingt-six pluviôse de Fan vu*' de la République
française, la commission militaire, nommée en vertu de
r article 17 de la loi du 19 fructidor an v par le général
commandant en chef la 11^ division militaire, pour
juger le nommé Bordes, prévenu d'émigration, et com-
posée des citoyens Boudet, chef de brigade, commandant
le i4^ régiment de chasseurs à cheval; Arriet, chef de
bataillon aux chasseurs Basques; Lasserre, chef de ba-
taillon à la it4^ demi-brigade; Friart aîné, capitaine au
bataillon des chasseurs Basques ; Danguezan, lieutenant à
la 81*^ compagnie de vétérans nationaux; Campagnes,
sergent-major de la 6^ compagnie des canonniers vétérans
nationaux, et Tuquat, sergent-major au bataillon de chas-
seurs Basques,
S'étant assemblée à la salle ordinaire des séances du
tribunal correctionnel du canton de Bordeaux,
A fait comparaître devant elle le nommé Jean-André-
Guillaume Bordes, prévenu d'être en contravention à la
loi du 19 fructidor an v, pour fait d'émigration, auquel
lecture a été faite publiquement et à haute et intelligible
voix des pièces, tant à sa charge qu'à sa décharge, à elle
transmises par les administrations centrales de la Gironde
et de la Haute-Garonne, par l'administration municipale
de Toulouse et par la commission militaire de la 10^ divi-
sion militaire séante à Perpignan, devant laquelle le pré-
venu avait été traduit; [après] avoir entendu quatre té-
moins à la charge de l'accusé et vingt et un témoins à sa
décharge, et en présence de deux membres de l'adminis-
tration municipale du canton de Bordeaux dite du sud,
COMMISSIONS MILITAIRES. 200
en conformité de l'article 3 du titre V de la loi du 26 bru-
maire an m; après avoir interrogé l'accusé, entendu sa
défense, tant par lui-même que de son défenseur ollicieux ;
La commission, avant de statuer définitivement sur le
nommé Bordes, présent, ayant senti la nécessité de s'en-
tourer de nouvelles lumières sur cette affaire, l'ajourne
indéfiniment et jusqu'à ce qu'elle ait pu se procurer des
renseignements plus positifs.
Fait en séance, à Bordeaux, les jour, mois et an que
dessus.
Signés (sic) à l'original : Danguezan, lieutenant; Tu-
quat, sergent-major; Campagnes, sergont-major; Arriet,
chef de bataillon; Friart, capitaine; Lasserre, chef de ba-
taillon, et le chef de brigade président, Boudet.
Pour copie conforme :
L'adjudant général commandant la 2^ subdivision
de la 11^ division militaire,
Signé : Meugieu.
Et le 12 ventôse même année i, la susdite commission
militaire ayant reçu, d'après ses demandes, de l'adminis-
tration municipale de Toulouse des nouvelles pièces et
renseignements, et instruite de l'arrivée de quatre nou-
veaux témoins envoyés par ladite administration pour
déposer devant elle sur l'identité du nommé Jean-x'Vndré-
Guillaume Bordes, a repris ledit jour sa séance dans le
même lieu, et après avoir fait comparaître le prévenu,
avoir donné publiquement et à haute voix lecture des
nouvelles pièces reçues; avoir reçu en présence de deux
I. Cette pièce forme corps avec la précédente, malgré la différence des
dates.
296
COMMISSIONS MILITAIRES.
membres de radministration du sud du canton de
Bordeaux les dépositions de quatre témoins précités ; avoir
entendu la défense de Taccusé, tant par son organe que
par celui de son défenseur, lequel ayant déclaré n'avoir
plus rien à dire, le président a ordonné que ledit Jean-
André-Guillaume Bordes fût reconduit en prison et la
commission s'étant retirée pour opiner à huis clos ;
Considérant que, d'après la déposition des témoins et
les pièces de la procédure, il est constant que le nommé
Jean-André-Giiillaïune Bordes, prévenu, est la même
personne que celle désignée dans l'extrait de la liste gé-
nérale des émigrés sous la dénomination de Bordes
aîné, abbé, de Toulouse, aux dates des 10 juillet 1792 et
24 juin 1793 (v. s.) et qui a été délivré par l'administra-
tion centrale de la Gironde ;
Considérant qu'il résulte d'un extrait des registres
d'écrou des prisons de la maison commune de ce canton que
le prévenu a été arrêté le 6 nivôse an vi^ de la République,
et par conséquent huit décades après l'expiration du délai
de quinzaine accordé aux émigrés par la loi du 19 fructi-
dor an v^ pour sortir du territoire de la République ;
Qu'ainsi il se trouve dans le cas de l'article 16 de la loi
précitée qui porte : (Suit le texte de Varticle.)
Que l'article 2 du titre IV de la loi du 25 brumaire
dont parle l'article précédent, porte :
L'infraction de leur bannissement sera punie de mort;
En vertu des deux articles précités,
La commission a condamné et condamne à la pein€ de
mort le nommé Jean-André-Guillaume Bordes.
Le présent jugement sera exécuté dans les i\ heures, à
la diligence du général commandant la 2® subdivision de
la ii« division militaire, à qui il sera adressé de suite en
original, ainsi que toutes les pièces de la procédure.
COMMISSIONS MILITAIRES. 297
Prononcé en séance publique à Bordeaux, le 12 ventôse
'j^ année répul^licaine.
Signés àForii^inal : Suivent les noms, comme plus haut.
Pour copie conlbruic, etc.
§ 3.
Le i3 ventôse an 5.
L'administration centrale du département de la Gironde
au ministre de la police.
La commission militaire a condamné à la peine de
mort le nommé Bordes, convaincu d'émigration et de
désobéissance à la loi du 19 fructidor : le jugement a été
exécuté ce matin.
Peu d'instants avant le jugement, nous reçûmes de la
commission militaire la lettre dont vous trouverez ci-
joint copie avec celle de la réponse que nous crûmes
devoir y faire i.
Votre lettre en eflet du 27 nivôse ne laissait aucun
doute sur les limites de sa compétence et sur la question
à décider en ce cas-ci, et il paraît qu'il a suffi de la re-
mettre sous les yeux de la commission pour dissiper ses
incertitudes.
I. En effet, la commission, prise d'un scrupule, en avait demandé la solu-
tion à l'administration centrale. L'inscription, « Bordes aîné, » sur Ja liste
des émigrés, identili ait-elle « Jean-André-Guillaume Bordes, » et quand
même, imparfaite comme elle était, pouvait-elle servir de base légale à la
procédure? N'était-elle pas nulle? — Une question analogue d'identité
s'élevait à la même époque, devant la même commission militaire, à l'oc-
casion d'un sieur d'Hugonneau, originaire du département des Ueux-
Sèvres. La commission (i3 pluviôse an vu) demandait à l'administration
un extrait de naissance du prévenu et ceux de ses deux frères, et récla-
mait des témoins, habitant la même commune que lui, pour déposer sur
son identité; elle déclarait ne pouvoir procéder au jugement, avant que
pièces et témoignr>ges lui eussent été fournis. Nous ne connaissons pas
la suite qu'eut cette affaire d'Hugonneau.
298 COMMISSIONS MILITAIRES.
A l'instant nous recevons, de l'envoi du général, la
copie du jugement de J. A. G. Bordes; nous vous en adres-
sons copie conforme.
Salut et fraternité.
A. N. F; ;38:.
Suivent les signatures.
BRUXELLES
I.
ScELUER, prêtre
25 prairial an vi — i3 juin 1798.
La commission militaire condamne, et l'on fusille
comme émigré rentré un ex-croisier ^ originaire de Tour-
nai, nommé Scellier.
Chotin, Histoire de Tournai^ p. 3^8 ; Journal manuscrit (VIsbeccjue, au
i3 juin 1798, conservé à la bibliothèque communale de Tournai; Journal
manuscrit du chanoine Nys, à la date du 20 juin 1798, conservé à la bi-
bliothèque de la ville de Bruxelles.
II.
Un prêtre (émigré français)
1" thermidor an vi — 19 juillet 1798.
Hier, l'après-midi, un prêtre, émigré français, con-
I. Chanoines réguliers de Tordre de Saint- Augustin, ajipelés Croisiers à
cause de la croix qu'ils portent sur leur vêtement.
COMMISSIONS MILITAIRES. 399
damné à mort par la commission militaire séante en cette
ville, a été fusillé.
Moniteur du 6 thermidor an vi ; lettre de Bruxelles, datée du 2.
III.
Un Emigré
2 nivôse an vu — 22 décembre 1798.
Le i^^' nivôse an vu, le tribunal criminel de Bruxelles
renvoie à la commission militaire un détenu, inculpé de
correspondance avec les émigrés, détenu que le géné-
ral Leclerc aurait envoyé au tribunal.
Registre du Tribunal criminel, an vi (greffe du triJjunal de i"= instance
de Bruxelles). — D''après le même registre, il s'agirait d'un sieur Van der
Wallen (François-Joseph).
Le lendemain, 2 nivôse, un émigré est fusillé à Bruxelles,
sur l'ordre de la commission militaire.
Journal du chanoine Nys, à sa date. — S'agit-il de Van der Wallen
nommé ci-dessus, ou d'nn autre 1 ?
I. M. Paul Verhaegen, juge au tribunal de première instance de Bruxelles,
auteur de diverses études d'une solide érudition sur la période révolution-
naire en Belgique (Les Séquestrations monacales en Belgique, en ij!)6 ;
Essai sur la liberté de la presse en Belgique durant la domination française,
1792-1814, etc.), mil procuré les renseignements ci-dessus. — « Ces laits,
m'écrit-il, ne sont mentionnés dans aucun des journaux du temps que j'ai
pu vérilier, notamment dans le Rédacteur, le Compilateur ; ni dans la
Chronique des événements arrivés d Bruxelles de lySo à i8i4, journal d'un
contemporain édité par Galesloot (2 a'oL), ni dans la Chronique de l'époque
par Goetviel, conservée à la bibliothèque royale, ni dans l'Histoire de
Bruxelles, par Henné etWauters. » M. P. Verhaegen m'a l'ait profiter encore
de ses notes sur diverses commissions militaires de France ; il me per-
mettra de le remercier ici de ses bienveillants procédés.
300 COMMISSIONS MILITAIRES.
CAEN
Le Lodé
i8 brumaire an vu — 8 novembre i;98.
La commission militaire, établie à Caen, vient de con-
damner à mort le nommé le Lodé, du département de la
Manche, convaincu d'émigration. Il a subi son jugement
le i8 de ce mois (brumaire).
Le Rcpiiblicain du Nord, numéro du i"^' frimaire an vu; Paris, 27 bru-
maire >.
ANNEXES
Leclerc, dit LA Feuillade, ET Grimoult d'Esson 2
i3 prairial an vi — i" juin 1798.
Condamnation à mort, le i3 prairial, à Caen, d'un
nommé Leclerc, dit la Feuillade, ex-lieutenant de
chouans 3.
(Moniteur du 22 prairial an vi — 10 juin 1798.)
1. Les Archives nationales ne possèdent aucun document sur ce person-
nage. Il en est sans doute de même aux archives du Calvados, s'il m'est
permis de le conclure du silence qu'a gardé ]NL l'archiviste sur la demande
de renseignements que j'ai eu l'honneur de lui adresser.
2. Ces deux prévenus comparurent, non pas, comme émigrés, devant une
commission militaire, mais devant le conseil de guerre, comme chouans.
Je les cite ici pour mémoire, sans les faire entrer dans le cadre des com-
missions militaires.
3. « Jean Leclerc^, dit la Feuillade, ancien g<irde de chasse des Combray,
très adroit et très influent, chargé de la correspondance avec le dehors. »
(Rapport sur la situation du Calvados, 19 juillet. lirch. de la guerre. Cité
par M. Léoii de la Sicotière, op. eit., t. II, p. 7;.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 3oi
i6 vendémiaire an VI. — Arrêté du Directoire, pour mettre
d'Esson en arrestation et apposer les scellés sur ses papiers.
A. N. F; 4371.
2y vendémiaire an VI. — Procès-verbal d'arrestation
d'Esson, à Esson, et de Leclerc, à Harcoart (Calvados).
3o vendémiaire. — Da général de hrig-ade Delariie, com-
mandant de la subdivision à Caen, an ministre de la police
générale. — « Citoyen ministre, nous avons cru indispen-
sable, le commissaire du département et moi, de vous faire
parvenir, en même temps que le nommé d'Esson, le nommé
Leclerc dit la Feuillade, non moins dangereux que le premier.
«Il est bien intéressant, citoyen ministre, que ces deux indi-
vidus ne reviennent pas dans leurs foyers ; leur retour serait
d'autant plus dangereux qu'ils ont la confiance des habitants
de leur canton qu'ils ont trompés par leurs suggestions perfides
et fait fanatiser par les prêtres ; nous attendons avec impa-
tience les mesures que vous nous avez annoncées pour purger
le pays des scélérats qui l'infestent.
Salut et respect.
Delarue. »
[Interrogés, d'après la cote, les 7 frimaire, 5 nivôse et
12 nivôse an vi.]
Jz/ ventôse an VI. — Du ministre de la justice au ministre
de la police générale.
« Le citoyen Chemery, capitaine rapporteur près le conseil
de guerre de la 14^ division militaire, vient de m'adresser,
mon cher collègue, l'extrait de deux procédures qu'il a ins-
truites contre les nommés Desson et Jean Leclerc dit la Feuil-
lade, actuellement détenus au Temple à Paris. Il en résulte
que ces deux individus sont prévenus, entr'autres délits, de
celui d'embauchage, et comme ce délit est de la compétence
du conseil de guerre, conformément à la loi du 21 brumaire
an V, je crois qu'il convient de les faire conduire à Caen,
sous bonne et sûre garde, à l'eftét d'y être jugés. Je vous
3o2 COMMISSIONS MILITAIRES.
invite en conséquence à prendre des mesures efficaces pour
assurer le transfèrenient et à m'en donner avis.
« Salut et fraternité.
« Lambrechts. »
5 floréal an VI. — Partis pour le conseil de guerre du Cal-
vados.
5 floréal an VI. — Renvoyés à Gaen devant le conseil de
guerre.
10 floréal an VI. — Certificat du gardien de la maison
d'arrêt de Caen, attestant qu'il a reçu ce jour les nommés
Desson et Leclerc comme prévenus d'embauchage et de
chouannage.
1 1 floréal. — Du général de brigade Delarue ; a reçu les
pièces de la procédure, consistant en une liasse de lettres
trouvées chez Grimoult d'Esson et sept autres pièces conte-
nant des interrogatoires, audition des témoins, etc.
[Leclerc fut condamné à mort le i3 prairial et exécuté ; il
n'est pas question de d'Esson.]
A. N. F; 6196, n" 2748.
COLMAR
BoGHELK, prêtre
6 thermidor an vi — 24 juillet 1798.
[Jean Bochelé, né à lUfurth, près d'Altkirch, était vicaire à
Seppois-le-Bas. Il refusa le serment et se déporta en Suisse ;
mais il repassait souvent la frontière pour se livrer à l'aposto-
lat. Il s'éloigna de nouveau après fructidor : ce fut pour peu
de temps; à la fin de l'année 1797 et pendant la première
moitié de l'année 1798, il revint évangéliser Seppois et les pa-
roisses voisines. En juillet, il put lire les affiches par les-
COMMISSIONS MILITAIRES. 3o3
quelles on promettait une prime de cent Irancs à quiconque
le dénoncerait, lui, ou tel autre prêtre fidèle. Une nuit, il fut
surpris, et quelques coups de sabre l'avertirent du sort qui
l'attendait.
Dirigé sur Colmar, emprisonné et gardé à vue, un arrêté
du département le déféra à la commission militaire. Il com-
parut le 24 juillet dans la matinée; à une heure et demie, il
connut sa condamnation. Il l'accepta, dit-on, avec joie. Il
voulut se rendre à pied au lieu du supplice; une cohue
ignoble l'accablait d'outrages. Il subit la mort le 24 juillet, à
cinq heures du soir. Il avait trente-huit ans i.]
DIJON 2
1° François Bardet, dit Laroghère
2^ Pierre Agnan, dit le chevalier de Rocquard
14 et i^ frimaire an vi — 4 et 7 décembre 1797.
Dijon, le ig frimaire. — « En vertu de la loi du
19 fructidor dernier, la commission militaire, séante en
notre commune, pour les six départements qui composent
la 18^ division, a prononcé, les 4 et 7 de cette décade, la
peine capitale contre deux individus convaincus d'émi-
gration.
(( Le premier jugement porte qu'il est constant que
1. Cf. La Persécution religieuse en Alsace de lySg à iSoi, par l'abbé Win-
terer. Rixheira, 1876, p. 280 et suiv. L'auteur renvoie à une Relation con-
temporaine de la mort du prêtre Bochelé, qu'a publiée le Catholisches
Kirchen mid Schulblatt, ann. i856, p, 234.
2. Je rappelle que c'est à M. J. d'Arbaumont que je dois les renseigne-
monts qui suivent.
3o4 COMMISSIONS MILITAIRES.
François Bardet, dit Larochère, né à Glamecy, départe-
ment de la Nièvre, ancien officier de milice, âgé de qiia-
rante-six ans, est inscrit sur une liste d'émigrés ; qu'il
est porté sur une liste particulière du département de la
Nièvre, et qu'il a été arrêté à Ghâteau-Gliinon, après les
délais fixés par la loi du 19 fructidor.
« Les motifs du second jugement sont que Pierre Agnan,
dit le chevalier de Rocquard, né à Andoge (sic, ?), dé-
partement de la Gliarente, ancien capitaine dans Artois,
et, depuis la Révolution, officier dans l'armée de Gondé,
âgé de quarante-sept ans, a émigré; qu'il a porté les
armes contre son pays ; qu'il n'est rentré que pour voir
sa famille, et qu'il a été arrêté près de Beaune, après les
délais fixés par la loi.
« Tous deux ont marché au lieu du supplice avec le
plus grand calme; le dernier surtout a montré un sang-
froid et une présence d'esprit qui ne l'a pas abandonné
un seul instant; il ne voulait pas même qu'on lui bandât
les yeux. La première décharge les a privés tous deux de
la YÏe.
« Bardet était sorti de son pays en 1792, et s'était,
disait-il, retiré à Lyon, d'où il n'avait aucun certificat
de résidence. Il avait avoué à l'administration centrale
de la Nièvre qu'il était sorti de la République en 1792 et
qu'il savait être inscrit sur la liste des émigrés. Arrêté
à Ghâteau-Ghinon, muni d'un faux passeport sous le nom
de Pirot, garçon tailleur, il avait dit à l'agent municipal
qu'il n'était rentré en France que pour y venir chercher
quelque argent; que son intention était de retourner en
pays étranger pour obéir à la loi.
<( Bardet a été défendu avec tous les talents qu'on
connaît au citoyen Jacquinot, qui, dans cette cause, a
encore ajouté à l'idée qu'il avait jusqu'ici donnée de son
i
COMMISSIONS MILITAIRES. 3o5
éloquence. Tous ses moyens dérivaient de ce point de fait
que le prénom de l'accusé n'était pas désigné sur la liste
des émigrés.
« Le chevalier de Rocquard avait quitté la France en
1791; il avait fait contre elle cinq campagnes, dont
quatre à l'armée de Gondé. Il avait encore dans son por-
tefeuille, lors de son arrestation près de Beaune, son
brevet de chevalier de Saint-Louis, dont la croix lui
avait été donnée à Miïlheim en 1797, des passes signées
de Monsieur, du comte d'Artois, du général autrichien,
et du duc de Broglie. 11 n'était rentré que pour voir sa
famille.
(( Cet émigré n'a point eu, comme l'autre, de défenseur.
On a prétendu que la loi ne lui en accordait pas. Mais
tout ce qu'elle ne défend pas est permis ; les lois pénales
doivent surtout être interprétées favorablement, et l'on
doit aux malheureux prévenus la dernière consolation
d'être au moins défendus '. »
Journal de la Côte-d'Or, 20 frimaire an vi.
2.
[La même feuille mentionne encore les affaires suivantes :
1° 2^ frimaire an VI : Jean-Zacharie Imbert, roulier, né à
Auriol (Bouches-du-Rhône), père de cinq enfants, rayé provi-
soirement de la liste des émigrés ; dénoncé à Mâcon par son
aubergiste. « II a nié dans son interrogatoire que ce fût lui qui
était inscrit sur la liste des émigrés et a assuré que, dans sa
commune, il y avait un autre individu du même nom. »
L'identité paraissant douteuse, la commission a prononcé
I. N'ya-t-il pas lieu de supposer que, dans l'intervalle des deux jugements,
Merlin (de Douai) rappela aux juges de la Commission militaire les prin-
cipes qu'il faisait prévaloir à Paris? Supra, p. 190-191.
18 FRUCTIDOR. 20
3o6 COMMISSIONS MILITAIRES.
la réincarcération du prévenu et l'envoi de la procédure au
département des Bouches-du-Pihône i.
2° Du 25 frimaire an VI au 25 fructidor, même année :
A. André-François Janson, dit de Par, natif de Troyes; en-
gagé dans les colonies, puis confié à deux émigrants qui
l'avaient emmené de force à Coblentz. Renvoyé au départe-
ment de l'Aube pour plus ample information.
B. Maling et Faye, du ii^ régiment de hussards, accusés
d'avoir passé à l'ennemi; le premier, réincarcéré pour plus
ample information; le second, acquitté 2.
C. Jean Lambert, cordonnier, âgé de trente-trois ans, retiré
en Suisse, enrôlé au régiment d'Erlach, au service des Au-
trichiens, a combattu notre armée en Italie. Condamné à
mort. Il confesse qu'il avait été condamné, pour vol, à neuf ans
de galères et qu'il s'en était échappé 3,
D. Pierre Dauzanneau, né à Caprès 4 (Dordogne), ex-bri-
gadier de gendarmerie, inscrit à tort sur la liste des émigrés.
Placé sous la surveillance de l'administration centrale.
E. Claude-Gliarles Beauquille, natif d'Orthe 5, près Langres.
Acquitté.
F. Louis Guillemin, de Louhans, accusé d'émigration et
de complicité avec des émigrés. Renvoyé au département du
Jura 6,]
1. Le journal ajoute qu'une lettre de l'administration de son canton lui
reprochait d'avoir contribué aux égorgeraents qui avaient souillé sa com-
mune, et que cette révélation avait diminué l'intérêt que le prévenu avait
d'abord inspiré.
2. Ces deux prévenvis ne relevaient pas de la commission militaire : ils
ont dû passer en conseil de guerre.
3. Même observation.
4. Lire : Saint-Gaprais, commune de Gemozac.
5. Lire : Hortes.
6. Ce fut le résultat final ; mais voici comment les choses se passèrent :
Par jugement du 18 frimaire an vi, la commission de Dijon, considérant
que Guillemin n'était pas émigré et qu'il ne pouvait être considéré comme
inscrit sur la liste des émigrés, avait ordonné sa mise en liberté. L'admi-
nistration centrale du Jura, de qui Louhans dépendait alors, dénonça ce
jugement pour excès de pouvoirs (2 nivôse an vi) ; le Directoire (arrêté du
24 pluviôse) ordonna qu'il resterait sans exécution et renvoya le prévenu
devant le département du Jura. A. N. F7 43;2, n» 2101.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3o^
ANNEXES
[A propos de Maling, ou mieux Malengre, qui se cachait
sous le nom de Deroussent, et de Faye, tous deux cités ci-
dessus (2° J5), nous avons trouvé aux Archives nationales une
correspondance officielle. Par lettre du 17 pluviôse an vi, le
ministre de la police dénonce ces deux individus au commis-
saire du Directoire près l'administration municipale d'Autun ;
il lui recommande de prendre des renseignements dans le
plus grand secret : «Vous me rendrez compte de vos démarches
et de leur résultat. Songez que vous encourriez une grave
responsabilité, si vous favorisiez par négligence ou indiscrétion
l'évasion de l'un de ces cruels émigrés, la honte et le fléau de
leur patrie. » Le commissaire répondit les deux lettres sui-
vantes :J
22 pluviôse an vi.
Le commissaire du Dii^ectoire pj^ès Vadm^inistration muni-
cipale d'Autun au ministre de la police.
Je n'ai pas perdu un instant pour prendre à l'égard des
nommés Deroussent et Faye, hussards au 11^ régiment,
les renseignements que vous m'avez chargé de prendre
par votre lettre, en date du 17 pluviôse an vi. Deroussent
était ici, lorsque je reçus vos ordres. Son incivisme,
quelques faits particuliers, me déterminèrent à le faire
arrêter sur-le-champ. Il n'y a aucun doute qu'il n'ait servi
dans l'armée de Gondé. Il me l'a avoué en présence de
témoins, après son arrestation. Il l'a dit aussi depuis au
geôlier de la maison d'arrêt. Quant au nommé Faye, il
était en résidence à cinq lieues d'Autun. Je n'ai pu acqué-
rir la même certitude sur son émigration. J'ai interrogé
un hussard de sa compagnie, qui m'a dit qu'il passait en
effet pour avoir servi, ainsi que Deroussent, dans l'armée
3o8 COMMISSIONS MILITAIRES.
de Gondé. Les déclarations que Deroussent m'a faites
sont si conformes à la dénonciation qui vous a été trans-
mise que j'ai cru de mon devoir de faire arrêter aussi
Faye, persuadé qu'elle ne Tétait pas moins par rapport à
lui. Je les ai fait mettre tous deux au secret absolu, ainsi
que vous me l'avez prescrit. J'attends vos ordres ulté-
rieurs. Comptez sur mon zèle et sur mon activité à pour-
suivre les ennemis de la République.
Salut et respect.
Lacôte.
Original autographe.
A. N. F; 6i5o.
2 ventôse an vi.
Du même au même.
.... Les rapports qui m'ont été faits depuis leur arresta-
tion (Deroussent et Faye) m'ont confirmé de plus en plus
que Deroussent, dont le véritable nom est Malengre, a
réellement servi dans l'armée de Gondé. Il paraît roya-
liste bien prononcé. S'il en fallait d'autres preuves que
ses propos et ses sociétés habituelles, on en trouverait
une convaincante dans les chansons qui sont parmi ses
papiers. Il n'existe contre Faye que des soupçons qui ne
sont pas trop fondés. Il est donc urgent, citoyen ministre,
de faire traduire ces deux prévenus devant une commis-
sion militaire, afin que Faye, s'il est innocent, soit
promptement mis en liberté, et que l'autre subisse la
peine qu'il a justement méritée pour avoir porté les
armes contre sa patrie.
Salut et respect.
Lacôte.
Original autographe.
Ibid.
COMMISSIONS MILITAIRES. SoQ
DOUAI
Lempereur, religieux
4 brumaire an vi — 25 octobre 1797.
[Dans une lettre au ministre de la police, en date du i5 ven-
démiaire an VI, Benoît Lempereur expose que l'abbaye de
Maroilles i, dont il était membre, ayant été supprimée, il a
quitté le district d'Avesnes et a cessé d'y toucher sa pension;
qu'il s'est retiré d'abord à l'abbaye de Vicoigne 2, qui leur avait
été fixée par le Directoire du département et fut inscrit sur
la liste des pensionnaires en Valenciennes ; il y resta jusqu'au
4 septembre 1792. Forcé de déguerpir en vertu d'un nouveau
décret de l'Assemblée nationale, il s'est retiré alors chez son
père, à Viesly, district de Cambrai, canton du Cateau. Il y est
encore, il n'a jamais quitté le sol de la République. Il réclame
contre son inscription sur la liste d'un district autre que celui
de son habitation, et demande la permission de rester en
arrestation dans sa commune sous surveillance, jusqu'au jour
où il pourra obtenir sa radiation.
Pièces fournies :
1° Serment de liberté et d'égalité à Viesly, folio 281, 10 sep-
tembre 1792;
2° Certificat de résidence de la municipalité ;
3° Certificat de résidence à Angres ;
4*^ Autre à Viesly, du 2 pluviôse ;
5° Déclaration de soumission aux lois de la République, du
12 fructidor an m, et déclaration d'exercer le culte catholique,
apostolique et romain ;
1. MeuA; ; Marœil ; abbaye de l'ordre de Saint-Augustin, seconde fille,
dans le diocèse d'Arras, de la célèbre abbaye d'Arrouaise. Cf. Le clergé du
diocèse d'Arvas^ Boulogne et Salnt-Oiner, par Tabbé Deramecourt, passim.
2. Ou Vicogne; abbaye de Prémontrés. Ibid.
3lO COMMISSIONS MILITAIRES.
6° Déclaration de soumission aux lois, le 19 brumaire
an IV.]
A. N. F;; 4992. N" 6169.
Douai, 4 brumaire an vi — 25 octobre 1797.
Le commissaire du Directoire au ministre de la police.
Citoyen,
En exécution de l'article i5 de la loi du 19 fructidor
dernier, j'ai traduit à la commission militaire séant en
cette ville le nommé Lcmpereur, ex-prieur de l'abbaye
de Maroilles, ci-devant district d'Avesnes, inscrit sur la
liste générale des émigrés du département du Nord.
La commission vient de le condamner avijourd'hui à la
peine de mort. Le jugement a été exécuté de suite.
Salut et fraternité.
Original. GrOSLEVIN.
A. N. F7 6142, d. 289.
Paris, 7 brumaire an vi — 28 octobre 1797.
Le ministre de la police au Directoire.
J'ai l'honneur de vous prévenir que le nommé Lempe-
reur, ex-prieur de l'abbaye de Maroilles, émigré, vient
d'être condamné à la peine de mort par la commission
militaire séante (sic) en la commune de Douai, départe-
ment du Nord.
Salut et respect.
Minute. SOTIN.
A. N. AF III, 46, d. 168.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3ll
GAND
Deux personnes
I" frimaire an vu — 21 novembre 1798.
« Hier ont été fusillées deux personnes, que la commis-
sion militaire avait condamnées à mort. L'exécution de
la sentence a eu lieu dans le château, en présence d'un
grand nombre de curieux. »
Gazette van Gend, duodi 2 frimaire an vu ' .
Un Bruxellois
Avril 1799.
« A Gand, le .... ayril 1799, une commission militaire
fait fusiller comme émigré rentré un Bruxellois, malgré
ses énergiques protestations. »
Journal du chanoine Nys 2.
1. Ce renseignement m'a été fourni par M. F. de Potter, de Gand, secré-
taire perpétuel de l'Académie flamande.
2. Renseignement procuré par M. P. Verhaegen. — Il y eut beaucoup de
personnes fusillées en Belgique, mais ce fut en vertu de jugements de con-
seils de guerre, à l'occasion de la guerre dite des paysans. (La Terreur sous
le Directoire, p. 238-25i.)
3l2 COMMISSIONS MILITAIRES.
GRENOBLE
I.
Cazeneuve
i3 ventôse an vi — 3 mars 1798.
« Une commission militaire est instituée pour juger les
émigrés rentrés en foule et dont un grand nombre n'ont
pas encore obtenu leur radiation. Le i3 ventôse an vi,
3 mars 1798, elle condamne à mort et fait exécuter un
pauvre cultivateur de Perpignan, nommé Cazeneuve,
ancien volontaire de la république, qui avait été fait pri-
sonnier par les Autrichiens et incorporé dans l'armée des
princes. »
A. Priidhomme, archiviste de l'Isère, Histoire de Grenoble, p. 656,
d'après le Courrier patriotique, t. VIII, p. 622.
II.
Bertrand, prêtre
26 ventôse an vi — 16 mars 1798 1 .
I Bertrand, curé de Saint-Etienne-d'Avançon (Hautes- Alpes);
se déporta en Italie; revint en 1796. Arrêté dans l'Isère, il fut
conduit à Grenoble et comparut devant la commission mili-
taire. Il fut condamne à mort, et exécuté le même jour.]
I. Et non décembre 1797, comme le dit l'abbé Guillon, Martyrs de la
foi, t. II, p. 2o3.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3x3
Jugement de la commission militaire i.
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,
Cejourd'hiii 26 ventôse, l'an vi de la République fran-
çaise, une et indivisible ;
La commission militaire, créée en vertu de la loi du
19 fructidor an v, composée, conformément à cette loi, des
citoyens Marnet, chef de brigade, président; Jeannot,
chef de bataillon de la 5o« demi-brigade ; Rolin, capitaine
de la 74^ demi-brigade ; Rahier, capitaine à la 5o^ demi-
brigade ; Fayole, sous-lieutenant à la 5o^ demi-brigade ;
Dupuis et Bertin, tous deux sergents aussi à la 5o^ demi-
brigade; tous nommés par le citoyen Massol, général
divisionnaire, commandant la 7^ division militaire ; as-
sistés du citoyen Rigolier, secrétaire, nommé par le pré-
sident ;
Lesquels, aux termes des articles VII et VIII de la loi
du i3 brumaire an v, ne sont parents ou alliés, ni entre
eux, ni du prévenu, au degré prohibé par la constitution
de l'an m.
La commission, convoquée par l'ordre du commandant,
s'est réunie dans la grande salle du département, située
place de la Constitution, à l'efletde juger Jean- Joseph Ber-
trand, prêtre, âgé de soixante-trois ans, natif de Saint-
Etienne-d'Avançon, département des Hautes-Alpes, taille
de cinq pieds, cheveux, sourcils et barbe blancs, visage
I. M"« A.-M. de Franclieu, à qui rhistoire religieuse de la Révolution en
Dauphiné doit des publications si utiles et scientifiquement traitées (Vie
de M. Claude Dhière ; Pie VI dans les prisons du Dauphiné ; Deux martyrs
en iyQ4, M. Revenaz et M. Guillabert), m'a obligeamment procuré le texte
de ce jugement et le suivant, copiés aux archives de Flsère; je la prie d'en
agréer ici mes très respectueux remerciements.
3l4 COMMISSIONS MILITAIRES.
ovale, ridé, les yeux gris, nez gros et évasé, front étroit,
bouche moyenne, menton rond et avancé ; accusé d'émi-
gration.
La séance ayant été ouverte, le président a fait apporter
par le secrétaire et déposer devant lui, sur le bureau, un
exemplaire des lois des 26 brumaire an m et 19 fructidor
an V, relatives aux émigrés, et a fait lecture de toutes les
pièces, tant à charge qu'à décharge, envers l'accusé, au
nombre de huit.
Cette lecture terminée, le président a ordonné à la
garde d'amener l'accusé, lequel a été introduit libre et sans
fers devant la commission, accompagné de son défenseur
officieux.
Interrogé de ses nom, prénoms, âge, profession, lieu
de naissance et domicile, a répondu se nommer Jean- Jo-
seph Bertrand, âgé de soixante-trois ans, de Saint-Etienne-
d'Avançon, département des Hautes-Alpes, prêtre.
Après avoir donné connaissance à l'accusé des faits à sa
charge, lui avoir fait prêter interrogatoire par l'organe du
président, après s'être assuré de l'identité de sa personne
par trois citoyens de sa commune, d'un civisme reconnu,
conformément à l'article 3, section i^^ du titre V de la loi
du 25 brumaire an m ;
Ouï l'accusé dans ses moyens de défense, tant par lui
que par son défenseur officieux, lesquels ont déclaré n'a-
voir rien à ajouter à leurs moyens de défense ; le président
a demandé aux membres de la commission s'ils avaient
des observations à faire : sur leur réponse négative et
avant d'aller aux opinions, il a ordonné au défenseur et à
l'accusé de se retirer. L'accusé a été reconduit par son
escorte à la prison, le secrétaire et les citoyens assistant
dans l'auditoire se sont retirés, à l'invitation du prési-
dent.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3l5
La commission délibérant à huis clos, le président a
posé la question ainsi qu'il suit :
Le nommé Jean- Joseph Bertrand, prêtre, prévenu d'émi-
gration, est-il coupable?
Les voix recueillies en commençant par le grade infé-
rieur, le président ayant émis son opinion le dernier, la
commission militaire déclare à l'unanimité que le nommé
Jean-Joseph Bertrand, prêtre, est coupable d'infraction
aux articles i5 et i6 de la loi du 19 fructidor an v, ainsi
conçus, etc.
La commission militaire condamne à l'unanimité le
nommé Jean- Joseph Bertrand, prêtre, à la peine de mort,
conformément aux articles i et 2, section i^^, titre IV, de
la loi du 26 brumaire de l'an m, ainsi conçus, etc. ;
Ordonne que le présent jugement sera exécuté dans les
vingt-quatre heures, à la diligence du commandant de la
place, ordonne en outre l'impression, l'affiche, la distribu-
tion du présent jugement au nombre de soixante exem-
plaires, et le président demeure chargé d'envoyer l'expé-
dition du présent, tant au ministre de la guerre qu'au
général divisionnaire commandant la 7^ division, au com-
mandant de la place et à l'administration centrale du dé-
partement des Hautes-Alpes.
Fait, clos et jugé sans désemparer, en séance publique,
les jour, mois et an que dessus. Et les membres de la com-
mission ont signé, avec le secrétaire, la minute du juge-
ment.
(Suivent las signatures.)
Pour copie conforme :
Le chef de brigade,
RiGOLiER, secrétaire ; Marnet, président.
Archives de l'Isère.
3i6
COMMISSIONS MILITAIRES.
m.
LuNEL, prêtre
21 fructidor an vi — •] septembre 1798.
[Lunel, curé du Buis (Drôme), refusa le serment ; se dé-
porta; revint en 1796, sur l'appel de ses paroissiens.
Arrêté comme émigré rentré, il fut condamné à mort par
la commission militaire de Grenoble et exécuté le même
jour I.]
JUGEMENT 2
Cejourd'hui vingt-un fructidor, an vi de la République
française, une et indivisible.
La commission militaire, créée en vertu de la loi du
19 fructidor an v, composée, conformément à cette loi,
des citoyens Marnet, chef de brigade, président; Poulet,
chef de bataillon de la 26® demi-brigade ; Jeannot, chef de
bataillon de la 5o- demi-brigade; Gontasseau, capitaine
des vétérans nationaux ; Rahier, capitaine à la 5o^ demi-
brigade ; Châtain , lieutenant des vétérans nationaux ;
Graby, sergent-major à la 5o^ demi-brigade ; tous nommés
par le citoyen Massol, général divisionnaire, commandant
la 'j^ division militaire ; assistés du citoyen Rigolier, secré-
taire, nommé par le président ;
Lesquels, aux termes des articles 7 et 8 de la loi du
i3 brumaire an v, ne sont parents ou alliés, ni entre eux,
1. L'abbé Guillon (Martyrs de la foi, t. III, p. 598) indique à tort la date
de décembre 1797.
2. Le texte de ce jug-ement étant, sauf la différence des noms, absolument
semblable au précédent, je n'en reproduis que les parties essentielles. La
composition de la commission n'était pas tout à fait la même.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3x7
ni du prévenu, au degré prohibé par la constitution de
Tan III.
La commission, convoquée par l'ordre du commandant,
s'est réunie dans la grande salle du département, située
place de la Constitution, à l'effet de juger le nommé Henri
Lunel, natif d'Orange, département de Vaucluse, habitant
au Buis, département de la Drôme, âgé de soixante-cinq
ans, taille de cinq pieds trois pouces, cheveux, sourcils
et barbe gris-blanc, visage rond, yeux châtains, nez
moyen et aquilin, front large, rond et découvert, bouche
moyenne, menton rond; prêtre, accusé d'émigration.
Interrogé de ses nom, prénoms, âge, profession, lieu
de naissance et domicile, a répondu se nommer Henri
Lunel, natit d'Orange, département de Vaucluse, habitant
au Buis, département de la Drôme, âgé de soixante-cinq
ans, prêtre.
Après avoir donné connaissance à l'accusé des faits à
sa charge, lui avoir fait prêter interrogatoire par l'organe
du président, après s'être assuré de l'identité de sa per-
sonne par deux citoyens de la commune et circonvoisine
(sic), d'un civisme reconnu, conformément à l'article 3,
section I^^ du titre V de la loi du 25 brumaire an m ;
Ouï l'accusé dans ses moyens de défense, tant par lui
que par son défenseur officieux, lesquels ont déclaré, l'un
et l'autre, n'avoir rien à ajouter à leurs moyens de défense,
le président a demandé aux membres de la commission
s'ils avaient des observations à faire; sur leur réponse
négative et avant d'aller aux opinions, il a ordonné à
l'accusé et au défenseur de se retirer. L'accusé a été re-
conduit, par son escorte, à la prison; le secrétaire et les
citoyens assistant dans l'auditoire se sont retirés, à l'invi-
tation du président.
3l8 COMMISSIONS MILITAIRES.
La commission délibérant à hiiis clos, le président a
posé la question ainsi qu'il suit :
Le nommé Henri Lunel, qualifié ci-dessus, prévenu
d'émigration, est-il coupable?
Les voix recueillies, en commençant par le grade infé-
rieur, le président ayant émis son opinion le dernier, la
commission militaire déclare à l'unanimité que le nommé
Henri Lunel est coupable d'infraction aux articles i5 et i6
de la loi du 19 fructidor an v, ainsi conçus, etc.
La commission militaire condamne a l'unanimité le
nommé Henri Lunel, ex-curé, à la peine de mort, confor-
mément aux articles i et 2, section V^, titre IV, ae la loi
du 25 brumaire de l'an m, ainsi conçus, etc. ;
Ordonne que le présent jugement sera exécuté dans les
vingt-quatre heures, à la diligence du commandant de la
place, ordonne en outre l'impression, l'affiche et la distri-
bution du présent jugement, au nombre de cent exem-
plaires, et le président demeure chargé d'envoyer l'expé-
dition du présent, tant au ministre de la guerre qu'au
général divisionnaire commandant la 7^ division, au
commandant de la place, et à l'administration centrale du
département de la Drôme.
Fait, clos et jugé sans désemparer, en séance publique,
à Grenoble, les jour, mois et an que dessus. Et les mem-
bres de la commission ont signé, avec le secrétaire, la
minute du jugement.
Suivent les signatures i.
I. Ce digne prêtre écrivit le jour même de sa mort pour ses paroissiens
une touchante lettre d'adieux et de pieuses recommandations, dont M"« de
Franclieu a bien voulu me transmettre copie; je regrette vivement que
le défaut de place ne me permette pas de la reproduire.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3l()
IV.
Henri de Rohan-Rochefort i
28 vendémiaire an viii — 19 octobre 1799.
« Fils du ci-devant prince de ce nom; condamné à
mort comme émigré rentré; il avait été arrêté à Gham-
béry 2. H n'avait que vingt et un ans. Il est mort avec
beaucoup de courage. »
Moniteur, réimpression, t. XXIX, p. 872.
[Dans la séance de la Société de statistique de l'Isère du
23 novembre i85o, M. Pilot, alors archiviste du département,
lut un mémoire ayant pour titre : Détails su?^ la mort du
prince de Rohan, fusillé à Grenoble, en Van VIII. Voici,
telle que la donne le Bulletin de la société, l'analyse de ce
travail :J
« Antoine-Armand-Henri de Rochefort, fils du prince Rohan
de Rochefort, était sorti de France en 1789, à l'âge d'environ
onze ans. Incorporé plus tard dans l'armée de Gondé, il avait
d'abord servi dans la légion de Rohan que commandait l'un
de ses oncles. Après la dissolution de ce corps, il avait passé
1. On ne le voit pas mentionné dans la continuation par M. Pol Potier
de Courcy de VHistoire généalogique, etc., du P. Anselme (t. IX, p. 2o4-2o5) ;
n'était-il pas fils de Charles-Louis Gaspard, prince de Rohan-Rochefort et
de Montauban (i 765-1843) et de Marie-Louise-Joséphine de Rohan-Guéméné,
mariée en 1780, décédée en 1889 ?
2. La seule pièce que j'aie trouvée, sur le jeune Rohan-Rochefort, aux
Archives nationales, est une lettre du ministre de la police au secrétaire
général du Directoire (17 prairial an vu) : « J'ai remis, citoyen, au président
du Directoire exécutif, deux lettres de l'administration centrale du dépai^te-
ment du Mont-Blanc, relatives à l'arrestation du nommé Rochefort-Rohan
et de trois autres émigrés rentrés comme déserteurs de l'armée autri-
chienne. Ayant besoin de cette correspondance, devenue inutile dans les
bureaux du secrétariat du Directoire exécutif, je vous invite à me la ren-
voyer. » En marge : Enregistrer ces pièces comme parvenues et rendues
320 COMMISSIONS MILITAIRES.
avec le grade de capitaine dans le deuxième bataillon d'in-
fanterie légère autrichienne. Ce bataillon était venu en gar-
nison à Ivrée. Rohan, depuis longtemps tourmenté du désir
de rentrer en France et décidé à tout braver pour mettre ce
projet à exécution, partit furtivement d'Ivrée dans le courant
de mai 1799, et en suivant des chemins détournés, sous la
conduite de quelques paysans, il parvint aux postes de l'ar-
mée française à Suze, où il se présenta comme déserteur. Il
était accompagné d'un soldat de sa compagnie, d'un domes-
tique et d'une femme veuve, également attachée à son service.
Le général de brigade Ledoyen, qui commandait à Suze, re-
tint quatre chevaux et des armes de prix qui étaient en la
possession du transfuge, lui remit quelques pièces d'or en
échange, et lui délivra, ainsi qu'à ses compagnons de route,
un passeport pour Gliambéry, où ils devaient se présenter
au commandant de la place et à l'administration centrale
du département. A leur arrivée à Chambéry, ils furent
interrogés par les autorités, mis en état d'arrestation, et,
après une détention de quelques jours, envoyés à Grenoble
sous l'escorte de la gendarmerie, pour être traduits devant
une commission militaire comme prévenus d'émigration.
« A Grenoble, plusieurs personnes s'intéressèrent à Rohan
et à ses compagnons. On chercha à les sauver. Le général
Muller et le conseil de guerre ne furent point d'abord inexo-
rables à leur égard. Ils leur accordèrent un délai d'un mois
pour préparer leur défense et produire des pièces tendant à
prouver que leur sortie de France avait eu lieu avant le
i*^^ juillet 1789. Mais le ministre de la police, l'implacable
Fouché, qui avait été instruit de l'arrestation des prévenus,
de leur renvoi devant la commission militaire et du délai d'un
mois accordé dans l'intérêt de leur défense, écrivit à la fois
au général divisionnaire du département et au commissaire
du Directoire exécutif près l'administration centrale, pour
ensuite le 17 (prairial) au ministre de la police. — AFiii, 47, à^ 170, n" 2127.
Ainsi l'arrestation devait remonter à la première quinzaine de prairial. —
Sous la Terreur, J. Quetenoe Rohan-Rochefort, qualifié ex-noble, âgé de
vingt-quatre ans, avait été condamné à mort (29 prairial an 11) par le tri-
bunal révolu cionnaire de Paris. (Moniteur, réimp., t. XX, p. 727, et t. XXI,
p. 39; Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris., t. IV, p. 256.)
1
COMMISSIONS MILITAIRES. SlI
presser la solution de celle alïïiire. Par ses lettres, Fouché
recommande de convoquer la commission militaire immédia-
tement après l'expiration du délai accordé, et de prendre des
mesures pour que, dans le cas où la commission ne trouverait
point matière suffisante à une condamnation, les détenus ne
pussent s'évader et se soustraire à des poursuites adminis-
tratives.
« A l'expiration du délai fatal, les pièces attendues par le
jeune Rolian n'étaient pas encore arrivées. Malgré une lettre
de M. Augustin Périer, qui s'était chargé de demander les
pièces à ses correspondants d'Alsace, et qui annonçait qu'elles
étaient en route, tout sursis fut refusé. La commission mili-
taire se réunit le 28 vendémiaire et, à l'unanimité, elle con-
damna le malheureux jeune homme à la peine de mort. Le
môme jour, à quatre heures du soir, il fut conduit au lieu du
supplice et fusillé au pied du rocher de la porte de France,
dans l'intérieur de la ville. Peu de temps après, arriva à Gre-
noble un paquet cacheté à son adresse ; peut-être renfermait-
il ces pièces justificatives si malheureusement retardées ! Ce
paquet fut envoyé à Fouché le 14 brumaire.
« Quant aux compagnons de Rohan, ils furent acquittés par
la commission militaire ; retenus néanmoins en prison par les
ordres du ministre de la police, ils languirent sous les verrous
pendant plus de sept mois. Ce ne fut que le 24 floréal an viii,
après de vives sollicitations, qu'ils furent déflnitivement ren-
dus à la liberté. »
Bulletin de la Société de statistique du département de Vlsère. Deuxième
série, 1. 1, p. 290-292 l .
I. C'est à M. Urbain Poncet, étudiant à Grenoble, que je dois ces indica-
tions bibliographiques ; j'aime à le remercier ici de son obligeance. Le
dossier Rohan-Rochefort, d'après lequel M. Pilot a rédigé son récit, est
conservé aux Archives de l'Isère, série L.
l8 FRUCTIDOR. 21
322 COMMISSIONS MILITAIRES.
HUNINGUE
1° Comte de ou du Failly
2° Deux autres
Brumaire an vi.
A Huniiigiie, de ou du Failly, émigré rentré, a été
fusillé par jugement du conseil militaire. Quelques jours
auparavant, deux autres émigrés avaient subi le même sort.
Le Républicain àii Nord, numéro du 20 brumaire an vi.
LIEGE
I.
Ghindelair
8 vendémiaire an vi — 29 septembre 1797.
7 vendémiaire an vi — 28 septembre 179-.
Nicolas Bassenge i, commissaire du Directoire exécutif près
r administration du département de VOurthe, au commis-
saire du Dii^ectoire près le canton de Liège.
Voilà, cher collègue, un cas certainement désagréa-
I. Jean-Nicolas Bassenge, né à Liège le 27 novembre 1758, membre du
conseil municipal après la révolution liégeoise du 18 août 178J), exilé le
COMMISSIONS MILITAIRES. 323
blc qui se présente : im iioiuinc Léonard Chindelair,
honinic obscur, cordonnier de profession, a été arrêté
hier sur Avroy.
Cet individu est porté sur la liste de nos prévenus
d'émigration; il n'a jamais obtenu de radiation; il n'en
a même pas demandé ; il est rentré tout bonnement chez
lui, où il demeure depuis plus d'un an sans qu'on l'ait
inquiété.
Cet être n'a pas cru devoir quitter [sortir] depuis la nou-
velle loi; il ne l'a peut-être pas connue. Aujourd'hui on le
dénonce, on l'arrête ; il est sur la liste ; la commission mili-
taire est nommée ; elle jugera dans les vingt-quatre heures.
Quelles que soient les raisons d'exemption qui peu-
vent militer pour cet homme, il n'est pas rayé défini-
tivement, et les articles i5 et i6 de la loi du 19 fruc-
tidor sont si précis, si positifs ! Pourquoi n'avons-nous
pas, au lieu d'un être de cette espèce, un des chefs de file ?
Heureusement, ce Chindelair est un très mauvais
sujet.... qui ne peut guère inspirer d'intérêt.
Op, cit., p. 127.
12 janvier i;;;9i, rentré en septembre 1791 après la bataille de Jemmapes,
chef des patriotes qui votèrent, le 20 janvier 1793, la réunion du paj^s de
Liège à la France, emprisonné à Paris, mis en liberté, revient à Liège
après Fleurus (26 juin 1794); membre de l'administration centrale provi-
soire, procureur de la Commune, président de l'administration centrale ;
enfin, à la suite de l'incorporation du pays de Liège (9 vendémiaire an vi
— I" octobre 1795), commissaire du Directoire exécutif près l'administra-
tion du département de l'Ourthe. Plus tard, élu au Conseil des Cinq Cents
(i" prairial an vi); éliminé du corps législatif le 0 germinal an x; biblio-
thécaire de la ville de Liège (i" nivôse an xiii); mort en fonctions le
16 juillet 1811. — J'emprunte ces renseignements, ainsi que les lettres de
Bassenge, à une conférence de M. Ferdinand Gonne, qui a pour titre : Un
type de révolutionnaire liégeois, Jean-Nicolas Bassenge. Cette étude, qui
complète avantageusement des travaux antérieurs, a été faite sur pièces
empruntées aux Archives provinciales. Elle fait partie des Conférences de
la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1^ série (Liège, Demirteau,
éditeur, 1889).
324 COMMISSIONS MILITAIRES.
IL
Jarbeau
2j brumaire an vi — 17 novembre 1797.
27 brumaire an vi — 17 novembre 1797.
Le même, au ministre de la police générale.
Par ma lettre du 28 vendémiaire dernier (i4 octobre
1797), je VOUS rendais compte d'un jugement porté par la
commission militaire qui condamnait à la déportation le
nommé Jarbeau, perruquier.
Cet individu, porté sur la liste des émigrés de ce
département, avait été arrêté l'année dernière, traduit au
tribunal criminel, et là, acquitté et mis en liberté. Il avait
cru que son acquittement valait radiation définitive, et
ne s'était pas conformé à la loi du 19 fructidor, qui enjoint
aux non rayés définitivement de sortir du territoire.
La commission militaire le condamna à la déportation,
et son jugement fut exécuté.
Ce misérable a bientôt reparu, bravant ce jugement.
Avant-hier, il s'est fait de nouveau arrêter et il vient
d'être condamné à mort par la commission militaire.
Ces jugements contradictoires paraissent étranges,
un surtout, celui du tribunal criminel qui l'avait acquitté.
Il a subi son sort, citoyen ministre. Heureusement, c'est
un scélérat connu pour ses crimes; au moment même
où on vient de l'arrêter, il couvrait de coups son père,
et se vantait d'être revenu pour le tuer....
Op. cit., p. 128-129.
COMMISSIONS MILITAIRES. 32$
m.
jo * PÉLAGIE NORON
2° * Marguerite Jouy
4 nivôse an vi — 24 décembre 1797.
[Prévenues d'émigration ; la commission militaire de Liège,
sur leurs réclamations, les déclara déchargées de l'accusation
d'émigration et ordonna leur mise en liberté.
Le département des Forêts réclama contre le jugement
pour excès de pouvoirs. Par arrêté du 6 fructidor an vi,
le Directoire prononça que le jugement resterait sans exécu-
tion.]
A. N. F7 4373.
IV.
Prons, prêtre
19 nivôse an vi — 8 janvier 1798.
27 nivôse an vi — 16 janvier 1798.
Le même au même.
Citoyen ministre,
Le nommé Prons, ci-devant curé dans le département
de TAube, émigré porté sur la liste de ce même départe-
ment, et rentré dans celui des Forêts, y a été dernièrement
arrêté. L'état-major de la 26^ division militaire, dans la-
quelle se trouve le département des Forêts, résidant à
Liège, cet individu y a été amené et traduit à une com-
mission militaire nommée en exécution de la loi du
326
COMMISSIONS MILITAIRES.
19 fructidor dernier par le général. Le curé a été con-
damné par elle à la peine capitale, et il a subi son sort
le 19 nivôse présent mois.
Un curé conduit au supplice était encore un spectacle
bien nouveau pour un peuple chez lequel les prêtres
étaient au-dessus de tout, n'étaient soumis à aucune loi,
les bravaient en dominateurs superbes et ne pouvaient,
eussent-ils même assassiné leur père, être atteints sans
les plus longues, les plus absurdes formes par leur au-
torité (sic).
Le peuple sent vivement cette différence et se dit :
Voilà enfin l'égalité ! Vive la République !
Op. cit., p. 126-127.
LYON
BouTELiER, pj'être
23 prairial an vi — 11 juin 1798.
[Boutelier (Antoine) i, né le i3 juin i'j36, à Louhans, en
Bresse, se rendit à dix-huit ans à Vienne (Dauphiné), pour
entrer dans la congrégation des chanoines réguliers de
Saint- Augustin.
Cette congrégation ajant été supprimée et réunie à l'ordre
de Malte, il revint à Louhans, où il obtint une prébende de
I. L'abbé Guillon (Martyrs de la foi., t. II, p. 290) prétend qu'il faut écrire
Boutilier,
COMMISSIONS MILITAIRES. 3^'J
familier i. Il refusa le serment, moins i)ar initiative per-
sonnelle que par respect pour ses supérieurs. 11 se déporta à
Chambéry; mais il y resta peu, rentra en France et se cacha
à Lyon, et, lorsque la persécution fut ralentie, les vicaires
généraux de Lyon lui accordèrent des pouvoirs.
En 1798, il fut arrêté à Lyon, rue Vaubecour, par un
commissaire de police; les soldats qui le conduisaient lui
offrirent de s'évader; il s'y refusa. Après un séjour de plu-
sieurs mois en prison, il comparut devant une commission
militaire et fut condamné à mort.
Il subit sa peine le 11 juin 1798 2.]
II.
LiGONDÈs, émigré
7 mes?idor an vi — 25 juin 1798.
[Amable-Frédéric de Ligondais ou Ligondès, chevalier de
Malte, arrêté à Lyon, quinze jours après fructidor.]
19* division militaire
Place de Lyon
Le sept messidor an vi de la République française, une
et indivisible, à cinq heures un quart après midi, sur la
communication qui m'a été faite du jugement de la
commission militaire créée en vertu de la loi du 19 fruc-
tidor an cinq et présidée par le citoyen Langlois, chef de
1. On appelait ainsi en Franche-Comté des pi'êtres qui unissaient le mi-
nistère pastoral à Tacquittement de fondations obituaires ; ils formaient
des collèges qu'on s.pj)e\d.it familiarités.
2. Cf. Notices par Mgr de Ghaffoy, qui ajoute : « Il fut condamné à être
fusillé avec un jeune officier émigré qu'il eut le bonheur de ranaener à
Dieu. » Mgr de Ghaffoy ne nomme pas cet officier.
L'abbé Guillon qui, en sa qualité de Lyonnais, a pu se procurer des ren-
seignements plus précis, déclare que Boutilier fut condamné « en même
328 COMMISSIONS MILITxVIRES.
bataillon de la 26*^ demi-brigade d'infanterie de ligne, qui
condamne à la peine de mort le nommé Amable-Frédéric
Ligondès, ex-chevalier de Malthe (sic), émigré et rentré,
natif de Montliiçon, département de l'Allier, et qui or-
donne l'exécution du condamné dans les 24 heures, ^ j'ai
donné de suite les ordres pour que la gendarmerie, l'in-
fanterie et la cavalerie fussent rendues à six heures du
soir, partie de la place de Roanne, et partie de la place
dite des Terreaux. La troupe étant réunie, le condamné
a été conduit par la gendarmerie, escorté d'un piquet de
grenadiers, précédé et suivi de pelotons de cavalerie et
d'infanterie, à la plaine des Brotteaux, lieu de l'exécution
des jugements militaires, où il est arrivé à près de huit
heures du soir.
Arrivé sur le terrain, les gendarmes ont bandé les
yeux du condamné, un roulement s'est fait, pendant
lequel, au signal de l'adjudant de place Laurent, douze
grenadiers ont tirés (sic) sur le coupable et ont rempli
le but du jugement.
Après vérification faite de la mort de l'exécuté, est
arrivé un tombereau envoyé sur ma demande par l'admi-
nistration municipale du canton de la Guillotière, sur
lequel a été placé le cadavre dudit Amable-Frédéric
temps qiiiin jeune militaire, gentilhomme d'Auvergne, nommé Amable
de Ligondezr de Rochefort, qui était effectivement revenu de Fémigration.
La sentence fut prononcée le 23 prairial an vi (11 juin 1798). Boutilier,
associé au sort du jeune officier, le réconcilia avec Dieu, le consola, l'ex-
horta à la mort avec la tendresse d'un père et la charité d'un ministre de
Jésus-Christ. » Nous allons voir que Ligondès ne fut condamné et fusillé
que le 23 juin.
I. D'après une notice inédite sur le général Pille, rédigée par feu M. le
chanoine l'Eleu de la Simone, son parent, qui me l'a gracieusement com-
muniquée, l'accusé aurait eu un défenseur: la commission aurait délibéré
sur trois questions : i" l'identité de l'émigré; 2° l'orthographe de son nom;
3° le fait d'émigration. Sur la dernière question, 5 voix sur ;; se seraient
prononcées pour l'affirmative.
COMMISSIONS MILITAIRES. 829
Ligondès et conduit au champ du repos dudit canton,
escorté par deux gendarmes, pour être enterré.
Lyon, les jour et an que dessus.
Le commandant de la place en état de siège,
Signé : Gallon, adjudant général ^
Pour copie conforme :
Le chef de Vétat-major de la ig^ division militaire,
Signé : Bouchet.
Pour copie conforme :
Le secrétaire général,
Raustrier.
A. N. Fj 58:3.
m.
Deux prêtres et deux émigrés
Juillet 1798.
« Deux prêtres et deux émigrés ont été jugés et con-
damnés par la commission militaire de Lyon ; ils ont été
fusillés de suite. Douze autres individus dans le même
cas vont paraître au même tribunal. »
Journal de Paris, 5 thermidor an vi — 23 juillet 1798.
I. M. Forneron (Histoire générale des émigrés, t. II, p. 326) dit : « Le
jeune de Ligondais, âgé de vingt-six ans, est arrêté à Lyon quinze jours
après fructidor; la formalité est simple. Le général Pille, président de la
commission militaire, fait donner lecture de la loi et constater Tidentité,
puis il livre Taccusé au peloton d'exécution, » Le général Pille n'était pas,
on Ta vu, président de la commission: il avait eu seulement à la convo-
quer; quant au jugement, il est postérieur de neuf mois à Tarrestation.
V. A. N. F'j 5434, d. 24700, une demande de la sœur du condamné, Clotilde
de Ligondès, pour que, en vertu de Tarrèté des consuls du 28 vendémiaire
an X, le nom de son frère soit éliminé de la liste des émigrés.
33o COMMISSIONS MILITAIRES.
MARSEILLE
[Les documents ofîiciels sur les jugements rendus par cette
commission sont très rares. J'ai dû me contenter, sauf sur un
point, d'extraits de journaux contemporains ou d'écrivains
locaux, qui ont néanmoins, les uns et les autres, quelque
autorité i. Cette triste époque de l'histoire de Marseille peut se
partager en trois périodes : la première, sous le général Pille,
commandant la 8^ division, et le général Théodore Ghabert,
commandant de la place; la deuxième, sous le général Petit-
Guillaume, homme débonnaire, qui n'assembla, dit-on, ni
conseil de guerre ni commission militaire; la troisième, sous
le général Quantin, du i4 thermidor an vi au i8 brumaire an
VIII, qui continua la tradition des premiers. Pour cette dernière
période, nous possédons un document officiel, émané du gé-
néral Quantin lui-même, qui nous fait regretter de n'en pas
posséder d'autres pareils, soit pour Marseille, soit pour
d'autres villes.]
18 fructidor an v -- 14 thermidor an vi.
4 septembre 1797 — i" août 13198
« Il y a quelques jours qu'on a condait au fort [Saint]
Jean les nommés Joseph Latour, de Marseille; Jean
Etienne, d'Aubagne ; Joseph Lardeyrol; Toussaint Mar-
I. Cf. Marseille depuis i"8g jusqu'en 181 5, par Un vieux Marseillais
(Lautard), 2 vol. in-8, i845, et Histoire de Marseille, par Augustin Fabre,
2 vol. in-8, 1829. — La demande de renseignements que j'ai adressée à
M. l'archiviste des Bouches-du-Rhône étant restée sans réponse, il y a lieu
de supposer que ses archives n'ont pas conservé trace des jugements des
commissions militaires qui fonctionnèrent à Marseille après fructidor.
I
COMMISSIONS MILITAIRES. 33l
qiiisan et Charles Lyon, de Toulon, tous accusés d'émi-
gration ou de meurtres contre les patriotes, pendant la
réaction efîroyable que nous venons d'éprouver. »
Journal de Paris, 17 frimaire an vi — 7 décembre 1797.
« Arrestation à Marseille de deux cents contrevenants
à la loi du 19 fructidor. Condamnation à mort de plu-
sieurs. »
Moniteur, 27 frimaire an vi — ij décembre 179;.
<( La commission militaire de Marseille a condamné à la
peine de mort le nommé Joseph Lardairol (sic), dit Vin-
cent, âgé de vingt-neuf ans et natif de [Saint] Chamas ;
il a été convaincu d'émigration. »
Journal de Paris, octidi 28 frimaire an vi — lundi 18 décembre 1797, v. st.
(( La commission militaire de la 8^ division, séant à
Marseille, a condamné à la peine de mort le nommé Louis
Ferrand (d'Aix), pris les armes à la main dans un rassem-
blement d'assassins. Il était un de ceux qui avaient pré-
sidé aux massacres dans les prisons d'Aix.
« La même commission militaire a condamné à la peine
de mort le nommé Sézanne (d'Aix) et la nommée Pro-
vençal; le premier, pour n'avoir point obéi à la loi du
19 fructidor; pour avoir été du nombre des assassins
dans les prisons d'Aix ; pour avoir marché contre Saint-
Maximin avec un attroupement armé, pour avoir coupé
l'arbre de la liberté à Fourrières et s'être souillé de plu-
sieurs meurtres. — La femme Provençal, condamnée par
les mêmes motifs, s'était signalée à Toulon, quand les
332 COMMISSIONS MILITAIRES.
Anglais en étaient les maîtres, par les persécutions
qu'elle avait provoquées contre les républicains. »
Journal de Paris, 27 pluviôse an vi — i5 février 1^98.
« Les fusillades qui suivirent le 18 fructidor » commen-
cèrent sous le général Pille; les premières condamna-
tions frappèrent Piston et trois ou quatre autres prison-
niers. Le tour du jeune homme d'Aix, dénoncé par son
propre père, vint ensuite 2; Paflaire des Laure le suivit de
près 3. C'est après ces exécutions que furent renvoyés
aux tribunaux [criminels] d'Aix les émigrés radiés et
ceux mis hors la loi. Dans la matinée de leur départ,
M"'^ Estrangin, née Clastre, ma bonne sœur, venant de
chez le général avec le caporal qui l'y avait accompagnée
par ordre du commandant du fort, certifia et fit croire à
ce commandant que, par ordre du général qu'elle n'avait
pourtant pas vu, l'ayant trouvé dormant, son frère devait
être compris dans le nombre des prisonniers transférés à
Aix. Je partis. — Pendant notre séjour à Aix, Pille fit
mettre en jugement Blayal, de la commune de Grans;
1. L'auteur de cette relation est un sieur Clastre, l'un des prisonniers du
fort Saint- Jean ; il récrivit le 5 septembre 1844 pour INI. Lautard.
2. 11 fut condamné par le conseil de guerre. On raconte que son père se
rendit à Marseille pour provoquer le jugement de son fils et que celui-ci,
avant de mourir, adressa à son père une lettre de pardon.
3. Laure aîné, courtier de commerce, avait, après thermidor, commandé
une compagnie de chasseurs, qui s'était mise à la recherche des terroristes
de 93 et de 94 ; plusieurs de ceux-ci avaient été condamnés à mort ou aux
travaux forcés. Son frère cadet, Toussaint, officier de marine au long
cours, n'était coupable que de sa parenté avec son aîné. Tous deux furent
condamnés à mort en conseil de guerre. Laure aîné, dont le pourvoi en
revision fut rejeté, subit son sort à la plaine Saint-Michel. Le pourvoi de
Tautre fut admis, sur la plaidoirie d'un sieur Lucotte, chef de la 9= demi-
brigade d'infanterie légère, qui le défendit encore à Grenoble. Renvoyé
devant le conseil de guerre d'Aix, Toussaint fut délivré par une troupe
d'amis que sa sœur avait apostés sur la route, La Terreur sous le Direc-
toire, p. 122.
COMMISSIONS MILITAIRES. 333
Martin, d'Kgiiillcs ; la dame Rey, d'Aubai^iie, qu'on fu-
silla I; Boyer et Lardeirol, de Saint-Ghamas, qui curent
le même sort. Je Taurais été comme eux, puisque j'étais
impliqué dans la môme procédure. Sur la fin de juillet,
on nous ramena au fort Saint-Jean; nous nous attendions
tous à la mort; heureusement, le général Pille quitta
Marseille. Le général Petit-Guillaume, qui le remplaça,
doué qu'il était d'un caractère humain, n'assemblait
jamais ni conseil ni commission militaire ; aussi fut-il
remplacé lui-même par Quantin, qui arriva furieux
contre les prêtres et les accusés de contre-révolution. »
Marseille.... par Un vieux Marseillais, t. II, p. 120-121, note.
[On lit encore dans le môme ouvrage, t. II, p. 118-120, le fait
suivant dont nous abrégeons le récit :]
« Nous payerons toutefois un tribut de regret, trop juste
pour être omis, à la mémoire d'un prêtre français non mar-
seillais, et, par cette raison, victime moins connue que les
précédentes, mais tout aussi digne de l'être. Il s'appelait Ro-
méga; que ce nom soit à jamais béni !
<( Originaire des provinces de l'Ouest, jeté sur nos bords après
de longues pérégrinations, il voulut évangcliser les populations
rurales de notre territoire. Il parcourut la campagne qui en-
toure Marseille, pendant un hiver rigoureux, célébrant les
saints mystères presque à découvert, distribuant en tous lieux
et sans crainte la parole sacrée et le pain des forts. Il nous
souvient d'avoir assisté à la messe de la Chandeleur dans une
grange adossée au manoir de la Bricarde, alors attristé par
l'absence de ses nobles maîtres. Deux cents paysans au
moins des deux sexes encombraient la crypte. Ce malheu-
reux se rapprocha trop de la ville ; il fut arrêté et condamné
par la commission militaire. »
I. Il ne semble pas qu'elle ait émigré : elle s'était réfugiée à Cassis
C'était une revendeuse. Elle paya pour ses trois fils, qui s'étaient montrés
les ennemis des terroristes ; ils avaient réussi à s'enfuir. — Cf. Moniteur,
4 et 3o floréal an vi.
334 COMMISSIONS MILITAIRES.
[Enfin, c'est encore, croyons-nous, dans cette période qu'il
faut placer la condamnation à mort de M'"*^ Rostan de Lou-
vicou, veuve, dit-on, d'un émigré guillotiné.]
Du i4 thermidor an vi au i8 brumaire an viii.
V' août i;;98 — 8 novembre 1799
[Le général Chabert, ayant été élu aux Cinq-Cents en prai-
rial an vi,partitpour Paris; le général Pille fut remplacé dans
le commandement de la 8^ division par le général Petit-
Guillaume : ce lut un temps d'accalmie. Celui-ci eut bientôt
pour successeur Quantin, général d'artillerie. Le ministre de
la police avait réclamé, par une circulaire du 18 brumaire an
viï,le relevé sommaire des jugements rendus depuis le 18 fruc-
tidor an V par les commissions militaires. Le seul que nous
ayons, du moins jusqu'à présent, est celui que fit dresser le
général Quantin; tout incomplet qu'il est, puisqu'il ne donne
ni les condamnations antérieures à son entrée en fonctions, ni
celles qui se produisirent à partir du 17 frimaire an vu, il
n'en est pas moins très précieux ; car il nous présente, pour
trois mois et demi, l'ensemble exact des opérations de la com-
mission de Marseille. Elle prononça, dans cette période, sept
condamnations à mort; mais il y a, à sa décharge, bien des
mises en liberté ou d'autres mesures qui équivalaient à des
acquittements.]
L
Aix, 3 ventôse an vu.
Le commissaire du Directoire exécutif près l'administration
centrale du département des Bouches-du- Rhône, au mi-
nistre de la police générale.
C'est un peu tard I, citoyen ministre, qu'en conformité
I. En effet, Tétat dressé par le général Quantin s'arrête au 17 frimaire
an VII, et le commissaire avait attendu deux mois et demi pour renvoyer.
COMMISSIONS MILITAIRES. 335
de votre circulaire du i8 brumaire dernier, je vous
adresse le relevé sommaire des jugements rendus depuis
le i8 fructidor an v par les commissions militaires créées
dans le département, et le tableau nominatif des per-
sonnes mises en surveillance par les administrations
municipales et centrales avec le sommaire des motifs qui
les ont déterminés i.
Par sa lettre du i8 frimaire, le général divisionnaire
Quantin me marque qu'il n'a pu remonter le sommaire
des jugements rendus par la commission militaire au
delà du i4 thermidor an vi, parce qu'il n'a trouvé, à son
avènement à la 8^ division militaire, aucune trace des ju-
gements rendus antérieurement.
Le travail long et soigné auquel il a fallu se livrer dans
les bureaux de l'administration pour parvenir au but de
votre lettre précitée a dû nécessairement essuyer quelques
lenteurs; je vous prie de croire, citoyen ministre, que
les nombreuses occupations de nos bureaux ont contribué
seules à l'envoy ^ de cet état et que mon zèle pour l'exécu-
tion des dispositions que vous me prescrivez sera tou-
jours égal à celui que j'ai pour le bien public.
Je vous prie de m'en accuser réception.
Salut et fraternité.
G. Mauche.
Original autographe.
A. N. F: :39i.
1. Nous ne reproduisons pas le tableau des mises en surveillance; il est
considérable. Il s'applique, presque sans exception, à des cultivateurs et
à des ouvriers.
2. Il veut dire : au retard de l'envoi, etc.
336
COMMISSIONS MILITAIRES.
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III.
[La suite de la note Clastre se réfère à cette période.]
« Sous ce général sanguinaire (Quantin), furent fusillés :
Ghabert, peintre décorateur, d'Aix, qui se disait parent
de Bonaparte; Varage, de Marseille; Bonaventure Rou-
clion, journalier, de la commune de Mouriès, qu'on disait
être noble; le curé de la Fare, Émeric, excellent prêtre;
les saints prêtres Donadieu et Baudin; un autre ministre
des autels, de haute taille, arrêté près de Saint-Julien;
c'était l'abbé Gassin, placé mal à propos dans la catégorie
de la Terreur (sic?); M. Pontet, de Roquevaire, qui était
à Aix avec nous ^ ; l'ancien commandant du fort Saint-
Jean, Pages, et deux individus de Manosque, ses préten-
dus complices 2.
(( Mais je dois à la mémoire du général Quantin de
dire que mes réponses, d'un sans-façon énergiquement
militaire (j'avais alors vingt-deux ans et j'appartenais au
22^ régiment de chasseurs à cheval), aux questions qu'il
1. J'ai rectifié l'orthographe de quelques-uns de ces noms d'après l'état
ci-dessus. Varage, si l'on en croit les historiens locaux, âgé et infirme,
n'avait pas bougé de sa maison depuis trente ans : le général Quantin
aurait vengé sur lui une vieille injure personnelle. Le P. Donadieu, ancien
directeur du petit séminaire de Marseille, était âgé de quatre-vingts ans ;
Baudin était un ancien vicaire de Saint-Ferréol ; l'abbé Guillon {op. cit.,
t. II, p. 154 et 592), qui donne sur ces deux prêtres et sur les secours spiri-
rituels qu'ils reçurent dans leur prison les détails les plus émouvants,
place leur comparution devant la commission militaire au 3 févi'ier 1798;
d'après la note de Clastre, il semble qu'il faut, sauf renseignements con-
traires, rejeter leur mort à l'année suivante (1799), pour qu'elle soit contem-
poraine du commandement de Quantin.
2. Pages, Isnard et Martel comparurent non pas devant la commission
militaire, mais devant le conseil de guerre. C'est pourquoi Quantin ne les
a pas compris dans son état, bien que leur jugement remontât au 8 bru-
maire an VII. On lit dans le Journal de Pains, 23 brumaire an vu : « Hier,
8 brumaire (la lettre est datée du g de Marseille), le conseil de guerre, après
une séance de seize heures, a déclaré ces brigands coupables d'une foule
COMMISSIONS MILITAIRES. 34l
m'adressa dans une visite au fort, lui plurent, et que c'est
à lui que je dois la vie. Malgré des dénonciations
aflVeuses, trois l'ois renouvelées, ce général me fit juger
par une commission de sept juges, dont quatre, lui étant
dévoués, se prononcèrent en ma faveur; les trois autres
voix votèrent la mort. J'évitai donc la fusillade, à la ma-
jorité d'une seule voix. C'est encore à Quantin que je
fus redevable de ma liberté, au moment même où il
apprit qu'il était remplacé. On venait de recevoir à Mar-
seille la nouvelle du i8 brumaire, qui mit fin à la bou-
cherie. »
IV.
[La commission militaire de Marseille prononça quelques
jugements de mise en liberté, que l'administration centrale
des Bouches-du-Rhône dénonça comme entachés d'excès de
pouvoir. Mainte fois, le Directoire, par l'organe du ministre
de la justice, déclara le conflit et annula le jugement de la
commission. Le gouvernement adopta des formules identiques
pour toutes ces décisions : il suffira d'en reproduire une seule.
{Infra, 4°.)J
1° Charles Perrln, Laurent Décourt, Laurent Boucher
et Alexandre Fassin, acquittés du fait d'émigration,
comme compris dans les exceptions prévues par la loi du
23 brumaire an m. (Jugement du 3 nivôse i.) — Arrêté
d'assassinats et les a condamnés d'une voix unanime à la peine de mort.
Lors de la lecture de leur jugement, ils ont vomi mille imprécations
contre la République et leurs juges; Tun d'eux, Isnard, s'est écrié qu'il
portait trois fleurs de lis dans son cœur et qu'on les y trouverait après
sa mort. — P. S. Au moment de fermer ma lettre, j'apprends que le juge-
ment est confirmé et qvi'il sera exécuté ce soir. » Il va de soi que ces
violentes appréciations de journaux contemporains appellent des ré-
serves.
T. Sur l'état de Quantin, ces jugements sont indiqués à la date du 26 bru-
maire.
342 COMMISSIONS MILITAIRES.
de Fadministration centrale des Bouches-du-Rhône, qui
revendique la connaissance du l'ait d'émigTation et dé-
nonce ces jugements pour excès de pouvoir (i^^ pluviôse
an vu). Décision du Directoire du 24 pluviôse an vu. —
A. N. F7 4373.
2° Brochery, Joseph, de Roquevaire, jugement du
29 germinal an vu ; arrêté de l'administration centrale
du 4 prairial an vu ; décision directoriale du 7 messidor
suivant.
3° Broquier, Jean-Pierre, jugement du 21 prairial an vu ;
arrêté de l'administration du 23 messidor ; décision direc-
toriale du 8 fructidor.
4° Deprat, Etienne, jugement du 9 prairial an vu ; arrêté
de l'administration du i4 messidor; décision directoriale
du i^"" fructidor. [En voici le texte :]
Extrait des registres des délibérations du Directoire exécutif.
1'=' fructidor an vu.
Le Directoire exécutif,
Vu la décision du ministre de la justice dont la teneur
suit;
Le ministre de la justice, vu :
1° Un jugement rendu le 9 prairial dernier (an vu) par
la commission militaire séant à Marseille, qui déclare
que, le nommé Etienne Deprat ayant justifié de sa rési-
dence non interrompue sur le territoire de la République,
il gardera prison jusqu'à ce que l'administration centrale
du département des Bouches-du-Rhône ait prononcé sur
l'application de la loi du 22 nivôse ;
2° L'arrêté de l'administration centrale du département
des Bouches-du-Rhône, en date du 14 messidor suivant,
par lequel elle établit que la commission militaire chargée
COMMISSIONS MILITAIRES. 343
de statuer sur le sort du nommé Etienne Deprat a excédé
ses pouvoirs et revendique la connaissance de cette af-
faire ;
Considérant que les commissions militaires, substituées
par la loi du 19 fructidor an v aux tribunaux criminels en
ce qui concerne le jugement des émigrés, ne peuvent que
constater l'identité, et faire, s'il y a lieu, l'application de la
peine ;
Que, d'après l'article 5, titre V, de la loi du 25 bru-
maire an m, toutes les réclamations des prévenus doivent
être renvoyées à l'autorité administrative, et que, dans
l'espèce présente, la commission militaire séant à
Marseille a excédé ses pouvoirs, en s'immisçant dans
l'examen des certificats produits par le prévenu d'émigra-
tion Deprat ;
Considérant que, d'une part, le jugement dont il s'agit,
et, de l'autre, l'arrêté de l'administration centrale du
département des Bouclies-du-Rliône qui le déclare illégal
et revendique la connaissance de l'aftaire, établissent un
conflit d'attributions prévu par l'article 27 de la loi du
21 fructidor an m, et sur lequel il appartient au ministre
de la justice de statuer, sauf l'approbation du Directoire
exécutif;
Décide, en vertu de cet article de la loi, ce qui suit :
1° Il appartient à l'autorité administrative de prononcer
sur les réclamations d'Etienne Deprat, prévenu d'émigra-
tion;
2° En conséquence, le jugement rendu en sa faveur, le
9 prairial dernier, par la commission militaire séant à
Marseille, restera sans exécution ;
3*^ Le commissaire du pouvoir exécutif près radminis-
tration centrale du département des Bouclies-du-Rliône
et le général commandant la 8® division militaire sont
344 COMMISSIONS MILITAIRES.
chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution de la
présente décision.
Paris, le i^'' fructidor an vu de la République.
Le ministre de la justice,
Signé : Gambacérès.
[Approbation du Directoire, signée Sieyes i.J
A. N. F; 4374.
Résumé des condamnations à mort prononcées par la com-
mission de Marseille.
[Novembre-décembre 1797 : Piston. — Trois ou quatre autres.
— Blayal, de Grans. — Martin, d'Eguilles. — Boyer, de Saint-
Cliamas. — Lardeirol, id. — Dame Rey, d'Aubagne.
Février 1798 : Roméga, prêtre. — Louis Ferrand, d'Aix.
— Sézanne, d'Aix. — Femme Provençal. — M'"^ Rostan de
Louvicou.
23 août 1798 : Etienne Pontet, de Roquevaire. — i^^ septem-
bre 1798 : Jean-Joseph Garagnon, prêtre. — 3 : Antoine
Émeric, prêtre. — 10 : Chabert. — 25 : Jacques- Alexandre
Gassin, prêtre. — 5 octobre 1798 : Pierre Varage et Etienne-
Bonaventure Ronchon. — 3 février 1799 : Donadieu, prêtre, et
Baudin, prêtre.
Total : 23 ou 24 personnes condamnées à mort, dont trois
femmes et six prêtres. Nous donnons cette liste telle quelle,
pour résumer les diverses pièces que nous avons produites,
mais sans méconnaître qu'elle est loin d'être complète. On n'y
a pas compris les condamnations prononcées notoirement par
le conseil de guerre.]
I. 67t', sans aucun accent; au serment du Jeu de paume, il sig'na : L'abbé
Sieyes; sous le Directoire, il signait : Sieyes. Nulle part, on ne trouve ni
Sièyes, ni Sieyes.
COMMISSIONS MILITAIRES. 345
METZ
I.
Antoine Nicolas, prêtre
25 thermidor an vi — 12 août 1798.
[Né le 22 septembre 1^44 à. Vatimont, village de l'ancienne
province des Trois-Evôchcs ; curé de Saint-Baudier, près
Metz. Il refusa le serment. Lorsque l'intrus eut été installé
militairement dans sa paroisse (juillet 1791), l'abl^é Nicolas se
rendit d'abord à Trêves, auprès de son évêque, puis à Rome :
il voyagea à pied, en demandant l'aumône. En novembre, il
rentra dans son diocèse et commença une vie errante d'apos-
tolat dans les paroisses voisines de Metz, et à Metz même, où
plusieurs demeures hospitalières s'offrirent à lui, soit pour le
loger, soit pour abriter la célébration des saints mystères.
Dénoncé en novembre ^'J^i^-, il fut arrêté le 5 avril 1795, jour
de Pâques, vers midi, à lïan-sur-Nied, où il se reposait dans
la maison du maire. Ce ne fut pas sans quelque résistance de
la part des habitants : l'abbé Nicolas s'employa lui-même à
la faire cesser. Il fut écroué à Metz ; il resta en prison jus-
qu'en avril 1797, où on le mit en liberté. La persécution
de fructidor l'obligea de nouveau à se cacher ; dès le 26
(12 septembre 1797), il fut arrêté dans le monastère des
sœurs Colettes ; traduit aussitôt devant la commission mili-
taire, elle le condamna d'abord à la déportation (24 septem-
bre). Il reçut un passeport et fut conduit sous escorte au pont
de Kehl, sur le Rhin, d'où il s'achemina vers la Suisse et se
retira à Fribourg (i3 octobre). Mais le zèle pour les âmes
qu'il avait dû abandonner le reprit, et à la lin de novembre
il était revenu dans son pays. On le chercha longtemps ; enfin,
le 3o juillet 1798, il fut arrêté à Metz, chez un sieur Stef, cor-
donnier, où il avait pris asile. 11 était en rupture de ban. 11
346 COMMISSIONS MILITAIRES.
eut à subir quatre interrogatoires successifs : l'un, à l'hôtel de
ville, le 3i juillet ; un deuxième, le même jour, chez le juge de
paix de la section ; un troisième, par-devant un directeur du
jury; enfin, un quatrième, le 2 août, au département, devant
l'administration centrale, qui, par arrêté du i5 thermidor,
requit qu'il fût traduit devant la commission militaire. 11 y
comparut le 12 août : la commission était présidée ce jour-là
par un colonel d'artillerie nommé Léglise. Parmi les nom-
breux interrogatoires qu'il eut à subir, je reproduis le der-
nier, qui résume tous les autres i.]
Interrogé sur ses nom, prénoms, lieu de naissance et
de résidence :
Je me nomme Antoine Nicolas, curé de Saint-Baudier,
né à Vatimont, canton de Herny, département de la Mo-
selle. Depuis la Révolution, je n'ai pas eu d'autre rési-
dence que l'asile que les honnêtes gens voulaient bien
me donner.
D. Y en a-t-il beaucoup qui vous aient reçu?
R. Il y en a quantité.
D. Pourriez-vous nommer ces honnêtes gens qui vous
ont donné asile ?
R. Oui, mais la Constitution me permet de ne pas le
faire, et les commandements de Dieu me le défendent :
Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qui te fût
fait. Or, ce principe est applicable ici.
D. Aviez-vous connaissance de votre inscription sur la
liste des émigrés ?
R. J'en avais connaissance, puisque j'avais obtenu d'en
être rayé provisoirement.
I. J'ai emprunté les détails qui précèdent à la Vie de M. Nicolas^ par
M. l'abbé François (Metz, 1881, in-8); j'y renvoie le lecteur: il y trouvera
nombre de lettres adressées par l'abbé Nicolas à ses paroissiens et à ses
amis, et le texte des pièces officielles qui servent de base au récit. La salle
où siégeait la commission était située sur l'emplacement qu'occupe aujour-
d'hui la grande salle de communauté des sœurs de Sainte-Chrétienne, rue
de l'Évêché. (Ibid., p. 326.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 3^'J
D. AYiez-voiis également connaissance de la loi du
19 fructidor an v, qui condamne à la peine de mort les
prêtres déportés qui sont rentrés en France ?
R. J'en avais également connaissance, puisque j'en étais
porteur et que j'avais déjà été jugé en vertu de cette loi.
D. Sur quelle loi vous fondiez-vous donc pour oser ren-
trer en France ?
R. Il y a des lois divines, des lois naturelles et des lois
humaines. La loi divine m'oblige, comme pasteur, à paître
mon troupeau. La loi naturelle me fait chercher du pain
là où je sais en trouver. Or, vous m'avez déporté dans un
pays où je n'en trouvais point, où même on ne voulait
pas me recevoir. Ainsi, rien de si naturel que de rentrer
dans mon pays où il y en a. La loi humaine me faisait
espérer que les Français ne seraient pas assez barbares
pour punir un homme qui n'a jamais eu d'autre intention
que de faire le bien.
D. Par quelle porte êtes-vous rentré [à Metz] ?
R. J'ai passé le bac en Chambière, et je suis rentré par
la porte de Thionville, avec une hotte et une veste brune.
D. Résidiez-vous continuellement dans la ville?
R. J'allais tantôt à la campagne pour sauver les âmes,
tantôt à la ville quand on m'y requérait.
D. Sous quel habit êtes-vous rentré chez le citoyen
dans la maison duquel vous avez été pris ?
R. En veste et en bonnet blanc.
D. Qui vous avait apporté votre capote ?
R. C'est bien assez que le fardeau pèse sur moi, sans
que je compromette encore d'autres personnes i.
D. Avez-vous baptisé, marié, enterré, dit la messe?
I. Stef fut acquitté; sa lemme prit tout sur elle; elle subit une détention
de quatre années, dont elle passa une partie dans un hospice de Metz.
3^8
COMMISSIONS MILITAIRES.
R. J'ai fait tout cela, sinon que je n'ai pas enterré.
D. Combien de fois?
R. Toutes les fois que j'ai pu.
D. Le citoyen chez qui vous avez été arrêté en avait-il
connaissance ?
R. Je ne dis ni oui ni non.
D. Mais (observa l'un des juges) cela veut presque dire
oui.
R. Ce ne serait pas raisonner juste que de conclure
ainsi ; ce que j'en fais a uniquement pour but de mettre
un terme à des questions auxquelles je ne puis répondre
et d'empêcher qu'on ne prenne mon silence pour une
affirmation.
Vie de M. L'abhé Nicolas, p. 32;-33i t .
[On le reconduisit en prison et l'assistance fut congédiée.
Après en avoir délibéré à huis clos, la commission, à l'unani-
mité, le condamna à la peine de mort. Il était trois heures de
l'après-midi. On le fusilla le lendemain matin, à six heures.
On avait choisi pour lieu de l'exécution l'espace qui s'éten-
dait entre un des anciens fossés de la citadelle et le rempart
Serpenoise. La victime était placée exactement à l'angle du
jardin de l'évcché qui avoisine la grande voûte Serpenoise.
Le corps fut placé dans un cercueil plein de chaux vive et
porté au cimetière de Bellecroix. En 1809, Mgr JautYret, évèque
de Metz, le ht exhumer et conserva ses restes dans son palais
épiscopal. En 1848, un autre évèque de Metz, Mgr Dupont des
Loges, fit élever à ses frais, dans l'église de la petite paroisse
de Saint-Baudier, un modeste monument qui, écrivait-il, « rap-
pellera aux fidèles les leçons et les exemples du pasteur dont
la vie a été si simple et la mort si glorieuse. » Il remit au curé
la caisse dont il était dépositaire, et, le 18 octobre 1848, les re-
I. L'abbé Guillon (op. cit., t. IV, p. i4o) reproduit cet interrogatoire à
peu cle chose près dans les mêmes termes.
I
COMMISSIONS MILITAIRES. 349
liques de celui qu'on appelait « un martyr » lurent placées
solennellement sous une dalle de l'avant-chœur, au pied du mo-
nument élevé par l'évèque i.]
II.
Jea.n-Baptiste Maucolin
26 thermidor an vi — i3 août 1798.
c( Curé de Bettlainville ; expulsé de sa cure pour refus de
serment, il partit en émigration en 1792. Rentré en France
comme M. Nicolas, il fut arrêté et conduit à la même prison....
Il émigra une seconde fois, et rentra de nouveau en 1797. 11
vivait retiré dans une tuilerie, près de sa paroisse, procurant
les secours de son ministère aux fidèles des environs, lorsqu'il
fut arrêté au mois de juillet 1798. On trouva sur lui différents
papiers, parmi lesquels le registre des baptêmes et des ma-
riages qu'il avait faits. Traduit devant le tribunal criminel du
département, il fut, à titre d'émigré rentré, condamné à être
guillotiné 2. Jugé dans la matinée du i3 août 1798, il fut exé-
cuté le même jour, à trois heures de l'après-midi. Avant de
sortir de la prison pour aller à l'échafaud, il reçut la visite de
son vieux père et de sa vieille mère, auxquels il demanda leur
bénédiction. »
Vie de M. Nicolas, par l'abbé François. Metz, i88r, p. 214. — Abbé Guil-
lon, op. cit., t. IV, p. 4i'
1. Vie de M. Nicolas, et la Tendeur sous le Directoire, p. log-iGa.
2, Il est bien improbable que Tabbé jNIaucolin ait été traduit devant
le tribunal criminel. Comme émigré rentré, il était justiciable de la com-
mission militaire, de même que l'abbé Nicolas, et c'est pourquoi nous le
faisons figurer ici: mais les documents officiels nous manquent.
35o COMMISSIONS MILITAIRES.
MILAN
* FOLACHER
2 pluviôse an vi — 21 janvier 1798.
[Sur une lettre du 14 frimaire an vi, adressée par Folacher,
économe des hôpitaux militaires de l'armée d'Italie, en rési-
dence à Milan, aux officiers municipaux de Nîmes, par laquelle
il leur demandait de lui envoyer un certificat constatant sa
non-inscription sur la liste des émigrés, ou l'avis de son
inscription, l'administration centrale du Gard, en la trans-
mettant au ministre de la police (2 nivôse an vi), lui signale
que non seulement Folacher est inscrit, mais qu'il a fait arrêter
à Nice deux citoyens de la commune, Delord et Troupenas,
comme patriotes, alors qu'ils n'étaient à Nice que pour leurs
affaires; que, du reste, il avait été l'un des auteurs principaux
des troubles arrivés à Nîmes en 1790, et à la suite desquels il
était sorti de France. Le ministre de la police transmit (18 ni-
vôse) ces renseignements au général Berthier et l'invita à
donner des ordres pour faire arrêter Folacher et le traduire
devant les tribunaux compétents.]
I.
Milan, le 2 pluviôse an 6« Républicain.
Le secrétaire de la commission militaire au général Fiorelli,
commandant la division de Lombardie.
Mon général,
Suivant le vœu de la commission, je vous adresse ex-
COMMISSIONS MILITAIRES. 35l
pédition collationiioc du jugement qu'elle vient de rendre
au sujet de réinigTé Folacher.
Salut et respect.
S. GOUGEON.
Autographe.
IL
LIBERTÉ ÉGALITÉ
COMMISSION MILITAIRE
Aujourd'hui, deux pluviôse, an six républicain, la
commission militaire, formée par les ordres du général
en chef de l'armée d'Italie, en date du 3o nivôse dernier,
d'après les articles i5, i6 et 17 de la loi du 19 fructidor
an v^ pour procéder au jugement du nommé André
Folacher, âgé de quarante-trois ans, natif d'Ailhoux,
canton d'Aubenas, département de l'Ardèche, ci-devant
économe des hôpitaux militaires de l'armée, prévenu
d'émigration, s'est réunie au palais de l'archevêché à
Milan.
La commission, vu l'ordre du général en chef qui la
constitue.
Vu la lettre du ministre de la police générale de la
République française.
Vu l'acte d'arrestation dudit Folacher,
Après l'avoir entendu dans ses moyens de défense ;
Considérant que ce prévenu n'a pas cru enfreindre la
loi qui lui ordonne de sortir du territoire de la France,
en restant dans la République Cisalpine ;
Considérant aussi que ce Folacher justifie de sa ré-
sidence en France par des papiers authentiques, et que
depuis quelque temps, il a sollicité et obtenu sa démission
d'économe des hôpitaux militaires, pour vivre simple
particulier dans la République Cisalpine, et qu'il est
352 COMMISSIONS MILITAIRES.
pourvu, comme négociant, d'une radiation provisoire à
lui accordée par le district de Marseille;
Ordonne que ledit André Folacher sera déporté et
qu'il lui sera enjoint de sortir de suite de la France et
de tous les pays occupés par les troupes de la Répu-
blique ; à défaut de quoi, il encourra la peine portée par
l'article i du titre 4 àe la loi du 25 brumaire an iii^.
Ordonne également que la minute du présent juge-
ment sera inscrite dans les registres du conseil de guerre
de la division de Lombardie, et qu'extrait en sera envoyé
au général commandant de la dite division, pour en
poursuivre l'exécution.
Fait, clos et arrêté à Milan les jour, mois et an que de
l'autre part.
Signé à la minute : Batrel, sergent; Séguin, sous-
lieutenant; LA Martinière, Gouron et Paris, capitaines;
MoLLARD, chef de bataillon, et Kister, chef de brigade,
président; S. Gougeon, seci^étaù^e.
Pour copie conforme :
KisTER, président.
Par la commission mihtaire :
S. Gougeon, secrétaire.
Autographe du secrétaire.
m.
Au quartier général de Milan, le 2 pluviôse an vi
de la République.
Alexandre Berthier, général en chef, au général chef
de l'état-major.
Je vous fais passer, citoyen général, l'extrait du juge-
COMMISSIONS MILITAIRES. 353
ment rendu contre le nomme Folaché (sic), accusé
d'émigration. Gomme ce jugement me parait informe, je
vous invite à le faire reviser par une autre commission ;
l'émigré Folaché ne sera mis en liberté qu'après cette
formalité.
Alex. Berthier.
Autographe.
IV.
Au quartier général de Milan, le 7 pluviôse an vi'.
Le général de brigade chef de V état-major général,
au général en chef Berthier.
Citoyen général,
Je n'ai trouvé aucune loi qui m'autorise à nommer vme
commission de revision, chargée de reviser la procédure
de la commission qui a jugé Folacher. Je n'ai donc pu
me conformer à vos ordres. Je vous renvoyé les papiers
que vous m'avez adressés.
Leclerc.
Autographe.
V.
Au quartier général d'Ancône, le 9 pluviôse, 6^ année
do la République française une et indivisible.
Le citoyen Alexandre Berthier, général en chef, au
citoyen Sottin (sic), ministre de la police.
Conformément à votre lettre relative à l'émigré
Folacher, je l'ai fait traduire, citoyen ministre, par-
devant la commission militaire séante à Milan. Comme
je n'ai pas trouvé que le jugement qu'elle a prononcé en
faveur de ce prévenu fut conforme aux lois de la Répu-
18 FRUCTIDOR. 23
354 COMMISSIONS MILITAIRES.
blique sur les émigrés, et que d'ailleurs votre lettre con-
tenait plusieurs chefs d'accusation produits contre lui, j'ai
ordonné au général chef de l'état-major de faire reviser
cette procédure.
Ce dernier me marque, comme vous le verrez par sa
lettre que je vous envoie, ainsi que la copie du jugement
de Folacher, qu'il n'est autorisé par aucune loi à nommer
un conseil de revision.
Je vous préviens donc qu'en attendant, citoyen mi-
nistre, que vous prononciez sur cette affaire, et que vous
m'indiquiez la marche à suivre relativement au citoyen
Folacher, je le retiens dans les prisons de Milan et je
suspends l'exécution de son jugement, jusqu'à ce que vous
en ayez ordonné autrement.
Salut et fraternité.
Alex. Berthier.
Original. — Signature autographe.
A. N. F7 :365.
MONTPELLIER
* Daudé, Jean-François-Xavier
21 pluviôse an VI — 9 février 1798.
[Acquittement prononcé par la commission militaire de
Montpellier.
Par arrêté du 21 prairial an vu — 9 juin 1799, l'administra-
tion de l'Hérault défère ce jugement au ministre de la justice
pour excès de pouvoirs.
COMMISSIONS MILITAIRES. 355
Par arrêté du 27 messidor an vu — i5 juillet 1799, le mi-
nistre ordonne la mise en liberté, sur le vu des certificats de
résidence.]
A. N. F; 4374.
IL
* ViDALou, Jean, né à Nîmes
22 vendémiaire an vu — i3 octobre 1798,
[Acquitté par la commission militaire de Montpellier.
L'administration de l'Hérault défère ce jugement au ministre
de la justice pour excès de pouvoirs (11 messidor an vu —
27 juin 1799).
Le ministre ordonne la mise en liberté (7 fructidor an vu —
22 août 1799).]
A. N. F7 43:4.
IIL
* Froment, Mathieu
2 ventôse an vu — 20 février 1799.
[La commission militaire de Montpellier déclare qu'il a
justifié de sa non-émigration par des certificats en bonne
forme et ordonne sa mise en liberté.
Déféré pour excès de pouvoirs au ministre de la justice
par l'administration de l'Hérault (9 messidor an vu — 26 juin
1799)-
Le ministre (21 thermidor an vu — 6 août 1799) déclare le
conflit et annule le jugement de la commission militaire.]
A. N. Fj 43:4.
356 COMMISSIONS MILITAIRES.
IV.
Astre, Jean
Paris, le 28 thermidor an vu de la République française
une et indivisible.
Le Directoire exécutif,
Vu le rapport du ministre de la police générale,
Vu aussi Tarrêté de l'administration centrale du dé-
partement de FHérault et les pièces à l'appui, desquels
il résulte que le nommé Jean Astre, prévenu d'émigration,
est dans le cas d'être traduit à une commission militaire
comme ayant contrevenu aux dispositions de la loi du
19 fructidor an v,
ARRÊTE :
Art. I^^ — Le nommé Jean Astre, prévenu d'émigration,
natif de Montpellier, département de l'Hérault, sera tra-
duit à une commission militaire pour y être jugé, confor-
mément aux dispositions de l'article i5 de la loi précitée.
Art. 2. — Le ministre de la police générale est chargé de
l'exécution du présent arrêté qui ne sera point imprimé.
Pour expédition conforme :
Le président du Directoire exécutij,
SiEYES.
Pour le Directoire exécutif :
Le secrétaire général,
Lagarde I.
A. N. F; 4374.
I. Aucune pièce n'indique la suite qui fut donnée à cet arrêté.
COMMISSIONS MILITAIRES. S.iy
NANCY
I.
PoiROT, prêtre
12 nivôse an vi — i=' janvier 1798.
[Poirot, Joseph, né en 1761, à la Baffe, près Epinal ; vicaire
à la Bresse, à quatre lieues de Remiremont; assermenté, puis
rétracté. Emigré en 1791; rentré en novembre 1796; arrêté à
Cornimont; emprisonné à Remiremont, puisa Epinal, d'où il
fut transféré à Nancy.
La commission militaire de Nancy le condamna à mort le
T®'' janvier 1798; on le fusilla le même jour.]
Epinal, le 6 nivôse an vi de la République française
une et indivisible.
Le commissaire du Directoire exécutif près V administration
centrale du département des Vosges, au ministre de la
police générale.
Citoyen ministre,
Je vous préviens que, le 3o frimaire dernier, l'adjoint
de la commune de Cornimont, assisté de plusieurs gardes
nationaux de la même commune, a arrêté le nommé
Joseph Poirot, prêtre émigré rentré. Ce prêtre est placé
sur la liste générale des émigrés. Il est né à Chanipdrai,
commune de ce département, et il a déclaré qu'il était
358 COMMISSIONS MILITAIRES.
rentré au mois de novembre 1796 (ç>. s.). Il sera traduit
demain devant la commission militaire établie à Nancy,
pour y être jugé conformément à la loi du 19 fructidor.
Salut et respect.
DiEUDONNÉ I.
Original autographe.
[i5 nivôse. — Accusé de réception du ministre de la police;
approbation; l'invite à continuer sa surveillance pour l'exé-
cution des lois contre les émigrés.]
A. N. F: :365.
12.
JUGEMENT DE LA COMMISSION MILITAIRE DE NANCY 2
Cejourd'hui 12 nivôse an vi de la République française
une et indivisible, à dix heures du matin.
La commission militaire nommée par le général Gillot,
commandant la 4° division militaire à Nancy, et compo-
sée des citoyens Bedos, président; Gourard, l'un et
l'autre chefs de bataillon; Blondel, chef d'escadron;
Perrin, Bonne, Decaussène et Lalande, capitaines, s'étant
réunie au lieu ordinaire de ses séances, pour, en exé-
cution de la loi du 19 fructidor dernier, prononcer sur
l'émigration dont est prévenu Joseph Poirot, ex-prêtre.
1. Ce commissaire se fit remarquer par son ardeur contre les prêtres
des Vosges : en un seul mois, il demanda au Directoii*e et en obtint cin-
quante arrêtés de déportation. — Cf. la Terreur sous le Directoire, p. 179-180,
et A. N. F7 7302 et 4371.
2. Les pièces et les notes reproduites ci-après m'ont été très obligeam-
ment fournies par M. Fabbé Ant. Lahache, curé de Harmonville et Au-
treville (Vosges); il me permettra de le remercier ici de la libéralité de
ses communications.
COMMISSIONS MILITAIRES. 359
natif de Champdray * , ci-devant vicaire à la Baft'e ^^
canton extérieur d'Epinal, département des Vosges,
arrêté le 3o frimaire dernier, chez le nommé Sébastien
Antoine, marcaire ^ au Brabant, commune de Cornimont,
comme trouvé sur le territoire français, au mépris de la
loi du 19 fructidor dernier, passé les délais prescrits par
Farticle xv de ladite loi à tout individu inscrit sur la liste
des émigrés et non rayé définitivement.
Le président, après avoir fait comparaître libre et sans
fers ledit Joseph Poirot, a fait donner lecture par le ci-
toyen Grapain, secrétaire de la commission, des procès-
verbaux d'arrestation du dit prévenu et de toutes les
pièces transmises par le commissaire du Directoire exé-
cutif près l'administration centrale du département des
Vosges.
Le prévenu ayant été suffisamment interrogé, ouï le
citoyen Henry André, son défenseur officieux, en ses
moyens de défense ;
Vu la liste générale des émigrés, sur laquelle se trouve
inscrit, à la date du 5 septembre 1792, Joseph Poirot,
prêtre, commune de la Baffe ;
I. Joseph Poirot naquit à la Baffe, le 25 décembre 1761, et fut baptisé le
même jour à Archettes par Claude-Joseph Boyer, curé. (Note de M. l'abbé
Lahache.)
1. Il ne fut jamais vicaire à la Baffe, qui, alors, était sans église. Ordonné
prêtre à Saint-Dié, le 23 septembre 1786, il signe comme vicaire à la Bresse,
dès le 29 du même mois. Assermenté sans conditions le 23 janvier 1791, il
se rétracte bientôt. Son dernier acte est du 11 juin 1791. Il émigré alors et
gagne la principauté de Salm ; il quitte ce pays en mai ou juin 1793, après
son annexion à la France, et rentre à Cornimont, paroisse voisine de la
Bresse, en novembre 1796; il y demeura jusqu'à son arrestation. (Idem.)
3. « Marcairerie ou marcairie : pâturage fermé pour les bestiaux (envi-
rons de Thionville) ; nom, dans les Vosges, d\me chaumière où se font les
fromages cuits. » (Dictionnaire de Littré.) Le marcaire est préposé au soin
des bestiaux et à la confection du beurre et des fromages.
36o COMMISSIONS MILITAIRES.
La commission, s'étant déclarée assez instruite, a lait
reconduire le prévenu et retirer les assistants, et ayant
délibéré à huis clos :
Considérant que Joseph Poirot se trouve sur la liste
générale des émigrés; que, de son propre aveu, il était
vicaire à la Bafîe à F époque de la Révolution, qu il a
émigré du territoire de la République au mois de juin
179Ï' <^P^ il 6st rentré en France il y a environ un an, sans
avoir obtenu sa radiation définitive, que même il ne
s'est jamais pourvu à cet efïet;
Considérant qu'indépendamment de son émigration
bien constatée, ledit Joseph Poirot a été trouvé porteur
d'écrits incendiaires, dont plusieurs même, d'après la
lecture qui en a été faite, sont d'une date postérieure à
la journée du 18 fructidor;
Considérant enfin que, sous tous les aspects, ledit
Joseph Poirot se trouve dans le cas des articles xv et xvi
de la loi du 19 fructidor dernier, ainsi conçus : <( Tous les
individus inscrits sur la liste des émigrés et non rayés
seront tenus de sortir du territoire de la République,
savoir : de Paris et de toute autre commune dont la popu-
lation est de 20,000 habitants et au-dessus, dans les
vingt-quatre heures qui suivront la publication de la
présente loi, et dans les quinze jours, de toutes les autres
parties de la République ; »
Art. XVI : « Passé les délais respectifs prescrits par
l'article précédent, tout individu inscrit sur la liste des
émigrés et non rayé définitivement, qui sera arrêté dans
le territoire de la République, sera traduit devant une
commission militaire, pour y être jugé dans les vingt-
quatre heures, aux termes de la loi du 26 brumaire an m,
relative aux émigrés ; »
Vu pareillement l'article 2 du titre IV de la loi du
COMMISSIONS MILITAIRES. 36l
25 brumaire qui s'exprime ainsi : « L'infraction de leur
bannissement sera puni de la peine de mort; »
La commission, en exécution des articles ci-dessus
précités, a condannié à ruiianimité Joseph Poirot, natif
de Ghampdray, âgé d'environ quarante ans, taille de cinq
pieds un pouce, cheveux et barbe noirs, visage rempli
et peu coloré, convaincu d'émigration et d'infraction à la
loi du 19 fructidor dernier, à la peine de mort;
Ordonne que le jugement sera exécuté dans le jour, à
la diligence du commandant de la place ; que l'adminis-
tration centrale du département de la Meurthe sera invitée
à le faire imprimer en nombre suffisant d'exemplaires
pour lui donner dans tout rarrondissemenl de la [^ divi-
sion militaire la plus grande publicité ; ordonne pareille-
ment qu'il en sera adressé incessamment un exemplaire
au président du tribunal criminel du département des
Vosges, pour suivre à l'égard du nommé Sébastien
Antoine, complice du condamné, les dispositions de
l'article v de la loi du 25 brumaire an m ^.
Ainsi jugé et prononcé en séance publique à Nancy, les
jour, mois et an avant dits.
Lalande, Bonne, Decaussène, Perrin,
Blondel, Gourard, Bedos.
Vu par le général :
GlLLOT 2.
1. Il fut acquitté, sur la déclaration du jury qu'il n'avait pas agi sciem-
ment. (Note de M. l'abbé Lahache.)
2. Copie de ce jugement existe au greffe du tribunal d'Epinal, qui en a
délivré expédition à M. l'abbé Hingre, chanoine de Saint-Dié : c'est sur
cette expédition, qui est actuellement entre les mains de M. l'abbé Hum-
bert-Claude, curé de Taintrux, près Saint-Dié, qu'a été faite par M. l'abbé
Lahache la copie que nous reproduisons ici.
362 COMMISSIONS MILITAIRES.
II.
Thou VENIN, prêtre
21 germinal an vi — lo avril 1798.
[Thouvenin, Pierre-Sigisbert, né à Saint-Nicolas-du-Port en
1768, prcmontré de l'abbaye d'Etival (Vosges); déporté;
rentré; arrêté chez un sieur Pierron, à Charmes-sur-Moselle
(Vosges) ; traduit devant le président du tribunal criminel des
Vosges : renvoyé à Nancy devant la commission militaire ;
condamné à mort le 11 avril 1798 i.]
Interrogatoire prêté par Sigishert Thouvenin,
prêtre émigi^é rentré.
Cejourd'hui, douze germinal an six de la République
une et indivisible, au greffe du tribunal criminel du dé-
partement des Vosges, après midi, les portes ouvertes.
En conséquence du dépôt fait cejourd'hui au greffe dudit
tribunal criminel des pièces concernant l'arrestation de
Sigisbert Thouvenin, ci-devant prêtre, sujet à la dépor-
tation, et de la remise de la procédure ^ dudit Thouvenin
en la maison de justice du département;
Nous, Nicolas-François-Joseph Richard, président du
tribunal criminel du département des Vosges, séant à
Epinal, avons fait amener par-devant nous ledit Sigisbert
Thouvenin, et l'avons interrogé, à [avec] l'assistance du
greffier en chef.
Art. i^^ Interrogé de ses nom, âge, profession et
demeure ?
1. L'abbé Guillon, op. cit., t. IV, p. 648, dit à tort que Thouvenin comparut
devant le tribunal criminel de la Meurthe et qu'il périt sur Téchafaud.
2. Sic : lire : personne.
i
COMMISSIONS MILITAIRES. 363
— A répondu se nommer Sigisbert Thonvenin, né à
Saint-Nicolas, département de la Meiirthe, âgé de trente
ans, prêtre, sans résidence habituelle.
Art. 2. Interrogé s'il sait le sujet pour lequel il a été
traduit en la maison de justice?
-:— A répondu que non.
I Art. 3. Interrogé s'il est inscrit sur le tableau des ci-
toyens de quelques communes?
— A répondu qu'il a été inscrit sur les registres de
Saint-Nicolas, il y a deux ans, mais qu'il ne sait pas [s'il
est inscrit] en la présente année.
Art. 4- Interrogé s'il y a longtemps qu'il est prêtre?
— A répondu qu'il croit ne pas être obligé de le dire,
qu'il suffit qu'il le soit.
Art. 5. Interrogé s'il a été fait prêtre en France ?
— A répondu qu'il ne peut également pas dire où il l'a
l|| été I.
Art. 6. Interrogé si, lors de son arrestation, le jour
[il d'hier, à Charmes, il n'était pas porteur de vingt-une
pièces qui ont été cotées et paraphées par l'agent de cette
lll commune, et s'il ne les a pas paraphées lui-même par sa
signature ?
— A répondu qu'il n'en était pas porteur; que, lorsqu'on
l'a arrêté, on les lui a représentées ; [qu] il a fait sa si-
gnature sur chacun d'eux, mais qu'il ne veut pas dire où
étaient les papiers, lorsqu'on les lui a présentés.
Art. y. Interrogé s'il reconnaît les signatures mises
aux troisième et cinquième pièces de la liasse desdits
papiers, pour être les siennes?
— A répondu que oui.
Art. 8. Interrogé si ce ne sont point des lettres de
I . D'après les traditions, il fut ordonné à Trêves. (Note de M. Vabbé Lahache).
364 COMMISSIONS MILITAIRES.
diaconat et de prêtrise qui lui ont été données à Fribourg,
en Suisse, les dix-neuf et vingt-deux juillet 1796 (v. st.)?
— A répondu qu'à la vérité ce sont des lettres de
diaconat et de prêtrise qui sont à lui et pour lui ; mais
que ce n'est point lui qui les a été chercher en Suisse.
Art. 9. Interrogé qui les lui a procurées?
— A répondu qu'il ne veut pas le dire.
Art. 10. Interrogé comment il est possible de croire
qu'il ait été fait prêtre, sans être présent à son ordination ?
— A dit qu'il était présent à son ordination, et qu'il n'a
pas été à Fribourg, quoique ses lettres en soient datées.
Art. II. Interrogé où donc il a été fait prêtre ?
— A répondu qu'il ne veut point le dire.
Art. 12. Interrogé si, dans le courant de l'année 1796
(v. st.), il ne s'est pas absenté de la République française ?
— A répondu qu'il n'a pas émigré.
Art. i3. Sommé de répondre par oui ou par non à la
question précédente, dont lecture lui a été donnée de
nouveau ?
— A répondu qu'on ne peut pas le forcer de répondre
[autrement] que comme il vient de le faire.
Art. 14. Interrogé s'il reconnaît la signature au bas de
la huitième pièce pour être la sienne ?
— A répondu que oui.
Art. i5. Interrogé si cette pièce n'est pas une des
pièces à son profit du nom de Lucerne, du i5 juillet 1796
(V. st.).
— A répondu que oui i.
Art. 16. Interrogé s'il n'est pas allé lui-même à
Lucerne la solliciter ou la demander ?
I. Elle émanait probablement de la nonciature de Lucerne. (Note de
M. Lahache.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 365
— A répondu que non.
Art. 17. Interrogé comment il se l'est procurée ?
— A répondu qu'on [la] lui a renvoyée par la poste.
Art. 18. Interrogé où il était lorsqu'il l'a reçue ?
— A répondu qu'il ne veut pas le dire.
Art. 19. Interrogé s'il reconnaît la signature au bas de
la vingtième pièce pour être la sienne ?
— A répondu que oui.
Art. 20. Interrogé si les cinq lignes et demie écrites
sur la môme pièce, commençant par le mot Van et
finissant par celui constamment^ sont de son écriture ?
— A répondu que oui.
Art. 21. Interrogé pourquoi il les a écrites?
— A répondu que c'était pour dresser un acte de
mariage ; mais qu'il n'a pas achevé de rédiger le même
acte, et qu'il ne veut point dire s'il a fait des actes de son
ministère, n'étant pas obligé d'en rendre compte.
Art. 22. Interrogé s'il reconnaît la signature au bas de
la seconde pièce de ladite liasse pour être la sienne ?
— A répondu que oui.
Art. 23. Interrogé si ce n'est point un passeport qui
lui a été délivré, se trouvant dans le cas de la déportation,
dont lui a été donné lecture ?
— A répondu que oui.
Art. 24. Interrogé si, ensuite de ce passeport, il est
allé à Fribourg en Suisse ?
— A répondu qu'il n'y est pas allé, parce qu'on lui a
dit que, n'ayant pas été fonctionnaire, il n'était pas dans
le cas de la déportation.
Art. 25. Interrogé s'il n'a pas fait des fonctions de son
ministère avant la loi du 19 fructidor dernier?
— A répondu qu'il ne veut pas s'expliquer sur les ques-
tions qui lui seront faites relativement à son ministère.
366 COMMISSIONS MILITAIRES.
Art. 26. Interrogé où il a été, depuis qu'il est prêtre ?
— A répondu qu'il a des certificats dans la liasse dont
il a été parlé, qui justifient des lieux où il a résidé.
Art. 27. Interrogé où il était, lorsqu'il a été arrêté le
jour d'hier ?
— A répondu qu'il était sous une armoire derrière un
pan de boiserie, ainsi qu'il est expliqué au procès- verbal
de son arrestation du jour d'hier, qu'il a signé, et dont il
lui a été de nouveau donné lecture.
Art. 28. Interrogé ce qu'il faisait dans cette armoire ?
— A répondu qu'il s'y était caché.
Art. 29. Interrogé pourquoi il s'y était caché ?
— A répondu que c'était pour éviter l'injustice d'une
arrestation, n'ayant rien à se reprocher.
Art. 3o. Interrogé s'il n'y avait pas sous la même
armoire des ornements de culte, et s'ils n'étaient pas
destinés à son usage ?
— A répondu qu'il n'y en a point vu.
Art. 3i. Interrogé s'il ne s'est pas servi d'ornements
de culte dans la maison de Louis Pierron, menuisier à
Charmes ^7
— A répondu qu'il a déjà dit qu'il ne rendrait aucun
compte des fonctions de son ministère.
Art. 32. Interrogé s'il les a remplies depuis qu'il est
prêtre ?
— A dit qu'il persiste à la réponse précédente.
Art. 33. Interrogé s'il a prêté le serment ou fait la
déclaration de haine à la royauté et à l'anarchie, d'atta-
chement à la République et à la constitution de l'an
trois ?
I. Louis Pierron fut acquitté, sur la déclaration du jury qu'il n'avait pas
agi sciemment. (Note de M. Lahache.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 36^
— A répondu qu'il u'a t'ait aucune déclaration ni prêté
aucun serment.
Art. 34. Lecture faite au prévenu du présent interro-
gatoire et de ses réponses, a dit que ses dites réponses
contiennent vérité, qu'il y persiste, et a signé au bas de
chaque page avec nous et le grefiîer, fait et achevé les
an et jour avant dits.
Signé : Thouvenin, Richard, Pottier (greffier).
[Le texte du jugement de la commission militaire de Nancy
manque.]
m.
Lottinger, chartreux
i3 floréal an vi — 2 mai 1798.
[Lottinger, Antoine, lils d'un médecin de Sarrebourg, mis-
sionnaire à Gerbéviller (Meurthe), religieux de l'ordre de
Saint-Bruno; déporté; rentré; condamné à mort le 2 mai
1798.]
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ ÉGALITÉ
Nancy, le 9 floréal, 6^ année de la République française
une et indivisible.
Le commissaire du Directoire exécutif près V administration
centrale du département de la Meurthe, au ministre de la
police générale.
J'ai l'honneur de vous prévenir que, le jourd'hui (ou
d'hier), la gendarmerie nationale a arrêté à Gerbéviller,
dans une maison occupée par des ci-devant religieuses.
368 COMMISSIONS MILITxVIRES.
un homme qui n'était porteur d'aucun passeport, et avait
déclaré n'avoir aucune résidence fixe. Le juge de paix du
canton, devant lequel il a été amené de suite, lui a fait
subir un interrogatoire, duquel il résulte qu'il se nomme
Lottinger, qu'il est prêtre du ci-devant ordre des char-
treux de la maison de Bosserville près Nancy, qu'il a
émigré deux fois, qu'il n'avait pas de résidence fixe, et
menait une vie errante et vagabonde.
La gendarmerie ayant amené cet individu et présenté
l'interrogatoire précité à l'administration centrale, cette
autorité a renvoyé l'alfaire à l'accusateur public, pour que
ce fonctionnaire puisse régulariser l'opération du juge
de paix, qui n'avait terminé l'interrogatoire par aucune
ordonnance ni indication du tribunal compétent, qui
même n'avait décerné aucun mandat d'arrêt.
Il est plus que vraisemblable que ce prêtre sera traduit
devant une commission militaire; j'aurai l'honneur de
vous informer du jugement qui sera rendu à son égard.
Salut et respect.
ViLLOT, suppléant le commissaire.
Sans date.
Le ministre de la police générale au commissaire du pouvoir
exécutif près l'administration centrale du département de
la Meurthe.
J'ai reçu, citoyen, votre lettre en date du 9 floréal pré-
sent mois, relativement au nommé Lottinger, prêtre du
ci-devant ordre des chartreux, arrêté à Gerbe viller.
Je vous observe que, si cet individu a été soumis aux
lois de 1792 et 1793, et qu'il soit porté sur la liste des
COMMISSIONS MILITAIRES. 36g
émigrés comme prêtre déporté, c'est le cas de lui faire
subir la peine de la déportation. Dans le cas contraire,
c'est-à-dire si, n'étant pas soumis aux lois de 1792 et 1793,
il se trouve porté sur la liste des émigrés comme émigré,
il devient alors justiciable de la commission militaire i.
Vous me rendrez compte des suites de cette affaire.
3.
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ ÉGALITÉ
Nancy, le 17 floréal, 6= année de la République française
une et indivisible.
Le commissaire du Directoire exécutif près V administration
centrale du département de la Meurtlie, au ministre de la
police générale.
Citoyen ministre,
Par lettre du 9 du courant, je vous ai annoncé l'arresta-
tion du nommé Lottinger, ex-chartreux de la maison
de Bosserville, près Nancy.
Cet homme a été condamné le i3 du courant par une
commission militaire à la peine de mort comme émigré
rentré et a été exécuté le même jour.
Salut et respect.
MOURET (ou MoUREL).
I. Cette distinction est celle que recommandait Proudhon dans son mé-
moire. Malheureusement, nous n'avons pas le texte du jugement.
18 FRUCTIDOR. 24
3^0 COMMISSIONS MILITAIRES.
IV.
Seigle, pi^être »
7 messidor an vi — 25 juin 1798.
[Seigle, Simon, né à Givors (Rhône-et-Loire, aujourd'hui
Loire), vicaire à Saint-Etienne en Forez; arrêté à Saint-Dié,
le 8 ventôse an vi; il subit trois interrogatoires devant le
juge de paix (8 et 9 ventôse, et 5 germinal), qui le renvoya
devant la commission militaire de Nancy. Celle-ci se déclara
incompétente et le renvoya devant le tribunal criminel des
Vosges, qui déclara n'avoir pas droit d'en connaître, et qui ren-
voya les pièces devant l'administration des Vosges, laquelle
saisit enfin la commission militaire de Nancy. Simon Seigle
l'ut condamné à être fusillé, le 7 messidor an vi — 25 juin 1798.]
JUGEMENT DU TRIBUNAL CRIMINEL DES VOSGES.
Vu par le tribunal criminel du département des Vosges,
séant à Epinal, les pièces de la procédure instruite contre
un individu qui, d'abord, a dit s'appeler François Golinet,
marchand, résidant à Bomberet, commune de Jussey,
département de la Haute-Saône, qui ensuite a (sic) rétracté
et a dit s'appeler Simon Seigle, natif de Givors près de
Lyon, et avoir fait des vœux comme frère cordelier dans
un couvent de cette dernière commune, et qui enfin en
persistant à (sic) ses nom et prénom de Simon Seigle, ori-
ginaire de Givors, département du Rhône-et-Loire, s'est
dit être prêtre, âgé de trente-deux ans, attaché, comme ci-
devant vicaire, à la cure et à l'église de Saint-Etienne,
même département, savoir :
I. M. Jean Cayon, Histoire civile, etc., de Nancy, p. 36i, écrit: Siègle,
natif de Lyon. L'orthograplie Seigle paraît la seule vraie.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3^1
L'interrogatoire prêté par ledit individu sous le nom
de François Golinet, par-devant le juge de paix du
canton de Saint-Dié, le huit ventôse dernier »; le passe-
port dont il était porteur, délivré le vingt-cinq pluviôse
an six par la municipalité de Jussey sous le même nom
de François Golinet; Finformation faite par le même juge
de paix le neuf ventôse; le second interrogat qu'il a
fait subir au prévenu le même jour; les copies de diffé-
rentes lettres qu'il a écrites pour se procurer des ren-
seignements sur l'identité et la conduite du prévenu; les
différentes réponses qu'il en a reçues; le troisième in-
terrogatoire subi par le prévenu le cinq germinal ^;
l'ordonnance rendue le sept, par laquelle le juge de paix
a renvoyé Simon Seigle par-devant la commission
militaire établie à Nancy, département de la Meurtlie,
pour y être jugé comme prêtre émigré et déporté; le
mandat d'arrêt décerné en conséquence le huit; le juge-
ment rendu le quatorze par la commission militaire
établie dans la quatrième division séant à Nancy, par
lequel, en se déclarant incompétente pour décider sur le
sort de Simon Seigle, la commission arrête qu'il sera
renvoyé, avec les pièces de la procédure, par-devant le
tribunal criminel du département des Vosges pour y
être jugé ; vu enfin le dernier interrogat prêté par le
prévenu par-devant un des membres du tribunal criminel
le vingt germinal, ainsi que les conclusions par écrit du
commissaire du Directoire exécutif, établi près d'iceluy,
du vingt-huit ;
Le tribunal, considérant que, de l'aveu de Simon
Seigle, consigné dans ses deux derniers interrogàts, il
I. 26 février 1798.
a. 25 mars i;;98.
3^2 COMMISSIONS MILITAIRES.
résulte qu'il est prêtre réfractaire à toutes les lois qui
ont exigé un serinent des individus de cet état; qu'après
s'être émigré en 1791 pour passer dans les cantons
suisses, il est rentré sur le territoire de la République
française en floréal an cinq; qu'arrêté et traduit devant
le tribunal criminel du département de la Haute-Saône,
il a été détenu et renfermé avec plusieurs autres prêtres,
jusqu'au moment de l'exécution de la loi du dix-neuf
fructidor dernier, où il a été conduit et déporté, d'après
la disposition de l'article dix-neuf de cette loi, jusque
dans les cantons suisses ;
Considérant que, rompant une seconde fois son ban,
il n'a pas tardé de rentrer de nouveau sur le territoire
de la République; et que c'est dans cet état qu'il a été
arrêté, et qu'il s'est ensuivi la procédure actuelle, sur
l'effet de laquelle il s'agit de statuer;
Considérant que, d'après la disposition de l'article dix-
neuf de la loi du mois de fructidor précité, Simon Seigle,
émigré précédemment et alors détenu, était dans le cas
de la déportation que lui a fait subir le département de
la Haute-Saône; qu'étant rentré ensuite, il paraît qu'il
était sujet à la peine prononcée par l'article dix-huit de
la même loi, ou enfin, qu'il avait été valablement renvoyé
par-devant la commission militaire, d'après la disposition
de l'article suivant ;
Considérant que, la commission en ayant pensé diffé-
remment, il en résulte qu'elle n'a plus considéré Simon
Seigle comme ayant émigré précédemment de (sic) sa dé-
portation par le département de la Haute-Saône, et qu'elle
ne l'a envisagé que comme un individu à qui il s'agissait
de faire subir de nouveau la même peine de déportation ;
Considérant que, sous aucun rapport, le tribunal ne
peut connaître ni prononcer la peine contre Simon
COMMISSIONS MILITAIRES. 3^3
Seigle; puisque, s'il n'est sujet qu'à celle de déportation,
c'est à l'administration centrale à y pourvoir; si, au
contraire, il a encouru celle infligée aux émigrés, c'est
à la commission militaire à en juger, d'après les diffé-
rents articles de la loi du dix-neuf fructidor ;
En conséquence, le tribunal arrête que Simon Seigle
sera renvoyé, avec les pièces de la procédure, à l'adminis-
tration centrale du département des Vosges, pour prendre
à son égard les mesures qu'elle croira convenables ;
Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution
à la diligence du commissaire du pouvoir exécutif.
Fait à Épinal, le premier floréal an six de la Répu-
blique française une et indivisible, en l'audience du
tribunal où étaient présents, etc.
[D'après le récit d'un témoin oculaire, déposé aux archives
du grand séminaire de Saint-Dié, M. Simon Seigle fut ramené
à Nancy le 23 juin 1798, comparut à nouveau devant la com-
mission militaire le lundi 25, et fut, le même jour, passé par
les armes.] — Note de M. l'abbé Lahache i.
I. L'abbé Guillon (op. cit.) ne mentionne pas Simon Seigle. En revanche,
il signale Collet, curé de Voinémont, comme ayant été arrêté après le
18 fructidor, condamné le 3i décembre 1797 par la commission militaire de
Nancy, et fusillé le i"'" janvier 1798. C'est une erreur. J.-B. Collet fut jugé
et guillotiné à Nancy le 25 octobre 1793. M. l'abbé Lahache possède le
testament de J.-B. Collet, daté du aS octobre 1793, « jour où je dois être
conduit au tribunal. » — D'après Jean Cayon, op. cit., p. 36i, le tribunal
criminel du département aurait, le i5 messidor an vu, condamné à la dé-
portation un pauvre tailleur d'habits, convaincu d'avoir recelé un prêtre
fugitif, et, par arrêt du 6 fructidor, condamné à mort Pierre-Antoine Crol-
bois, chanoine de Bar-sur-Ornain (Bar-le-Duc).
3^4 COMMISSIONS MILITAIRES.
NANTES
I.
* Maraïhier, Jacques, prêtre
i8 brumaire an vi — 8 novembre 1797.
Jugement de la commission militaire de Nantes qui
condamne à la déportation Marathier (Jules), domini-
cain, émigré, né à Fougère (Vendée). — Il fut, en effet,
déporté à File de Ré, où il arriva le 3o novembre 1797.
Registre des déportés à Vile de Ré, n° 3i (Archives de la marine).
II.
Matthieu de Gruciiy, prêtre
7 frimaire an vi — 27 novembre 1797.
[Matthieu de Gruchy, originaire de Jersey et protestant,
fait prisonnier pendant la guerre d'Amérique, fut amené au
château, puis à l'hôpital d'Angers; sous l'influence des sœurs
de Saint- Vincent de Paul qui l'y soignaient, il se convertit au
cathohcisme, apprit l'état de menuisier, puis entra au sémi-
naire de Luçon, où il fut ordonné prêtre par Mgr de Mercy.
En 1792, il passa à Jersey, puis en Angleterre; en 1795, il;
vint en Vendée avec M. Brumauld de Beauregard. Après
deux années d'apostolat, il voulut retourner à Jersey; mais,
à Nantes, au moment où il obtenait un passeport, il fut re-
connu pour prêtre (23 novembre 1797). On l'arrêta, on
l'emprisonna au Bouffay; le 26, il subit un premier interro-
COMMISSIONS MILITAIRES. 3'jS
gatoire ; le 27, il comparut devant la commission militaire :
elle siégeait à l'église Saint-Miicent, 11 y fut éloquemment
défendu par M. Giiinche. Condamné à mort, il fut fusillé le
lendemain, 28 novembre, sur la place Viarme i.]
NICE
François Grépel
22 vendémiaire an vi — i3 octobre 1797.
(( .... Ci-devant noble, a subi la peine de mort à Nice le
22 vendémiaire, pour infraction à la loi du 19 fructidor. »
Le Rapporteur, du î3 brumaire an vi, p. m ; de Paris, le 7 brumaire 2.
1. Mémoires de Mgr Brumauld de Beauregard, t. II, p. r46-i33; Vie de
Matthieu de Gruchj, par le chanoine du Tressaj^, 1868. Il y a quelques
différences de détail entre ces deux récits. Ainsi, d'après M. Brumauld
de Beauregard, Gruchy aurait été détenu cà Saumur et non à Angers ;
c'est le curé de Saumur qui Taurait converti et non les sœurs. Il prétend
aussi que Gruchy n'aurait pas été défendu. Cependant, d'après M. du Tres-
say qui s'autorise du témoignage d'un compagnon de sa captivité, Gruchy
aurait dit : « Je crains que mon avocat, M. Guinche, n'ait trop dit pour ma
défense ; qu'il n'ait mortifié mes juges et qu'il ne se soit exposé à quelque
mauvais retour de leur part. » Cf. encore la Revue de Bretagne et de Vendée^
i863, p. 3i et 123; l'abbé Guillon {op. cit.^ t. III, p. 241) le fait mourir un
mois après le 9 thei'midor !
2. On n'a rien trouvé sur Crépel aux Archives nationales.
3^6
COMMISSIONS MILITAIRES.
NIMES I
I.
* Baudillé-Sénéchon, Henri-Joseph
* Louis-Luc Senechon, dit Bournissac, de la commune
de Noces.
25 thermidor an vi — 12 août 1798.
[La commission militaire de Nimes se borna à prononcer la
déportation.
L'administration du Gard, par arrêtés des 8 et 11 messidor
an VII, estima qu'il y avait eu excès de pouvoirs de la part de
la commission.
Le 7 fructidor an vu, le ministre de la justice ordonna la
mise en liberté des deux condamnés, qui avaient justifié d'une
résidence non interrompue.]
A. N. F:; 4374.
IL
* Philibert Etienne, dit la Flamme
28 fructidor an vi — 14 septembre 1798.
[La commission militaire l'avait acquitté du fait d'émigration
et renvoyé sous la surveillance des autorités constituées.
Par arrêté du 4 messidor an vu — 20 juin 1799, l'adminis-
I. La commission siégeait dans l'église des Récollets. — D'après M. Bara-
gnon (Histoire de Nimes, t. IV, p. i34), plusieurs émigrés auraient été con-
damnés à mort par une commission militaire ; mais il ne cite ni les noms
ni les dates de jugement ou d'exécution.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3'j'J
tration du Gard déféra ce jugement au ministre de la justice
pour excès de pouvoirs.
Par arrêté du 28 thermidor an vu — 11 août 1799, le mi-
nistre déclare le conflit et ordonne que le jugement restera
sans exécution.]
A. N. F; 4374.
III.
J.-B. Robert, pi^être
3 vendémiaire an vu — 24 septembre 1798.
[J.-B. Robert, ex-curé de Puy-Laurens; le 16 fructidor an vi,
il subit un interrogatoire devant l'administration centrale ; il
en résulte qu'il a été arrêté à Ghaballier, dans une grange où il
se reposait ; qu'il n'est jamais sorti du territoire français. On
lui demande s'il a d'autres observations à faire. — « A ré-
pondu qu'il n'en avait pas d'autres à faire, si ce n'est que,
dans le cas où il serait sujet à la déportation par la non-pres-
tation de serment, il est disposé à se soumettre aux peines
que la loi prononce à cet égard. » — On avait saisi quelques
objets du culte qu'il déclara ne pas lui appartenir. Un sieur
Combes, fermier, fut arrêté avec lui.
I g fructidor an VI. Délibération de l'administration cen-
trale de la Lozère. Après avoir constaté qu'il est inscrit sur la
liste générale R. S., p. ^2, sous la désignation suivante : Ro-
bert, ex-curé, Lozère, Villefort, 20 germinal an 11 :]
Considérant que J.-B. Robert est désigné comme un des
chefs d'une bande de brigands ; que la voix publique le
dénonce comme un homme infiniment dangereux et un
point de ralliement pour les brigands, les émigrés et les
malveillants ;
Considérant que l'administration centrale, en traduisant
ledit Robert, en exécution de l'article 16 de loi du 19 fruc-
tidor an V, devant la commission militaire, mettra cette
3^8 COMMISSIONS MILITAIRES.
coimnission à môme de prononcer à son égard, conformé-
ment à celles de ses dispositions qui lui sont applicables,
et qu'elle examinera dans sa sagesse si elle ne trouve pas
convenable d'informer sur la répression des vols, atten-
tats et le rétablissement de la tranquillité publique (sic) ;
Considérant que cette mesure peut fournir des rensei-
gnements précieux et même aider à des découvertes
utiles qui peuvent procurer l'arrestation des chefs de cette
bande d'égorgeurs, des émigrés marquants qui y sont as-
sociés et faire connaître leurs plans et complots subversifs
de la tranquillité publique ;
Art. i^"". — Déclare qu'il est inscrit, etc.
Art. 2. — Ordonne qu'il sera traduit à Nimes devant
la commission militaire, etc.
i3 hriwiaire an VII. — Du ministre de la police. —
D'après lui, « Robert était et est déportable, et il ne pourrait
être traduit devant la commission militaire qu'autant qu'il
serait reconnu être dans le cas de la loi du 19 nivôse der-
nier, par raison des délits qu'elle a prévus. »
[Il n'en fut pas moins traduit devant la commission mili-
taire, qui le condamna à mort le 3 vendémiaire an vu —
24 septembre 1798.]
6 frimaire an VII. — De l'administration de la Lozère
au ministre de la police. — Annonce que J.-B. Robert,
prêtre, condamné à mort par la commission militaire de
Nimes, s'est évadé deux heures avant l'exécution. « C'est
très fâcheux pour la société ^ »
I. Vxxe lettre du 6 octobre 1798 signale l'évasion de J.-B. Robert, ex-curé
de Puy-Laurens, prévenu d'émigration et condamné à mort par la com-
mission militaire de la 9* division militRire, séant à Nimes. — Archives de
la guerre, correspondance des généraux à rintérieur, octobre 1798.
COMMISSIONS MILITAIRES. 879
[Il fut repris dans la Lozère, le 20 vendémiaire an viii —
II octobre 1799, el aussitôt exécuté.]
A. N. F7 7489.
IV.
* Chabas, Pierre-Joseph
26 vendémiaire an vu — 17 octobre 1798.
[La commission militaire de Nimes prononça sa mise en
liberté.
L'administration du Gard, par arrêté du 4 messidor an vu
— 20 juin 1799, déclara qu'il y avait excès de pouvoirs.
Le ministre de la justice ordonna la mise en liberté (28 ther-
midor an VII — i3 août 1799).]
V.
Gai roche, prêtre
27 vendémiaire an vu — 18 octobre 1798.
Cairoche, Jean-Léon, né à Nimes; vicaire des Salles du
Gardon ; insermenté ; inscrit sur la liste des émigrés le 29 ger-
minal an II — 18 avril 1794. Rentré en 1797; arrêté après fruc-
tidor; emprisonné à la citadelle; s'échappe; est repris, et con-
damné à mort.
Archives du Gard, série L, liasse I, L, 1/35 l, et les Evéques de Nimes
au XVII' siècle, suite par l'abbé Goiffon, 1873, p. 247 et suiv.
I. Lettre de M. Ed. Bondurant, archiviste du Gard, 20 mai 1893.
I
38o COMMISSIONS MILITAIRES.
VI.
Ex-prieur de Lasalle
a"] vendémiaire an vu — 18 octobre 1798.
« Le 27 Yendémiaire, la commission militaire séant à
Nimes condamna à mort l'ex-prieur de Lasalle, convaincu
d'émigration. Il fut fusillé le même jour. »
Le Rapporteur^ numéro du 2 frimaire an vu ; de Paris, du 25 brumaire 1 .
VIL
* Dalzon, grand-père
i3 brumaire an vu — 3 novembre 1798.
[La commission militaire avait acquitté Dalzon du fait d'émi-
gration et ordonné sa mise en liberté.
Par arrêté du 21 prairial an vu — 7 juin 1799, l'adminis-
tration du Gard défère ce jugement au ministre de la justice
pour excès de pouvoirs.
27 messidor an vu. Le ministre déclare le conflit et annule
le jugement.
Cet arrêté est commun à Daudé, condamné à Montpellier,
et à trois autres prévenus condamnés à Nimes.]
A. N. F7 4374.
I. On lit à la suite : « Ladite commission avait aussi condamné à la peine
de mort l'assassin d'un colporteur ; il devait être fusillé le lendemain. »
N'est-ce pas le conseil de guerre qui prononça cette dernière condamnation,
plutôt que Ja commission militaire? — On peut se demander aussi si l'ex-
prieur de Lasalle et Cairoche, ex-vicaire des Salles-du-Gardon, condamnés
le même jour, ne forment pas un seul et même personnage. Les archives
du Gard ne nous fournissent aucun document pour trancher cette ques-
tion.
â
COMMISSIOiVS MILITAIRES. 38l
VIII.
* Dauprat, Firmin
* BoNNEFOY, Jean-François-Pascal
* Bellier, Pierre
28 brumaire an vu — 18 novembre 1798.
[La commission militaire de Nimes avait prononcé leur mise
en liberté.
Par arrêté du 21 prairial an vu — 7 juin 1799, l'administra-
tion du Gard déféra ce jugement au ministre de la justice.
Par un seul et même arrêté en date du 27 messidor an vu
— i3 juillet 1799, le ministre ordonne la mise en liberté des
trois prévenus, sur le vu des certificats de résidence.]
A. N. F7 4374.
IX.
* Charles Ghabannier
2 frimaire an vu — 22 novembre 1798.
[Acquitté par la commission militaire de Nimes du fait d'émi-
gration ; elle ordonne sa mise en liberté.
4 frimaire. Arrêté de l'administration du Gard. Réclamation
pour excès de pouvoirs.
2 prairial an vu. Déclaration de conflit; le jugement rendu
en sa faveur restera sans exécution.]
Lambrechts.
Barras.
A. N. F: 4374.
382 COMMISSIONS MILITAIRES.
X.
* Louis Bureau
4 frimaire an vu — 24 novembre 1798.
[La commission militaire de Nimes l'acquitte du fait d'émi-
gration et ordonne sa mise en liberté.
4 frimaire. Réclamation pour excès de pouvoirs de l'admi-
nistration du Gard.
2 prairial an vu. Déclaration de conQit; le jugement restera
sans exécution.]
Lambreghts.
Barras.
A. N. F; 43:4.
XL
* J.-B. Bataille
4 frimaire an vu — 24 novembre 1798.
[La commission militaire de Nimes l'avait acquitté de la pré-
vention d'émigration.
29 pluviôse an vu. L'administration de l'Hérault réclame
pour excès de pouvoirs.
24 floréal an vu. Déclaration de conflit et annulation du
jugement.]
Lambreghts et Barras i.
A. N. F: 4374.
I. La commission de Nimes condamna, en outre, vers la même époque,
mais à des dates que nous ne pouvons absolument préciser, plusieurs prê-
tres à la déportation : 1° Joseph INIagalon, né à Bagnols (Gard), 48 ans ; Ré,
n° 402, f à Saint-Martin-de-Ré, le 11 ventôse an vu — i" mars 1799 ; 2° Jean
Coste, né à Cendras, ancien vicaire de Saint-Jean-du-Gard, Ré, n" 5o2 ; il
s'évada en germinal ou floréal an viii ; 3° Anne Pellier, connu sous le nom
de Père Ghrysostome, capucin, né à Barjac (Gard), le v novembre 1757;
arrêté le 6 janvier 1799, au moment de célébrer la messe, au milieu d'un
COMMISSIOiNS MILITAIRES. 383
PERPIGNAN I
I.
BouRRET, prêtre
9 frimaire an vi — 29 novembre 1797.
[Bernard Bourret, soixante ans, ci-devant chanoine de
Bassoues (Gers); déporté à Bordeaux, le i5 ventôse an ii; le
28 ventôse an m, il était encore détenu à la maison d'arrêt du
petit séminaire de Bordeaux, lorsqu'un arrêté du Comité de
sûreté générale ordonna sa mise en liberté, ce qui fut sur-le-
champ exécuté. Il n'était pas sorti du territoire de la Répu-
blique. Cependant il fut arrêté le 16 brumaire an vi — 8 no-
vembre 1797, à Bassoues : il comparut le même jour devant
l'administration centrale du Gers. Voici son interrogatoire 2 :]
L'an six de la République française une et indivisible
et le dix-neuf brumaire, a été conduit par-devant Fadmi-
attroupement de plus de 3,ooo personnes, 42 ans : il fut déporté à l'île d'Olé-
ron, n" i32. Libéré le 24 juillet 1800; il établit un séminaire à Ghambon ;
f 10 décembre 1819. — Cf. /es Evcqucs de Niines, etc., et la Terreur sons le
Directoire, p. 44o, 44^5 455.
1. Nous avons vu {supra, Bordeaux, p. 292) que la commission de Per-
pignan fut mêlée à Tafifaire Bordes, qui se dénoua délinitivement devant la
commission de Bordeaux.
2. J'emprunte ces renseignements à une réclamation présentée sous la
Restauration par le frère et les neveux de Bourret. M. l'abbé Torreilles,
professeur au grand séminaire de Perpignan, auteur d'une remarquable
Histoire du clergé des Pyrénées-Orientales pendant la Révolution, a bien
voulu copier à mon intention : 1° cette réclamation, dont je viens de
donner le résumé ; 2° Finterrogatoire qui suit. Ces pièces proviennent
des archives des Pyrénées-Orientales, Q. 5;i, Ci". Lamazouade, Histoire
du clergé du Gers pendant la Révolution.
384 COMMISSIONS MILITAIRES.
nistration centrale par la brigade de Miraiide le prêtre
Bernard Bourret. Le commandant, en conséquence, a
exhibé un procès- verbal en date du i6 brumaire courant,
qui constate que ledit Bourret a été arrêté ledit jour
dans la commune de Bassoues, maison de la Hangotte.
Le président a interrogé ledit Bourret de la manière
suivante.
D. — Gomment vous appelez-vous ?
R. — Bernard Bourret.
D. — Quel est votre âge ?
R. — Environ soixante ans.
D. — Quelle est votre qualité ?
R. — Ci-devant chanoine de Bassoues.
D. — i^vez-vous prêté le serment de la liberté et de
l'égalité ?
R. _- Non.
D. — Êtes-vous jamais sorti du territoire de la Répu-
blique ?
R. — Non; mais qu'il a été déporté à Rochefort en
1793, et qu'il fut mis en liberté, en vertu d'un arrêté du
Comité de sûreté générale, en date du 28 ventôse an m.
D. — Etes-vous sur la liste des émigrés ?
R. — Non. — Le président observa au répondant qu'il
a été inscrit, et, après cette observation, il reprend ce-
pendant :
D. — Vous y étiez cependant inscrit. En avez-vous été
rayé définitivement ?
R. — Ne sachant pas que j'étais inscrit, je n'ai pu faire
aucune démarche pour en être rayé.
D. — Pourquoi n'avez- vous pas obéi à la loi du 19 fruc-
tidor dernier, qui vous ordonne de sortir de la Répu-
blique ?
R. — Tout le monde me disait que je n'étais pas sujet
COMMISSIONS MILITAIRES. 385
à cette loi, et que je serais regardé comme émigré si je
sortais du territoire de la République.
D. — Avez-vous exercé les fonctions du culte catlio.
lique ?
R. — Je ne les ai pas exercées publiquement, mais en
particulier, lorsque j'en ai été prié. Je n'ai jamais dit la
messe.
D. — En quoi avez-vous donc exercé le ministère de
votre culte ?
R. — En faisant quelques baptêmes et en donnant
quelques bénédictions nuptiales.
D. — Avez-vous fait la déclaration prescrite parla loi
du 7 vendémiaire ?
R. — Gomme je ne faisais pas de fonctions publiques,
personne ne me l'a demandée.
D. — Il paraît par les morceaux de lettres déchirées
qu'on a trouvés parmi vos papiers que vous [y] parlez de
la loi du 3 brumaire. Vous étiez donc instruit qu'il y
avait des lois qui vous regardaient, et il est donc présu-
mable que vous connaissiez celle du 7 vendémiaire. Or
cette loi veut que vous offriez cette soumission et non
qu'on vous la demande.
R. — Cet ami, qui m'écrivait cette lettre, me dit lui-
même que ni la loi du 7 vendémiaire, ni celle du 19 fruc-
tidor, ne me regardaient pas.
D. — Quel est cet ami qui vous écrivait ?
R. — Il n'est pas nécessaire que je vous dise son nom.
D. — Parmi les papiers trouvés chez vous, il existe un
registre de naissances et de mariages; pourquoi le tenez-
vous ? Vous assuriez-vous que les parents et les époux
feraient retenir acte de leurs mariages, des naissances de
leurs enfants, par l'officier civil ?
R- — Je tenais ce registre, croyant que ce n'était ni
18 FRUCTIDOR. 25
386 COMMISSIONS MILITAIRES.
utile, ni dangereux; mais je recommandais aux pa-
rents et aux époux d'obéir à la loi, en faisant enregistrer
ces actes dont il s'agit par l'oflîcier civil.
D. — Tous les efTets inventoriés plus haut vous appar-
tiennent-ils, et dans le cas contraire, quels sont ceux qui
ne vous appartiennent pas ?
R. — Ne m'appartiennent pas, savoir : le calice, la
patène, la pierre, la chasuble, le missel et généralement
rien de ce qui est au service du culte, les cinquante louis
en espèce, les fusils. La clef m'avait été confiée; mais
elle ne m'appartient pas, non plus que la malle dans
laquelle ont été trouvés ces effets. Ces effets appar-
tiennent à la maison où j'habitais.
D. — Comment se peut-il que, les deux sacs d'argent
ayant été trouvés dans la malle dont vous avez la clef,
ainsi que votre tabatière d'argent et autres effets à vous
appartenant, il n'y ait que cet argent qui ne vous
appartienne pas ?
R. — Il est vrai qu'une partie de l'argent, la tabatière
et quelques autres effets m'appartiennent, mais je persiste
à dire que tous ces effets ne m'appartenaient pas, la clef
de la malle qui renfermait ces objets à moi et des objets
appartenant à la maison où j'étais, était tenue, vu la
confiance que me donnait le maître de la maison, indiffé-
remment par lui ou par moi.
Lecture faite du présent dans son entier, écrit sur deux'
feuilles de papier mises l'une dans l'autre, et poussée
depuis la première jusqu'à la dernière page, le répon-
dant a été invité à le signer, s'il le trouvait fidèlement
rédigé, ce qu'il a fait.
Les gendarmes observent qu'il a été trouvé dans ime
armoire un couteau d'or et d'argent ; que cette armoire
appartenant au maître de la maison, il est évident que
COMMISSIONS MILITAIRES. 38^
rargciit et For trouves dans la maison n'appartenaient
pas à ce maître; à moins de supposer qu'il eut la sin-
gularité de tenir son argent dans plusieurs lieux.
ïl. — Qu'il persiste.
Nouvelle lecture a été faite de cette observation.
BouRRET cadet, Hrr Pierre, Baylas, administratew
d'administration centrale, et Manas, signés.
[La comparution devant la commission militaire eut lieu le
9 frimaire an vi; Bourret fut exécuté dans les vingt-quatre
heures (Pétition de la famille).]
II.
Pierre Cabanes, de Maiireillas
12 ventôse an vi — a mars 1798.
Tisserand, arrêté le i4 frimaire an vi, avec Baudile
Sanyé, accusé de lui avoir donné asile. Celui-ci fut ren-
voyé devant le tribunal criminel. Quant à Cabanes, il fut,
par jugement du 12 ventôse, condamné à être fusillé.
Archives des Pyrénées-Orientales, L. 2i5 ' .
I. Des recherches que M, Tabbé Torreilles a pris soin de faire à mon
intention dans les archives des Pyrénées-Orientales, il résulte que, si les
arrestations furent assez nombreuses, les poursuites n'allèrent guère plus
loin. On traquait les prêtres, les riches propriétaires, les émigrés qui ren-
traient pour piller les récoltes des acheteurs de leurs biens, les gens non
Roussillonnais, et les Roussillonnais contre lesquels s'exerçaient des ran-
cunes locales ou personnelles ; mais, en fait, faute d'inscription sur la liste
des émigrés, ou par suite de radiations provisoires, la poursuite man-
quait de base, et la commission militaire, relativement bénigne, restait
désarmée.
j^
388 COMMISSIONS MILITAIRES.
POITIERS
I.
PhILBERT, dit LA BUSSIÈRE
Décembre 179^ (?).
« Philbert, dit le chevalier de la Bussière, seigneur de la
Salle-en-Gâtine, servit dans les régiments provinciaux, assista
en personne à l'assemblée de 1789, émigra, fît la campagne de
1792 sous les ordres des princes, frères du roi, dans une com-
pagnie à cheval du Poitou ; il rejoignit ensuite l'armée de
Gondé, où il fut blessé le i3 août 1796 à Ober-Kamblach. Ren-
tré en France quelque temps après, il fut arrêté et fusillé à
Poitiers comme émigré. »
Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l'an-
cien Poitou, par Henri Filleau, H. Beauchet-Filleau el Ch. de Chergé; t. I,
p. 53i.
« .... On passait par les armes les émigrés et les prêtres
rentrés qu'on pouvait arrêter ; il y eut peu de départe-
ments où l'on ne comptât quelques victimes. A Poitiei'S,
M. de la Bussière, noble et émigré, fut condamné à mort.
Il fut manqué deux fois et assommé pour la troisième. »
Mémoires de Mgr J. Brumauld de Beauregard, t. II, p. 209 • .
I. Il n'a été rien trouvé aux Archives nationales.
COMMISSIONS MILITAIRES.
389
IL
* Gabriel-Henri Villedon
II germinal et 9 messidor an vi — 3i mars et 27 juin 1798.
La commission militaire de Poitiers avait jugé qu'il n'y
avait pas identité entre Gabriel-Henri Villedon, prévenu
d'émigration et traduit devant elle, et le nommé Villedon,
inscrit sur la liste des émigrés.
22 frimaire an VII. — L'administration centrale de
la Vienne déclare que l'inscription Villedon s'applique à
Gabriel- Henri Villedon- Sausay, marié à Villedon de
Gournay.
28 JloT'éal an VII. — Le ministre de la justice déclare
que la décision de la commission militaire est illégale, et
arrête qu'elle restera sans exécution.
Lambrechts.
A. N. F3 43:4. Barras.
LE PUY
I.
Mermet, prêtre
aS fructidor an vi — 14 septembre i;g8.
[Mermet, Jean, originaire du Jura, curé de Saint-Ferréol-
d'Aurouze, canton de Saint-Didier-la-Séauve (Haute-Loire),
avait quitté sa cure par suite du décret du 26 août 1792, et
s'était retiré à Ferrare, dans une communauté de religieux; il
SgO COMMISSIONS MILITAIRES.
y traduisit en français les traités que saint Liguori avait com-
posés en italien.
Il rentra en France après thermidor. Arrêté dans la paroisse
de Saint-Didier, le 21 août 1798, il fut conduit dans les prisons
du Puy.
Le 14 septembre, il comparut devant la commission mili-
taire. Il refusa de déclarer, ce qui l'eût sauvé, qu'il n'était
pas sorti de France. Il fut défendu par M. Gineis.
On le fusilla le lendemain sur la place de la Liberté i.]
Au quartier général à Lyon, le 2"= jour complémentaire, l'an vi
de la République française une et indivisible.
L.-A. Pille, général divisionnaire, commandant en chef
la iQ^ division militaire, au ministre de la justice.
Citoyen ministre,
Je vous envoie l'expédition visée de moi du jugement
rendu par la commission militaire établie près la i^^ sub-
division de la 19^ division militaire séante au Puy (Haute-
Loire), qui a condamné à la peine de mort le nommé
Jean Mermet, âgé d'environ cinquante-trois ans, prêtre
réfractaire, déporté rentré, et inscrit sur le 4® supplément
à la liste des émigrés arrêté par le ministre des finances,
le 29 pluviôse an iv.
Expédition. Signature autographe.
Salut et fraternité.
L.-A. Pille.
JUGEMENT
LIBERTÉ ÉGALITÉ
A u nom du peuple français,
Cejourd'hui, vingt-huit fructidor, Fan six de la Répu-
blique, etc., à onze heures du matin;
I. J'emprunte ces détails et je renvoie le lecteur pour de plus amples
et de plus édifiants à un livre très rare : Conférences ecclésiastiques du dio-
COMMISSIONS MILITAIRES. SqI
La commission militaire.... ', assemblée dans Tune des
salles du palais de justice au Puy, à Fefï'et de juger le
nommé Jean Mermet, fils de Claude-Marie Mermet et
de Marianne Mermet, âgé d'environ cinquante-trois ans,
natif de la commune de Choux, département du Jura
(suit son signalement), ex-curé de Saint-Ferréol, réfrac-
taire, déporté, rentré, et prévenu d'émigration. . . .
Interrogé de ses nom, prénoms, âge, lieu de naissance,
profession et demeure ;
A répondu se nommer Jean Mermet, âgé de cinquante-
trois ans, natif de la commune de Choux, département du
Jura, ci-devant curé de Saint-Ferréol, département de
la Haute-Loire.
Apr^s avoir donné connaissance à l'accusé des faits à
sa charge, et lui avoir fait prêter l'interrogatoire par
l'organe du président, et l'avoir entendu dans ses moyens
de défense, tant par lui que par son défenseur officieux,
lesquels ont déclaré l'un et l'autre n'avoir rien à y
ajouter ;
Après avoir préalablement entendu les dépositions des
citoyens : du Pin dit Petit Jean, âgé de trente-sept ans,
domicilié kSsiini-Fevréol [suivent quatre autres témoins],
lesquels ont déclaré connaître le prévenu pour Jean
Mermet, ex-curé de Saint-Ferréol,
Le président a demandé aux membres de la com-
mission s'ils avaient des observations à faire à l'accusé ;
sur leur réponse négative et avant d'aller aux opinions,
l'accusé a été reconduit par la garde à la prison ; la coni-
cèse du Puy, qui a pour auteui" Tabbé Péala, supérieur du grand séminaire.
Le Puy, 1845, p. 200-203.
I. La composition de la commission lut la même ({ue pour le marquis
de Surville. Infra, p. 4o3.
392
COMMISSIONS MILITAIRES.
mission s'est retirée pour délibérer à rexception du
greffier.
La commission, délibérant à huis clos, le président a
posé les questions ainsi qvi'il suit :
Jean Mermet, qualifié ci-dessus, est-il le même que
celui inscrit sur le 4^ supplément à la liste d'émigrés
arrêté par le ministre des finances le 29 pluviôse an iv?
La commission a déclaré à l'unanimité l'affirmative.
Jean Mermet, ex-curé de Saint-Ferréol, département
de la Haute-Loire, prêtre réfractaire déporté, a-t-il
satisfait à la loi du 19 fructidor an v de la République ?
La commission a déclaré à l'unanimité la négative.
Considérant que ledit Jean Mermet n'a exhibé aucune
réclamation légale qui puisse tendre à prouver que son
inscription sur la liste lui est inapplicable et exciter par
là les dispositions favorables de la circulaire du mi-
nistre de la justice en date du 4 floréal an vi ;
Considérant que Jean Mermet, prêtre réfractaire, dé-
porté rentré sur le territoire de la République, y a été
arrêté le 3 fructidor an vi de la République française,
ainsi qu'il conste par le procès-verbal d'arrestation en
date du même jour;
Les voix recueillies par le président en commençant;
par le grade inférieur, lui ayant émis son opinion le^
dernier ;
La commission a condamné à l'unanimité ledit Jean!
Mermet à la peine de mort, conformément à l'article i5j
de la loi du 19 fructidor, ainsi conçu (suiçent les divers\
articles de loi) ;
Ordonne que le présent jugement sera mis à exécution]
dans les vingt-quatre heures;
Ordonne que lecture dudit jugement sera faite à l'ac-
cusé en présence de la garde assemblée sous les armes ;
COMMISSIONS MILITAIRES. 3c)3
Ordonne Timpression, laflichage et la distribution en
nombre sulHsant d'exemplaires ;
Ordonne enfin qu'il en sera envoyé copie aux ministres
de la guerre et de la justice, et au général de division.
Fait, jugé et prononcé à haute voix en séance publique
au Puy, les jour, mois et an susdits, et ont les membres
de la commission signé avec le greflier.
Suivent les signatures.
Minute.
A. N. BBi8 44o.
i4 vendémiaire an vu — 5 octobre 1798.
Le ministre de la justice au général Pille, commandant en
chef la iQ^ division militaire, à Lyon (Rhône).
J'ai reçu, citoyen général, avec votre lettre du 1^ com-
plémentaire an VI, l'expédition qui y était jointe du juge-
ment rendu par la commission militaire, établie près la
division que vous commandez, qui condamne à la peine
de mort le nommé Jean Mermet, prêtre réfractaire, dé-
porté rentré et inscrit sur la liste des émigrés. — De la
main du ministre Lanibrechts : Je suppose que, confor-
mément aux instructions qui ont dû être transmises à tous
les généraux de division, l'on n'aura pas procédé à la
condamnation de ce prêtre, sans en avoir préalablement
écrit au ministre de la police générale i.
Salut et fraternité.
Minute. L[ambRECHTs].
A. N. BB18 440.
1. Le dossier, peut-être incomplet, n'a pas gardé trace de cette commu-
nication préalable.
394 COMMISSIONS MILITAIRES.
II.
Le MARQUIS DE SuRVILLE.
26 vendémiaire an vu — i^ octobre 1798.
Dominique Allier, Robert et Charbonnel ï.
2j brumaire an vu — 17 novembre 1798.
[Joseph-Etienne, marquis de Surville, né en 1755 ou 1760 à
Vallon (Ardèche); 1777, sous-lieutenant au régiment de Picar-
die; 1782, capitaine en second; fit, dit-on, la g-uerre en Corse
et même en Amérique, sous les ordres de La Fayette et de
Rochambeau: émigra en 1791. Il rentra en 1796 et participa
au soulèvement du Vivarais avec le comte de Lamothe, qui,
arrêté le 17 avril, fut, le 6 octobre, assassiné dans la prison
du Puy. n se rendit alors à Blankenbourg , auprès de
Louis XVIII, et en obtint la reconnaissance de Dominique Al-
lier comme chef des royalistes de la région (i^^ juillet 1798). Il
revint de nouveau en France en août 1798, et se rencontra
avec Dominique Allier, qu'accompagnaient un jeune homme de
dix-sept ans, nommé Robert, et Joseph Charbonnel, de Jussac.
11 s'était caché avec eux chez une veuve Brun, aux environs de
Craponne, au lieu dit Gervais ; leur retraite fut dénoncée par
un sieur Dubois-Lacroze, policier amateur, à qui ce service fut
payé 600 fr. ; les gendarmes de Craponne les surprirent le
2 septembre au matin, les mirent en arrestation, et les con-
duisirent dans les prisons du Puy. Surville, considéré comme
émigré rentré, fut déféré à la commission militaire du Puy;
Allier et ses deux compagnons furent renvoyés à Lyon devant
le conseil de guerre, comme a} ant fait partie de rassemblements
armés. L'arrestation, habilement du reste et courageusement
I. Bien qu'Allier et ses compagnons aient coraparvi devant un conseil de
guerre et non devant la commission militaire, à Lyon et non au Puy, je
n'ai pas cru devoir les séparer de Surville, certains documents officiels
s'appliquant à l'un et aux autres. — J'ai déjà publié diverses pièces re-
latives à Surville dans la Bévue de la Révolution, juillet i885, p. 5-22, et
un récit d'ensemble dans la Terreur sous le Directoire, p. 127-134.
COMMISSIONS MILITAIRES. 3^5
opérée par les gendarmes, fut l'occasion d'un ordre du jour,
en date du 2^ complémentaire an vi, rédigé par le général
Pille, commandant de la 19^ division militaire : le ministère de
la police y puisa pour les journaux l'article suivant, qui dra-
matise l'arrestation : le procès- verbal du brigadier Delaigne
était moins pompeux.]
TRAIT DE DEVOUEMENT.
Le 16 fructidor dernier, le brigadier de gendarmerie et
les gendarmes de Graponne, département de la Haute-
Loire, arrivèrent à quatre heures du matin, avec un déta-
chement de chasseurs de la i6® demi-brigade commandée
par le lieutenant Meunier, dans le lieu où étaient Domi-
nique Allier, le ci-devant marquis de Sur ville, etc. Ils
investirent la maison et entrèrent au jour lorsqu'on ou-
vrit. Delaigne aperçoit par une ouverture la clarté d'une
lampe qui est éteinte aussitôt, et remarque une ouverture
par laquelle un homme peut passer à peine. Sans balancer,
il entre dans la caverne où l'vin des brigands (Surville) le
prend par les cheveux, et, lui appuyant une espingole sur
la poitrine : « J....-f...., lui dit-il, tu es mort si tu parles. »
Le brave brigadier s'écrie : « Chasseurs, je suis perdu,
mais faites rôtir tous les gueux qui sont ici dans cette ca-
verne. » A lïnstant, l'officier Meunier fait braquer toutes
les armes sur l'ouverture, délivre le brigadier et force les
brigands à se rendre aussitôt ^.
A. N. F: :489.
I. Le général Pille ajoutait : « Le dévouement du brave Delaigne est
digne des plus grands éloges: il renouvelle le trait de d'Assas à Closter-
camp. »
396 COMMISSIONS MILITAIRES.
§a.
19 fructidor an VI. — Lettre de l'administration centrale de
la Haute-Loire au ministre de la justice. Elle demande « la
marche à suivre pour le jugement de ces quatre brigands
royaux, que l'on désirerait faire juger comme faux monnayeurs
seulement. »
— Autre du même jour ; demande qu'on fasse la procédure
au Puy et qu'on envoie 5oo hommes.
^9 fructidor. — L'avis du ministre est que « le délit de
fausse monnaie ne doit être que le dernier des faits sur les-
quels il conviendra de les poursuivre : il n'entraînerait que la
peine des fers et il serait à craindre qu'ils ne trouvassent bien-
tôt moyen de s'échapper. »
i^"^ complémentaire an VI. — Délibération, en vertu de la-
quelle l'administration de la Haute-Loire prend diverses pré-
cautions pour prévenir une attaque dirigée contre la garnison
hors du Puy et l'évasion des prisonniers.
5 vendémiaire an VII. — Le ministre de la justice demande
au ministre de l'intérieur (pour lui seul) des fonds pour la
réparation de la maison de justice du Puy pour empêcher
l'évasion des détenus.
9 vendémiaire. — Lettre du ministre de la justice : « Ne les
poursuivre comme faux monnayeurs que dans le cas seule-
ment où l'on ne pourrait employer l'un des deux premiers
moyens, ou s'ils étaient acquittés par la commission mili-
taire ou le tribunal criminel. » Il croyait Surville et Allier
émigrés.
10 vendémiaire. — Du même aux mêmes : « Je ne doute pas,
citoyens, que, d'après les instructions que je vous ai données,
Dominique Allier, l'ex-marquis de Surville et ceux qui ont été
arrêtés avec eux n'ayent été traduits devant une commission
militaire, s'ils sont émigrés, ou devant les tribunaux compé-
tents pour les juger; mais je désire être informé des mesures
qui ont été prises et je vous invite à me les faire connaître,
ainsi que celles prises à l'égard des personnes désignées par
la correspondance dont vous m'avez adressé copie le 3® com-
COMMISSIONS MILITAIRES. 397
plémcntaire i. » — De la main du ministre : « Je suis informé
que Dominique Allier et Surville sont des émigrés. Ainsi je
suppose que la commission militaire aura déjà prononcé. Si,
contre toute attente, ils n'étaient pas inscrits, et qu'il survînt
une difficulté qui dût être soumise au Directoire exécutif pour
l'inscription définitive, il ne faudrait pas perdre un instant. »
— Lambreghts.
1 6 vendémiaire an VII. — L'administration centrale de l'Ar-
dèche arrête que « les extraits de la liste des émigrés de l'Ar-
dèche arrêtée le 22 avril 1793, où Surville est inscrit à la lettre
S, n° 63, seront incessamment adressés, ainsi que la liste des
témoins fournie par l'administration du département le i3 de
ce mois pour reconnaître ledit Surville, au général de brigade
Colomb, commandant la i'"'' subdivision de la i^" division mili-
taire, avec invitation de provoquer à l'égard de l'ex-marquis
de Survijle aîné, détenu, l'exécution de la loi du 19 fructidor
an V. »
Du 24 vendémiaire an vu de la République française
une et indivisible.
Extrait des registres des délibérations de V administration
centrale de la Haute-Loire.
Vu, etc. ;
Vu la lettre du ministre de la justice, du 4^ jour complé-
mentaire dernier, qui prescrit de rechercher les quatre
individus arrêtés dans la maison de la femme Théolayre,
d'abord comme prévenus d'émigration, ensuite comme
prévenus de rébellion, d'avoir fait partie de rassemble-
ments armés sans l'autorisation des autorités constituées,
et enfin comme prévenus de fabrication de fausse mon-
naie;
I. Il s'agit de lettres dans lesquelles il était fait allusion à des projets et
1 à des moyens d'évasion.
SgS COMMISSIONS MILITAIRES.
L'administration, considérant que des quatre individus
arrêtés le i6 fructidor dernier au lieu de Gervais, l'ex-
marquis de Surville, Tun d'eux, se disant Jacques Zaniant
Ralard ^, vient d'être traduit, comme prévenu d'émigra-
tion, devant une commission militaire ;
Que les trois autres. Allier, se disant Jean-Pierre Bour-
talier ^, Cliarbonnel de Jussac et Robert, prévenus d'a-
bord de rébellion et d'avoir fait partie de rassemblements
armés sans l'autorisation des autorités constituées, doivent
être jugés, de conformité à la loi du 29 nivôse dernier
contenant des dispositions pénales pour la répression des
vols et des attentats sur les grandes routes, etc., et le ré-
tablissement de la sûreté publique ;
Vu Farticle 11 de la loi précitée qui porte : « Dans le cas
ci-dessus, aucun individu ne pourra être mis en jugement
sans avoir été préalablement traduit devant le directeur
du jury du lieu du délit, etc. ; »
Ouï et ce requérant, le commissaire du pouvoir exécutif
arrête que le procès-verbal d'arrestation des nommés Do-
minique Allier, Gharbonnel de Jussac et Robert, en date
du 16 fructidor, et celui du 17 du même mois, portant des-
cription des pièces saisies sur eux, seront adressés au di-
recteur du jury de l'arrondissement d'Yssingeaux avec
expédition du présent, pour être par lui procédé de confor-
mité à l'article 11 de la loi du 29 nivôse dernier, dont les
dispositions sont ci-dessvis rappelées.
Fait et arrêté au Puy, l'an et jour susdits.
Fj 7489.
1. Sic ; lire : Araand Tallard : c'était le nom qu'avait pris Surville.
2. Mieux : Bourlatier.
COMMISSIONS MILITAIRES. 899
§4-
Le 2 brumaire, Tan vu de la République française
une et indivisible.
Le général Pille au ministre de la justice.
Citoyen ministre,
Je VOUS envoyé une expédition du jugement rendu le
26 vendémiaire au Puy (Haute-Loire), par la commission
militaire que j'ai nommée en exécution de la loi du 19 bru-
maire -an V. Par ce jugement, le nommé Jacques-Louis-
Amant Tallard, ex-marquis de Surville, ci-devant capi-
taine au i^^ régiment d'infanterie, domicilié avant la Ré-
volution à Viviers (Ardèche), a été condamné à la peine
de mort. 11 a été exécuté le lendemain 27, à onze heures
du matin, en présence de la garnison et de tous les habi-
tants du Puy.
Ce condamné ayant dit à la commission que, si l'on
voulait le conduire à Paris pour qu'il pût parler au direc-
teur Barras ou à tout autre directeur seul, il lui dévoile-
rait des objets très intéressants pour la France, le com-
mandant de la place, accompagné d'un administrateur
municipal et de l'officier de garde, se sont transportés à
sa prison pour recueillir son exposé. Je joins ici copie du
procès-verbal qui en a été dressé pour constater son refus
de le donner ^. Le soir, à huit heures, il demanda le pré-
sident de la commission qui l'avait jugé pour lui parler
seul, mais il ne s'y rendit qu'accompagné des deux admi-
I. D'après le procès-verbal, c'est Schobert, comniandant de la place du
Puy, qui se présenta à la prison, accompagné de Pierre André, administra-
teur municipal, « tous deux assistés de notre secrétaire, » et un officier de
garde.
4oO COMMISSIONS MILITAIRES.
ïiistratioiis (sic) et du général de brigade, et il n'y eut qn'un
entretien très insignifiant pour la cliose publique. Quelques
instants avant sa mort, il écrivit les trois lettres dont je
joints (sic) ici copie. J'en enverrai également copie au mi-
nistre de la police générale. Vous verrez quel usage vous
en ferez. Quant à moi, je ne puis prendre des renseigne-
ments sur le Journal de Laiizannes, mais je charge le
commandant de la place de Lyon d'en recueillir sur les
citoyens auxquels les deux autres lettres sont adressées i.
Salut et fraternité,
L.-A. Pille.
P. -S. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que ce mar-
quis de Surville, dans la correspondance qui a été saisie
lors de son arrestation avec Dominique Allier, se qualifiait
colonel légionnaire et commissaire départi par Sa Majesté
T. G. dans l'intérieur du royaume près des Français amis
du trône et de l'autel. P.
§5.
19» Division militaire liberté égalité
AU NOM DU PEUPLE FRAxNGAIS.
Cejourd'hui 26 vendémiaire an vu de la République
française une et indivisible, onze heures du matin.
I. Ces trois lettres, ou plutôt ces trois billets, étaient adressés : i" à
M°'<' la chanoinesse de Polier, rédacteur du Journal de Lausanne, où, depuis
le mois de juillet 1797, le marquis de Surville publiait des articles sur sa
glorieuse aïeule, Glotilde de Surville; 2° au citoyen Mesnard, ci-devant com-
missaire de police, place Groslier, à Lyon ; 3" au citoyen Levrat, tenant
l'Hôtel national, ci-devant Palais-Royal, à Lyon. — J'ai publié ces trois
billets dans la Revue de la Révolution, juillet i885, p. 20-21, d'après les textes
conservés aux Archives nationales. Ils sont signés : Lionne.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^)ï
La commission militaire séante au Puy, département de
la Haute-Loire, établie près la 19^ division militaire,
composée conformément à l'article 17 de la même loi i,
assemblée par ordre du général divisionnaire Pille dans
l'une des salles du palais de justice au Puy, à l'effet de
juger le nommé Jacques-Louis-Amaiid Tallard, fils de
Jacques Tallard et de Charlotte Mayon, âgé de trente-
huit ans, natif de l'Isle-de-France, quartier Williams,
taille de cinq pieds trois pouces, cheveux et sourcils châ-
tains bruns, front rond, yeux bruns, nez un peu allongé,
bouche moyenne, menton rond, visage rond, figure
agréable, ayant la barbe forte et une cicatrice à la tempe
droite, ex-capitaine au régiment de Pondichéry, présumé
être l'ex-marquis de Surville prévenu d'émigration.
La séance ayant été ouverte, le président a fait apporter
devant lui et poser sur le bureau des exemplaires des lois
des 25 brumaire an m et 19 fructidor an v, et a ensuite
ordonné au greffier de donner lecture de toutes les pièces
tant à charge qu'à décharge envers l'accusé au nom de
Surville.
Cette lecture terminée, le président a ordonné à la
garde d'amener l'accusé, lequel a été introduit devant la
commission militaire, libre et sans fers.
Interrogé de ses nom, prénoms, âge, lieu de naissance,
profession et demeure,
A répondu se nommer Jacques-Louis-Amand Tallard,
âgé de trente-huit ans, ci-devant capitaine au régiment
de Pondichéry.
Après avoir donné connaissance à l'accusé des faits à sa
charge, la commission a procédé à l'audition des citoyens ^
1. Sic; c'est de la loi du 19 fructidor an v qu'il s'agit.
2. Suivent onze noms de tailleurs, cultivateurs, négociants, qu'il nous a
semblé inutile de reproduire.
18 FRUCTIDOR. 26
4o2 COMMISSIONS MILITAIRES.
.... tous désignés comme témoins par l'administration
centrale du département de l'Ardèche , domiciliés à
Viviers, même département, et entendus même séance
publique tenante en présence de deux administrateurs
municipaux, conformément aux loix.
Après avoir fait prêter l'interrogatoire à l'accusé par
l'organe du président, et l'avoir entendu dans ses moyens
de défense, lequel a déclaré n'avoir rien à y ajouter et ne
reconnaître aucun des témoins présents devant lui.
Le président a demandé aux membres de la commission
s'ils avaient des observations à faire à l'accusé ; sur leur
réponse négative et avant d'aller aux opinions, l'accusé
a été reconduit à la prison.
lia commission s'est retirée pour délibérer, à l'exception
du greffier.
La commission délibérant à huis clos, le président a
posé la question ainsi qu'il suit :
Le prévenu, qui a déclaré se nommer Jacques-Louis-
Amand Tallard, aux qualités ci-dessus énoncées, est-il le
même que Surville aîné, ci-devant marquis, inscrit sur la
liste des émigrés de la République, arrêtée le 24 pluviôse
an II, et sur la liste des émigrés du département de l'Ar-
dèche, dressée en exécution des lois du 8 avril 1792 et
28 mars 1793?
La commission a déclaré à l'unanimité l'affirmative.
Considérant que, sur onze témoins entendus, dix ont
déclaré de la manière la plus positive et la plus éclatante
reconnaître le prévenu pour l'ex-marquis de Surville aîné,
ci-devant capitaine au i^^ régiment d'infanterie ; que ledit
prévenu a habité, avant la Révolution, la commune de
Viviers, où il n'a point reparu depuis huit ans, un seul a
déclaré n'être point intimement persuadé que ledit pré-
venu fut elfectivement l'ex-marquis de Siirville.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4<^3
Les voix recueillies par le président, en commençant par
le grade inférieur, lui ayant émis son opinion le dernier,
la commission militaire a condamné à la peine de mort à
l'unanimité l'ex-marquis de Surville aîné, aux termes de
l'article i5 i de la loi du 19 fructidor ainsi conçu (suit le
texte de l'article).
Ordonne que le jugement sera mis à exécution dans les
vingt-quatre heures. Guyet, président ; Frisson, secré-
taire-greffier; Jacquemin, lieutenant; Hema, capitaine;
Debonnet, lieutenant; Dumont, capitaine; Hugot, sous-
lieutenant.
Contresigné par le général Pille.
A. N. BB18440 2,
6.
Le Puy, le 27 vendémiaire an vu de la République française
une et indivisible.
Le coniiïiissaire du Directoire exécutif près les tribunaux de la
Haute-Loire, au Puy, Chevalier, au ministre de la justice.
L'ex-marquis de Surville fut jugé hier par une commis-
sion militaire. L'identité fut parfaitement reconnue par
dix témoins; il fut condamné à mort comme émigré
rentré et son jugement a été exécuté ce matin; il a déclaré
verbalement et en public qu'il avait fait tout ce qu'il
I. C'est t6 qu'il faut lire.
'A. D'après Barbier, Brunet et Quérard, Surville aurait été fusillé à Mont-
pellier; d'après Charles Nodier, à la Flèche; suivant les uns, c'est par un
tribunal qu'il aurait été condamné; suivant d'autres, par un conseil de
g'uem'e; on a varié aussi sur la date du jugement et de l'exécution. Sainte-
Beuve, égaré par ces renseignements, a cru pouvoir écrire : « L'arrêt du
tribunal, sanglante ironie, portait aux considérants : Condamné pour cols
de diligences ; André Chénier à l'échafaud fut plus heureux. » (Tableau de
la littérature française au XVb siècle, édition Lemerre, t. II, p. 401). — Le
texte ci-dessus du jugement fait justice de toutes ces erreurs.
\o^ COMMISSIONS MILITAIRES.
avait pu alîii de renverser le gouvernement républicain :
qu'il avait reçu du Roi, son maître, les pouvoirs néces-
saires pour agir sur trente départements ; que certains des
membres des autorités constituées de ces départements
n'étaient pas étrangers à ses projets, qui avaient de
grandes ramifications; mais il n'a voulu désigner ni les
lieux ni les personnes, et, d'après cela, j'ai conclu que
ces jactances n'étaient que pour se donner de l'impor-
tance.
Quant à Dominique Allier et à ses deux complices,
attendu qu'ils n'étaient inscrits sur aucune liste d'émigrés
et qu'il n'existait contre eux aucune preuve d'émigration,
l'administration centrale de ce département, d'après les
indications qu'elle a eues au sujet des incursions et
brigandages qu'ils ont commis sur les routes, l'adminis-
tration, dis-je, a cru devoir, conformément à l'article ii
de la loi du 29 nivôse dernier, faire régler la compé-
tence par le directeur du jury d'Yssingeaux, dans l'arron-
dissement duquel ces délits ont été commis, et si, par
hasard, ils étaient acquittés par un conseil de guerre,
l'accusateur public et moi ne manquerions pas de les
réclamer pour être jugés comme complices d'émigré, ainsi
que la femme Trioulayre ^
S'ils n'étaient pas convaincus de ce délit, ils seront
poursuivis comme conspirateurs contre la sûreté inté-
rieure de la République, et linalement comme faux
monnayeurs.
Chevalier.
I. Lire : Théolayre.
\
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^5
§ -■
sy vendémiaire an \ ii.
L'administration de la Haute-Loire et le commissaire du
Directoire exécutif près elle (sic), au m,inistre de la justice.
Le directeur du jury de l'arrondissement d'Yssingeaux,
par ordonnance du 27, renvoie Dominique Allier, Ghar-
hoiinel de Jussac et Robert, devant le conseil de guerre
de la 19*^ division militaire. Ils partent ce soir à dix heu-
res, escortés d'une force armée sulïisante.
Pressée.
§»•
Le 14 brumaire an vu.
Le ministre de la Justice au général Pille.
Il serait bien essentiel que Ton fît la vérification des
papiers des deux personnes de Lyon auxquelles écrivait
cet émigré; ils pourraient contenir des renseignements
précis ; ces deux personnes doivent aussi être poursui-
vies comme complices d'émigrés, conformément aux dis-
positions du titre IV de la loi du 25 brumaire an m, si,
comme il le parait, ils ont reçu l'ex-marquis de Surville,
lui ont prêté assistance ou entretenu une correspondance
avec lui, et vous devrez à cet effet remettre les originaux
des lettres dont il s'agit au commissaire du Directoire
exécutif près le tribunal criminel, qui prendra les me-
sures nécessaires pour faire faire ces poursuites.... »
En marge : 6 frimaire an vu. Envoi au Rédacteur de
la lettre du général Pille annonçant le jugement qui con-
damne Allier et ses deux complices. Invitation d'insérer.
4o6 COMMISSIONS MILITAIRES.
28 brumaire an vu.
Pille, général divisionnaire, commandant la ig*^ division
militaire à Lyon, au ministre de la justice.
J'ai pensé, yu Fimportaiice de révénement, son influence
sur la tranquillité intérieure, et pour plus de célérité,
devoir écrire au Directoire exécutif directement la lettre
dont la teneur suit.
Lyon, 27 brumaire, à 4 heures du soir.
Citoyens directeurs,
Dominique Allier et ses deux complices viennent de
tomber sous la hache de la loi sur la place de la Liberté,
en face de la maison commune de Lyon i. Une foule
immense s'est précipitée sur leur passage, poussée par la
seule curiosité. Le nommé Robert, qui a monté le pre-
mier sur Téchafaud, et qui, entre autres crimes, a assassiné
un curé assermenté qui lui donnait l'hospitalité, s'est
écrié qu'il mourait pour son Roi et la religion catholique,
apostolique et romaine ; le deuxième, Charbonnier (sic) de
Jussac, qui avait salué tranquillement de droite et de
gauche le long de la route, s'est écrié aussi : Vive le Roi !
Adieu, brigands ! Enfin, le troisième, Dominique Allier,
après le même cri de : Vive le Roi ! a ajouté : Un roi
et un Dieu sur la terre.
L'ordre et le calme n'ont pas été un moment troublés
dans cette grande commune ni pendant l'instruction de
la procédure ni pendant leur exécution. Les décadis
s'observent exactement; la loi de la conscription est eu
I. Autrement dit : sur la place des Terreaux.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^7
plein achèvenienl : déjà 4oo conscrits sont partis pour
Touloiize.
A. N. BB18 440.
§ 10.
39 brumaire an vu.
L'administration de la Haute-Loire au ministre de la justice.
* Citoyen ministre,
Nous venons à l'instant de recevoir une lettre du gé-
néral Pille dont le contenu doit épouvanter les ennemis
de la république. Nous vous en adressons copie. Elle
vous apprendra que la terre de la liberté a dévoré trois
de ses plus grands ennemis dans nos contrées et que
Dominique Allier, Charbonnel de Jussac et Robert ne
sont plus.
Ibid.
QUIMPER
Louis-Victor Loménie de Brienne.
Vendémiaire an vu — octobre 1-98.
[Dix-huit ans. Il fut le premier émigré qu'eut à juger la
commission du Finistère; il avait émigré à onze ans; il était
rentré après fructidor.
On raconte que, « se Irouvanl sur une frégate anglaise qui
capturait un corsaire français, il avait obtenu du commandant
la grâce de ce corsaire, qui s'était engagé par reconnaissance
à lui faire revoir son pays natal. »
Il resta six mois en prison; fut transféré à Paris, puis ren-
vové devant la commission militaire du lieu de son arresta-
4o8 COMMISSIONS MILITAIRES.
tion, c'est-à-dire dans le Finistère. Il eut pour conseil un jeune
étudiant en droit, nommé Lamare. Le président de la commis-
sion militaire était Bouté, chef de la 8i° demi-brigade i.]
ce La commission militaire, séante à Quimper, a con-
damné à la peine de mort Louis-Victor Loménie de
Brienne, neveu de l'arche vêc{ ne de Sens. Il a été con-
vaincu d'émigration, d'un premier débarquement à Qui-
beron, d'un second sur des côtes avoisinant Jersey, d'où
il s'était fait transporter en France par des pêcheurs
gagnés par argent. »
Journal de Paris, 28 vendémiaire an vu.
« La citoyenne Loménie-Brienne assure cjue c'est à tort
que Finclividu, condamné il y a quelque temps à mort par
la commission militaire de Quimper, a pris le nom qu'elle
porte elle-même. Elle déclare qu'il n'existe plus per-
sonne de ce nom. »
Journal de Paris, ^ brumaire an vu.
NOTE
Ainsi, soit d'après du Chàtellier qui avait sous les yeux les
précieuses archives conservées au château de Kernuz 2, soit
d'après les journaux contemporains, il ne paraît pas douteux
cfu'un individu, portant ou prenant le nom de Louis-Victor
Loménie de Brienne, fut condamné comme émigré rentré
par la conmnission militaire de Quimper et fusillé en vendé-
miaire an VII. J'ai moi-même rencontré, il y a quelques années,
1. Du Chàtellier : Histoire de la Révolution française dans les départements
de l'ancienne Bretagne, t. VI, p. i;j3 et suiv.
2. En Pont-1'Abbé, Finistère. Ces arcliives avaient été réunies par Guezno,
le conventionnel, et par le général Hoche. (Léon de la Sicotière, Revue de
La Révolution, 18SG, 2"= semestre, p. 72.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^9
aux ArchiA'CS nationales, mais dans un carton dont je n'ai pas
pris soin alors de garder le numéro, une note en date du
26 (messidor ?) an vi, émanant, si je ne me trompe, du Direc-
toire exécutif, et qui ordonnait de « traduire, devant la com-
mission militaire du lieu où il avait été arrêté (c'est-à-dire du
Finistère), Louis- Victor-Loménie de Brienne, émigré en 1791
en Angleterre, non rentré dans les délais, et qui s'est trouvé
à Quiberon avec Sombreuil. » Cette note s'accorde bien avec
le récit de du Châtellier, suivant lequel le personnage en
question, expédié d'abord du Finistère à Paris, aurait été
renvoyé de Paris dans le Finistère.
Cependant, quelques jours à peine après que les journaux
eurent annoncé le jugement et l'exécution, la famille Loménie
de Brienne protesta publiquement, comme nous l'avons vu,
qu'il « n'existait plus personne de ce nom. » Pour éclaircir
cette difficulté, j'ai cru devoir m'adresser à M. Charles de
Loménie, qui a si honorablement terminé la grande œuvre
d'érudition entreprise par son père sur les Mirabeau.
Voici sa réponse :
Paris, 8 avril i8<)3.
Monsieur,
Je suis bien en retard pour répondre à la lettre que vous
m'avez fait Ihonneur de m'adresser le 20 mars dernier. M'é-
tant absenté à l'occasion des fêtes de Pâques, j'ai dû attendre
un peu, avant de faire les quelques petites recherches utiles
pour confirmer mon opinion au sujet de la question que vous
me posiez.
Après comme avant ces petites recherches, je ne sais abso-
lument pas à quelle branche de ma famille peut se rattacher
Je prétendu Louis-Victor Loménie de Brienne, fusillé en sep-
lenibre ou octobre 1798, à l'âge de dix-huit ans, comme émi-
gré rentré, par décision de la commission militaire du Finis-
tère. Si vous voulez bien vous reporter à la généalogie de la
famille de Loménie, dans la continuation, par M. de Courcy, de
V Histoire généalogique et clwonologique de la maison royale
de France, des pairs et grands officiers de la couronne, etc.,
par les PP. Anselme, Ange et Simplicien, tome IX, i''^ partie,
p. 874 (Paris, Didot, 1890), vous y verrez qu'il n'y est fait
4lO COMMISSIONS MILITAIRES.
nulle part mention de ce jeune homme ; qu'en 1798, la branche
de Brienne ne comptait certainement plus de représentants
mâles directs, les deux derniers ayant été le cardinal ministre
de Louis XVI et son frère le comte de Brienne (Louis-Marie-
Athanase), également ministre sous Louis XVI, dont l'un est
mort en prison et l'autre a été guillotiné en 1794; que ce der-
nier, qui n'avait pas d'enfants, avait adopté de fait trois frères
descendants d'une autre branche de la famille de Loménie ;
que les trois frères ont été guillotinés avec lui en 1794 S et
qu'un seul laissait des enfants en bas âge, dont aucun, vu la
date de son mariage, ne pouvait avoir dix-huit ans en 1798,
et parmi lesquels je n'ai jamais entendu dire qu'il y eût
d'autre fils que Martial-Louis-Jacques de Loménie, mort en
1818 à Dienville (Aube), père de la marquise douairière de
Vibraye, encore vivante.
Donc, votre émigré fusillé n'était sans nul doute, ni direc-
tement ni indirectement, Brienne. — Il n'appartenait pas non
plus à la branche de la famille de Loménie dont je descends.
— Appartenait-il à une autre branche dont la filiation me soit
moins connue ; était-ce un bâtard, un aventurier ? je ne puis
vous renseigner à cet égard.
Veuillez agréer, je vous prie, l'expression de mes sentiments
les plus distingués. Cli. de liOMÉNiE.
I. Le même jour, 21 floréal an 11 — 10 mai 1^94, lurent condamnés à mort
par le tribunal révolutionnaire de Paris et exécutés : i" Alexandre-Fran-
çois de Loménie, âgé de trente-six ans, né et demeurant à Marseille, ex-
comte, ex-colonel du régiment des chasseurs de Champagne, à Brienne ;
2" Louis de Loménie, âgé de soixante-quatre ans, natif de l*aris, ex-minis-
tre de la guerre, ex-maire de Brienne; 3" Martial de Loménie, âgé de trente
ans, né à Marseille, coadjuteur du ci-devant archevêque de Sens ; 4" Charles
de Loménie, âgé de trente-trois ans, natif de Marseille, chevalier du
ci-devant ordre de Saint-Louis, de l'ordre de Cincinnatus, à Brienne ;
5" A. -M, -G, de Loménie, âgée de vingt-neuf ans, native de Paris, femme
divorcée de Canisy, émigré, à Sens et à Paris, rue [St-] Georges. (Moniteur
du 23 floréal an 11 — 12 mai I794-) — Madame Elisabeth, sœur du roi, périt
le même jour.
COMMISSIONS MILITAIRES. /îll
RENNES I
* Bertoys 2, prêtre
i8 germinal an vi — "] avril 1798.
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Jugement rendu par la commission militaire séante
à Rennes.
Du 18 germinal an vi de la République française
une et indivisible.
La commission militaire, formée conformément à l'ar-
ticle 16 de la loi du 19 fructidor dernier, d'après l'ordre
du général divisionnaire Micliaut, commandant la i3^ di-
vision militaire, et composée des citoyens :
Martin Le Proux, sergent-major au 8^ régiment d'ar-
1. Au cours des recherches que, sur ma demande, M. Parfouru, archivisle
d'Ille-et-Vilaine, a laites aux archives avec un empressement dont je le
remercie, il a rencontré : 1° le registre S-^ (ylNl^e) des arrêtés de Tadminis-
tration centrale dlUe-et-Vilaine pour la police générale et la sûreté géné-
rale ; 2° dans la liasse 9M4'3, r«État des jugements rendus par des commis-
sions militaires pour prononcer sur le sort des prévenus d'émigration,
conformément à la loi du 19 fructidor an v, depuis cette époque jusqu'à ce
jour (i" nivôse an vu), dans l'étendue du département d'IUe-et-A'ilaine. »
Cet état mentionne les jugements qui concernent Berthois, Rogon, et Le
Grix de Neuville ; il n'y a pas trace de Lamour-Langégut (infra, III).
2. Sic. Cependant, au cours du jugement, ce nom est orthographié indif-
féremment Berthoys, Berthois et Bertois. Il était traduit devant la com-
mission militaire en vertu d'un arrêté de l'administration centrale du
9 germinal an vi.
4l2 COMMISSIONS MILITAIRES.
tillerie ; Louis Thomas, sous-lieutenant de la 58^ demi-
brigade ; Benoist Preux, lieutenant de la compagnie auxi-
liaire de la 6^ demi-brigade infanterie légère ; Jean-Raoul
Doussault, capitaine à la suite des états-majors des places;
Jean-Claude Grivet, capitaine à la suite de la 86^ demi-
brigade; Pierre-François-Michel Le Chevallier, chef du
2*^ bataillon de la 6^ demi-brigade infanterie légère ; Jean-
Joseph Garens, chef de brigade d'artillerie, président ;
Présent le citoyen Jean-Baptiste Yenderwallen, capi-
taine de la 13*^ demi-brigade d'infanterie légère, faisant
les fonctions de rapporteur, ayant pris pour secrétaire le
citoyen Jean-Baptiste Lancelot, habitant de cette com-
mune.
Ladite commission réunie pour prononcer sur le sort
du nommé Pierre-Michel Berthoys, âgé de quarante-cinq
ans, taille de cinq pieds quatre pouces, cheveux et sour-
cils bruns, yeux roux, nez moyen, bouche moyenne, men-
ton rond, front moyen, visage ovale, originaire de la
commune de Chatillon en Vendelais, département d'Ille-
et- Vilaine, prêtre insermenté du culte catholique de la
commune de Saint-Germain-du-Pinel, département d'Ille-
et-Vilaine, accusé d'émigration.
Vu les interrogatoires subis ce jour devant nous par le-
dit Berthois ;
Après avoir entendu la lecture de toutes les pièces de
la procédure dudit Berthois, renvoyé devant une commis-
sion militaire, conformément à la loi du ig fructidor an v
par l'administration centrale du département d' [Ile-et-
Vilaine ;
Après avoir entendu l'accusé en ses moyens de défense
et le citoyen Le Marié, homme de loi de cette commune,
son défenseur officieux ; ouï le capitaine rapporteur en son
rapport et ses conclusions, tendantes à ce que Pierre-Mi-
GOMMISSIOXS MILITAIRES. /[iS
cliel Berthois fût coiidainiit', conformément aux disposi-
tions des articles 2, titre IV, section i'^ de la loi du 25 bru-
maire an III, articles 1 5 et 16 de la loi du 19 fructidor
an v;
Vu les certificats de résidence produits par ledit Bertois ;
Considérant que de ses aveux, et par toutes les pièces
par lui produites, il résulte cpie quatre de la commission,
formant la majorité , n'ayant pas acquis une couYiction
complète de son émigration et s'appuyant sur la dernière
disposition de [l'arrêté] du département d'Ille-et-Vilaine du
9 de ce mois, ainsi conçu : « Et sauf aussi, en cas que par la
dite commission, il soit décidé qu'il n'y a lieu à l'applica-
tion contre ledit Bertois des lois relatives aux émigrés,
à prononcer sur sa déposition [lire : déportation], en exé-
cution des lois de 1792 et 1798 et 19 fructidor an v ;
Considérant enfin que ledit Bertois n'en est pas moins
réfractaire aux lois de la Bépublique et dangereux sur le
territoire français, le renvoie par-devant l'administration
centrale du département d'IUe-et-Vilaine ;
L?s trois autres membres ayant été d'avis tant de l'exé-
cution des lois du 25 brumaire an m, section 3, article 17,
qui porte, etc., que de la loi du 19 fructidor dernier, ainsi
conçue, ^/<^., et de l'arrêté du département d'IUe-et-Vilaine
qui constate son émigration, après avoir reconnu l'identité
de personne, ont appliqué audit Bertois les dispositions
des lois ci-dessus référées, portant peine de mort;
En conséquence, la commission déclare à la majorité
de quatre voix, qu'il n'y a pas lieu à l'application contre
ledit Berthoys des lois relatives aux émigrés et le renvoie
vers l'administration centrale du département d'IUe-et-
Vilaine, pour être par elle pris les mesures nécessaires
pour sa déportation, en exécution des lois de 1792 et 1793,
et 19 fructidor an v ;
4l4 COMMISSIONS MILITAIRES.
Arrête en outre que le présent jugement sera imprimé
au nombre de 25o exemplaires, envoyé et affiché où be-
soin sera ; ordonne que la minute et toutes les pièces du
jugement seront, à la diligence du capitaine rapporteur,
remises à l'administration centrale du département d'IUe-
et- Vilaine.
Fait et prononcé à Rennes, à haute et intelligible voix,
par le président lesdits jour, mois et an que devant.
Et ont signé à la minute : Le Proux, sergent-major; Tho-
mas, sous-lieutenant; Preux, lieutenant, voté pouj' la
mort ; Doussault, capitaine ; Grivet, capitaine, coté pour
la mort ; Le Chevallier, chef de bataillon, voté pour la
mort; Garens, chef de brigade, président; Venderwallen,
capitaine rapporteur; Lancelot, secrétaire ï.
Pour copie conforme :
J.-B'^ Lancelot, secrétaire- greffier.
A. N. F; 7428.
2.
[Un arrêté du 12 floréal an vi, de l'administration d'Ille-et-
Yilaine, prononça la déportation de Berthoys, mais le Direc-
toire devait l'approuver.
Malgré les certificats des médecins, le ministre insista pour
la déportation à l'ile de Ré. L'un des chefs de bureau écrivit
en marge du rapport :
« Ce prêtre dangereux et mauvais sujet n'est, en accordant
toute foi au certificat, attaqué de la goutte que pendant quel-
ques mois de l'année et sans doute c'est en hiver. Il peut donc
marcher en été. D'ailleurs, on connaît la valeur de ces certifi-
cats; je pense qu'on doit le faire partir. » Signé : G. (Cousin).]
I. C'est la première et l'unique fois que nous voyons les votes des juges
militaires mentionnés au jugement.
COMMISSIONS MILITAIRES. /[l5
L'administration centrale du département :
Considérant que Pierre-Michel Berthoïs est inscrit au
3*^ supplément de la liste des émigrés, sans avoir obtenu de
radiation çt que, comme tel, il est dans le cas de l'article i5
de la loi du 19 fructidor dernier, qui enjoint aux prévenus
d'émigration de sortir du territoire de la République;
Que, si la commission militaire qui l'a jugé a cru pouvoir
se dispenser de lui appliquer les dispositions de la loi re-
lative aux émigrés, ce jugement rendu à la majorité d'une
seule voix, et qui ne parait pas s'accorder avec la rigueur
des principes dans cette partie de la législation, ne peut
relever Berthois que de l'exécution de l'article 16 de la
loi du 19 fructidor qui le soumettait à la peine de mort, et
non de l'exécution de l'article i5 de la même loi, qui pres-
crit sa déportation ;
Considérant d'ailleurs qu'il est appris que Berthois est
un des ennemis les plus actifs et les plus dangereux du
gouvernement républicain; qu'il n'a cessé de propager
ses principes, de fanatiser les esprits et de porter le peuple
à la révolte ;
Arrête, après avoir entendu le commissaire du Direc-
toire exécutif, que Pierre-Michel Berthois, prêtre inser-
menté, sera déporté, conformément à l'article 1 5 de la loi
du 19 fructidor dernier, sauf l'approbation du Directoire
exécutif, à l'effet de quoi il sera adressé une expédition
du présent au ministre de la police générale.
Pour extrait :
Suivent les signatures du président et du secrétaire.
[L'approbation du ministre de la police est du 27 messidor
an VI. Berthoys fut, en effet, déporté à File de Ré ; il y arriva
le 12 août 1798.]
A. N. F7 7428, n» 6539.
^il6 COMMISSIONS MILITAIRES.
II.
* Charles Tanguy Rogon
i4 prairial an vi — 2 juin 1798.
Inscrit sur la liste des émigrés sans indication de pré-
nom ; condamné à mort. Cependant, par arrêté du 26 ther-
midor an VI ï, le Directoire ordonne de surseoir à l'exé-
cution du jugement, attendu que Rogon alléguait, avec
preuves à l'appui, n'être pas l'émigré en question.
Archii'es d'I lie -et- Vilaine, liasse 9M2, et A. N. F7 ^5']3.
III.
Lamour-Langégut
Messidor an vi — juillet 1798.
« L'émigré Lamour-Langégut, demeurant ci-devant à la
Mène, près Rennes, qui a figuré à la descente de Quibe-
ron et depuis parmi les chouans, vient d'être fusillé à
Rennes par jugement de la commission militaire. »
Moniteur du 6 thermidor an vi — 24 juillet 1798. Non plus qu'aux archives
d'Ule-et-Vilaine, on n'a rien trouvé sur ce personnage aux Archives
nationales. Malgré les termes précis du Moniteur, il y aurait lieu de se
demander si Lamour-Langégut n'aurait pas été condamné par un conseil
de guerre pour participation à la chouannerie.
I. L'état de Rennes dit : aS thermidor.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^7
IV.
Philippe Le Grix de Neuville
29 vendémiaire an vu — 20 octobre 1798.
[Chef de chouans, sous les ordres du comte de Frotté.
D'après l'état, dressé en 1814, par le comte de Bruslard, il
avait commandé en second, pendant une partie de la première
guerre, la division de Lisieux, contiguë à celle du pays
d'Auge ; dans la seconde guerre, il l'avait commandée par
intérim. C'était un ancien officier émigré ; il était rentré
en 1797 I.
Il s'était caché dans une maison de Rennes avec deux chefs
de chouans, Jean Cotherel et Claude Lenoble. L'administra-
tion centrale, en ayant été informée, ordonna (22 thermidor
an vi) une perquisition, qui amena son arrestation 2.J
Rennes, le 29 vendémiaire an vu.
Le général Schilt au commissaire du Directoire exécutif
près V administration centrale d'Ille-et-Vilaine.
Je vous donne avis, citoyen commissaire, que je viens
de convoquer les membres nommés par le général de
division Michaud, qui doivent composer la commission
militaire, pour juger Philippe Legris-Neuville, prévenu
d'émigration, et dont vous m'avez transmis la procédure.
La commission s'assemble cet après-midi, à trois
heures, dans la salle d'audience du tribunal civil, au
Temple de la Loi. Elle sera présidée par le chef de bri-
gade Maçon.
1. Léon de la Sicotière, Louis de Frotté^ t. II, p. 56i, d'après l'Etat de i8i4i
dressé par le comte de Hruslart.
2. Archives d'IUe-et-Vilaiiie : liasse 9M76, f. 53.
18 FRUCTIDOR. '21
4l8 COMMISSIONS MILITAIRES.
Vous sçavez les causes qui ont retardé rinstruction de
cette affaire.
Salut fraternel,
SCHILT.
Archives d'Ilte-et-Vilaine, liasse jRS i.
« La commission militaire, séant à Rennes, a con-
damné à la peine de mort Philippe Legris (sic) de Neu-
ville, ci-devant seigneur de Mayaux, département du Cal-
vados, se disant Philippe Laudet, convaincu d'émigration.
Il a été fusillé le 3o vendémiaire. »
Moniteur du 12 brumaire an vu ~ 2 novembre 1798.
.... 3° Le 29 vendémiaire an vu : Jugement de Philippe
Le Grix de Neuville, porté sur la liste des émigrés du dé-
partement du Calvados, arrêtée le i^' août 1792, condamné
à la peine de mort, exécuté le i®"^ brumaire dudit an ^. Les
pièces concernant la procédure ont été déposées au gé-
néral commandant la subdivision d'Ille-et- Vilaine.
Archives d'Ille-et- Vilaine, liasse 9M2, d'après l'état des jugement rendus
par des commissions militaires, etc.
1. D'après la copie qu'a bien voulu m'en donner M. Parfouru.
2. Le Moniteur dit : le 3o vendémiaire, ce qui est plus légal, puisque
l'exécution devait avoir lieu dans les 24 heures du jugement.
i
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^9
LA ROCHELLE
* Palais-Pighon, dit Lagard, François-Xavier.
24 pluviôse an vit — iî2 février 1799.
[La commission militaire de la Rochelle le déclare non cou-
pable d'émigration, l'acquitte et ordonne sa mise en liberté.
L'administration de la Charente-Inférieure défère ce juge-
ment, pour excès de pouvoir, au ministre de la justice (17 ther-
midor an vu — 2 août 1799), et revendique la connaissance
de la question.
Le ministre de la justice décide qu'il appartient à l'autorité
administrative de prononcer sur les réclamations de François-
Xavier Palais- Pic lion, prévenu d'émigration; en conséquence
annule le jugement rendu en sa faveur; — charge le commis-
saire du Directoire exécutif près l'administration centrale du
département de la Charente-Inférieure et le général comman-
dant la 12^ division miUtaire, de l'exécution de la présente
décision, chacun en ce qui le concerne.]
Signé : Cambacérês.
SiEYES.
A. N. F: 43^4.
420 COMMISSIONS MILITAIRES.
SAINT-BRIEUG
* André le Pape, prêtre
Et
* François Guyomard, cultivateur
i" nivôse an vi — 21 décembre 1797.
LIBERTÉ — ÉGALITÉ — HUMANITÉ — JUSTICE
AU nom du peuple français
Jugement rendu par la commission militaire, séant à St-Brieuc,
du premier nivôse an VI de la République française i.
La commission militaire, formée conformément à l'ar-
ticle 16 de la loi du 19 fructidor dernier, d'après l'ordre
du général Micliault, commandant la treizième division
militaire, et composée des citoj^ens, etc. 2.
Ladite commission, réunie pour prononcer sur le sort
des nommés André Le Pape, âgé de quarante-deux ans, ci-
devant vicaire de Rosquelven, arrondissement de Rostre-
nen, prévenu d'émigration; et François Guj^oniard, culti-
vateur, demeurant à Kliuel, commune de Sainte-Tréphine,
même arrondissement, prévenu d'avoir recelé ledit
André Le Pape ; lesquels ont été arrêtés le i3 frimaire
dernier par un détachement de la gendarmerie et de la
force armée de Gorlay, et renvoyés devant une commission
1. D'après un placard imprimé, destiné à l'affichage, conservé aux Arch.
Nat.
2. Voir les noms à la fin du jugement. P. 417, Michaud.
COMMISSIONS ^MILITAIRES. 4^1
militaire, par ordonnance rendue le i6 de ce mois par le
citoyen Tiu'qiiet, directeur du jury, de l'arrondissement
de Rostrenen, département des Gôtes-du-Nord;
Après avoir entendu lecture de toutes les pièces de la
procédure instruite par le susdit directeur du jury contre
lesdits Andî^é Le Pape et François Giij'oinard, renvoyés
devant une commission militaire;
Vu l'interrogatoire subi ce jour par-devant nous par
lesdits Le Pape et Giij^omard, et après avoir entendu
leur défenseur en ses moyens de défense ;
Vu l'arrêté de l'administration centrale du département
des Gôtes-du-Nord, en date de ce jour, portant que « ledit
André Le Pape, quoique porté sur la liste générale des
émigrés, doit être considéré comme prêtre sujet à la dé-
portation et non comme émigré i, »
La commission militaire condamne, à l'unanimité des
voix, Andi'é Le Pape, ci-devant vicaire de Rosquelven,
arrondissement de Rostrenen, à la déportation 2.
Vu la loi du 22 germinal an 11, relative aux receleurs
des ecclésiastiques sujets à la déportation;
Considérant que François Giiyoniard n'a point par-
ticipé au chouannage qui a désolé les contrées qu'il
habitait, et usant de la faculté de commuer les peines,
accordée aux commissions militaires par l'article vingt
de la loi du deuxième jour complémentaire an trois 3,
La commission condamne, à l'unanimité, le nommé
François Giiyomard à trois mois de détention, à compter
1 . Il faut remarquer cette loyale interprétation ; elle devance le mémoire
de Proudhon.
2. Il fut déporté à la Guyane par la Décade, et mourut à Gonanama, le
II octobre 13198.
3. Voici cet article : « Le conseil prononcera sur tous les délits non
énoncés en Fart. XIV les peines portées au Gode pénal militaire ; il pourra
cependant les commuer et même les diminuer, suivant que les cas ou les
422 COMMISSIONS MILITAIRES.
de ce jour, et à une amende de quatre cents francs,
qui sera versée dans la caisse du receveur de l'enregistre-
ment de cette commune de Port-Brieuc, et sera, sur
ladite somme de quatre cents francs, prélevé celle de
soixante-quinze francs pour l'impression, au nombre de
cinq cents exemplaires, du présent jugement, qui sera
publié et affiché partout où besoin sera.
Ordonne la commission que les pièces de la procédure
seront déposées au bureau du général Romand, com-
mandant la subdivision des Gôtes-du-Nord.
Fait et prononcé aux accusés, à haute et intelligible
voix, par le président, séance publique et permanente
lesdits jour et an que devant.
Signé sur la minute : Marmier i, Caille ^, Hébert,
Délair, Koller 3, GuYAiiDET 4, Champeaux ^, président;
CoRBiON jeune, secrétaire.
Pour copie conforme :
Champeaux, président, et Corbion, secrétaire,
.à Port-Brieuc, de l'imprimerie de J.-M. Beauchemin.
circonstances en atténueront la gravité : il ne pourra jamais les augmen-
ter. » Bulletin des Lois, an m, n" 1099. L'art. XIV visait les crimes d'assas-
sinat, de viol, d'incendie et de vol fait avec effraction, lesquels étaient
punis de mort.
I. Sergent-major. — 2. Lieutenant. — 3. Capitaines. — 4- Chef de batail-
lon. — 5. Chef de brigade au i5« chasseurs à cheval.
COMMISSIONS IMIMTAIRES. 4^3
TOULON
[De toutes les commissions militaires des départements,
celle-ci fut la plus terrible ; mais, comme celle de Marseille
avec qui elle rivalise, elle a laissé peu de traces, soit dans les
feuilles du temps, soit dans les archives. On a des chiffres
plutôt que des noms, et les quelques noms qui s'échappent de
cette confuse hécatombe sont bien obscurs. Vieillards et
jeunes gens, nobles et ouvriers, ofiiciers et matelots, la plu-
part coupables d'un seul crime, celui d'avoir fui naguère de-
vant les égorgeurs, et depuis, d'une fatale imprudence, celle
d'être rentrés trop tôt dans leur ville natale, ou d'y être restés
cachés, alors que la loi leur enjoignait d'en sortir : telles fu-
rent les victimes sur lesquelles se jeta la plus violente des
réactions. Le voile qui couvre ces sinistres épisodes n'est en-
core qu'à demi levé : cependant, quelque insuflisants que
soient les documents que nous possédons, nous croyons de-
voir les classer par séries chronologiques ; ce seront des ca-
dres tout préparés pour recevoir le complément de lumières
que nous attendons de l'avenir.]
i8 fructidor an v — 24 frimaire an vi.
4 septembre 1797 — 14 décembre 1797.
[Le 5 brumaire an vi, encouragés par le coup d'État de fruc-
tidor qui semblait rendre faveur et pouvoir au parti jacobin,
les membres du Club populaire s'étaient plaints au ministre de
la police, par l'organe de la municipalité, de ce que, par une
lettre du 22 vendémiaire an vi, il avait placé sous la surveillance
municipale, c'est-à-dire autorisé à rentrer sur le sol de la Ré-
publique « les officiers mariniers de tous les états, les mate-
424 COMMISSIONS MILITAIRES.
lots, novices et mousses et tous ouvriers de l'arsenal, émigrés
de Toulon, lâches qui livrèrent Toulon aux Anglais, qui recon-
nurent pour leur roi l'enfant de Louis XVI, qui arborèrent le
pavillon blanc, qui incendièrent eux-mêmes nos vaisseaux !
Non, non, citoyen ministre, vous ne le souflrirez pas ! »
Le ministre de la marine, à qui la même lettre avait été
adressée, y répondit le 4 frimaire an vi.]
Paris, le 4 Mmaire an vi de la République
une et indivisible.
Le ministre de la marine à V administration mwiicipale
de Toulon.
J'ai reçu, citoyens, avec votre lettre du 3 brumaire,
copie de celle c[ue vous avez écrite le même jour au mi-
nistre de la police générale.
Le gouvernement, en vous prescrivant de tenir provi-
soirement sous votre surveillance les maîtres, contre-
maîtres, matelots, novices et ouvriers de l'arsenal, n'a
été excité que par des motifs de justice et par son amour
pour le bien public. D'un côté, il a vu, dans les hommes
désignés, des individus susceptibles en général d'être
vivement égarés ; de l'autre, le danger de désorganiser
tout à coup nos flottes et nos arsenaux, de livrer au
désespoir des hommes vraiment utiles, dont nos enne-
mis pourraient tirer un très grand parti. Il a dû prévenir
ces inconvénients par une prompte mesure ; mais vous
remarquerez bien qu'elle n'est que provisoire , qu'elle
laisse sous le poids de la loi du 19 fructidor tous les indi-
vidus qu'elle a atteints, et que, si elle annonce de l'indul-
gence pour ceux dont la conduite et les sentiments sont
irréprochables, elle assure aussi, pour ceux qui se sont
montrés les ennemis de leur patrie, une sévérité d'autant
plus inexorable qu'elle sera plus réfléchie.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^5
Comme vous, le gouvernement a en horreur les lâches
qui ont liçré Toulon aux Anglais, qui ont reconnu
Louis XVII, qui ont arboré le paçillon blanc, qui ont
incendié eux-mêmes nos vaisseaux, qui ont été sans
cesse les agents de la contre-j^évolutlon , qui se sont ren-
dus coupables de toute sorte d' excès pour faire triompher
la cause des rois, en un mot tous les traîtres, tous les
vrais coupables, surtout les émigrés rentrés, qui sont de-
venus les assassins des vrais républicains ; mais vos
alarmes, auxquelles j'applaudis, parce que je les crois
excitées par votre attachement pour les principes répu-
blicains, auraient été moins vives, si vous aviez été péné-
trés des intentions du gouvernement et de ses vues, claire-
ment manifestées tant dans la lettre qui vous a été écrite
par le ministre de la police générale que dans la mienne
à l'ordonnateur sur le même objet ; vous n'auriez pas
craint, surtout, que les républicains qui ont rendu de très
grands services après la reprise de Toulon, fussent ren-
voyés pour faire place à des scélérats qui avaient trahi la
république. Longtemps avant l'heureux événement du
i8 fructidor, j'avais bien formellement décidé que les
fugitifs avaient perdu tous leurs droits à cet égard, et que,
quelles que fussent les mesures qui seraient prises rela-
tivement à eux, ceux qui occupaient leurs places y
seraient maintenus.
Après ces explications que j'ai cru devoir à votre zèle,
je reviens à l'objet qui doit fortement nous occuper. Il
résulte de votre lettre que grand nombre des individus
mis sous votre surveillance sont coupables de trahison.
Eh bien ! laissant de côté toute déclamation inutile, em-
pressez-vous de faire connaître ces hommes, fournissez
sur leur conduite des renseignements exacts et positifs,
qui puissent nie mettre à même de les faire poursuivre
f
426 COMMISSIONS MILITAIRES.
selon toute la rigueur des lois, je vous y invite fortement.
Cette tâche délicate imposée à votre zèle et à votre répu-
blicanisme , vous la remplirez, j'en suis assuré, avec
exactitude, justice et impartialité. Vous ne serez guidés
ni par des motifs de vengeance ni par des préventions ;
vous distinguerez soigneusement l'erreur du crime ; en
un mot, vous serez justes envers tous.
Je vous engage à vous concerter avec l'ordonnateur ;
les notes que vous arrêterez ensemble acquerront de cet
accord beaucoup plus de force et de solidité. Je vais lui
faire la même invitation.
Signé : Pléville-Lepelley,
Histoire de Toulon, depuis lySg jusqu'au Consulat, d'après les documents de
ses archives, par D.-M.-J. Henry, correspondant du ministre de l'instruc-
tion publique pour les travaux historiques et de plusieurs sociétés savan-
tes. T. II, p. 248-249 et 4o5-4o6.
EXTRAITS DE JOURNAUX
« La commission militaire, séante à Toulon, a con-
damné à mort un prêtre, et deux autres à la déportation,
parce qu'ils n'avaient pas obéi à la loi du 19 fructidor. »
Le Rapporteur, du 19 frimaire an vi ; de Paris, le 11 frimaire.
« Le i^'^ frimaire an vi, trois émigrés ont été fusillés à
Toulon, et quatre femmes, condamnées à la déportation,
pour n'avoir pas obéi à la loi du 19 fructidor. »
Le Rapporteur, du 26 frimaire ; de Paris, le 20 frimaire.
(( La commission militaire de Toulon a aussi condamné
à la peine de mort les nommés Lyon et Marquisant. »
Journal de Paris, numéro du 28 frimaire an vi.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^7
« Plusieurs. individus ont été condamnés à mort à Mar-
seille, Cl Toulon, à Dijon et à Perpignan, pour ne s'être
pas conformés à la loi du 19 fructidor. »
Le Bapporteur, du i" nivôse ; de Paris, le 23 Irimaire.
« La commission militaire, séante à Toulon, a con-
damné à mort, le 18 frimaire, les nommés Touron et Vidal,
convaincus d'avoir accepté des fonctions pendant que
les Anglais étaient maîtres de la place, et de n'avoir pas
obéi à la loi du 19 fructidor qui leur enjoignait de sortir. »
Le Rapporteur, du 19 nivôse ; de Paris, le 7 nivôse 1 .
EXTRAITS D ARCHIVES "
I.
* Jean-Baptiste Audoin
23 brumaire an vi — i3 novembre 1797.
La commission militaire de Toulon, « ayant égard aux
certificats qui constatent que Jean-Baptiste Audoin, pré-
venu d'émigration, a été empêché par son état de maladie
d'obéir à la loi du 19 fructidor an v, condamne cet indi-
vidu à la déportation, quoiqu'il ait été arrêté en France
depuis l'expiration des délais prescrits. »
28 ventôse an VI. — L'administration du Yar conteste
ce jugement comme excédant les pouvoirs de la commis-
sion....
I. Tous les extraits du Rapporteur m'ont été communiqués par M. P. Ver-
haeg-en, qui les a recueillis au cours de ses recherches personnelles svir le
Directoire.
428
COMMISSIONS MILITAIRES.
2, floréal an VII, — Le Directoire déclare le conflit ;
constate qvi'il y a excès de pouvoir : i*^ pour avoir
examiné les certificats ; 2° pour avoir commué la peine ;
prononce Tannulation du jugement, et ajoute que, « immé-
diatement après la décision définitive de l'autorité admi-
nistrative et du Directoire exécutif sur les réclamations
de Jean-Baptiste Audoin, il sera formé, dans l'étendue de la
8^ division militaire, une nouvelle commission pour procé-
der à son jugement. »
Lambreghts.
A. N. F; 4374. Barras.
[Cette décision était alors toute nouvelle ; elle n'est pas
rédigée dans les mêmes termes que celle que j'ai reproduite
p. 342, laquelle servit de type à toutes celles qui suivirent.]
II.
Audemar, menuisier
35 brumaire an vi — i3 novembre 1797.
[Condamné à mort, bien que son nom ne fût porté sur au-
cune liste d'émigrés.]
Infra, p. 43i. Lettre du commissaire du Directoire exécutif près l'admi-
nistration centrale du Var, en date du 24 frimaire an vi, au ministre de la
guerre.
m.
Deux ouvriers
6 et 7 frimaire an vi — 26 et 27 novembre 1797.
[Condamnés à mort, malgré les attestations de l'adminis-
COiMMISSIONS MILITAIRES. 4^9
tration centrale que leurs noms n'étaient portés sur aucune
liste d'émigrés. J
Ibid., p. 432.
Du 24 frimaire an vr.
Le commissaire da Directoire exécutif près V administration
centîxde du Var au ministre de la police générale i.
Les dispositions les plus salutaires de la loi du 19 fruc-
tidor sont, sans contredit, l'expulsion des émigrés du
territoire de la république ; les autorités constituées de
ce département, convaincues que leur présence sur le sol
de la liberté avait allumé les torches de l'incendie, que le
Directoire exécutif a éteintes le 18 fructidor, ont pour-
suivi l'exécution de ces dispositions avec tout le zèle et
toute l'activité qu'on devait attendre du patriotisme qui
les anime ; mais cette loi doit produire des impressions
différentes dans chaque département, à raison du nombre
et de la qualité des individus qu'elle frappe ; le départe-
ment, dont la surveillance m'est attribuée, exige, sous ce
rapport, une attention particulière.
La rébellion de Toulon, l'établissement des sections
dans plusieurs communes, furent la cause de l'émigration
d'un très grand nombre d'individus qu'on peut évaluer à
dix mille sans exagération. Tous ne sont pas portés sur
les listes, mais ils sont tous soumis à la loi du 19 fructi-
dor : la plupart de ceux qui avaient des moyens de sub-
I. M. Mireur, archiviste du Var, a fait transcrire pour moi la correspon-
dance administrative qu'on va lire. — « Mallieureusement, m'écrit-il, la
commission militaire, instituée à Toiilon en Fan vi, n'a laissé dans nos
archives que trois jugements sans intérêt^, l'un de mise en liberté, l'autre
de condamnation à la réémigration, et le troisième de sursis. Quant à l'état
qui a pu être dressé par l'administi^ation centrale (supra, Marseille, p. 336,
et Rennes, p. 411)5 je ne me souviens pas de l'avoir rencontré en inven-
toriant le fonds où je l'aurais certainement remarqué et noté. » Lettre du
8 mai 1893.
43o COMMISSIONS MILITAIRES.
sister et qui sont les plus coupables ont abandonné le
territoire de la république et se sont conformés à la loi ;
mais un très grand nombre qui ne jouissaient pas de la
même aisance, d'autres qui, rayés en vertu de la loi du
22 nivôse, considéraient cette radiation comme définitive,
d'autres enfin, qui comptaient faussement sur une modi-
fication de la loi du 19 fructidor, se sont cachés dans l'in-
térieur du département, où on en a saisi plusieurs. La
COMMISSION MILITAIRE ÉTABLIE A ToULON EN A CONDAMNÉ
ENVIRON UNE QUINZAINE A MORT ï. Cet exemple serait plus
que sufïisant pour obliger les autres à sortir du terri-
toire de la république, mais nous faisons garder les
routes et les passages avec tant de soin, qu'ils ne pour-
raient pas quitter les lieux où ils sont cachés, sans s'expo-
ser à être arrêtés.
Je vous avoue, citoyen ministre, que nous obtenons si
peu de succès de ces mesures extraordinaires, qu'il ne
vaut pas la peine de compromettre la franquillité des
citoyens et porter un coup aussi funeste à l'agriculture.
D'ailleurs on accoutume les hommes au désœuvrement,
au pillage, à la désobéissance ; c'est cette espèce de dé-
sorganisation qu'il faut prévoir et qu'il faut empêcher ;
c'est d'après ces considérations, que je pense que ce serait
prévenir les intentions sages et modérées du gouverne-
ment, que de lui proposer de donner un nouveau délai
aux individus frappés par la loi du 19 fructidor, pendant
lequel ils auraient le temps de se rendre dans une ville
frontière et murée du département, de laquelle ils seraient
transportés sur des vaisseaux, aux frais delà république,
I. C'est, à deux ou trois unités près, le nombre que fournit, à cette date,
la récapitulation des condamnations que nous avons indiquées. Sapra^
p. 4a6-498,
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^1
sur les côtes d'Italie ou d'Afrique. Par l'efTel de cette
mesure, ou remplirait, à la fois, le but de la loi qui est
d'expulser les émigrés, et l'on rallierait à la cause de la
Constitution et des lois les hommes égarés ; on rétablirait
la confiance et on amènerait le bonheur , citoyen mi-
nistre.
Même date.
Le même au ministre de la guerre.
La loi du 19 fructidor ne soumet à aucune révision les
jugements rendus par les commissions militaires contre
les émigrés qui ne se seraient pas conformés aux disposi-
tions qui les concernent, mais elle n'institue ces commis-
sions que pour juger des émigrés reconnus tels par la loi.
Celle qui est établie à Toulon, interprétant faussement
l'article 18 de la loi du 19 fructidor, a cru pouvoir juger
le fait de l'émigration, tandis que, par la nature de son
institution, elle doit se borner à reconnaître l'identité
de l'individu et à appliquer la peine.
Le 2 5 hrinnaire dernier, elle condamna à inoj^t le
nommé Aiidemar, menuisier de profession, dont le nom
n était porté sur aucune liste d'émigrés et qui ne pouçait
conséquemment être déclaré tel que d'après un arrêté de
V administration centrale i.
Je n'avais pas connaissance, à cette époque, des ins-
tructions que vous aviez adressées, le i5 brumaire, aux
commissions militaires, je devais même croire qu'il n'en
existait pas, ou que vous n'aviez pas déterminé le mode
d'exécution de l'article 18 précité.
Effrayé des dangers auxquels chaque citoyen de mon
I. Supra, Audemar, p. 4a8,
432 COMMISSIOiNS MILITAIRES.
département se trouvait exposé par l'effet de cette inter-
prétation, je requis, sur ma responsabilité, le 3o bru-
maire, la commission militaire de suspendre 'les juge-
ments de tous les individus non inscrits sur des listes
d'émigrés, jusqu'à ce qu'on eût déterminé le mode d'exé-
cution de cet article.
Ce tribunal neiit aucun égard à ma réquisition et
condamna à mort, les 6 et ^frimaire, deux ouvriers,
malgré les attestations de V administration centrale, qui
constataient que leurs noms n étaient portés sur aucune
liste d'émigrés ^.
Vous penserez sans doute qu'il convient de dénoncer
au Corps législatif les trois jugements dont je joins ici
un exemplaire , à l'effet qu'ils soient par lui annulés,
comme rendus par des juges incompétents. Ce sera une
faible consolation pour les parents de ces condamnés, mais
cet exemple prouvera que si le gouvernement ne peut
prévenir tous les actes arbitraires, il ne néglige aucun
moyen de les réprimer.
Archives départementales du Var, L4 i66,
24 frimaire an vi — 2j floréal an vi.
14 décembre 1797 — 16 mai 1798.
[Nous n'avons, sur cette période, aucun chiffre, aucun nom ;
on peut seulement conclure des deux lettres qui suivent :
1° que la commission militaire de Toulon continuait à excéder
les limites de la compétence qui lui était attribuée ; 2° qu'elle
condamnait souvent à la déportation, ce qui, sans être légal,
I. Supra, p. 4a8.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^3
était un adoucissement à sa jurisprudence ordinaire. Cepen-
dant, la lettre du général Bonaparte dénonce sans ménage-
ment la barbarie des juges militaires.]
Paris, 27 germinal an vi.
Le même à V adjudant général Huard, à Toulon.
J'ai reçu, avec votre lettre du 26, les deux pièces à
Tappui de l'arrestation du G^" Possel i; cette arrestation
est légale, mais je ne me dépars pas de mes principes,
qui sont ceux du ministre et du Directoire. La commis-
sion militaire n'a été instituée que pour punir la désobéis-
sance à la loi du 19 fructidor, elle ne peut établir que
l'identité du prévenu, d'après laquelle elle prononce la
peine de mort ; mais ce prévenu qui n'est pas sur la liste
doit être renvoyé par-devant l'administration centrale ;
quant aux autres délits dont il peut être présumé cou-
pable, il doit être renvoyé par-devant le tribunal criminel
ou par-devant un conseil de guerre. Tout tribunal qui
s'écartera du cercle de ses attributions, ne commet que
des actes arbitraires et se met dans le cas de rendre
compte de sa conduite. Tout magistrat qui tolérerait un
abus, aurait l'intention de détruire le gouvernement dans
sa base et introduirait une anarchie de pouvoir funeste à
la liberté et à la sûreté des citoyens.
Même date.
Le même au ministre de la guerre.
La commission militaire séante à Toulon a rendu un
1. Le 10 septembre 1792, M. de Possel-Deydier, commissaire ordonnateur
de la marine, allait être massacré, comme venaient de Têtre M. de Roche-
more, major général, et M. de Flotte, commandant de la marine, lorsqu'il
fut arraché à ses meurtriers et sauvé par un sieur Coste, bombardier.
(Heni'3'^, op. cit.., t. I, p. 261.)
18 FRUCTIDOR. 28
434 COMMISSIONS MILITAIRES.
grand nombre de jugements contre des prévenus d'émi-
gration qu'elle a condamnés à la déportation. Ces indivi-
dus gémissent dans les prisons, leur santé s'altère, ils
sont en outre à la charge de la république : je vous invite
à donner des ordres pour les faire transférer au lieu où ils
doivent être déportés, à l'effet que les jugements rendus
contre eux reçoivent leur exécution.
Bonaparte, membre de V Institut, aux commissions militaires
de la Q^ division militaire, établies en vertu de la loi du
ig fructidoj'.
Au quartier général de Toulon, 27 floréal an vi —
16 mai 1798.
J'ai appris, citoyens, avec la plus grande douleur, que
des vieillards, âgés de soixante-dix ou quatre-vingts ans,
de misérables femmes enceintes ou environnées d'enfants
en bas âge, avaient été fusillés, comme prévenus d'émi-
gration. Les soldats de la liberté sont-ils donc devenus
des bourreaux? La pitié, qu'ils ont portée jusqu'au milieu
des combats, serait-elle donc morte dans leurs cœurs? La
loi du 19 fructidor a été une mesure de salut public ; son
intention a été d'atteindre les conspirateurs, et non de
misérables femmes et des vieillards caducs. Je vous
exhorte donc, citoyens, toutes les fois que la loi présen-
tera à votre tribunal des vieillards de plus de soixante ans
ou des femmes, à déclarer qu'au milieu des combats vous
avez respecté les vieillards et les femmes de vos ennemis.
Le militaire qui signe une sentence de mort contre une
personne incapable de porter les armes est un lâche i.
I. Mémoires de Bourrienne, t. II, p. Sg. — Cet ordre du jour n'est pas
reproduit dans la Correspondance de Napoléon I". Le départ pour l'Egypte
eut lieu le 19 mai. Après la prise de Toulon (i^gS), Bonaparte, si on l'en croit.
COMMISSIONS MILiTxiIRES. 4^5
[Sur les ordres de Bonaparte, le commissaire de la marine
délivra des billets de levée maritime à des hommes arrêtés
comme émigrés et comme suspects ; le médecin en chef solli-
cita pour plusieurs malades l'air de la Valette (dans l'île de
Malte, où la flotte allait se rendre) ; les prisons du fort Lamal-
gue s'ouvrirent, et nombre de détenus en sortirent pour être
enrôlés comme marins ou soldats et prendre part à l'expédi-
tion I.]
27 floréal an vi — 20 vendémiaire an vu.
16 mai — II octobre 1798.
[Si cet ordre du jour de Bonaparte eut quelque influence,
ce ne fut pas pour longtemps. La loi sur les visites domici-
Uaires (18 messidor an vi — 5 juillet 1798) fournit un nou-
veau prétexte aux arrestations. On lit au Moniteur (10 ther-
midor an vi) : « A Toulon, les visites domiciliaires ont produit
un grand nombre d'arrestations ; il n'en a pas été de môme
dans la plupart des autres villes. »
On lit encore dans un historien local : « Les ordres les
plus sévères avaient été donnés aux postes et à la chaîne de
la darse. Pour qu'il ne pût s'en échapper aucun, des patrouilles
voltigeaient autour des murs pour arrêter tous ceux qui ten-
teraient de s'évader en se filant par les remparts, pendant que
des bateaux armés stationnaient sur la rade, près la partie des
remparts qui la sépare de la darse, afin d'empêcher égale-
s'était conduit par les mêmes sentiments : « L'ascendant que ses services
lui avaient acquis à Toulon, dans le port et à l'arsenal, lui servirent aussi
à sauver des infortunés de la famille Chabriant ou Gliabrillan, émigrés que
la tempête avait jetés sur la plage française ; on voulait les mettre à mort,
sur ce que la loi était positive contre tout émigré qui reparaissait en
France. Vainement disaient-ils pour leur défense qu'ils y étaient venus
par accident, contre leur gré ; qu'ils demandaient, pour toute grâce, qu'on
les laissât s'en retourner ; ils eussent péri si, à ses risques et périls, le com
mandant de Fartillerie n'eût osé les sauver, en leur procurant un bateau
couvert qu'il expédia au dehors sous prétexte d'objets relatifs à son dépar-
tement. » Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, 1823, t. I, p. igS.
1. La Terreur sous le Directoire, p. 126.
436 COMMISSIONS MILITAIRES.
ment toute fuite du côté de la mer. Dans le même temps, une
publication faite à travers les rues (le 28 messidor) annonçait
aux habitants qu'une gratification de cent livres récompense-
rait toute personne qui arrêterait ou procurerait l'arrestation
d'un émigré. Des soldats répartis tout le long du quai visi-
taient les embarcations venant de la rade, et un ordre fut de-
mandé au commandant des armes pour être autorisé à arrêter
à bord des bâtiments de l'escadre les matelots et tous autres
fugitifs qui pourraient s'y trouver i. » Ces persécutions s'atta-
chèrent surtout à ceux qui s'étaient prêtés aux desseins d'hu-
manité de Bonaparte : le médecin, le commissaire de la marine,
des négociants, les hommes les plus paisibles et les plus
estimés.
De noms, pour toutes ces victimes, on n'en a guère; M. Hu-
bert-Lauvergne cite une dame Macadré, veuve d'un royaliste
assassiné en 1792, puis, en bloc et sans les nommer, des né-
gociants, des nobles, des vieillards. Henry, op. cit., t. II,
p. 249-260, résume ainsi qu'il suit, du 4 brumaire an vi au
20 vendémiaire an vu, l'œuvre des commissions militaires de
Toulon : « La correspondance officielle de cette époque est
remphe de lettres réclamant une proie dont une commission
militaire, par la plus rigoureuse application des lois sangui-
naires rendues contre les émigrés dans les plus mauvais
jours, faisait autant de victimes. Le 28 germinal, l'administra-
tion municipale demandait au commandant de la place un
état de tous les émigrés que la commission militaire avait
fait fusiller depuis cette fatale réaction, pour en faire dresser
les actes de décès, et le 26 vendémiaire suivant, les fossoyeurs
réclamaient le payement des fosses qu'ils avaient creusées
pour la sépulture des cinquante-quatre émigrés fusillés du
^ brumaire an VI au 20 vendémiaire an VU 2. »]
1. Henry, op. cit., t, II, p. aSj. Voir aussi Histoire de la Révolution dans le
département du Var, par Hubert Lauvergne, p. 682-683.
2. A propos de cette citation, M. Mireur m'écrit : « J'ignore sur quoi
repose l'allégation de Henry, qui semble cependant puisée aux archives
communales et dans des pièces de comptabilité. La correspondance du
commissaire du gouvernement que je viens de parcourir à votre intention
n'est point si précise. J'ai l'honneur de vous envoyer les extraits que j'en
ai fait faire sur le sujet qui vous intéresse. » Ce sont les lettres que j'ai
données plus haut.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^7
§4-
a5 vendémiaire an vu — 28 ventôse an vu.
16 octobre 1798 — 18 mars 1799.
[Postérieurement à la date de ce singulier état, il y eut
encore quelques jugements : les seuls que nous connaissions
sont les suivants.]
I.
Meyran, prêtre
9 pluviôse an vu — 28 janvier 179g.
[Meyran, Joseph, du diocèse d'Aix, vicaire à la Perrière,
près le Beausset (Var), insermenté, se déporta après fructidor.
Il rentra dans sa paroisse. Les précautions qui l'avaient pré-
servé longtemps devinrent insuffisantes ; il fut arrêté à la fin
de 1798, venant d'administrer un malade à Saint-Zacharie, près
de Saint-Maximin. Enfermé au fort Lamalgue. Le 9 pluviôse
an VII , la commission militaire le condamna, comme émigré
rentré, à la peine de mort. Il ne fut exécuté que le 11, le 10
étant jour de décadi i.]
II.
SicARD, prêtre
aô pluviôse an vu — i3 février 1799.
[Sicard, Pierre, né à Vallauris (Var), fils de Jacques Sicard,
maître potier, et d'Anne Guirard. Après avoir refusé le serment
à la constitution civile du clergé, il avait émigré à Nice, d'où
I. Aimé Guillon, les Martyrs de la foi, t. IV, p. 67.
438 COMMISSIONS MILITAIRES.
l'arrivée d'Anselme l'avait forcé de partir. Il était à Bologne,
quand la chute de Robespierre le détermina à revenir en
France (fin août 1795). Il desservit la petite paroisse de Domne-
Sène, près de Marseille. Étant revenu à Grasse pour y exercer
le saint ministère, il fut dénoncé par les terroristes de Vallauris
et de Grasse, arrêté près de Grasse vers la fin de novem-
bre 1798, transféré à Toulon et exécuté le 14 février 1799 1.]
III.
* Galamand (Joseph)
28 ventôse an vu — 18 mars 1799.
[Par les ordres de la municipalité, un commissaire de police
était allé, à dix heures du soir, arrêter à bord de la frégate
la Boudeuse, en rade, un nommé Callaman, pilote côtier de ce
bâtiment, dénoncé à la municipalité de Toulon par celle de
Saint-Ghamas, son pays natal. Le commissaire ordonnateur
de la marine réclama le lendemain son élargissement et sa
réintégration à bord, comme indispensable à la frégate qui
allait mettre à la voile pour une mission spéciale. La mu-
nicipalité invita le commandant des armes, l'ordonnateur de la
marine, le commandant de la place et le général de brigade
qui commandait le premier arrondissement du Var, à assister
à sa délibération. Le commandant des armes réclama par
écrit l'élargissement de Callaman, « vu l'impossibilité de se
pourvoir, au moment, d'un autre pilote côtier. » Après le dé-
part des oflîciers, la municipalité prit l'arrêté suivant :
« Le conseil, considérant que, quoique son intention pour le
bien de la chose publique fût de laisser en détention le nommé
Joseph Callaman, dénoncé par l'administration du port de [St-J
Chamas comme émigré marquant et sanguinaire, elle voit son
avis manifestement contrarié par les vigoureuses et pres-
I. Histoire de la Révolution française dans les Alpes-Maritimes par le cha-
noine E. Tisserand, p. 291-292, et Aimé Guillon, op. cit., t. IV, p. 610.
COMMISSIONS MILITAIRES. 4^9
santés instances du commandant des armes, qui opine d'une
manière bien prononcée pour l'élargissement de cet individu
dangereux, et que sa demande à ce sujet est expressément et
formellement appuyée sur l'utilité de cet homme et sur l'im-
possibilité de se procurer au moment un autre pilote côtier
pour le remplacer sur la frégate la Boudeuse, qui, sans lui, ne
pourrait remplir sa mission importante, a délibéré que dès
l'instant que le vent deviendra favorable, il sera écrit au com-
mandant de la place, pour donner des ordres pour faire pren-
dre au fort Lamalgue le nommé Joseph Callaman, fils d'An-
toine, et le conduire à bord de la frégate la Boudeuse i. »]
Galamand n'en fut pas moins traduit, le 28 ventôse
an VII, devant la commission militaire. Mais celle-ci dé-
clara dans son jugement qu'il avait été impossible à Ga-
lamand, par raison de santé, de se déporter et qu'il serait
tenu de sortir du territoire français, conformément à l'ar-
ticle 1 5 de la loi du 19 fructidor.
1 3 prairial an VII — i^^ juin lygg. — L'administra-
tion du Var défère ce jugement, pour excès de pouvoirs,
au ministre de la justice.
;; messidor an VII — 26 juin i ygg. — Le Directoire
déclare le conflit et prononce que le jugement restera
sans exécution, et que l'administration centrale pronon-
cera, sauf l'approbation du Directoire exécutif, sur les
exceptions proposées par le prévenu.
A. N. ¥'] 4374.
1. Henry, op. cit., t. II, p. 266-267.
44o COMMISSIONS MILITAIRES.
TOURS I
I.
Cartau
10 pluviôse an vi — 29 janvier 1798.
({ Cartau, Jean-Baptiste, vingt-six ans, originaire de la pa-
roisse de Saint- Saturnin, fut condamné à mort le 29 janvier
pour être rentré en France après avoir émigré ; on le fusilla
le lendemain sur la place de la Justice, aujourd'hui. place
d'Aumont. »
M. Carré de Busserolle : Souvenirs de la Révolution dans le départemen
d'Indre-et-Loire. Tours, 1864, p. 334-339.
II.
Denais, prêtre.
8 ventôse an vi — 26 février 1798.
[Pierre Denais, né à Grenoux, le 21 août 1766, vicaire à la
Trinité, de Laval; se retira en Angleterre avec ses deux frères,
prêtres et insermentés comme lui. L'un, Mathurin, y mourut.
Pierre et Jean revinrent à Laval en août 1797. Ils restèrent
I. M. le comte de la Ferté a fait compulser pour moi le Journal du dépar-
tement d' Indre-et-Loire, et consulter les archives municipales de Tours; je
le prie d'en agréer mes remerciements. — Dom Piolin déclare que les juge-
ments de la commission militaire de Tours sont, sauf pour les noms, d'une
rédaction uniforme : la chose est fort probable ; mais, n'ayant trouvé dans
les archives que le jugement du prêtre Hervieu, il ne nous a pas été pos-
sible d'en faire la comparaison avec les autres.
COMMISSIONS MILITAIRES. 44^
cachés ; pourtant, Pierre ayant été invité à aller voir une ma-
lade en danger de mort, il fut reconnu d'une maison voisine,
tandis qu'il disait son bréviaire dans une allée du jardin. 11 fut
arrêté aussitôt (14 février 1798), et, trois jours après, conduit
à Tours. 11 refusa de se prêter à un projet d'évasion, et com-
parut le 26 février devant la commission militaire.
11 l'ut condamné à mort ce même jour et fusillé le lendemain,
à dix heures du matin i.]
m.
Glatier, prêtre.
3 germinal an vi — 23 mars 1798.
[Glatier, Jean-Joseph, né à Thor (Vaucluse), vicaire à Saint-
Martin de Précigné (Sarthe). 11 n'est pas certain qu'il ait émi-
gré, bien que l'attribution de sa cause à une commission mi-
litaire semble indiquer qu'il y ait été cité comme émigré ren-
tré. 11 multipliait les cérémonies publiques, convoquait parfois
des réunions de deux à trois mille personnes, risquait des
processions, rassemblait des enfants de plusieurs paroisses
pour les préparer à la première communion. Un soldat déser-
teur le trahit ; on arrêta Glatier dans une ferme, un dimanche,
le 7 janvier 1798. 11 fut conduit à Sablé, puis à la Flèche, de là
au Mans, où il resta deux mois en prison; enfin, il fut trans-
féré à Tours. Il y comparut devant la commission militaire le
3 germinal an vi, et fut exécuté le lendemain. 11 avait certaine-
ment des liaisons avec les chouans : trois furent arrêtés en
même temps que lui : nous en parlerons plus loin. Le Journal
du département d' Indre-et-Loire (numéros du 5 et du 20 ger-
minal an vi) l'accusa d'actes de barbarie invraisemblables ;
nous regrettons de n'avoir pu retrouver le texte du jugement
de la commission militaire, qui nous eût éclairés sans doute
sur ces haineuses imputations ; mais, comment ne pas sup-
I. Cf. dom Piolin, VÉglise du Mans durant la Révolution^ t. III, p. 442-443.
Son frère Jean mourut dans la maison où il avait reçu asile; faute de
savoir où et comment l'enterrer, on déposa son cadavre dans la rue.
442
COMMISSIONS MILITAIRES.
poser que si Glatier avait été sérieusement soupçonné de
crimes, on ne l'eût pas traduit soit devant le conseil de guerre,
soit devant le tribunal criminel, au lieu de le renvoj^^er comme
émigré rentré devant la commission militaire ? Ce qui résulte
surtout de ces articles de journal, c'est que Glatier étendait
son action religieuse sur les deux départements de Maine-et-
Loire et de la Sarthe; qu'il avait des pouvoirs de délégué
épiscopal et qu'il avait sous sa direction quarante - deux
paroisses que, suivant l'expression du temps, « il fanatisait. »]
IV.
Hervieu, prêtre
10 germinal an vi — 3o mars 1798.
[Pierre- Julien Hervieu, né à Domfront-en-Passais en 1^55,
vicaire à Ollivet; insermenté, se déporta en Angleterre. En
1795, il repassa en France : le grand nombre des mariages
qu'il bénit et des baptêmes qu'il fit témoigne de son activité.
Il s'y joignait bien quelque témérité. Lui aussi, il fut trahi; sa
cachette fut découverte, on l'arrêta le 10 mars 1798; on le
conduisit à Laval.
Il y resta du 11 au 22 mars. On le mena ensuite, chargé de
fers, à Sablé, à la Flèche.
Il arriva à Tours le 29 mars : dès le lendemain, il comparut
devant la commission militaire, assisté d'un défenseur. Il était
cinq heures du soir. Inscrit sur la liste des émigrés, il avait
obtenu, paraît-il, depuis quinze jours sa radiation.
Après deux heures de délibération, la sentence fut rendue à
neuf heures et demie du soir.
Le lendemain, à onze heures, il fut fusillé sur la place d'Au-
mont.
Voici le texte du jugement, tel que l'a donné dom Piolin,
op. cit., t. III, 459-462, d'après un placard imprimé, conservé
aux archives municipales de Tours.]
COMMISSIONS MILITAIRES. 44^
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Jugement de la commission militaire, créée à Tours par le
général diçisionnaire Vimeux, en vertu des articles i6 et
l'j de la loi du i g fructidor dernier.
Le dix germinal, sixième année républicaine, la com-
mission militaire créée par le général Vimeux, comman-
dant la vingt-deuxième division militaire, en vertu des
articles i6 et 17 de la loi du 19 fructidor dernier, laquelle
était composée des citoyens Dauvergne, adjudant général,
chef d'état-major; Danlion, capitaine des carabiniers de
la troisième demi-brigade d'infanterie légère ; Duvergier,
capitaine de ladite demi-brigade ; Roxlo, capitaine ad-
joint aux adjudants généraux; Navarres, capitaine adjoint
aux adjudants généraux; Campagnac, sous-lieutenant de
la trentième demi-brigade d'infanterie légère; et Gourtin,
sergent-major de ladite demi-brigade, lesquels ne sont
ni parents, ni alliés entre eux, au degré prescrit par la
loi;
S'est réunie à l'effet de juger le nommé Pierre-Julien
Hervieu, ex- vicaire d'Ollivet, département de la
Mayenne, âgé de quarante-trois ans, natif de Domfront,
département de l'Orne, taille de cinq pieds trois pouces
six lignes, cheveux et sourcils châtains, visage maigre et
ovale, front bas, une cicatrice entre les deux sourcils, au
haut du nez.
La séance ayant été ouverte, et un exemplaire de la
loi des 19 fructidor dernier, 20 fructidor an m, et 25 bru-
maire même année, déposé sur le bureau, l'accusé a été
amené ; et, après avoir été interrogé sur ses nom, prénoms,
444 COMMISSIONS MILITAIRES.
âge, profession et lieu de naissance, a déclaré se nommer
Pierre-Julien Hervieu, ex-vicaire d'Ollivet, département
de la Mayenne, âgé de quarante-trois ans.
La commission militaire, après avoir entendu l'accusé
sur le fait de déportation, auquel il ne s'est pas soumis,
ainsi qu'il le devait par la loi du^ 19 fructidor dernier,
pris connaissance des interrogatoires qu'il a subis le
22 ventôse devant le directeur du jury d'accusation et
oflicier de police judiciaire de l'arrondissement de Laval,
département de la Mayenne, ensemble la lettre du com-
missaire du pouvoir exécutif du tribunal correctionnel
dudit arrondissement, en date du 27 ventôse ; « J
Considérant que, d'après l'article XXIII de la loi du
19 fructidor an v, qui rapporte celle du 7 du même mois,
qui rappelait les prêtres déportés, ainsi conçu :
« Article XXIII. La loi du 7 de ce mois, qui rappelle
les prêtres déportés, est révoquée; »
Et que, d'après cette disposition de la loi précitée,
ledit Hervieu devait quitter le territoire de la Répu-
blique, et que, loin d'obtempérer à cette disposition, il
l'a toujours habité d'après son propre aveu;
Considérant que la loi du 20 fructidor an m est remise
en vigueur par la révocation de celle du 7 fructidor an v,
et qu'elle assimile aux émigrés les prêtres déportés et
rentrés sur le territoire de la République ;
Considérant que l'identité est suffisamment établie,
tant par les pièces de la procédure que par les déclara-
tions que ledit Hervieu a faites et réitérées devant la
commission ; qu'il est le même qui a été déporté le 8 sep-
tembre 1792 (vieux style), qu'il est rentré sur le sol de
la France au mois de septembre 1796 (vieux style); en
vertu de la loi du 20 fructidor an m, des articles XV et
XVI de la loi du 19 fructidor an v, et des articles I et II
COMMISSIONS MILITAIRES. 44^
du titre IV de celle du 26 brumaire an m, dont la teneur
suit; (Suit le texte de ces articles.)
La commission militaire déclare à l'unanimité que le-
dit Pierre-Julien Hervieu est coupable d'être rentré sur
le territoire de la République après sa déportation, et de
n'en être pas sorti après la quinzaine qui a suivi la publi-
cation de la loi du 19 fructidor an v ; en conséquence l'a
condamné et condamne à la peine de mort, et ses biens
confisqués au profit de la République ;
Ordonne que le présent jugement sera imprimé au
nombre de trois cents exemplaires, pour être afliché dans
toute l'étendue de la vingt-deuxième division militaire,
et qu'il sera déposé, ainsi que les pièces de la procédure,
au général commandant ladite division, pour le faire exé-
cuter dans les vingt-quatre heures, conformément à la loi.
Fait et jugé dans la commune de Tours, dans la salle
ordinaire du lieu des séances du conseil de guerre, les
jour, mois et an que dessus, et ont les membres de la com-
mission militaire signé : Roxlo, Courtin, Gampagnac,
Danlion, Duvergier, Navarres et Dauvergne.
Pour copie conforme à l'original :
Le général divisionnaire commandant la vingt-
deuxième division militaire,
Signé : Vimeux.
annexe
Trois chouans, arrêtés en même temps que le prêtre Gla-
tier : François Glouet, dit Phocas ; Pierre-Etienne Gilbert, dit
Bon-Sujet, et Jean Dubat, dit la Musique, parce qu'il jouait
du flageolet, furent traduits à Tours devant le premier con-
seil de guerre permanent de la 22^ division militaire,
pour avoir pillé la messagerie d'Angers au Mans, levé des
contributions dans les fermes pour le rétabhssement du trône
446 COMMISSIONS MILITAIRES.
et de l'autel, et crié : Vivent la Religion et le Roi ! Condamnés
le 2 messidor an vi à la peine de mort, ce jugement fut con-
firmé le 19 de ce mois par le conseil de revision, et exécuté le
même jour. L'un de leurs complices, Harouet, arrêté comme
receleur, fut renvoyé devant le tribunal criminel de la Sarthe i.
Le 19 prairial an vi, la gendarmerie avait arrêté dans
la ferme de la Plissonnière , près le village de Launay
(Mayenne), Guillaume Le Métayer, dit Rochambeau, chef de
chouans, et Leroux, dit l'Aimable, l'un de ses aides de camp.
Voici, reproduit d'après le procès-verbal d'arrestation, le
stratagème qui fut employé pour les surprendre :
a Le 17 prairial, les citoyens Simpré, Galot, Herpin et Auger,
gendarmes de Laval ; Contré et Bruneau, de Mayenne, par-
tirent, en vertu des ordres de leur capitaine, pour aller trou-
ver Rochambeau, chef de brigands, et autres de sa troupe ;
ils étaient parfaitement déguisés, et devaient se donner pour
des émigrés, chefs de Vendéens récemment débarqués d'Angle-
terre, afin de parvenir plus sûrement à arrêter cet individu.
Après avoir parcouru plusieurs communes, ils entrèrent dans
la métairie des Gemelles, et s'informèrent s'il n'y avait pas
dans le pays quelques chefs de chouans avec lesquels ils
pussent se concerter. Le métayer fit demander sur-le-champ
le nommé Saul, émissaire de Rochambeau, lequel promit de
leur faire parler à celui-ci, et de leur trouver un asile pour les
cacher jusqu'au moment où ils recevraient des ordres pour
marcher contre la République ; il les fit ensuite conduire au
village de Launay, les assurant qu'ils seraient reçus par de
véritables royalistes,
« Le lendemain matin, le métayer vint les faire lever, et les
conduisit dans une pièce de genêts pour y être plus en sûreté;
car il avait été informé qu'un détachement du cantonnement
de Champères était sorti, et il craignait qu'il ne fût à leur
poursuite. Ce fut lui qui leur apporta à manger à toutes les
heures de repas, en leur défendant de se faire voir. Vers le
soleil couchant, Saul vint les retrouver dans le champ de
srenêts : Prenez courage, mes amis, leur dit-il, les affaires vont
I. Journal général du département d'Indre-et-Loire, numéros des 10 et
25 messidor an vi.
COMMISSIONS MILITAIRES. 447
bien ; je viens de la Chapelle-au-Riboul, j'ai communiqué votre
arrivée à M. Rocliambeau, il se rendra ce soir dans cette
commune, et un de vous ira, sans armes, se concerter avec
lui. 11 nous donna ensuite un guide pour nous conduire, par
ordre de M. Rochambeau, chez Leroux, dit l'Aimable, lieute-
nant de chouans, résidant au village de Launay-Bouillon. Ils
arrivèrent à onze heures du soir chez Leroux, où ils trouvèrent
le souper prêt. Soyez les bienvenus, leur dit Leroux, j'espère
que vous êtes de mon parti et que nous mettrons sous peu le
pays au pas. Le souper fini, il les conduisit dans une grange
pour y coucher. Le lendemain matin, il fut les visiter avec
plusieurs chouans, et leur dit qu'il fallait se retirer, pour plus
grande sûreté, dans une pièce de blé voisine, parce que sa
maison était souvent fouillée par les bleus, à raison d'un
prêtre qu'il y recelait. L'Aimable leur apporta à dîner, et leur
dit de prendre patience, qu'ils partiraient vers les dix heures
du soir pour aller trouver M. Rochambeau. Il leur conseilla
de se lier avec le nommé Lacourone, son capitaine, soldat
intrépide qui se tenait habituellement avec ledit Rochambeau,
ajoutant que ce serait avec lui qu'ils attaqueraient les malles
et les diligences pour l'aider à subsister. Vers les dix heures du
soir, l'Aimable vint les chercher dans la pièce de blé, accom-
pagné du nommé Petit-Jean, puis ils partirent.
« Après une demi-lieue de marche, l'Aimable, les arrêtant,
dit à Petit-Jean : Prenez un de ces messieurs, qui va déposer
ses armes entre les mains de ses camarades, et conduisez-le à
M. Rochambeau. Ils députèrent un d'entre eux qui se rendit
à la métairie de la Plissonièrc, où était Rociiambeau. Celui
des gendarmes député aborda Rochambeau en le saluant et
lui dit qu'il se rendait à ses ordres et sans armes ; celui-ci
l'invita à s'asseoir, et lui demanda qui il était. Le gendarme ré-
pondit s'appeler Laiinay, dit Langiais, cousin germain du ci-
devant gouverneur de la Bastille, être natif de Senlis, et être
émigré depuis 1791. Il ajouta qu'il arrivait d'Angleterre, et
que, sur le bruit de sa réputation, il était venu avec ses cama-
rades lui demander du service et des moyens d'exister. Ro-
chambeau consulta un instant un habitant de la maison ; puis
il dit qu'il fallait se disperser un à un dans des lieux indiqués,
déposer les armes dans des genêts où il serait impossible de
448 COMMISSIONS MILITAIRES.
les trouver, et où ils les reprendaient au premier signal; que,
quant à l'argent nécessaire à leur existence, il attendait tous
les jours des renseignements pour en toucher. Le gendarme
lui observa alors que ses camarades devaient s'ennuyer dans
l'endroit où il les avait laissés, et il le pria de les faire entrer
dans la maison. Rocliambeau fit un peu de résistance ; cepen-
dant, il envoya chercher l'Aimable, resté avec eux pour en
conférer, et choisir ensuite les lieux où il serait convenable de
les placer. L'Aimable vint, après avoir laissé à une portée de
fusil de la maison les cinq autres gendarmes, avec défense
expresse d'entrer. Ceux-ci observèrent les passages de la mai-
son et la cernèrent aussitôt ; un instant après, ils entrèrent,
en saluant M. Rocliambeau, qui leur offrit des chaises. Ils l'en-
tourèrent avec l'Aimable, en déclarant qu'ils étaient gendar-
mes : après une légère résistance, ils se rendirent et furent
conduits sous bonne escorte à Laval.
« On n'a trouvé sur Rochambeau qu'une lettre avec cette
suscription : à Némorin, et signée Estelle i. »
[En récompense de cette opération, le ministre de la guerre
accorda à chacun des six gendarmes un sabre, et un habit
avec veste et culotte 2.
Le Métayer et Leroux comparurent le 5 thermidor devant
le conseil de guerre : ils avaient un défenseur à qui, si l'on en
croit le journal officiel du département, « on peut reprocher
quelques sorties indécentes contre les témoins et des observa-
tions trop dures envers le tribunal. » Après une séance de
sept heures, les deux prévenus furent condamnés à la peine
de mort, Rochambeau à la majorité de six voix, Leroux à
l'unanimité. Le 7 thermidor, le conseil de revision confirma le
jugement, qui fut exécuté le 8. Ils moururent bravement; Ro-
chambeau ne se laissa pas bander les yeux, et, à l'instant
d'être frappé, il cria : Vive le Roi ! 3J
1. Journal général, etc., numéros des 3o prairial et 5 messidor an vi.
2. Lettre du ministre de la guerre au général Vimeux, 9 messidor an vi.
3. Journal déjà cité, numéro du 10 thermidor. M. de la Sicotière fait ob-
server « qu'on ne pouvait reprocher à Rochambeau aucun fait nouveau de
guerre civile. » (Louis de Frotté, 1. 1, p. 112, et t. II, p. 196.)
COMMISSIONS MILITAIRES. 449
VANNES
Guillemot
Sans date (1799?)
[Guillemot , dit Sans-Pouce , fut arrêté avec Bonlils , dit
Saint-Loup, chez une femme Lavallée, au bois Moureau, à
Vannes, pour vol de la diligence d'Elven.
Guillemot fut condamné à mort et exécuté. Le président de
la commission était Fery, chef de la 52^ demi-brigade.
Bonfils mourut de ses blessures ; sa veuve fut condamnée à
la déportation i.]
Du Châtellier : Histoire de la Révolution dans les départements de Vancienne
Bretagne, t. VI, p. 1^3 et suiv. — Ici, encore, comme pour Rochambeau et
ses compagnons, n''est-ce pas un conseil de guerre qui a prononcé, plutôt
qu'une commission militaire?
I. Nous la trouvons, en effet, sur le registre des déportés à l'île de Ré,
sous le n° 960 : « Dossonville, Marie-Thérèse, originaire de Brest (Finistère),
quarante-huit ans, veuve de Henri-Ignace Bonfils de [dit] Saint-Loup, capi-
taine au régiment de Béarn-infanterie, domiciliée à Vannes. » Elle était
arrivée le 5 messidor an vu — 23 juin 1799.
18 FRUCTIDOR. 29
APPENDICES
I.
MINISTERE DE LA POLICE GENERALE
Le ministre de la police générale de la république aux admi-
nistrations centrales de département et aux commissaires
du Directoire exécutif près ces administrations.
Paris, le i8 brumaire an vu.
La loi du 19 fructidor an v, quant à ses dispositions rela-
tives aux émigrés, ayant été diversement interprétée et don-
nant lieu à des difficultés multipliées, j'ai cru nécessaire, ci-
toyens, de vous transmettre quelques éclaircissements à
l'effet d'accélérer et de rendre uniforme la marche des admi-
nistrations.
De V objet de la loi du i g fructidor an V.
D'abord, quant à l'objet de la loi, vous n'avez sans doute
pas perdu de vue, citoyens, qu'avant la journée salutaire du
18 fructidor, la rentrée simultanée des émigrés a été, sur tous
les points de la république, le signal de la discorde civile, du
meurtre, du brigandage et de tous les crimes, sinistres
avant-coureurs de la royauté.
Le but essentiel de cette loi a donc été de maintenir dans
4o2 APPENDICES.
toute son intégrité l'article S^S de la constitution, qui bannit
à perpétuité les émigrés i.
Mais quel était le moyen de purger au même instant le ter-
ritoire français de la présence de ces ennemis irréconciliables
du gouvernement républicain ?
A cet égard, la loi du 19 fructidor an v renferme deux dis-
positions ])rincipales : Par l'article i5, la loi ordonne la sor-
tie du territoire de la république de tout indiindu inscrit sur
la liste des émigrés, et non rayé définitivement.
Par l'article 18, les mêmes dispositions sont rendues
applicables aux individus qui, ayant émigré, sont renti^és en
France, quoiqu'ils ne soient inscrits sur aucune liste d'émi-
grés.
La loi veut, article 16, que ceux arrêtés sur le territoire de
la république en contravention aux articles ci-dessus, soient
traduits devant une commission militaire.
Enfin, la constitution elle-même a pris soin (article S^S) de
définir l'émigré : c'est « tout Français qui, ayant abandonné sa
patrie depuis le i5 juillet 1789, ne justifie pas être dans un des
cas d'exception portés par les lois rendues contre les émigrés. »
Ces principes posés, il est facile de déterminer ceux dans
le cas d'être traduits devant une commission militaire.
2.
Des individus qui sont dans le cas d'être traduits devant
une commission militaire.
Il est évident que ces individus sont : 1° Tous ceux inscrits
sur la liste des émigrés, qui n'ont pas obtenu leur radiation
définitive.
2° Tous ceux désignés comme émigrés dans les articles i et
I. Art. 373, La nation française déclare qu'en aucun cas elle ne souffrira
le retour des Français qui, ayant abandonné leur patrie depuis le i5 juil-
let 1^189, ne sont pas compris dans les exceptions portées aux lois rendues
contre les émigrés ; et elle interdit au Corps législatif de créer de nouvelles
exceptions sur ce point. Les biens des émigrés sont irrévocablement
acquis à la République.
APPENDICES. 4^3
6 de la loi du 25 brumaire an m, sauf ceux sortis et rentrés
en vertu d'autorisation légitime , ou compris dans un des cas
d'exception définitivement reconnus.
Il est cependant quelques individus qui, quoique inscrits
sur la liste des émigrés, ne sont pas dans le cas d'être tra-
duits devant une commission militaire. Ce sont :
1° Ceux qui ont été mis en surveillance par le Directoire
exécutif, le ministre de la police générale ou par un arrêté
d'administration à ce autorisée.
Quant aux personnes mises en surveillance par des adminis-
trations sans y avoir été autorisées, elles ne seront traduites
à une commission militaire que dans le cas où il y aurait lieu,
d'après l'examen que j'aurai fait des motifs qui avaient dé-
terminé leur mise en surveillance.
2'' Ceux inscrits sur une liste d'émigrés comme mis hors la
loi, nominativement ou collectivement, et qui ont obtenu un
acte administratif portant que leur inscription était non ave-
nue. Ils sont réputés rayés déflnitivement, d'après le vœu des
lois des 22 germinal et 22 prairial an m.
Il est aussi une circonstance où l'intérêt public prescrit de
surseoir à traduire devant une commission militaire : c'est lors-
qu'il s'agit d'individus arrêtés et non inscrits sur la liste des
émigrés, et pour soupçon d'émigration, au moment de leur en-
trée sur le territoire de la république, c'est-à-dire sur la ligne
de frontière où s'exerce la surveillance des douanes.
Dans ce cas, l'administration centrale de département sta-
tuera provisoirement sur la prévention d'émigration, le pré-
venu restera en arrestation, et ne sera traduit à la commission
militaire, s'il y a lieu, qu'après la décision définitive du Di-
rectoire exécutif. Il n'y aurait lieu néanmoins à aucun sursis,
dans le cas où le fait d'émigration serait ou reconnu par
l'aveu de l'émigré lui-même, ou constaté par pièces maté-
rielles. J'ai pensé, citoyens, que la conduite que je viens de
vous tracer, relativement aux personnes arrêtées aux fron-
tières, devait être absolument la même à l'égard de tous ceux
qui ont été, depuis le 18 fructidor, ou qui seront à l'avenir,
inscrits sur une liste d'émigrés.
Maintenant, quelle est la marche à suivre en exécution de
la loi du 19 fructidor an v ?
454
APPENDICES.
3.
De l'application des articles XV et XVIII de la loi du
I g fructidor an V.
Dès qu'une administration municipale ou centrale de dé-
partement a connaissance de la présence, sur le territoire de
son arrondissement, d'un individu frappé par l'un des arti-
cles i5 et 1 8 de la loi précitée, elle doit le faire arrêter sur-le-
champ.
La loi veut qu'il soit traduit de suite à une commission
militaire, formée par le commandant de la division dans la-
quelle se trouve le département où l'individu a été arrêté.
Les commissaires du Directoire exécutif près les admi-
nistrations centrales m'informeront, dans les vingt-quatre
heures, de l'arrestation de toute personne saisie en contra-
vention à la loi du 19 fructidor an v, ainsi que de tout arrêté
d'administration à l'effet de traduire devant une commission
militaire.
Ils requerront la maintenue en arrestation de tout individu
dans le cas des articles ci-dessus, et qui se trouverait actuel-
lement — ou par la suite — détenu pour fait autre que celui
de l'émigration, nonobstant le jugement qui l'aurait acquitté
du délit étranger à l'émigration.
Ils auront soin de me faire parvenir, dans le délai de deux
décades : 1° le relevé sommaire des jugements rendus, depuis
le 18 fructidor an v, par les commissions militaires créées
dans leur département ; 2° un tableau nominatif des personnes
mises en surveillance par les administrations municipales et
centrales, avec l'extrait des motifs qui les ont déterminées i.
J'ai cru également utile, citoyens, de placer ici quelques
observations sur les rapports entre les administrations et les
commissions militaires, et les limites que la loi leur a res-
pectivement assignées.
I. Supra, Marseille et Rennes, p. 336 et 411. Ce sont les deux seuls états
que nous connaissions jusqu'à présent.
APPENDICES. 455
§4-
Des rapports entre les administrations centrales de départe-
ment et les commissions militaires, et de leurs attributions
respectives en vertu de la loi du i g fructidor an V.
Le devoir des administrations centrales de département est
de saisir sur-le-champ les commissions militaires de tout ce
qui est de leur compétence.
Elles se rappelleront que l'attribution des commissions mili-
taires consiste :
i'^ A reconnaître la contravention à la loi du 19 fructidor an v ;
2° A constater, s'il y a lieu, l'identité, conformément à l'ar-
ticle 3 du titre V de la loi du 25 brumaire an m ;
3° A appliquer la peine portée par la loi.
A cet égard, l'article 16 de la loi du 19 fructidor an v dit
expressément : « Sei^a traduit devant une commission mili-
taire, pour être jugé d'après l'article 2 du titre IV de la loi
du 20 brumaire an III. »
Or, cet article ne parle que d'une seule espèce de peine, en
cas d'infraction de ban de la part des émigrés i .
Il est donc évident que la loi ayant ainsi limité l'attribution
des commissions militaires, elles ne sont autorisées, dans au-
cun cas, à juger le fait d'émigration, à condamner aux peines
de déportation, détention, réclusion ou autres que celles uni-
quement spécifiées dans l'article précité.
Je compte sur l'exactitude des commissaires près les ad-
ministrations centrales, à m'avertir dans les 24 heures de
tout jugement contraire au vœu de la loi.
Les administrations centrales de département considére-
ront aussi que les commissions militaires, essentiellement in-
dépendantes et juges de la contravention à la loi du 19 fructi-
dor an V, doivent prononcer, dès que la contravention leur
parait sufïisamment constatée.
Mais en même temps, il n'échappera pas sans doute au dis-
I. Le lecteur sait de reste que cette peine unique était la mort. Le rédac-
teur de la loi du 19 fructidor avait esquivé d'en prononcer le nom.
456 APPENDICES.
cernement des commissions militaires que la loi du 25 bru-
maire an III (art. 5, titre II), formellement rappelée par le
message du Directoire exécutif du i6 ventôse an vi, leur
impose l'obligation de renvoyer aux administrations centrales
de département « la réclamation de tout individu qui allègue
que l'inscription qu'on voudrait lui opposer lui est évidem-
ment étrangère et ne peut lui être appliquée. »
Quant à ceux inscrits sur une liste d'émigrés, les commis-
sions militaires peuvent prononcer leur jugement, lorsqu'elles
ont acquis, soit par des pièces matérielles, soit par l'aveu du
prévenu, la preuve du fait d'émigration.
Mais, dans le cas où ils réclameraient quelques dispositions
de la loi en leur faveur ou contre les preuves d'émigration,
elles doivent renvoyer aussitôt la demande devant l'adminis-
tration centrale du département qui a droit d'en connaître,
en vertu de l'article 5 du titre V de la loi du 25 brumaire
an m ; en ce cas, il n'est nullement nécessaire que la per-
sonne de l'accusé soit envoyée avec les pièces.
Si le prévenu se trouve inscrit sur plusieurs listes de dé-
partement, dont aucun ne serait celui de son domicile, il
conviendrait que la commission militaire donnât connaissance
de son jugement aux différentes administrations qui auraient
inscrit.
Je dois encore rappeler ici, comme règle essentielle, qu'aux
termes des lois des 28 pluviôse et i3 prairial an iv, tout acte
administratif sur le fait d'émigration étant nécessairement
provisoire, il est, en toute circonstance, indispensable d'atten-
dre la décision du Directoire exécutif, auquel seul il appar-
tient de statuer définitivement.
A l'égard des doutes qui se sont élevés sur le mode d'exé-
cution de l'article 19 de la loi du 19 fructidor an v, lequel pro-
nonce la déportation de tous les émigrés détenus à cette
époque, je vous observe, citoyens, que cet objet est du ressort
administratif; mais que la déportation ne doit s'effectuer qu'à
l'égard de ceux sur l'émigration desquels le Directoire exécutif
a statué définitivement, ou qui auraient eux-mème avoué le
crime d'émigration.
Pour mettre le Directoire exécutif à portée de remplir le
vœu de la loi, les administrations centrales qui ne m'auraient
APPENDICES. 4^7
point encore envoyé l'éiat des individus arrêtés pour préven-
tion d'émigration, le feront dans le délai d'une décade.
Après avoir ainsi éclairci les principaux doutes qu'avait fait
naître l'application de la loi du 19 fructidor an v, relativement
aux émigrés, je me persuade, citoyens, que désormais la
marche ferme, active et uniforme des administrations dans
l'intérieur, va répondre à l'attitude imposante que le gouver-
nement montre aux ennemis extérieurs de la république.
Salut et fraternité.
Le ministre de la police générale,
Signé : Duval.
II.
Les pièces qui suivent sont toutes, sauf la dernière (VI),
relatives à des émigrés justiciables de la commission militaire
de Paris.
I. — Comte de Venetz
On lit dans le Républicain du Nord du 12 messidor an vi :
« Paris, le 7 messidor. — Le ci-devant comte de Venetz,
émigré français, l'un des principaux auteurs de l'insurrection
du Haut-Valais, a été arrêté en Suisse et traduit devant la
commission militaire. »
Nous n'avons trouvé trace de jugement ni aux Archives na-
tionales ni ailleurs. Est-ce bien, d'ailleurs, devant la commis-
sion militaire de Paris qu'il fut traduit ?
IL — Jacques Marqueï, baron de Montbreton de Norvins
Il s'agit d'un des premiers et des plus populaires historiens
de Napoléon. Il avait émigré en 1792 pour prendre du service
dans le régiment d'Erlach ; puis il s'était retiré en Suisse, où
il était resté cinq ans. Deux mois avant fructidor, il rentra
en France. Voici ce que M"^^ de Staël raconte à son sujet :
458 APPENDICES.
« Deux jours après le supplice de M. d'Ambert i, je vis en-
trer dans ma chambre, à dix heures du matin, le frère de
M. de Norvins de Monbreton, que j'avais connu en Suisse
pendant son émigration. Il me dit, avec une grande émotion,
que l'on avait arrêté son frère, et que la commission militaire
était rassemblée pour le juger à mort; il me demanda si je
pouvais trouver un moyen quelconque de le sauver. Com-
ment se flatter de rien obtenir du Directoire, quand les prières
du général Bernadotte avaient été infructueuses -....? Je me
rappelai tout à coup que j'avais vu chez Barras un général
Lemoine, celui que j'ai cité à l'occasion de l'expédition de
Quiberon, et qu'il m'avait paru causer volontiers avec moi.
Ce général commandait la division de Paris, et il avait le
droit de suspendre les jugements de la commission militaire
établie dans cette ville. Je remerciai Dieu de cette idée et je
partis à l'instant même avec le frère du malheureux Norvins ;
nous entrâmes tous les deux dans la chambre du général, qui
fut bien étonné de me voir.... Je me hâtai de lui dire le sujet
de ma venue, et d'abord, il me refusa nettement.... Je recom-
mençai mes sollicitations, en me recueillant pour rassembler
toutes mes forces.... Deux fois, le général prit la plume pour
signer le sursis, et deux fois, la crainte de se compromettre
l'arrêta; enlin, il ne put nous refuser, et grâces lui soient en-
core rendues ! il donna le papier sauveur, et M. de Monbreton
courut au tribunal, où il apprit que son frère avait déjà tout
avoué ; mais le sursis rompit la séance, et l'homme innocent
a vécu. »
Considérations sur Les principaux événements de la Révolution fran-
çaise, ouvrage posthume de M^^ la baronne de Staël, 3^ édition, iSao, t. II,
p. 189-190.
1. Le 4 juillet 1798, par conséquent.
2. Bernadotte avait inutilement intercédé auprès du Directoire en faveur
de Merle d'Ambert, son ancien colonel. Supra, p. 226.
APPENDICES. 4^9
111. — EusTACHE Esse, supposé être Pierre-Louis-Guillaume
Lambert
Extrait des registres des délibérations du Directoire
exécutif.
8 frimaire an vu.
Le Directoire exécutif,
Après avoir entendu le rapport du ministre de la police gé-
nérale,
Considérant qu'il en résulte que l'individu jugé le 26 fructi-
dor dernier et acquitté sous le nom d'Eustache Esse, paraît,
d'après de nouveaux renseignements, être le nommé Pierre-
Louis-Guillaume Lambert, ex-garde du dernier tyran, et porté
sur le premier supplément de la liste générale des émigrés ;
que ces nouvelles circonstances le rendent susceptible de su-
bir un autre jugement, et qu'il se trouve dans le cas prévu par
la seconde disposition de l'article 254 de la Constitution i,
Ordonne qu'il soit décerné contre lui un mandat d'arrêt.
A. N. F;; 4373.
lY. — Gilles Louvet, ancien auditeur à la Chambre des
comptes de Paris.
Il échappa par la mort à la commission militaire. C'est ce
qui résulte de la lettre suivante que j'ai rencontrée aux
Archives nationales.
Paris, le 2 nivôse an vu de la République française
une et indivisible.
Bureau central du canton de Paris au ministre de la police
généimle.
Citoyen ministre,
Nous vous prévenons que Gilles Louvet, âgé de soixante-
I. « Le tribunal de cassation prononce .... 2° sur les demandes en renvoi
d'un tribunal à un autre, pour cause de suspicion légitime ou de sûreté
publique. »
^6o
APPENDICES.
seize ans, prévenu d'émigration et détenn à la Force depuis
le 21 fructidor an iv, est décédé, le 27 du mois dernier, à l'hos-
pice d'Hwnaiiité, où nous l'avions lait transporter le 22 ven-
démiaire précédent, attendu qu'il était tombé en démence.
Salut et respect.
Les administrateurs,
Lasalle, Lessore.
\. — Parmi les détenus du Temple dont P. Fr. de Rémusat
donne la liste, je relève les noms de :
i*^ Charles de Rohan-Rochefort, père du jeune Henri de
Rohan-Rochefort, fusillé à Grenoble en novembre 1799 {supra,
p. 319).
2° Simoneau de la Morlière, âgé de trente ans ; il s'évada,
sur les conseils et avec l'aide du capitaine Métra, jadis soldat
dans une compagnie de Chouans, où Simoneau était lieute-
nant. Métra fut condamné par un conseil de guerre à quatre
années de fers. {Mémoire Rémusat, p. 270-273.)
3° Joseph du Roy d'Hauterive, ancien page du comte d'Ar-
tois, né le 10 juin 1777. Il était sorti de France en septem-
bre 1790, c'est-à-dire à l'âge de treize ans, et avait passé six
années à Erlangen pour ses études. En 1796, il rentra en
France, et, du 4 thermidor an iv au 23 nivôse an v, il fut em-
ployé à la vérification des comptes de l'administration des
fourrages, à l'armée des Alpes et à celle des Pyrénées. On
l'arrêta comme émigré ; on l'emprisonna au Temple : Rému-
sat l'y connut. A l'époque de son arrestation, il habitait
avec sa mère, qui était veuve, la terre de Fontenailles, près
Beaugency (Loiret) : on suppose que le château avait excité
l'envie d'un jacobin du voisinage. Un arrêté du Directoire,
de pluviôse an vu, ordonna l'inscription du jeune du Roy sur
la liste des émigrés. Cependant, il ne fut pas traduit devant
la commission militaire ; mais son élargissement n'eut lieu
qu'en prairial an ix, sur la pressante intervention de Camba-
cérès. Son père, Pierre du Roy, était mort à Liège le i4 no-
vembre 1792. (A. N. F7 5200, 6149 et 6365.)
4° Rémusat signale encore {op. cit., p. 291) l'évasion de
l'Abbaye d'un sieur Rippert, né à Mazan, près Carpentras,
APPENDICES. 4^1
âgé de vingt-huil ans. 11 devait comparaître le 23 prairial
an VII devant la connuission militaire. 11 réussit à s'évader
dans la nuit du 22 au 23.
VI. — Jean Guy Mard.
C'est sans doute à la faveur de quelque haute protection
que ce personnage, sur qui nous n'avons pas d'autres rensei-
gnements, dut d'échapper au jugement qui le menaçait.
Le ministre de la police au coininissaiî^e du pouvoir exécutif
près l'administration centrale de la Haute- Charente i.
Je vous charge, citoyen, de faire suspendre l'envoi devant
la commission militaire du nommé Jean Guy Mard, demeu-
rant à Angoulôme, et arrêté dans cette commune comme ré-
fractaire à l'article i5 de la loi du 19 fructidor dernier.
Vous me rendrez compte sans délai de l'exécution de cet
ordre.
Salut et fraternité.
Expédié le 17 floréal.
Minute.
A. N. F7 (?).
Note annexée : Cinquième bureau. Ordre du ministre. A
comprendre dans le plus prochain tableau de vos demandes
en surveillance. Je crois l'affaire bonne au fond. Il y a urgence.
Signé : Ver. Paraphé : D. (Duval).
En marge de cette note :
Ordre du ministre de faire surseoir sur-le-champ à la tra-
duction devant la commission militaire.
I. Sic. C'est le département actuel de la Charente.
462
APPENDICES.
m.
Liste, par ordre chronologique, des condamnations à mort
prononcées par les diverses commissions militaires.
AN VI
Ghindelair.
Comte de Mesnard.
Grépel.
Lempereur, prêtre.
Chenu.
Jarbeau.
Rey.
Un autre émigré.
Comte de ou du Faillly.
Deux autres émigrés.
Duprat.
Matthieu de Gruchy, prêtre.
Bourret, prêtre.
François Bardet, dit la Rochère.
Pierre Agnan, dit le chevalier
de Rocquard.
Patenaille, prêtre.
Philbert, dit la Bussière.
Piston.
Trois ou quatre autres.
Blayal, de Grans.
Martin, d'Eguilles.
Boyer, de Saint-Chamas.
Lardeirol, —
Dame Rey, d'Aubagne.
Poirot, prêtre.
Prons, prêtre.
Mascard, prêtre.
Galmiche, prêtre.
Jacquinot, prêtre.
Gartau.
Chevalier de Trion, dit Gassino.
8 vendémiaire
Liège,
20 —
Paris,
22 —
Nice,
4 brumaire.
Douai,
6 —
Paris,
27 —
Liège,
28 —
Avignon,
9
Huningue, :
4 frimaire.
Avignon,
1 —
Nantes,
9 —
Perpignan,
14 -
Dijon,
17 —
—
19 —
Besançon,
9
Poitiers,
9
Marseille,
12 nivôse,
19 —
9
4 pluviôse.
Nancy,
Liège,
Bordeaux,
Besançon,
8 —
10 —
11 —
Tours,
Paris,
APPENDICES.
21 pluviôse, Besançon, Martelet, prêtre.
29 — — Perrin, prêtre.
? — Marseille, Roméga, prêtre.
Louis Ferrand, d'Aix.
Sézanne, d'Aix.
Femme Provençal.
M'"^ Rostan de Louvicou.
463
8 ventôse,
Tours,
Denais, prêtre.
12 —
Perpignan,
Pierre Gabanes.
i3 —
Grenoble,
Gazeneuve.
26 —
—
Bertrand, prêtre.
3 germinal,
Tours,
Glatier, prêtre.
10 —
—
Hervieu, prêtre.
21 —
Nancy,
Thouvenin, prêtre.
i3 floréal,
Nancy,
Lottinger, chartreux.
16 —
Paris,
Le Coq de Beuville.
5 prairial.
Paris,
Vincent de Lamotte.
23 —
Lyon,
Boutelier, prêtre.
25 —
Bruxelles
, Scellier, prêtre.
7 messidor,
Nancy,
Seigle, prêtre.
1 ~
Lyon,
Amable Frédéric de Ligondt
9 —
Besançon,
Delapierre, prêtre.
i3 —
Paris,
Merle d'Ambert.
18 —
—
Gomte de Lorge.
20 —
—
Chassey.
28 —
—
Dubreuil.
?
Rennes,
Lamour-Langégut.
'>
Lyon,
Deux prêtres.
Deux émigrés.
I®'' thermidor,
Bruxelles
, Un prêtre, émigré français.
6 —
GOLMAR,
Bochelé, prêtre.
12 —
Besançon,
Bertin-Mourot, prêtre.
14 -
Paris,
Gérard Saint-Elme.
20 —
—
Gomte de Rochecot.
25 —
Metz,
Antoine Nicolas, prêtre.
26 —
—
Maucolin, prêtre.
2 fructidor.
Paris,
J.-B. Lecoq aîné, de Dijon.
6 —
Marseille
, Etienne Pontet.
i5 —
—
Garagnon, pj^être.
17 —
—
Emeric, prêtre.
464
APPENDICES.
21 fructidor,
Grenoble,
Lunel, prêtre.
21 —
Marseille
, Chabert.
28 —
Le PuY,
Mermet, prêtre.
AN VII
3 vendémiaire
, Nîmes,
J.-B. Robert, prêti^e.
II —
Marseille
, Gassin, prêtre.
12 —
—
Varage.
12 —
—
Ronchon.
26 —
Le Puy,
Marquis de Surville.
27 —
Nîmes,
Gairoche, prêtre.
27 —
—
L'ex-prieur de Lasalle, prêtre.
29 —
Rennes,
Le Grix de Neuville.
9
Quimper,
Lomcnie de Brienne.
4brum^^anvi-
20 vend''^ an vu,
{ Toulon,
Cinquante-quatre émigrés i.
18 brumaire.
Gaen,
Le Lodé.
i^'' frimaire,
Gand,
Deux personnes.
2 nivôse,
Bruxelles
, Un émigré (Van der Wallen ?)
6 —
Paris,
Frérot, de Langres.
26 —
—
Pilliot, comte de Goligny.
9 pluviôse,
Toulon,
Meyran, prêtre.
25 —
—
Sicard, prêtre.
9
Marseille
Donadieu, prêtre.
Baudin, prêtre.
2 ventôse.
Paris,
Alexandre- Alexis.
12 —
Bordeaux,
Bordes.
? germinal,
Gand,
Un Bruxellois,
9 floréal.
Paris,
Vaillant de Florival.
9
Vannes,
Guillemot, dit Sans-Pouce.
!
AN VIII
28 vendémiaire, Grenoble, Henri de Rolian-Rochefort.
I. Supra, Toulon, p. 436.
INDEX ALPHABÉTiaUE
I. — NOMS DE PERSONNES!
Abel, ministre de Wurtemberg à Pa-
ris, intervient en faveur de Pilliot
de Colig-ny ; aSa, 253.
Agnan, Pierre, dit le chevalier de
Rocquard, f Dijon, 3o3-3o5, 4G2.
Alexandre-Alexis, de Roquebrussane,
f Paris ; 23^, 464»
Alivon, Denis, propriétaire, libéré,
Marseille ; 339.
Allibert, Piei're, tisseur en toile, li-
béré, Marseille ; 338.
Allier, Dominique, chef de royalistes,
condamné à mort en conseil de
guerre, Lyon; 394-407.
Ambert. V. Merle d'Ambert.
André, Henry, défenseur officieux à
Nancj^ ; 359.
André, Jean-Pierre, dit de la Lozère,
1767-1830, député aux Cinq-Cents,
proscrit en fructidor, se réfugia en
Allemagne. Député de i8i3 à i83o;
G4.
André, Pierre, administrateur muni-
cipal du Puy ; 399.
Antoine, Sébastien, marcaire ; 359
et n.
Antonelle, Pierre -Antoine (mar-
quis d'), 1747-1817, maire d'Arles,
député législatif, juré du tribunal
révolutionnaire de Paris; empri-
sonné, puis libéré après thermidor;
défend la convention le i3 vendé-
miaire ; poursuivi avec Babeuf,
mais acquitté; s'exila en Italie pen-
dant une partie de l'empire, rentra
avant la Restauration ; 40.
Arago, François, vice-président du
Directoire des Pyrénées-Orientales ;
85.
Ardias, nom de terre qu'avait pris
le comte de Mesnard ; 187, 189.
Arriet, chef de bataillon aux chas-
seurs basques, juge à la commis-
sion militaire de Bordeaux ; 294-295.
Artauld de Blanval, Joseph, conven-
tionnel, régicide; sa lettre à Mer-
lin (de Douai); 223 et n.
Artois (comte d'), frère de Louis XVI,
depuis Charles X, 1757-1836; lettre
de Gérard Saint-Elme; 238.
Astre, Jean, déféré à la commission
militaire de Montpellier; 356.
Aubry, François, 1747-1:98, capitaine
d'artillerie en 1789 ; député à la
I. Pour les noms de parlementaires, j'ai recouru le plus souvent, sauf
quelques exceptions, au Dictionnaire des parlementaires français^ publié sous
la direction de MM. Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny
(5 volumes grand in-8); pour les noms de généraux, M. Huguenin, du minis-
tère de la guerre, a très obligeamment mis à ma disposition la précieuse col-
lection de fiches manuscrites qu'il a établie lui-même d'après les pièces offi-
cielles ; j'aime à lui renouveler à cette place mes remerciements. On rencon-
trera souvent le signe -,'-, suivi d'un nom de ville ; cela signifie : condamné
à mort par la commission militaire de Paris, Marseille, etc.
18 FRUCTIDOR.
3o
466
INDEX ALPHABETIQUE.
Convention (Gard), vota la mort du
roi, mais en renvoyant l'éxecution
après les assemblées primaires ; dé-
tenu avec les ^3; membre du Co-
mité de salut public, destitua Mas-
séna, Bonaparte; entra aux Cinq-
Cents, s'attacha au club de Clichy.
Déporté à la Guyane après fruc-
tidor, il s'enfuit de Sinnamary,
mais mourut à Demerary; 73, 98,
177, 184.
Audemar, menuisier, f Toulon ; 428,
43i.
Andoin, J.-B., déportation, Toulon; 427.
Auger, gendarme de Laval ; 44^H47-
Augereau, Pierre-François-Gharles ;
175^-1816 ; 1794, général de division;
août 179-, commandant de la i^ divi-
sion militaire, puis des armées de
Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-
Meuse, et de celle des Pyrénées ;
1799, député aux Cinq-Cents ; sous
Fempire, maréchal de France et duc
de Castiglione ; 32, 40, 46, 53, 58, 72-
79, 123, 125, 127, 128, i3o, i3i, 148.
Aumont, guillotiné à Paris (?) (je n'ai
pas trouvé ce nom) ; 238.
Aumont, femme du précédent ; liée à
Rouen avec Gérard Saint-Klme; 237-
238.
Aymé, Jean-Jacques, dit Job Aymé,
1752-1818, député aux Cinq-Cents
(Drôme), exclu, puis rappelé. Ar-
rêté après fructidor, déporté à la
Guyane. Il s'en échappa en 1799
avec Perlet et publia un récit de sa
déportation ; se rallia au 18 bru-
maire, fut nommé directeur des
droits réunis, d'abord dans le Gers,
plus tard dans l'Ain ; 64, 87.
B
B., citoyen américain, correspondant
imaginaire du général Hoche ; 26.
Babeuf, Fr.-Noël, dit Gracchus, 17G2-
179:; 44-
Babié, rédacteur du Mercure univer-
sel; 55.
Badouville, adjudant général, agent
royaliste; 248-249.
Bailly, dit de Juilly, 1760-1819; ni
prêtre ni oratorien, bien qu'il ait
été rayé de la liste de déportation
comme prêtre marié; préfet du Lot
sous l'empire ; 8.
Balbi (comtesse de), née de Caumont
la Force; 187.
Barbé-Marbois, François (marquis
de), 1745-1837, consul aux États-
Unis, intendant à Saint-Domingue;
élu aux Anciens (Moselle); déporté
à la Guj'^ane après fructidor, en
repartit le 21 janvier 1800 avec
Laffon de Ladébat; depuis, ministre
du Trésor public, président de la
cour des comptes, pair de France;
65, 98, ii3, 142-153, 162, i65, 166, 168.
Barbé-lNIarbois (M"<=), née Elise
INIoore, femme du précédent; sa
démarche à Blois; 142-165 ; •}- i834.
Barbé-Marbois, Sophie, fille des pré-
cédents; épousa le généi'al Lebrun,
fils du duc de Plaisance ; mourut
à Athènes vers i855 ; i45, i52.
Bardet, François, dit Larochère, an-
cien officier émigré ; f Dijon; 3o3,
462.
Barras, Paul - François - Jean - Nicolas
(vicomte de), 1755-1829; convention-
nel, régicide ; mêlé au 9 thermidor
et au i3 vendémiaire; l'un des direc-
teurs ; 9 71., 12, 16, 36, 46, 187, 219, 220,
221, 226, 38i, 382, 428.
Barthélémy, François (mai'quis de),
1747-1830, ministre plénipotentiaire
à Berne, l'un des directeurs (1797) ;
déporté à la Guyane en fructidor,
s'en évade; président du Sénat,
pair de France; 36, 39, 45, 98, 126,
162, i65, 177, 180-181.
Barthélémy, Anicet, frère du précé-
dent, négociant, 180-181.
Bassal, Jean, 1752-1802, prêtre lazariste,
curé constitutionnel de Saint-Louis
à Versailles, élu à la Législative et
à la Convention (Seine-et-Oise), ré-
gicide; eut diverses missions ; 212.
Bassand, Jacques-François, lieutenant
de cavalerie, juge à la commission
militaire de Besançon; 289.
Bassenge, Jean-Nicolas, commissaire
du Directoire exécutif près l'admi-
nistration centrale de l'Ourthe ;
322, 323 71.
Bataille, J.-B., acquitté à Nimes;382.
Batrel, sergent, juge à la commission
militaire de Milan ; 352.
Baudillé - Sénéchon , Henri - Joseph ,
déportation, Nimes; 376.
Baudin, prêtre, f Marseille ; 34o, 344
464.
INDEX ALPHABETIQUE.
4C7
Haudin (des Ardennes), Pierre-Chai'-
les-Louis, député à la Convention,
vote la réclusion et le sursis; dé-
puté aux Anciens (Ardennes); 2 ['5.
Baj'ard de l*lainville, André-Joseph,
1754-1820, député aux Cinq-Cents
(Oise), vota avec les Clichieus;
proscrit en fructidor, s'échappa;
rentra après le 18 brumaire, fit par-
tie de la Chambre de i8i5 ; 64.
Baylas, administrateur des Pyrénées-
Orientales ; 387.
Beaucaire, IM""^ de(?), agent royaliste,
198.
Beauquille, Cl. -Charles, acquitté, Di-
jon; 3o6.
Beauxoncles, Jules-Éléonore (mar-
quis de), condamné au bannisse-
ment, Paris; 246.
Bedos, chef de bataillon, président de
la commission luilitaire de Nancy ;
358, 36i.
Bellier, Pierre, libéré, Nimes; 38i.
Bernadotte, J.-B., 1764-1844? général ;
226, 438.
Bernard, femme, acquittée, Paris; 258.
Bernard, André-Antoine, dit Bernard
de Saintes, 1751-1819, député à la Lé-
gislative et à la Convention ; régi-
cide ; 284.
Berry (duchesse de), née ALirie-Caro-
line de Bourbon-Naples; 193 ji.
Berthier, Alexandi'e, i753-i8i5, géné-
ral en chef de l'armée d'Italie ; 33o-
354.
Bertin, sergent, juge à la commission
militaire, Grenoble; 3i3.
Bertin-jNIourot, prêtre, f Besançon ;
287, 463.
Bertoys, prêtre, condamné à la dé-
portation ; 4ii-4ï5.
Bertrand, Jean-Joseph, prêtre, f Gre-
noble ; 3i2-3i5, 463.
Besse, préposé à la garde du Temple ;
98.
Beurnonville, Pierre Riel (jnarquis
de), 1702-1821, général, ministre de
la guerre, enfermé à Olniutz ; séna-
teur, pair de France ; 56.
Bezancourt, aide de camp de la
Fayette ; 242.
Billalois-Boismont, notaire à la Cha-
rité-sur-Loire ; 177.
Blain, Jean-François, 1758-?, remplit
diverses fonctions dans les Bou-
ches-du-Rhône ; arrêté, 1794, comme
fédéraliste; député aux Cinq-Cents,
proscrit en fructidor, s'échappa.
Sous-|)réfel à Toulon, 1806; i8i5, pré-
sident du tribunal de Tarascon, 64.
Blanc, Pierre-Paul, cultivateur, libéré,
Marseille; 338.
Blanchard, commissaire ordonnateur
de la 17'= division militaire; 18.
Blayal, de Grans, f Marseille ; 333,
344, 462.
Blondel, chef d'escadron, juge à la
commission militaire de Nancy, 358,
36t.
Bochar, chef de la comptabilité au
ministère des finances; 201, 202.
Bochelé, prêtre, f Colmar ; 3o2, 463.
Boissy d'Anglas, Fr.-Ant. (comte),
1 756-1826, constituant, convention-
nel, vota le bannissement; jîrésidait
le V prairial ; rapporteur de la cons-
titution de l'an m ; élu aux Cinq-
Cents; proscrit en fructidor; séna-
teur, pair de France ; 64.
Bonaparte, Napoléon, 1769-1821 ; Ordre
du jour adressé aux commissions mi-
litaires de la 9= division militaire; 76,
433, 434-435.
Bonardet, Jean-André, cultivateur,
libéré, Marseille ; 338.
Bonfils, dit Saint-Loup ; 449*
Bonne, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Nancy; 358, 36i.
Bonneau, J.-B., tonnelier, renvoyé
devant l'administration centrale,
Marseille ; 338.
Bonnefoy, J.-Fr. Pascal, libéré, Nimes ;
38i.
Bonnefon, commissaire du Directoire
exécutif près l'administration cen-
trale de la Vienne ; sa lettre au mi-
nistre de la police ; i36-i37.
Bonnevalle, capitaine adjudant d'état-
major; sa lettre au commissaire-
des guerres, Lesage ; 2.
Bordes, Jean- André -Guillaume, dit
l'abbé, f Bordeaux ; 291-298, 464.
Borel de Brétizel, Durand, chevalier,
1769- 1839, député aux Cinq-Cents
(Oise), membre du tribunal de cas-
sation, député, administrateur des
biens du duc d'Aumale ; 25.
Borne, Laurent, 1769-1844, député aux
Cinq-Cents (Haute-Loire), adver-
saii^e des anarchistes et du Direc-
toire; proscrit en fructidor; sons-
préfet de Brioude de i8i5 à i83o ; 64.
468
INDEX ALPHABETIQUE.
Boucher, Laurent, cultivateur, libéré,
Marseille ; SSg, 34i.
Bouchet, chef d'état-major de la
19'^ division militaire ; 829.
Boulais, juge à la commission mili-
taire de Paris ; 192, 200, 23o.
Boulay, voir Boulais.
Boulay, de la Meurthe, Antoine-Jac-
ques-Claude-Joseph (comte), 1761-
1840, élu aux Cinq-Cents (Moselle) ;
adversaire des prêtres et de la no-
blesse, contribua au 18 fructidor
an V, au 3o prairial an vu et au
18 brumaire an viii; conseiller
d'État, comte de l'empire; exilé
après les Cent-Jours, rentra en 1820,
mais ne prit plus part aux affaires
publiques; 89.
Boui-bon (duchesse de), née Louise-
Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans ;
[70, 80, 82, 85,
Bourdon (de l'Oise), Fr.-Loiiis, con-
ventionnel, régicide, violent révo-
lutionnaire, thermidorien; élu aux
Cinq-Cents, proscrit en fructidor;
64, 9-, 98, i35, 183-184.
Bourgon (de), ancien gouverneur de
la GujT^ane; i;jo-i74-
Bourmont , Louis - Auguste - Victor
(comte de Ghaisne de), 1773-1846, chef
de chouans dans le Maine ; général
sous l'empire; 1829, ministre de la
guerre; commandant de l'expédi-
tion d'Alger en i83o ; 197, 199.
Bourret, Bernard, chanoine, f Perpi-
gnan ; 383-387, 462.
Boutelier, Antoine, prêtre, f Lyon;
326, 463.
Bouveyron, Bernard, ouvrier en soie,
libéré, Marseille ; 336.
Boyer, Cl.-Joseph, curé à Archettes
(Vosges) ; 359.
Boyer, de Saint-Chamas, -J- Marseille ;
333, 344, 462.
Brancas, officier d'ordonnance du gé-
néral Hoche; 16.
Branzon, Gabriel, acquitté, Paris;
inscrit sur la liste des émigrés par
ordre du Directoire exécutif; 256.
Briant, chef d'escadron ; 17, 20.
Briot, Pierre-Joseph, 1771-1827, député
aux Cinq-Cents (Doubs) ; 232.
Brochery, Joseph, libéré, Marseille; 342.
Broglie, Victor-François (duc de), 1718-
1804, maréchal de France, commanda
l'armée des princes en 1792 ; 3o5.
Broquier, J.-P., libéré, Marseille ; 342.
Brotier, André, abbé, 1731-1798; con-
damné pour conspiration, proscrit
en fructidor; 59, 65, 98, 184, 197-199.
Brugières, acquitté, Paris ; maintenu
en détention ; f au Temple ; ig4 et n.
Brun, veuve, 394. V. Théolayre.
Bruneau, gendarme de Laval ; 446-447'
Brunswick, Ch.-Guill. -Ferdinand (duc
de), 1735- i8o5, général en chef des
armées coalisées ; 239.
Buchet , Jean - Antoine - Emmanuel ,
prêtre; déportation, Besançon; dé-
porté à l'île de Ré; 260.
Buchet, Antoine-Léopold, prêtre ; dé-
portation, Besançon; -J- en mer, sur
la Bayonnaise ; 260.
Bureau, Louis, acquitté, Nimes ; 382.
Burel, Henry, prêtre, renvoyé sous
surveillance, Marseille ; 337.
Burle, Michel, cultivateur, libéré,
INIarseille ; 337.
Busseuil, acquéreur des biens de Pil-
liot de Coligny ; 256.
Cabanes, Pierre, tisserand, -î* Perpi-
gnan ; 387, 463.
Cadroy, Paul, I75i-i8i3, convention-
nel (Landes), vota la détention ;
après thermidor, fut envoyé à Mar-
seille, à Lyon et à Toulon et lutta
énergiquement contre les Terroris-
tes. Elu aux Cinq-Cents; il y fut pour-
suivi par les Jacobins de Marseille;
l'ordre du jour fut prononcé. Pros-
crit en fructidor, s'échappa; il rentra
après le 18 brumaire et reprit sa pro-
fession d'avocat à Saint-Sever ; 64.
Caffarelli-Dufalga, Maximilien, 1756-
1799, général du génie, tué à Saint-
Jean-d'Acre ; 3, i5, 16.
Caille, lieutenant, juge à la commis-
sion militaire de Saint-Brieuc; 422.
Cailliot; 192. Voir Cathol.
Cairoche, Jean-Léon, prêtre, •{- Ni-
mes ; 379, 464-
Calamand, Joseph, pilote côtier, con-
damné à sortir du territoire fran-
çais. Toulon; 438-439.
Calés, Jean-Marie, 1757-1834, conven-
tionnel (Haute-Garonne); vota la
mort du roi; reçut deux fois des
missions, à l'armée des Ardennes,
puis dans la Côte-d'Or, où il se si-
INDEX ALPHABETIQUE.
469
gnala par ses rigueurs contre les
prêtres et contre le culte; élu aux
Cinq-Cents ; prit part au coup cVÉ-
tat de fructidor; mourut à Liège
en exil; 77.
Calurwe (Louis de), banquier à Ham-
bourg ; 202.
Cambacérès, Jean-Jacques-Régis (de),
1753-1824 ; conventionnel ; ministre
de la justice du 2 thermidor an vu
au 3 nivôse an viii ; deuxième con-
sul, etc., 342, 344, 4i9-
Campagnac, sous-lieutenant, juge à
la commission militaire de Tours;
443, 445.
Campagnes, sergent-major des cano-
niers vétérans nationaux, juge à la
commission militaire de Bordeaux ;
294-295.
Canning, femme, acquittée, Paris;
258.
Carnot, Lazare, 1753-1823, président
du Directoire ; 7, g, 12, 16^ 24, 26, 36,
40.
Carrère-Lagarière (le Moniteur écrit
La Gravière), Jean-Joseph-Caprais,
1755-?, député aux Cinq-Cents ; ex-
clu après brumaire; 60.
Carrière-Lagarrière. V. le précédent.
Carrouge, administrateur des postes ;
04.
Carroz, brigadier de gendarmerie à
Vesoul; 262.
Cartau, J.-B. f Tours; 440, 463.
Casenove, marchande (?); 179.
Cassineau et Cassino. V. Trion.
Castet, J.-J., capitaine, juge à la com-
mission militaire de Besançon; 277.
Gathol, président de la commission
militaire de Paris ; 192 et n., 196, 2o5-
207, 229, 23o.
Caumont la Force (comte de), frère de
la comtesse de Balbi et de la com-
tesse de Mesnard; 187.
Caumont la Force (Marie-Joséphine
de), épouse du comte Alexandre de
Mesnard; 187.
Cazeneuve, cultivateur, -î* Grenoble ;
3i2, 463.
Chabannier, Charles, acquitté, Ni-
mes; 38i.
Chabas, Pierre- Joseph, libéré, Nimes;
379-
Chabert (?) ; i83.
Chabert, peintre, f Marseille ; 337, 34o,
344, 464.
Chabert, Théodore (baron), 1758-1845,
général,commandant de place à Mar-
seille, 320; élu aux Cinq-Cents, 334-
Chabrillan, famille, sauvée par Bo-
naparte en 1793; 434-435 n.
Chaillou, Claude-Ignace, capitaine,
juge à la commission militaire de
Besançon ; 289.
Champeaux, chef de brigade, prési-
dent de la commission militaire de
Saint-Brieuc, 422.
Charbonnel, Joseph, de Jussac, com-
pagnon de Dom. Allier, condamné à
mort, conseil de guerre, Lyon; 394-
407.
Charette de la Contrie, célèbre chef
vendéen, 1763-1796; igS.
Charpentier, adjudant général, chef
de l'état-major de la 17= division
militaire ; 124.
Charron, présidentde l'administration
centrale de la Marne ; 24.
Chassey, dit le chevalier Desroches,
Y Paris ; i85, 233, 463.
Châtain, lieutenant des vétérans na-
tionaux, jvige à la commission mi-
litaire de Grenoble ; 3i6.
Châtellan, agent royaliste; 198. — Ne
faut-il pas lire : M. de Castellan?
(V. Juliette de Becdelièvre, comtesse
de Bouivnont, par Am. de Bourmont,
1890, p. 43, 47, 52.)
Chauvelin, François (marquis de),
1766-1832, ambassadeur de France à
Londres ; 216, 229.
Chavet, Joseph, prêtre, déporté, Be-
sançon; 261, n.
Chemery , capitaine-rapporteur au
conseil de guerre de la 14" division
militaire (Caen); 3oi.
Cheminant, L., banquier, à Embden;
200.
Chenu, f Paris; 194, 462.
Chénier, (André de), 1762-1794, poète ;
4o3.
Chénier (Marie-Joseph de), 1764-1811;
frère du précédent ; conventionnel,
régicide, député aux Cinq-Cents; 89.
Chérin, Louis -Nie. -Henri, 1762-1791,
chef d'état-major du général Hoche,
28; commandant de la garde consti-
tutionnelle du Corps législatif, 32;
présente au Directoire les députa-
tions des grenadiers et des vétérans,
53.
Chevillard, le cadet, ordonnateur de
470
INDEX ALPHABETIQUE.
la marine à Rochefort ; 93, 101, io3,
io5j 108, 117.
Chevi'au, veuve César, nourrice de
Merle d'Ambert; 218.
Chindelair, Léonard, cordonnier, f
Liège ; 322-323, 462.
Claisse, Jacques-Nicolas, sous-lieute-
nant, juge à la commission militaire
de Besançon ; 289.
Glastre, détenu à Marseille et à Aix;
332, 340,
Claude, Pierre -Nicolas, capitaine,
juge à la commission militaire de
Besançon ; tij"].
Cloue t, François, dit Pliocas, chouan,
•J- conseil de guerre, Tours; 445-
Cochon de Lapparent, Charles (comte),
1^50-1825; député aux États gé-
néraux, conventionnel; régicide,
sans appel ni sursis; député aux
Anciens (Deux-Sèvres) ; ministre de
la police; remplacé le i6 juillet
1797; proscrit en fructidor; interné
à Oléron; sénateur, comte; exilé en
1816; 36, 220.
Coco. V. Badouville.
Colin, adjudant général; mS.
Colinet, François, nom d'emprunt de
Simon Seigle. V. ce nom.
Collet, Jean-Baptiste, prêtre, f Nancy,
1793 ; 373.
Collin de la Contrie ; 196.
Colomb, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Paris; 192, 2o5, 23o.
Combes, ami de Mathieu Dumas; 37.
Contasseau, capitaine des vétérans
nationaux, juge à la commission
militaire de Grenoble; 3i6.
Conti (prince de), ?-i8i4; branche ca-
dette de Bourbon-Condé; 70, 80, 81,
82, 85.
Contré, gendarme de Laval; 44^-44!7-
Corbion, secrétaire de la commission
militaire de Saint-Brieuc ; 422.
Coste, Jean, prêtre, déporté, Nimes ;
382.
Cotherel, Jean, chef de chouans ; 4i7-
— Ne faut-il pas lire : Botherel ?
Couchery, J.-B. -Claude-François, 1768-
1814, procureur général syndic du
Doubs après thermidor; député
aux Cinq-Cents; combattit le Di-
rectoire; proscrit en fructidor; se
réfugia en Allemagne ; revint en
l'an vm, puis retourna à Londres
et rentra avec Louis XVIII ; 64.
Courard, chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Nancy ;
358, 36i.
Courbier, Jean, cordonnier, libéré,
Marseille ; 339.
Courtin, sergent-major, juge à la
commission militaire de Tours; 443,
445.
Cousin, membre du bureau central
de Paris; 241, 4i4-
Crépel, François, -f Nice; 375, 462.
Creps, Cl. -Augustin, cordonnier ;
libéré, Marseille ; 338.
Croisettes, femme, amie de la famille
d'Ossonville ; i83.
Crolbois, Pierre-Antoine, chanoine,
condamné à mort par le tribunal
criminel de la Meurthe ; 373 n.
Cussac, rédacteur et imprimeur du
Mercure universel ; 55.
Dalzon, libéré, Nimes, 38o.
Dandrenen (marquise de); 222,
Danguezan, lieutenant, juge à la com-
mission militaire de Bordeaux ;
294-295.
Danlion, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Tours ; 443-443-
Dassier, commissaire du pouvoir
exécutif près Padministration mu-
nicipale de Poitiers ; 137-139.
Dauchy , Luc - Jacques - Édouai'd
(comte), 1757-1817, député aux États
généraux; 1791, président de l'As-
semblée; député aux Cinq-Cents
(Oise) ; arrêté en fructidor , pviis
relâché; occupa divers postes éle-
vés sous l'Empire; 56, 97, i55, 167.
Daudé, J.-Fr.-Xav., acquitté, Mont-
pellier; 354-355.
Dauprat, Firmin, libéré, Nimes; 38i.
Dauvergne, adjudant général, prési-
dent de la commission militaire de
Tours ; 443, 445-
Dauzanneau, Pierre, ex-brigadier de
gendarmerie, placé par la commis,
sion militaire de Dijon sous la sur-
veillance de l'administration cen-
trale ; 3o6.
Daval, curé de Roche-sur-Linotte; 267.
Dayon, Jean-Joseph, aubergiste, li-
béré, Marseille; 337.
Debonnet, lieutenant, juge à la com-
mission militaire du Puy ; 4o3.
INDEX ALPHABETIQUE.
471
Decaussène, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Nancy; S.IS, SGi,
Décourt, Laurent, cultivateur, libéré,
Marseille; 33y, 34i.
Dejeou, Antoine -Marie, capitaine,
juge à la commission militaire de
Besançon; 280.
Delahaye , Jacques-Charles-Gabriel ,
1761-1819, conventionnel; vota la
détention; mis hors la loi; rentra à
la Convention après thermidor. Dé-
puté aux Cinq-Cents, vota en fa-
veur des prêtres détenus; proscrit
en fructidor ; 64-
Delaigne, brigadier de gendarmerie;
395.
Délair, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Saint-Brieuc ; 422.
Delaméthérie, Louis, 1^52-1829 ; avo-
cat, député aux Anciens (Cher). La
table du Monileiir ne cite pas son
nom. Son élection fut annulée en
fructidor ; il fut même arrêté, mais
relâché; président de chambre à la
cour d'appel de Bourges sous le
Consulat et TEmpii^e, et même,
quoique ayant été député pendant
les Cent-Jours, sous la Restaura-
tion ; 56, 97.
Delapierre, Paul, prêtre, f Besançon,
286, 463.
Delarue, général de brigade, com-
mandant de la subdivision à Caeu;
3oi.
De la Rue, Isaac-Étienne (chevalier),
1760-1830, député aux Cinq-Cents
(Nièvre) ; Tun des inspecteurs de la
salle; déporté à la Guyane, s'en
évada; sous la Restauration, garde
général des archives; 25, 64, 97,98,
175, 177.
De la Rue, née Hyde de Neuville,
épouse du précédent ; 175-176.
De la Rue, Emile, fils des précédents ;
176.
Delbrel, Pierre, 1764-1846, conven-
tionnel, vota la mort sous condi-
tion; aux Cinq-Cents, adversaire
du 18 brumaire; président du tri-
bunal de Moissac; 61.
Delord, de Nimes, négociant ; 35o.
Deluy, Joseph, acquitté, Marseille;
337.
Denais, Pierre, prêtre, f Tours; 44o?
463.
Denais, Mathurin, prêtre ; 44o-
Denais, Jean, prêtre; 44i-
Depierrepont, Françoise- Auguste,
épouse de Le Coq, seigneur d'Hou-
teville ; 206.
Deprat, Etienne, libéré, Marseille;
342-344.
Deprémilon, femme, amie de la Vil-
leurnoy ; 184.
Derisse, aide de camp du général INIi-
randa; 54.
Dernois, Pierre, émigré ; 83, 84.
Deroussent; 3o7-3o8. Y. Malengre.
Derumare, Grégoire-François, député
de la Seine-Inférieure aux Anciens;
56, 67, 97.
Desaix, général, 1768-1800; 35, 38.
Descourtils de Merlemont, Charles-
Louis, 1739-1810; député aux An-
ciens (Oise); arrêté en fructidor, puis
relâché; 97.
Despommelles, agent royaliste; 199.
Desroches (le chevalier). V. Chassey.
Desson et d'Esson. V. Grimoult d'Es-
son.
Dieudonné, commissaire du Direc-
toire exécutif près l'administration
centrale des Vosges; 357, 358 n.
Dillon, Edouard, 1751-1839, gentil-
homme d'honneur du comte d'Ar-
tois; colonel propriétaire du régi-
ment qui portait son nom, fit la
campagne de 1792 ; ministre de
France à Dresde, 1816-1818; 239.
Donadieu, prêtre, f Marseille; 34o,
344, 464.
Dorez, Louis-Joseph, capitaine d'ar-
tillerie, juge à la commission mili-
taire de Besançon ; 274.
Dossonville, Marie-ïhérèse, veuve de
Bonfils. V. ce nom. 449 et n.
D'Ossonville, 1757-1833, agent de po-
lice secrète au service de Louis XVI,
du Comité de salut public et du Di-
rectoire ; déporté après fructidor à
la Guyane, d'où il s'évada; servit
la police du premier consul; sous la
Restauration, commissaire de po-
lice dans l'île Saint-Louis jusqu'en
i83o; 65, 98, 177, 182-183.
Doulcet, Louis-Gustave, comte de
Pontécoulant, 1764-1853, député à la
Convention, aux Cinq-Cents, séna-
teur, pair de France ; 7.
Doumerc, Daniel, 1738-1816, député
aux Cinq-Cents (Lot); exclu comme
inscrit sur la liste des émigrés ; rein-
472
INDEX ALPHABETIQUE.
tégré comme non émigré; proscrit
en fructidor; se rendit à l'île d'Olé-
ron; 64-
Doussault, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Saint-Brieuc ;
414.
Drouard, Jean-Louis, lieutenant, juge
à la commission militaire de Besan-
çon; 285.
Drouhin, membre de Tadministration
centrale de la Haute- Saône ; 268-
271.
Dubat, Jean, dit la Musique, chouan,
7 conseil de guerre de Tours ; 445.
Dubois, épouse de d'Ossonville ; i83.
Dubois-Lacroze, agent de police ; 3g4.
Dubreuil, Jean- Julien, f Paris; 233-
234 et n., 463.
Dubuisson, membre de l'administra-
tion centrale de la Haute-Saône ;
268-271.
Duchamp, Barthélémy, ou Jean-Jean
Baillj'^, renvoyé devant l'adminis-
tration centrale de la Haute-Saône ;
258.
Uucrot, 181.
Duffau, Jean, 1753-1843, homme de
loi ; député aux Anciens (Gers) ;
1800, juge au tribunal d'Agen ;
conseiller à la cour d'appel d^Agen
jusqu'à sa mort; 60.
Dugrail de la Villette, P.-Joseph, ca-
pitaine adjudant-major, juge à la
commission militaire de Besançon;
288-289.
Dugué d'Assé, Jacques-Claude, i749-?i
conventionnel (Orne), vota le ban-
nissement; aux Cinq-Cents; 221.
Duguet, maréchal des logis de gen-
darmerie à Vesoul ; 262.
Dumans, ami de Tronson du Cou-
dray ; i58.
Dumas, Mathieu (comte), i;;53-i837 ;
en 1791, maréchal de camp ; élu à la
Législative; quitta la France après
le 10 août, y revint à la fin de gS et
se cacha; député aux Anciens
(Seine-et-Oise); proscrit en fructi-
dor, se réfugia à Hambourg. Il oc-
cupa de hautes fonctions sous les
gouvernements qui se succédèrent;
35-46, 65.
Dumas, Fvilcrand, frère du précédent ;
3:.
Dumolard, Joseph-Vincent, i:i66-i8ig,
député à la Législative (Isère) et
aux Cinq-Cents ; président ; attaqua
vivement le Directoire ; proscrit en
fructidor; se rendit à Tîle d'Ole ron.
Il servit l'Empire et la Restaura-
tion; 8, 64.
Dumont, capitaine, juge à la commis-
sion militaire du Puy ; 4o3.
Dumouriez, 1739-1823, général; 184.
Dunan. V. Duverne de Presle.
Dunepart, maire deVaugirard (Seine);
254-255.
Duplantier, Jacques ■ Paul -Fronton,
1764-1 814, armateur à Bordeaux ;
conventionnel, vota la mort du roi
avec sursis; démissionna le 7 juin
1793; élu aux Cinq-Cents; proscrit
en fructidor; s'échappa; 8, 64.
Dupont - Chaumont , Pierre - Antoine
(comte), 1759-1838, général de divi-
sion, 1795 ; 4, 55.
Dupont, Pierre-Samuel, dit de Ne-
mours, parce qu'il avait été porté
aux États généraux par le bailliage
de cette ville ; disciple de Quesnay
et de Turgot ; membre de l'Institut ;
échappa au décret de déportation
en partant pour les États-Unis ; 55,
88, 89.
Dupont des Loges, évêque de Metz;
348.
Duprat, Pierre-Louis, 1760-1840, dé-
puté aux Cinq-Cents (Landes) ; prit
fréquemment la parole sur les ques-
tions d'organisation judiciaire ; vota
en faveur des prêtres détenus ; pros-
crit en fructidor ; s'échappa ; 64.
Duprat, f Avignon; 259, 462.
Duprez, J.-B., capitaine, jvige à la
commission militaire de Besançon;
2:7.
Dupuis, sergent, juge à la commis-
sion militaire de Grenoble ; 3i3.
Dui'and, dit Lamotte, Étienne-César,
condamné à la détention, Paris ;
209, 210, 247.
Du Roy d'Hauterive, Joseph ; 460.
Du Roy, Pierre, père du précédent;
460.
Dusaulx, Jean-Joseph, 1728-1799, tra-
ducteur de Juvénal, député à la Lé-
gislative, à la Convention et aux
Anciens; vota la détention du roi;
emprisonné sous la Terreur ; 221.
Dutertre, général; introduction, xix-
XXI, 123-142, 168.
Dutheil, agent de Louis XVIII ; 196-198.
INDEX ALPHABETIQUE.
4^3
Duval, Jean-Pierre, 1:^54-1817, avocat
à Rouen, conventionnel; vota la
réclusion ; déclaré démissionnaire,
rentra après thermidor; élu aux
Cinq-Cents ; ministre de la police le
8 brumaire an vu, en remplace-
ment de Lecarlier, jusqu'au 5 mes-
sidor suivant; prélet sous TEmpire;
234, 235, 237, 238, 248, 250, 25l, 252,
253, 255, 3i9, 3;8, 451-45^, 4<îi-
Duvergier, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Tours; 44^i
445.
Duverne de Presle, Thomas-Laurent-
Madeleine ou Théodore Dunan, lieu-
tenant de vaisseau, mêlé à la cons-
piration Brotier-La Villeurnoy ; fit
des aveux que publia le Directoire ;
i'rappé de déportation, mais reçut
les moyens de se rendre librement
en Amérique ; 55, 59, 65, 199, 242.
Edmond, correspondant du banquier
Cheminant; 199-200.
Elisabeth (Madame), sœur de Louis
, XVI; 410 7j.
Émeric, Antoine , prêtre, -j- Mar-
seille ; 337, 340, 344, 464.
Emmery, Jean- Louis -Claude, 1742-
1823, d'orig-inc juive, avocat à Metz;
constitutionnel ; élu aux Cinq-
Cents ; sénateur ; 8.
Émourgeon, Pierre-Paul, prêtre, ren-
voyé devant l'administration cen-
trale du Doubs ; 271, 276-280.
Enchot (?); 266.
Ensoli(?); 266.
Entrecasteaux, Joseph-Antoine Bruni
d', 1740-1793, célèbre navigateur;
92.
Esgrigny (abbé d'), agent royaliste;
199-
Esse, Eustache, supposé être Pierre-
Louis-Guillaume Lambert ; 459-
Estrangin (M™'^), née Clastre. V. ce
nom. 332.
Etienne, Jean, d'Aubagne, accusé
d'émigration ; 33o.
Etienne, Philibert, dit la Flamme,
acquitté, Nimes ; 376.
Evrard, adjudant général, chef de
rétat-major général de la 17'^ divi-
sion militaire; 192.
Failly (comte de ou du), f Huningue;
322, 462.
Fassin, Fr.-Alexandre, cultivateur,
libéré, Marseille; 339, 34i.
Faye, hussard, acquitté, Dijon ; 3o6-
3o8 et n.
Fayole, sous-lieutenant, juge à la
commission militaire , Grenoble ;
3i3.
Fayolle, Jean-Raymond, 1746-1821,
conventionnel (Drôme); vota la dé-
tention; exclu de l'assemblée au
3i mai et décrété d'accusation ; ren-
tra en frimaire an m ; élu aux Cinq-
Cents, vota pour la restitution des
droits civiques aux émigrés ; arrêté
en fructidor, puis relâché. En
l'an VIII, juge au tribunal d'appel,
et, en 1811, conseiller à la cour de
Grenoble ; 56, 97.
Ferino, Pierre - Marie - Barthélémy
(comte), 1747-1816, général provi-
soire en 1793, suspendu en 1794, réin-
tégré et confirmé en 1795 ; i3, i4, i5,
16, 18, 28.
Ferrand-Lazé, négociant à Lorient;
145.
Ferrand, Louis, d'Aix, f Marseille;
33i, 344, 463.
Ferrand-Vaillant, Jean-Jacques, élu
aux Anciens (Loir-et-Cher); exclu
après une longue discussion ; il fut
rappelé en brumaire an v ; exclu de
nouveau et proscrit en fructidor;
Féval, homme de confiance de Tron-
son du Coudray; 157.
Fily, Antoine, cultivateur, acquitté
pour émigration et renvoyé devant
les tribunaux pour autres délits,
Marseille ; 338.
Fiorelli, lire Fiorella, Pascal-Antoine
(comte), 1752-1818, général de divi-
sion au titre italien (1802); au service
de France, 1817 ; 35o.
Fitzherbert, femme, acquittée, Paris;
258.
Folacher, André, économe des hôpi-
taux militaires de l'armée d'Italie,
condamné à la déportation par la
commission militaire de Milan;
350-354.
Forest, employé à la trésorerie ; i83.
474
INDEX ALPHABETIQUE.
Fouché, Joseph, duc d'Otrante, 1754-
1820; conventionnel, régicide; exé-
cuta, avec Collot d'Herbois, les dé-
crets de la Convention contre Lyon
et ses habitants; ministre de la
police, 2 thermidor an vu, etc. ;
321.
Fournier-Frey,Mathurine-Antoinette,
veuve de Pilliot de Goligny; 255.
Fradel, commissaire des guerres; i3o.
Franchy, Ange-François, capitaine,
juge à la commission militaire de
Besançon ; 2;4.
François (de Neufchâteau), i^iSo-iSaS,
ministre de Tintérieur, élu au Direc-
toire le 28 fructidor an v ; en sortit
pour redevenir ministre de Tinté-
rieur; sénateur sous Tempirc; 3o.
Frérot (de Langres), f Paris; 247.
Friart aîné, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Bordeaux ; 294-
295.
Fribourg, Joseph-Louis-Vincent, ac-
quitté, Paris ; 190.
Frisson, secrétaire-greffier de la com-
mission militaire du Puy; 4o3.
Froment, Mathieu, acquitté, Montpel-
lier; 355.
Frosté, intendant militaire ; 35.
Frotté, Louis (comte de), chef de
chouans; 199, 243.
G
Galard, Charles (marquis de); 193.
Gallon, adjudant général, comman-
dant de place à Lyon ; 329.
Gallot, ami de Willot, négociant ; l'jQ.
Galmiche, Cl.-Fr., prêtre, f Besançon ;
262-271, 462.
Galot, gendarme de Laval ; 446-447.
Garagnon, Jean- Joseph, prêtre, f
Marseille ; 336, 344.
Gardel ou Gardet, correspondant du
banquier Cheminant ; 199-200.
Garens, chef de brigade, président de
la commission militaire de Saint-
Brieuc ; 4i4-
Gassier, Pierre, cultivateur, libéré,
Marseille ; 338.
Gassin, Jacques-Alexandre, prêtre, f
Marseille ; 338, 34o, 464.
Gauda, Jean-Jacques ; 254.
Gau des Voves, Joseph-François (che-
valier), J748-1825; de 1789 à 1792, di-
recteur des fonds au ministère de
la guerre; après thermidor, secré-
taire d'Aubry; député aux Cinq-
Cents (Yonne); exclu 1° pour avoir
un beau-frère émigré ; 2° comme an-
cien secrétaire d'Aubry; rappelé,
siégea à droite. Proscrit en fructidor;
conseiller d'État; servit l'empire et
la Restauration ; 64.
Gauthier,femme, propriétaire à Passy;
186.
Genejr, lii'e Gency, Claude-Ursule
(baron de), 1765-1845; général de bri-
gade en 1792, confirmé en 1795; lieu-
tenant général en i8i5; 16, 18, 26.
Gérard, administrateur municipal à
Paris, frère du suivant ; 236.
Gérard Saint-Elme, Prosper, f Paris;
234-242, 463.
Geslin (comte de), -j- Paris, 1796 ; 190-
191 71.
Gibert-DesmoIières,J.-Louis,i746-i799,
élu aux Cinq-Cents, s'y occupa sur-
tout de finances et combattit les
mesures proposées par le Directoire;
déporté à la Guyane et y movirut;
64, 82.
Gibouin, Henri, mis en liberté pour
fait d'émigration et renvoyé devant
les tribunaux pour autres délits,
Marseille; 336.
Gilbert, Pierre-Etienne, dit Bon sujet,
chouan, f conseil de guerre à Tours :
445.
Gilet ou Gillet de la Renomiere, che-
valier de Saint-Louis ; 248-249.
Gillot, lire Gilot, Joseph , 1734-1812,
général de division (1793); 358, 36i.
Gineis, défenseur officieux, au Puy;
390-391.
Glatier, Jean-Joseph, prêtre, f Tours ;
441, 463.
Gligny. V. Esgrigny.
Godard, fournisseur, arrêté le 18 fruc-
tidor ; 55.
Gougeon, secrétaire de la commission
militaire de Milan; 35o-352.
Goupil de Préfeln, Guill.-Fr. -Ch.,
1727-1801 ; membre du parlement
INlaupeou, député aux États géné-
raux ; en 1794, emprisonné ; délivré
en thermidor; député aux Anciens
(Orne); arrêté en fructidor, puis
relâché; en l'an viii, juge au tribu-
nal de cassation ; 56, 57, 98.
Gourou, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Milan ; 352.
INDEX ALPHABETIQUE.
4,5
Grab5\ sergent-major, juge à la coni-
missioa militaire de Grenoble; 3iG,
Grapain, secrétaire de la commission
militaire de Nancy; SSg.
Grillet, J.-B., lieutenant de gendar-
merie; 280.
Grimoult d'Esson; 3oo-3o2.
Grivet, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Saint-Brieuc ; 4i4-
Groizard, adjoint aux adjudants gé-
néraux : 'j5.
Groslevin, commissaire du Directoire
à Douai; 3io.
Gruchj^ (Matthieu de), prêtre, -^ Nan-
tes; 3^4, 462.
Guillaume, défenseur officieux à Be-
sançon ; 275, 288, 289.
Guillemin, Louis, commission mili-
taire de Dijon; renvoyé au dépar-
tement du Jura ; 3o6 et n.
Guillemot, dit Sans-Pouce, chef de
chouans, y Vannes; 449? 464-
Guillet, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Paris ; 192, 2o5.
Guillet, Pierre-Joseph, 1765-1836, ad-
judant-général en 1798, général de
brigade en 1799; ii3, i3o, i32, i34.
Guinche, défenseur officieux à Nan-
tes; 370.
Guyardet, chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Saint-
Brieuc ; 422.
Guj^et, président de la commission
militaire du Puy ; 4o3.
Guyomard, François, cultivateur,
trois mois de détention, Saint-
Brieuc ; 420-422 et n.
H
226.
Hanoteau, juge de paix à Paris
Hardiasse ; 189. V. Ardias,
Harmand (de la Meuse), J,-B., 1751-
1816, conventionnel, vota le bannis-
sement, mais l'exécution sans sur-
sis; thermidorien; adversaire, puis
partisan du Directoire ; 86.
Harouet, chouan, receleur, renvoyé
devant le tribunal criminel de la
Sarthe ; 44^-
Harriet, capitaine adjudant, juge à la
commission militaire de Paris; 200,
23o.
Hatry, Jacques-Maurice, 1742-1802 ;
général de brigade, 1793 ; de divi-
sion, 1794; 32, 32.
Hébert, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Saint-Brieuc; 422.
Héma, capitaine, juge à la commis-
sion militaire du Puy; 4o3.
Herpin, gendarme de Laval; 446-44:J-
Hervieu, Pierre- Julien,prêtre,t Tours;
442-445, 4^3.
Hillet ; 192. V. Guillet.
Hit, Pierre, administrateur des Pyré-
nées-Orientales ; 387.
Hochard, chef provisoire des étapes à
Soissons; 3.
Hoche, Lazare, 1768-1797, général; i,
4, 5, 7, 10, 12, i3, i5, 18, 19, 20, 21, 22,
23, 26, 27, 28, 29, 3o, 49; sa mort; 76.
Hochereau, adjudant-général; 126, i33.
Hugonneau (d'), traduit devant la com-
mission militaire de Bordeaux; 297.
Hugot, sous-lieutenant, juge à la
commission militaire du Puy ; ^o'5.
Hulard, femme, concierge de d'Os-
sonville ; i83.
Humbert, Jean-Joseph-Amable, 1767-
1823, général de brigade (1794), com-
manda la deuxième expédition d'Ir-
lande; 1.
Hurteaud, lieutenant d'artillerie de
marine ; iii-ii3, 116, 119.
Iml)ert - Colonies , Jacques - Pierre ;
1729-1809, échevin à Lyon en 1790,
député aux Cinq-Cents (Rhône-et-
Loire) ; adversaire du Directoire ;
proscrit en fructidor; se réfugia en
Allemagne ; arrêté et emprisonné à
Bayreuth, par Tordre du roi de
Prusse; en 1809, passa en Angle-
terre auprès de Louis XVHI ; 64, 67.
Imbert, Jacques, cultivateur, libéré,
Marseille ; 338.
Imbert, Jean-Zacharie, routier, réin-
carcéré, commission militaire de
Dijon; 3o5-3o6.
Imbert, Léon, cultivateur, sursis;
Marseille ; 339.
Ingimbert, Aimable, tailleur, libéré,
îSIarseille ; 339.
Isnard, de Manosque, f conseil de
guerre, Marseille ; 34o n.
Jacomin , Jean - Jacques - Hippolyte,
1764-1843, conventionnel; régicide;
476
INDEX ALPHABETIQUE.
élu aux Cinq-Cents; fructiclorien ;
inspecteur de la salle ; directeur des
droits réunis à Besançon ; exilé
comme régicide en 1816, mais mou-
rut à Nyous (Drôme); 'j'j.
Jacquemin, lieutenant, juge à la com-
mission militaire du Puy ; 4o3.
Jacquinot, prêtre, -J- Besançon; 271-
272, 462.
Jacquinot, défenseur officieux à Di-
jon; 3o4.
Jalabert, notaire à Paris ; 244.
Janson, André-François, dit de Par;
renvoyé devant Tadministration
centrale de l'Aube ; 3o6.
Jarbeau, perruquier, -J- Liège ; 324, 462.
Jarry des Loges, René-François, i^SS-
i8i4; député aux Anciens; en fruc-
tidor, arrêté ; son élection fut an-
nulée. Il rentra dans la vie privée ;
56, 97.
Jauffret, évêque de Metz ; 348.
Jeannet-Oudin, cousin de Danton,
agent du Directoire à la Guyane;
92.
Jeannot, chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Grenoble ;
3i3, 3i6.
Joly, capitaine adjoint à Besançon;
279-
Jordan, Camille, 1771-1821, attaqua,
pour ses débuts, la constitution ci-
vile du clergé ; contribua à Finsur-
rection lyonnaise en 1793 ; se retira
à l'étranger ; en germinal an v, élu
en Rhône-et-Loire aux Cinq-Cents;
parla avec éclat et succès sur la po-
lice des cultes et sur l'abrogation
des lois contre les prêtres; proscrit
en fructidor, se retira en Suisse,
puis en Allemagne. En 1814, se dé-
clara pour les Bourbons ; fut élu en
1816 député de l'Ain ; il inclina vers
l'opposition constitutionnelle ; 64.
Joseph, domestique de Willot ; 179.
Jourdan, André-Joseph (baron), 1757-
i83i, emprisonné sous la Terreur;
député aux Cinq-Cents (Bouches-
du-Rhône) ; parla en faveur de la
liberté religieuse et des naufragés
de Calais ; proscrit en fructidor, se
réfugia en Espagne. Sous l'Empire,
préfet du département des Forêts ;
sous la Restauration, conseiller d'E-
tat et directeur général des cultes ;
64.
Jouy, Marguerite, acquittée, Liège;
320.
Jujardy, commissaire ordonnateur
des guerres de la 2" division mili-
taire; 12, 19, 21.
Julienne, défenseur officieux à Paris ;
191.
Juquelle, femme, amie de la famille
d'Ossonville; i83.
Jurien de la Gravière, Pierre-Roch,
1772-1849; lieutenant de vaisseau en
1797 ; mort vice-amiral; 92, 94, 95, 99,
100, 102, io5, 106, 108, 110, III, 112, 134.
K
Kellermann, Fr.-Christophe, 1735-
1820, général des armées des Alpes
et d'Italie, maréchal de France et
duc de Valmy ; 49, 73.
Kister, chef de brigade, président de
la commission militaire de Milan;
352.
Kléber, J.-B., 1753-1800, général; 42.
Klinglin, général autrichien; 248.
Koller, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Saint-Brieuc; 422.
La Barberie (?), agent royaliste ; 197.
Lacarrière, Jean-Jacques, député aux
Cinq-Cents (Morbihan); proscrit en
fructidor ; 64.
Lachièze, Pierre, i755-(?), député du
Lot à la Législative et aux Anciens ;
adhéra au 18 brumaire; 61.
Lacombe-Saint-Michel , Jean-Pierre,
1 753-1812, capitaine d'artillerie ; dé-
puté à la Législative et à la Con-
vention ; vota la mort du roi ; mis-
sions aux armées ; après thermidor,
membre du Comité de salut public ;
élu aux Anciens (Tarn) ; président ;
général de division; ambassadeur à
Naples; commandant de l'armée
du Rhin; grand officier delà Légion
d'honneur; 77.
Lacoste, adjudant de la marine à Ro-
chefort ; ii5.
Lacôte, commissaire du Directoire
près la municipalité d'Autun ; 307-
3o8.
La Courone, chef de chouans; 447-
Lacuée, Jean-Girard (comte de Cessac),
1752-1841, général, membre de Tins-
liNDEX ALPHABETIQUE.
477
titut, membre du conseil des An-
ciens; 77.
La Fayette, IMarie-Joseph-Paul-Roch-
Yves-Gilbert du Motier (marquis
de), 1^57-1834, général, constituant;
242.
Lafibn de Ladébat , André-Daniel,
1^46-1829, député à la Législative
(Gironde) ; arrêté sous la Terreur;
député aux Anciens; déporté à Ja
Guyane ; en revient avec Barbé-
IVlarbois (21 janvier-22 février 1800);
suspect à l'empereur, il ne rencon-
tra pas davantage la faveur des
Bourbons; il contribua à l'introduc-
tion des Caisses d'épargne; 57,58,65,
98, 125, 126, 159-168, 171, 173, 180.
Laffon de Ladébat (M'""); i25, 126, 159-
t68, 171, 173.
Lagarde, secrétaire général du Direc-
toire exécutif; 7, 8, 9, 24, 58, 78, 96,
97, 107, i32, i33, 209, 3i9, 358.
Lalande, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Nancy; 358, 36i,
Lamardelle, ancien procureur géné-
ral au conseil de Saint-Domingue ;
147.
Lamartinière, capitaine, juge à la
commission militaire de Milan; 352.
Lambert, Jean, cordonnier, •{- com-
mission militaire ou conseil de
guérite ? Dijon ; 3o6.
Lambert, Louis-Hyacinthe, chasseur
à cheval, acquitté pour émigration
et renvoyé devant les tribunaux
pour autres délits, ^Larseille; 339,
Lambrechts, Gharles-Joseph-Mathieu
(comte de), 1753-1823, d'origine belge,
ministre de la justice en remplace-
ment de jNIerlin (de Douai), du 3 ven-
démiaire an VI au 3 messidor an vu;
se rallia tour à tour à l'empire et à
la Restauration et les combattit l'un
et l'autre; 240, 25o-25i, 3o2, 38i, 382,
389, 393, 396, 397, 399, 4o3, 4o5, 406,
407, 428.
Lammeus, banquier à Londres ; 201.
Lamotte (Vincent de), -i* Paris; 209-
210, 463.
Lamour-Langégut, f Rennes; 416, 463.
Lancelot, secrétaire de la commission
militaire de Saint-Brieuc; ^i^.
La Pérouse, 1741-1788 (?), navigateur
célèbre ; 92.
La Porte, Pierre, né le 26 septembre
1742 a Bayonne; 1759, mousse; 1761,
chef de prise; 1763, lieutenant; 1776)
capitaine; commandant delà Vail-
lante; son bâtiment fut pris le
5 août 1798 par les Anglais; La
Porte, prisonnier, fut échangé en
janvier 1799; 106,107,110,112, 117,122.
Lardai roi ou Lardeyrol, Joseph, dit
Vincent, f Marseille; 33o, 33i, 333,
462.
Larivière, P.-F.-J.-Henri, 1761-1838, dé-
puté à la Législative (Calvados) et
à la Convention ; vota la détention,
le sursis et l'appel au peuple; pros-
crit avec les Girondins, rappelé;
membre du Comité de salut public;
réélu aux Cinq-Cents ; président;
proscrit en fructidor; 7, 64.
Lasserre, chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Bordeaux;
294.
Latour, Joseph, de Marseille, accusé
d'émigration ; 33o.
La Trémoille, Louis-Stanislas-Kotska
(prince de), 1767-1837, du régiment
de Colonel-général-infanterie, ami
de L. de Frotté; 199.
Laudet, Philippe, surnom de Philippe
Le Grix de Neuville. V. ce nom.
Laumont, Marc- Antoine , 1761-?, dé-
puté à la Législative et aux Cinq-
Cents (Creuse); proscrit en fructi-
dor ; 65.
Launois. V. Launoy.
Launoy (Jean-Barthélemy de), 1753-
1807, député aux Anciens (Aisne),
arrêté le 18 fructidor, puis relâché ;
98.
Laure, aîné, courtier de commerce,
f conseil de guerre, Marseille ; 332
et n.
Laure, Tovissaint, ibid.
Laurin, Jean-Amant, homme de loi,
libéré, Marseille; 336.
La Villeheurnois. V. Villeurnoy.
Lavoisier (M'"^), née Marie- Anne-Pier-
rette Paulze, veuA^e du savant chi-
miste, 1758-1836; en i8o5, épousa le
comte de Rumfort ; 142, i45.
Leblanc, Cl. -Jacques, chef d'escadron,
juge à la commission militaire de
Besançon; 289.
Lecarlier, Marie-Jean-François-Phili-
bert, 1752-1799, député à la Consti-
tuante, à la Clonvention, aux Cinq-
Cents et aux Anciens ; ministre de
la police; puis (brumaire an v(i),
478
INDEX ALPHABETIQUE.
commissaire général en Belgique;
209, 210, 235, 293.
Le Chevallier, chef de bataillon, juge
à la commission militaire de Saint-
Brieuc: 4i4-
Leclerc, directeur de FOdéon ; 52 n.
Leclerc, dit la Feuillade, -^ conseil de
guerre, à Caen ; 3oo-3o2.
Leclerc, Victoire-Emmanuel, i7;;2-i8o2,
général de brigade 1797, chef de
rétat-major général de l'armée d'I-
talie, général de division^ i"99; 299,
352-354.
Lécluse, femme, acquittée, Paris ; 258.
Lecoint, maréchal des logis, juge à
la commission militaire de Paris :
192.
Lecointe-Puyraveau, Michel-Mathieu,
1^64-1827 ; élu à la Législative et à la
Convention ; régicide ; élu aux Cinq-
Cents; 232.
Lecomte, inspecteur des étapes à
Charleville; 3.
Lecoq aîné, J.-B., de Dijon, f Paris;
245-246, 464.
Le Coq, Fr.-Ant. -Nicolas-Louis, sei-
gneur d'Houteville, père du suivant:
206.
Le Coq de Beuville, Louis-Henri-Fran-
çois, -i* Paris; 204-208, 463.
Le Coulteux de Canteleu, Jean-Bar-
thélemy (comte), 1746- 1818, ancien
banquier à Rouen, député aux États
généraux, plus tard aux Anciens,
défendit les proscrits de fructidor;
sénateur sous l'Empire, pair de
Finance sous la Restauration; 221.
Le Coulteux de la Noraye, lieutenant
du maire de Paris, au bureau des
domaines; 142.
Ledoyen, Jean-Denis, i^5r-i8o2, géné-
ral de brigade 1793, confirmé en
1795; 320.
Lefebvre-Montabon, commissaire des
guerres à Beauvais ; 18.
Lefebvre, Pierre-Fr., capitaine, juge
à la commission militaire de Besan-
çon ; 285.
Légion des Francs; i, 10, 26, 28, 3i, 48,
75, 76, :j8.
Legros, Jacques, cultivateur, libéré,
Marseille ; 339.
Le Lodé, f Caen; 3oo, 464-
Lemarchant de Gomicourt, Antoine-
Joseph (chevalier), 1763-1827, émigra
en 1792, rentra; emprisonné sous la
Terreur jusqu'en thermidor; 1795,
député aux Cinq-Cents (Somme) ;
porté sur la liste de déportation en
fructidor: s'échappa, puis se rendit
à Oléron ; député de la Somme sous
l'Empire, conservateur des forêts;
se rallia à la Restauration; député
jusqu'en 1824; 64.
Lemerer, Roland-Gaspard, 1757-1820,
élu aux Cinq-Cents (Ille-et-Vilaine) ;
suspect de relations royalistes, il
fut proscrit en fructidor ; mais s'é-
chappa. La Restauration le nomma
conseiller à la cour de Rennes et
l'anoblit; 64.
Le Métayer, Guillaume, dit Rocham-
beau, chef de chouans, f conseil de
guerre à Tours ; 446-448.
Lemoine, Louis, 1764-1842; général de
brigade en 1793, de division en 1795;
après fructidor, commandant de la
17= division militaire (Paris) ; 3, i5,
26, 28, 29, 3o, 49, 57, 73, 76, 188, 193,
2l3.
Lempereur, religieux, ex-prieur de
l'abbaye de Marœil ; •{- Douai ; 309-
3io, 462.
Lenoble, Claude, chef de chouans ;
417.
Lenoir de Laroche, Jean-Jacques
(comte), 1^49-1825, avocat à Paris, dé-
puté aux Etats généraux; se rallia à
la République sous le Directoire, qui
le nomma ministre de la police ; il
démissionna vite. Sénateur, pair de
France; 36.
Léon, prénom d'un ami deWillot; 178,
179.
Lepaige, Joseph-Sébastien, 1747-1820,
président du tribunal d'Epinal; dé-
puté aux Cinq-Cents (Vosges); se-
crétaire du conseil; 77.
Le Pape, André, prêtre, condamné à
la déportation, Saint-Brieuc; 420-
421 et n.
Le Proux, sergent-major, juge à la
commission militaire de Saint-
Brieuc; 4i4-
Leroi, Fr.-Germain, dominicain, li-
béré, Marseille; 337.
Leroux, dit l'Aimable, aide de camp
de Le Métayer (V. ce nom), con-
damné à mort en conseil de guerre
à Tours; 446-448.
Lesage, commissaire des guerres ; 2,
3, 17, 24, 25.
S
4-'
INDEX ALPHABETIQUE.
479
Lescalier, Daniol, ancien ordonnateur
général do la Guyane; i43, i44j ï4^'-
Letellicr, membre du bureau central
du canton de Paris; 87.
Le Tellicr, Marais, domestique du di-
recteur Barthélémy ; 98, i;^:;, 180-181.
Levrat, propriétaire de l'hôtel natio-
nal à Lyon; 400.
Lhéritier, correspondant de Bourdon
(de rOise); i83.
Lieiitaud, Ant.-Trophime, libéré,
Marseille; 339.
Lig-ondès, Amable- Frédéric (de), f
Lyon ; Sa;; -329, 463.
Ligondès, Clotilde (de), sœur du pré-
cédent ; 429.
Limodin, membre du bureau central
de Paris ; 211.
Lionne, nom de guerre de Surville; 400.
Loménie de Brienne, Louis -Victor,
-}-Quimper; 407-410. — Doutes sur
son identité; lettre de M. Ch. de
Loménie: 409, 4 10 et a ; 464-
Longuève (Jean-Louis-Henry de), 1732-
1841, député aux États généraux et
aux Cinq-Cents; conseiller d'État et
député sous la Restauration; 54.
Lordat (marquis de), épousa la fille du
comte de Alesnard; 193 n.
Lorge (comte de), f Paris; 233, 463.
Lottinger, Antoine, chartreux, f
Nancy ; 36:-369, 463.
Louis XVIII ; 192-193.
Lourioux, lieutenant, juge à la com-
mission militaire de Besançon; 2^4-
Louvard, femme, acquittée, Paris;
258.
Louvet, Gilles, ancien auditeur à la
Chambre des comptes de Paris;
459.
Lucotte, chef de brigade; 332, n.
Lunel, Henri, prêtre, curé du Buis
(Drôme), f Grenoble; 3i6-3i8, 464.
Lyon, Charles, f Toulon; 33i, 426.
M
Macadré, veuve, f Toulon; 436.
Mac-Curtin, Florimond-Benjamin, dit
Kainlis, 1764-1834 (?), député aux
Cinq-Cents (Loire-Inférieure) ; pros-
crit en fructidor; guerroya avec les
chouans sous le nom de Kainlis ;
commissaire des guerres sous la
Restauration ; 64, 187. (Léon de la
Sicotière, op. cit.., II, 365 n.)
Maçon, chef de brigade, président de
la commission militaire de Rennes ;
417.
Madier de Montjau, Noël-Joseph,
i755-i83o ; député aux Etats géné-
raux ; se cacha sous la Terreur ;
député aux Cinq-Cents (Ardèche) ;
proscrit en fructidor, se réfugia à
Barcelone; conseiller à la cour de
Lyon sous la Restauration ; 64.
Magalon, Joseph, prêtre, déporté à
Pile de Ré, Nimes; 382,
INIaigne, employé du ministère de la
police; 201-202.
Maignen, prêtre, à Bordeaux; 291 ii.
]Mailhe, J.-B., 1754-1834, député à la
Législative et à la Convention;
charge du rapport sur la mise en
accusation du roi ; vota pour
la mort sauf sursis ; adversaire
des terroristes et des clubs ; dé-
puté aux Cinq-Cents par 9 dépar-
tements ; sembla tourner vers la
monarchie ; déporté en fructidor,
se rendit à Oléron ; exilé après
i8i5 ; 64.
INIaillard-Jubainville, Louis-François,
1751-1799, député aux Cinq-Cents
(Somme) ; parla plusieurs fois en
adversaire du Directoire ; frappé
de déportation, s'échappa; 64, 98.
Mailley, prêtre, renvoyé par la com-
mission militaire de Besançon de-
vant l'administration centrale de
la Haute-Saône ; 284, 286.
Malengre, hussard, réincarcéré ; com-
mission militaire de Dijon; 3o6 7i.,
307, 3o8.
^lalet, Claude-François (de), 1754-1812,
adjudant général, chef de l'état-
major de la 6« division militaire
(Besançon), célèbre par la conspira-
tion qui porte son nom ; 276, 280.
Maling. V. Malengre.
Malseigne (chevalier de), adjudant
général de Monsieur, frère du roi ;
239.
Manas, administrateur des Pyrénées-
Orientales; 387.
Marandet, secrétaire particulier du
directeur Barthélémy ; 180.
Maratlîier, Jacques, dominicain, dé-
portation, Nantes ; 374.
Marbois. V. Barbé-Marbois.
Mard, Jean-Guy, d'Angoulême ; 461.
Marmier, sergent-major, juge à la
48o
INDEX ALPHABETIQUE.
commission militaire de Saint-
Brieuc ; 422.
Marnet, chef de brigade, président
de la commission militaire de Gre-
noble; 3i3, 3i5, 3i6, 3i8.
Marquisant, Toussaint, f Toulon;
33i, 426.
Martel, de Manosque, f, conseil de
guerre de Marseille; 340 n.
Martelet, prêtre lazariste, -}• Besan-
çon; 2^3, 463.
Martin, ?-i82o ; l'jgi, chevalier de
Saint-Louis ; 23 septembre 1792,
prêta serment à Brest ; 10 février
i;;93, capitaine de vaisseau, et, la
même année, contre-amiral; 22 jan-
vier 1794, général en chef des forces
navales de la Méditerranée. Bloqué
dans le golfe Juan par les Anglais,
il put s'échapper et gagner Toulon ;
22 mars 1796, vice-amiral ; 5 novem-
bre 1796, commandant des armes à
Rochefort ; en i8o5, grand officier de
la Légion d'honneur; 1809, comte;
1817, la Restauration le confirme
dans ce titre (Archives de La 7?ia-
rinej ; 93, 98-99, io3, 104-106, 107-113,
1 14-123, 134.
Martin, naturaliste ; 90.
Martin, d'Eguilles, f Marseille; 333,
344, 462. ,
Martin, Etienne-Laurent, acquitté
pour émigration et renvoyé devant
les tribunaux pour autres délits;
Marseille ; 337.
Martin, Jean-Gabriel, prêtre, sursis,
Marseille ; 336.
Mascard, prêtre, f Bordeaux ; 291.
462.
Maselet, Louis, capitaine, juge à la
commission militaire de Besançon ;
277.
Massimi, Camille (marquis), ambassa-
deur de Pie VI à Paris ; 87-88.
Massol de Monteil , Honoré-Louis-
Auguste, 1747 (?), général de divi-
sion en 1794, confirmé en 1796, com-
mandant la 7^ division militaire à
Grenoble (avait adopté le prénom
de Chiendent); 3i3, 3i6.
Matrot^ femme, acquittée, Paris;
258.
Mauche, G., commissaire du Direc-
toire exécutif près l'administration
centrale des Bouches-du-Rhône ;
335.
Maucolin, J.-B., prêtre, ^ Metz ; 349
et n. ; 463.
Maury. chef de brigands dans l'Ar-
dèche et le Gard ; 235, 238.
Mégi, Jean, tailleur, libéré, Marseille
336.
Mercy , Marie-Charles-Isidore (de)
1736-1811; évêque de Luçon; 1802
archevêque de Bourges ; 374.
Mergier, adjudant général, comman
dant la 2'' subdivision de la ii-^ divi
sion militaire; 293-295.
Merle d'Ambert, Agricole (comte), ■}•
Paris ; 216-232, 463.
Merle d'Ambert, née Marie de Tolo-
zan, femme du précédent; 222, 224,
227, 228.
Merle d'Ambert, Nina, fille des précé-
dents ; 228, 232, 3o5.
JNIerlin, Philippe -Antoine, dit de
Douai, 1754-1838, député à la Cons-
titviante et à la Convention ; régi-
cide; rédacteur de la loi des sus-
pects ; thermidorien ; fait fermer le
club des Jacobins et rappeler les
73 ; membi^e du Comité de salut pu-
blic ; ministre de la police géné-
rale, puis de la justice; directeur
après fructidor, jusqu'au 3o prairial
an VII ; plus tard, conseiller d'État,
procureur général à la cour de cas-
sation; exilé en 1816, rentra en
i83o ; 36, 39, 70, 190, 191, 212, 214, 216,
219, 222, 223, 224, 226, 3o5.
Mermet, Jean, prêtre, -}- le Puy ; 389-
393, 464.
Mermet, Antoine, i738-(?), général de
brigade (i794);2, 12.
Mersan, Denis -François Moreau de,
1767-1818, député aux Cinq-Cents
(Loiret); exclu jusqu'à la paix; rentre
en mai 1797; frappé de déportation
en fructidor, s'échappa ; 64.
]Mesnard,Marie-Ant.-Alexandre-Dieu-
donné (comte de), -J- Paris, 185-193,
3 et n., 462.
Mesnard, Louis-Charles-Bonaventure
(comte de), frère du précédent; 192-
193.
Mesnard, ancien commissaire de po-
lice à Lyon ; 400.
Meunier, lieutenant ; 395.
Meurizet, commissaire des guerres à
Soissons ; 3i.
Meyran, Joseph, prêtre, f Toulon ;
437, 464.
INDEX ALPHABETIQUE.
48 1
Michaiid, Claude-Ignacc-François (ba-
ron), I75i-i8î5; général de division,
1793; 4i7, 420.
Millot, Cl.-Phil.-Amb., libéré, Besan-
çon ; 288-290.
Milly, Louis, membre du bureau cen-
tral de Paris ; 210.
Miranda, François, 1753-1816, né au
Pérou; vint en France en i^/Qi;
nommé général de division, prit
part avec Dumouriez à la campagne
de l'Argonne et à celle de Belgique.
Traduit devant le tribunal révolu-
tionnaire comme complice de la
défection de Dumouriez, il fut ac.
quitté à l'unanimité et reconduit
avec acclamations jusque chez lui.
Incarcéré de nouveau ; condamné à
la déportation, il s'échappa ; en
fructidor, il passa en Angleterre;
en i8o3, déporté une troisième fois.
Il se retira dans l'Amérique méri-
dionale, y rencontra des fortunes
contraires et mourut dans les pri-
sons de Cadix ; 65.
Mollard, chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Milan ;
352.
Moncade, domestique du général
Willot; 178.
Monet, portier au Luxembourg; 181.
Montagnon, curé de Villerspater
(Haute-Saône); 267.
Montmorency-Laval, Mathieu (comte,
puis duc de), 1766-1826; 86.
Moore, frère de M"'^ Barbé-Marbois ;
i46.
More sœurs, amies de la Villeur-
noy ; 184.
Moreau, Jean-Victor, 1763-1813, géné-
ral de l'armée de Rhin-et-Moselle ;
35-46, 73.
Morel, Louis-Xavier, capitaine, juge
à la commission militaire de Be-
sançon; 285.
Morgan de Béthune, Louis-Alexan-
dre, 1759-183O;, avocat distingué d'A-
miens ; sous le proconsulat de Jo-
seph Lebon , il défendit plusieurs
nobles au péril de sa vie; il épousa
(1776) la fille du comte de Béthune-
Penin, qui, acquitté le matin sur la
plaidoirie de Morgan, fut, dans la
même journée, condamné à mort
(24 pluviôse an 11). Plus tard, il dé-
fendit les naufragés de Calais. En
18 FRUCTIDOR.
1796, il était commissaire du roi
pour l'organisation d(^ la Picardie
et chargé de la correspondance par
Boulogne. Désigné pour la déporta-
tion en fructidor; sous le Consulat,
détenu au Temple; à la Restaura-
tion, procureur général à la cour
d'Amiens; 65.
Motel, accusateur public près le tri-
bunal criminel du département de
la Vienne ; 139-140.
Mougin, J.-B., cultivateur, libéré,
Besançon ; 290 n.
Moulin, Auguste, 1752-1810, général
de division, commanda en Vendée,
dans les Côtes-du-Nord et sur les
Alpes; succéda à Lemoine dans le
commandement de la 17^ division
militaire (Paris); directeur en 1799;
2o5-2o8, 210, 227, 23o, 240-241, 242, 25o.
Mouret, renvoyé par la commission
militaire de Paris au ministère de
la police ; 238.
Mouret ou Mourel, commissaire du
Directoire exécutif près l'adminis-
tration de la Meurthe ; 369.
Muiron, Cl.-Fr., secrétaire de l'état-
major de la Q" division militaire
(Besançon) et de la commission mi-
litaire; 274, 276, 277, 27g, 289.
INIuller, général, commandant à Gre-
noble ; 320.
Muraire, Honoré (comte), 1750-1837,
avocat à Draguignan; député à la
Législative (Var); président; défen-
dit Lafayette ; enfermé sous la Ter-
reur ; libéré en thermidor ; député
de la Seine aux Cinq-Cents ; soutint
et obtint l'abrogation des lois con-
tre les prêtres (loi du 7 fructidor an
v); frappé de déportation en fructi-
dor; interné à l'île d'Oléron ; en
l'an VIII , juge au tribunal de cassa-
tion ; plus tard, premier président,
conseiller d'Etat, etc. ; 65.
Murinais , Antonin -Victor - Augustin
Dauberjon (comte de), 1731-1797 ;
maréchal de camp en 1780 ; prêta le
serment civique ; député aux An-
ciens (Seine) ; déporté à Sinnamary ;
55, 65, 98, 122, 162, 169-174.
Murinais (M'^'^), femme du précédent ;
169-174.
Muzelier (M'"=), Marguerite, acquittée,
Besançon ; 287-288.
3i
482
INDEX ALPHABETIQUE.
N
Nagaud, Louis, perruquier, sursis,
Marseille ; 338.
Narbonne-Serent (duc de), ij;ji-i853 ;
199-
Navarres, capitaine, jugea la commis-
sion militaire de Tours ; 44^i 445.
Néméré, Ulric, ou Namerey, nom
d'emprunt du comte de Rochecot.
V. ce nom. 243.
Nicolas, Antoine, prêtre, curé de
Saint-Baudier, f Metz ; 346-349, 463.
Noaille, Jacques -Barthélémy (cheva-
lier), i3;58-i828, avocat à Toulouse ;
partisan de la Révolution ; occupa
diverses fonctions ; député aux
Cinq-Cents (Gard) ; ennemi des Ja-
cobins et du Directoire, il fut, en
fructidor, frappé de déportation et
interné h l'île d'Oléron ; le 18 bru-
maire lui rendit la liberté ; député
du Gard sous l'Empire ; en 1819,
procureur général à Angers, et, en
1823, premier président de la cour
royale à Grenoble ; 64.
Nodier, Charles, littérateur et poly-
graphe célèbre ; 4o3.
Noirot, Françoise , ancienne reli-
gieuse ; 287.
Noron, Pélagie, acquittée, Liège ; 325.
Norvins, Jacques Marquet (baron de
Montbreton de), et son frère ; 4^7 •
Orléans, Adélaïde de Bourbon-Pen-
thièvre (veuve de Philippe d') dit
Égalité ; 70, 81, 82, 83.
Otard, correspondant de LafTon de
Ladébat, à Rochetbrt; 168.
Oyon, chef provisoire du service
d'étapes à Soissons ; 3.
P...., agent de police secrète ; 196-197.
Pages, ancien commandant du fort
Saint-Jean, à Marseille, •{- conseil de
guerre, Marseille ; 34o et n.
Palais-Pichon, dit Lagard, Fr.-Xavier,
acquitté, La Rochelle; 4i9-
Paradis, Boniface, 1751-1823, député
aux Anciens (Yonne) , se rangea
parmi les Clichiens ; frappé de dé-
portation en fructidor, se rendit à
l'île d'Oléron; magistrat sous l'Em-
pire, destitué sous la Restauration;
65.
Paris, capitaine, jugea la commission
militaire de JNIilan ; 352.
Pastorct, Claude-Emmanuel-Joseph-
Pierre (marquis de), 1755-1840, mem-
bre de l'Académie des inscriptions,
procureur syndic du département de
Paris, député à la Législative ; pro-
testa contre le 20 juin; émigra après
le 10 août. Député aux Cinq-Cents
(Var), défendit les prêtres fugitifs,
accusa Barras, Revellière et Reu-
bell; proscrit en fructidor, s'é-
chappa ; sous l'Empire, professeur
de philosophie à la faculté des let-
tres, comte ; 1820, membre de l'Aca-
démie française; vice-président de
la Chambre des pairs et chancelier
de France en 1829. Destitué, en i83o,
de toutes ses fonctions ; tuteur des
enfants du duc de Berry ; 64.
Patenaille, prêtre, -i* Besançon; 261,462.
Pavie, Nicolas-J.-B., i755-i832, avocat
à ]^]vreux ; député aux Cinq-Cents
(Eure), vota en faveur de la religion
catholique ; proscrit en fructidor ;
se cacha, disparut de la scène poli-
tique ; 64.
Pécheur, J.-B.-Pierre, 175 1-1808, dé-
puté aux Anciens (Moselle) ; 149.
Pellier, Antoine-Anne (Père Ghrysos-
tome), capucin, déporté, Nimes; 382.
Perler, Augustin; 32i.
Perrée-Duhamel , Pi erre-Nicolas- Jean
(chevalier), 1747-1816, négociant et ar-
mateur à Granville; député du
tiers aux États généraux; député
aux Anciens (Manche) ; y joua un rôle
assez actif; arrêté en fructidor, puis
relâché; resta au Tribunat de 1800
à 1807 ; conseiller à la Cour des
Comptes jusqu'en i8i5 ; 56, 97.
Perrin, capitaine, juge à la commission
militaire de Nancy ; 358, 36i.
Perrin, Charles, cultivateur, libéré,
Marseille ; 339.
Perrin, Jean-Claude, prêtre, y Besan-
çon; 260, 271, 273-276, 463.
Perrot, Jean, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Besançon ; 274.
Petel, Ch.-Fr., de Vaugirard ; 254.
Petiet, Claude-Louis, 1749-1806, com-
missaire ordonnateur aux armées,
INDEX ALPHABETIQUE.
483
député aux Anciens (Illc-el-Vilainc);
i;ji)G, uiiuislre de la guerre; fut
remplacé le i6 juillet \j9'j'-> pl^i^ t'^i'^l
conseiller d'iitat, etc. ; 5, iS, '56.
Petit-Guillaume, Pierre, i:;"34-iHo5, gé-
néral de division (1795), commandant
la 8" division militaire, à iMarscille;
333, 334.
Pctitjean, administrateur delà Haute-
Saône; 268-271.
Petit-Jean, chouan ; 447-
Philbert, dit le chevalier de la Bus-
sière, -j- Poitiers ; 388, 462.
Piat, homme de loi; 249.
Picard, Victor, renvoyé au ministre
de la police, Paris; 258.
Pichegru, Jean-Charles, 1761-1804, gé-
néral ; célèbre par sa campagne de
Hollande; suspect de négociations
avec le prince de Conclé; député
aux Cinq-Cents (Jura), président;
organisa la résistance contre le Di-
rectoire; déporté en Guyane, d'où
il s'évada; 7, 36, Sg, 65, 89, 90, 97, 98,
i35, 177, 184, 248.
Pie VI, 17 19-1799, pape; 87-88 n.
Piédou d'Héritot, Louis-François
(comte de), 1742-1836, chef d'esca-
dron dans l'ancienne armée, député
aux Anciens (Calvados) ; arrêté en
fructidor, puis relâché ; 56, 98.
Piéron, capitaine ; juge à la commis-
sion militaire de Paris ; 192.
Pierron, Louis, menuisier à Charmes-
sur-Moselle (Vosges); 366.
Pihorelle, Jean, l'envoyé au Direc-
toire exécutif, comme ouvrier ; Pa-
ris ; 208.
Pille, Louis- Antoine, 1749 -1828 (sa
grand'mère était parente de Louis
Racine); des bureaux de l'intendance
de Dijon, il passa dans un bataillon
de volontaires; 1790, lieutenant de
chasseurs à cheval; 1791, lieutenant-
colonel : 1792, adjudant général;
1793, général de brigade ; 1794- 1795,
commissaire de l'organisation des
armées ; 1796, commandant de la 18'
division militaire; après fructidor,
commandant des départements du
Midi; 1806, général de division, comte
de l'Empire ; 328, 329, 33o, 332, 333,
334 ; 390, 393, 395, 399, 400, 4o3, 4o5,
406-407.
Pilliot, comte de Goligny, -J- Paris;
248, 249-255, 464.
Pilliot de Coligny, Marie-Charlotte-
Éléonore-Adèle, hlle du précédent ;
256.
Pirot, faux nom de Bardet; 3o4. V. ce
nom.
Piston, f Marseille; 332, 344, 4(>2.
Pléville-le Pelley, Georges-René, 1726-
i8o5, vice-amiral, avait fait la guerre
d'Amérique sous d'Estaing; en 1795,
avait organisé les services mariti-
mes à Ancône et à Corfou ; nommé
ministre de la marine le 16 juillet
1^9:; 5» 9i> 9% 94, 95> 98, 100, 101, 102,
io3, 107, 108, ii5, 117, 120, 121, 424-426.
Poirot, Joseph, prêtre, f Nancy; 357-
36i, 462.
Polier, Marie-Élisabeth (de), chanoi-
nesse de l'ordre du Saint-Sépulcre
(1742-1820); rédigea le Journal d?
Lausanne, traduisit plusieurs ouvra-
ges de l'allemand ; 400. — N. B. Ne
pas la confondre avec Isabelle Polier
de Bottens, sa cousine, baronne de
Montolieu, auteur de Caroline de
Litchfield, d'un Robinson suisse et
de nombreuses publications et tra-
ductions. (Quérard, France Litté-
raire, t. VI, p. 269-270 et t. VII,
p. 248.)
Polissard, Philibert - Antoine , 1708-
1846, avocat à Alàcon; député aux
Cinq-Cents (Saône -et- Loire); non
admis, comme émigré; prouva que
son inscription provenait d'un faux
matériel ; réintégré ; i^roscrit en
fructidor; siégea sous l'Empire
comme député de Saône-et-Loire;
64.
Poncet-Delpech,Jean-PieiTe,i734-i8i7,
député aux États généraux et aux
Cinq-Cents ; son élection fut annu-
lée ; il ne siégea qu'après fructidor;
sous le Consulat et l'Empire, prési-
dent du tribunal civil de Montau-
ban; 61.
Pontet, Etienne, négociant, f Mar-
seille ; 336, 340, 344, 464.
Portai , Antoine (baron) , 1742-1832 ,
memljre et président perpétuel de
l'Académie de médecine ; 180.
Portails, Jean-É tienne-Marie, 1745-1807,
brillant avocat à Aix ; plaida contre
Mirabeau et Beaumarchais ; se re-
tira à Lyon, puis à Paris; détenu
dans une maison de santé ; député
aux Anciens (Seine et Bouches-du-
484
INDEX ALPHABETIQUE.
Rhône); défendit les prêtres, les
naiifragés de Calais. Proscrit en
fructidor, put se retirer àl'étrang-er;
après brumaire , conseiller d'État,
participa avec éclat à la rédaction
du Code civil, ministre des cultes,
membre de l'Institut ; 65.
Portiez (de l'Oise), Louis-Fr.-René,
ij65-i8io, conventionnel, vota la
mort avec sursis; député aux Cinq-
Cents; sous l'Empire, professeur à
l'École de droit de Paris ; 20.
Possel, mieux Possel-Ueidier, com-
missaire ordonnateur de la marine
à Toulon : 433 et n.
Pottier, greffier du tribunal criminel
des Vosges ; 362-367.
Poulet^ chef de bataillon, juge à la
commission militaire de Grenoble ;
3i6.
Praire-Montaud, Gaspard-Joseph, dé-
puté aux Cinq-Cents (Loire); parla
en faveur des prêtres déportés ou
incarcérés; proscrit en fructidor,
s'échappa ; 64.
Preux, Benoist, lieutenant, juge à la
commission militaire de Saint -
Brieuc; 412.
Prieur de Lasalle (l'ex-), f Nimes : 380^,
464.
Prons, prêtre, ex-curé dans l'Aube, f
Liège ; 325, 462.
Prost, Claude-Charles, 1^42-1804; con-
ventionnel (Jura); régicide ; élu aux
Cinq-Cents (Alpes-Maritimes); pré-
sident du tribunal de Dole jusqu'à
sa mort ; 284.
Proudhon, J.-B.-Victor, I758;i838, pro-
fesseur de législation à l'École cen-
trale de Besançon; 280-284 et n., 421.
Provençal, femme, f Marseille; 33i,
344, 463.
Puisaye, Joseph-Geneviève (comte
de), 1755-1827, l'un des chefs de l'ex-
pédition de Quiberon ; 199.
Quantin, Pierre, 1759-?, général de di-
vision (1796) ; 333, 334, 335, 336-339.
Quatremère de Quincy , Antoine-
Chrysostome, 1^55-1849, archéologue
et écrivain d'art; 1791, député à la
Législative (Paris); constitutionnel.
Emprisonné sous la Terreur ; élargi
après thermidor ; condamné à mort
par contumace, puis acquitté à rai-
son du i3 vendémiaire ; en germinal
an V, député de la Seine aux Cinq-
Cents ; jîroscrit en fructidor ; s'é-
chappa. Membre de l'Institut (i8o4);
député de la Seine en 1820 ; 64.
Quéruel, Louis, capitaine, juge à la
commission militaire de Besançon ;
2:4-
Rallier, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Grenoble ; 3i3, 'ii6.
Ramel, Jean-Pierre, 1770-1815, servit
sous Moreau ; commandant de la
garde des Conseils ; déporté à la
Guyane, s'en échappa; général sous
l'Empire ; assassiné à Toulouse le
i5 août i8i5, par les Verdets; 65,97,
98, 177, 184.
Ramel, de Nogaret, Dominique-Vin-
cent, 1760-1829, constituant; conven-
tionnel, vota la mort et Tappel au
peuple, mais contre le sursis ; élu
aux Cinq-Cents ; ministre des fi-
nances ; 97, 201, 202.
Raustrier, secrétaire général de la
i9<^ division militaire à Lyon ; 32g.
Raybaud, Joseph, cultivateur, libéré,
Marseille ; 337.
Rémusat, Pierre-François (de), ren-
voyé par la commission militaire de
Paris devant le Directoire ; 194,
210-216, 257, 258.
Rémusat, femme du précédent ; 2i3.
Rémusat, Justinien (de), frère du pré-
cédent ; 216.
Renault, quartier-maître à Sedan ;
187.
Reubell, Jean-François, 1746- 1807,
constituant; conventionnel ; mem-
bre des comités ; directeur ; adver-
saire des nobles, des prêti'es et des
émigrés ; l'un des auteurs de fructi-
dor ; ne servit pas l'Empire ; 9 n.,
12, 3o, 36, 46, 48, 2o3, 216, 221.
Revellière - Lépeaux , Louis - Marie,
constituant ; conventionnel ; vota
la mort, sans appel ni sursis ; forcé
de se cacher après le 3i mai; plus
tard, président de la Convention ;
membre du Comité de salut public;
directeur ; l'un des auteurs de fruc-
tidor; 9 n., 12, 36, 45, 46, 48, 58, 77,
93, 97, 107, i32, 141, 193, 215-216.
INDEX ALPHABETIQUE.
485
Rewbell. V. Roubell.
Rey, i* Avignon; 209, f\62.
Rey (veuve), d'Aubagne, f Marseille;
333 et n., 344, 4<i2.
Richard,Nicolas-François-Josepli, pré-
sident du tinl)unal criminel des Vos-
ges ; 362-36;.
Richard, époux, amis de Rochecot,
qui, dit-on, le trahirent; 243.
Richepance, Antoine, 1770-1802, géné-
ral de brigade (1796), de division
(1799) ; 3, 4, i3. 17, 22, 23, 49, 07, 73, 75.
Rigolier, secrétaire de la commission
militaire de Grenoble ; 3i3, 3x6.
Rippert, détenu à l'Abbaye ; 460.
Risteau père et fils, négociants à
Bordeaux ; i44'
Rivière, Pascal, cultivateur, libéré,
INIarseille ; 338.
Rivière, François de Riffardeau (mar-
quis, puis duc de), 1760-1826 ; 199.
Robert, compagnon de Dom. Allier,
7 conseil de guerre à Lyon ; 394-407.
Robert, J.-B., prêtre, curé de Puylau-
rent, ^ Niraes ; 377, 464-
Rochecot, Fortuné-Guyon (comte de),
f Paris ; 180, 199, 242-243, 463.
Rochecotte. V. Rochecot.
Rochambeau. V. Le Métayer.
Rocliemont ('?), ami de Willot ; 179.
Rochet, président de Tadministration
centrale de la Haute-Saône; 262-271.
Rocquard. V. Agnan.
Rogon, Gh. -Tanguy, condamné à
mort par la commission militaire de
Rennes; sursis à l'exécution; 416.
Rohan, Ferdinand (de), i738-i8i3, ar-
chevêque de Gambrai ; 85.
Rohan-Rochefort, Antoine- Armand-
Henri (de), -J- Grenoble; 3i9-32i, 464-
Rohan-Rochetbrt, Charles (de); 460.
Rohan-Rochefort, J., Quetenoc, f Pa-
ris, tribunal révolutionnaire, 1794;
320.
Rolin, capitaine, juge à hi commis-
sion militaire de Grenoble ; 3i3.
Rollin, officier municipal à Paris ; 88.
Roméga, prêtre, f Marseille ; 333, 344,
463.
Rostan de Louvicou (^M"'' veuve), •{-
Marseille ; 334, 344, 4t>'^.
Ronchon, Étienne-Bonaventure, cul-
tivateur, t INIarseille ; 338, 34o, 344,
464.
Rouget de l'Isle, officier du génie, au-
teur de la Marseillaise ; 89.
Rousseau, Jean (comte), i738-i8i3,
conventionnel suppléant ; élu aux
Anciens en 1795 et en 1798 ; séna-
teur; 221.
Rovère , Stanislas-Joseph-François-
Xavier, 1748-1798, apologiste du
massacre de la glacière d'Avignon;
député à la Législative ; conven-
tionnel ; régicide : Fun des auteurs
du 9 thermidor; réacteur violent;
député aux Anciens (Vaucluse),
se rangea avec les Glichiens; dé-
porté à la Guyane, y mourut ; 65,
97, 184, 222.
Roxlo, capitaine, juge à la commis-
sion militaire de Tours ; 44^, 445-
Royer, secrétaire-greffier de la com-
mission militaire de Paris ; 2o5,
21 3, 23o, 258.
S
Sabathier, médecin; 180.
Saint- Aldegonde (marquis de); 72.
Saladin, J.-B. -Michel, 1732-1812, avocat
à Amiens; député à la Législative
(Somme) ; conventionnel ; vota la
réclusion du roi, l'appel au peuple
et le sursis ; protesta contre l'arres-
tation des Girondins; fut un des 73 ;
en ventôse an m, rédigea le rapport
qui concluait à la condamnation
des membres des anciens comités ;
eut une mission dans le Jura, la
Haute-Saône et le Doubs; élu aux
Cinq-Cents ; proscrit en fructidor,
s'échappa ; 64, 284.
Saint-Eurelle. V. Saint-Eusèbe.
Saint-Eusè])e, ancien soldat; 187 etn.,
190.
Sanyé, Baudile, renvoyé devant le tri-
bunal criminel des Pyrénées-Orien-
tales; 387.
Saugian, Jean, boucher, libéré, Mar-
seille ; 338.
Saul, chouan ; 446-
Sauran, admis au conseil des Cinq-
Cents comme député du Gers (loi du
19 fructidor); 60. (Ce nom ne figure
ni aux tables du Moniteur, ni dans
les biographies.)
Sauvage, beau-frère de Barbé-Mar-
bois ; 148.
Scellier, prêtre croisier, •{• Bruxelles;
298, 463.
Scépeaux , Marie-Paul-Alexandre-Cé-
486
INDEX ALPHABÉTIQUE.
sar de Boisguignot (vicomte de),
1768-1821, chef vendéen ; 196.
Schérer, Barthélémy - Louis - Joseph,
1748-1804, général de division (1794);
ministre de la guerre ; 5, i4, 16, 18,
25, 36, 43i, 433.
Schilt, Jean-Jacques (baron), i;j6i-
1842, général de brigade (1794) ; 417.
Schobert, Laurent (baron), i;63-i846,
commandant de la place du Puy ;
général de brigade (181 1) ; 399.
Schwartz, Ignace, capitaine, juge à
la commission militaire de Besan-
çon ; 285.
Séguin, sous-lieutenant, juge à la
commission militaire de Milan ; 352.
Seigle, Simon, prêtre, f Nancy: 370-
3:3, 463.
Senechon, Louis-Luc, dit Bournissac,
Nimes, 3-6.
Serre, Odon, capitaine des vétérans
nationaux, juge à la commission
militaire de Besançon ; 28g.
Settein, Jacques - Ambroise- Augus-
tino (marquis de), déportation,
Marseille: 338.
Sézanne, d'Aix, f INIarseille; 33r, 344,
463.
Sicard, Claude, charron, libéré, Mar-
seille : 336.
Sicard, J,-B,, tisserand, libéré, Mar-
seille : 339.
Sicard, Pierre, prêtre, f Toulon: 43^,
464.
Sidney-Smith (sir William), 1761-1840,
Commodore anglais ; détenu au
Temple, il en est enlevé ; 242.
Sieyes, Emmaniiei-Joseph (comte),
1 748-1836, ancien vicaire général de
Chartres ; constituant ; convention-
nel ; vota la mort; élu aux Cinq-
Cents; se mit du côté des vain-
queurs de fructidor; directeur
(16 mai 1799) ; après le 18 brumaire,
consul ; 344, 356, 4i9-
Siméon, Joseph-Jérôme (comte) ,
1749-1842, avocat et professeur de
droit à Aix ; se retira en Italie ; en
revint en 1795 ; député aux Cinq-
Cents (Bouches-du-Rhône) ; pros-
crit en fructidor, se rendit à l'île
d'Oléron; occupa de hautes fonc-
tions sous l'Enipii-c et sous la Res-
tauration; ministre de Tintérieur,
président de la cour des comptes ;
53, 64.
Simoneau de la Morlière, détenu au
Temple, s'évada ; 460.
Simpré, gendarme de Laval, 446-447.
Solagnier, capitaine, juge à la com-
mission militaire de Besançon ; 277.
Sombreuil , Charles- Vireaux (de) ,
1770-1795, célèbre par l'expédition
de Quiberon; 409.
Sotin de la Coindière, Pierre-Jean-
iNIarie, 1 764-1810, administrateur de
la Loire-Inférieure ; un des i32
Nantais acquittés au tribunal révo-
lutionnaire de Paris ; commissaire
central aupi^ès du département de
la Seine ; ministre de la police ; plus
tard, ambassadeur à Gênes ; consul
général à New-York ; percepteur à
la Chevrolière (Loire-Inférieure) : 36,
79, 81, 82, 83, 84, 85-88, 126, 188, 193,
194, 201, 203, 204, 212, 2l3, 292, 3lO,
35o, 353, 358, 429.
Staircase, Américain, ami de Barbé-
Marbois ; i52.
Stef, cordonnier; 346, 347.
Stef, femme du précédent; 347.
Stofflet, 1751-1796, chef vendéen; 196.
Suard, J.-B.-Antoine, 1734-1817 , de
l'Académie française ; frappé de dé-
portation en fructidor ; 65.
Surville, Joseph-Etienne (marquis de),
I755(?)-I798, t le Puy ; 394-4o4, 464-
Suzanne. V. Suzannet.
Suzannet, Pierre-J.-B. -Constant (com-
te de), 1772-1815, chef vendéen ; 197.
Tallard, Amant-Jacques-Louis, nom
de guerre du marquis de Surville ;
398-403.
Talleyrand- Périgord, Charles- Mau-
rice (duc de), 1754-1838, nommé mi-
nistre des relations extérieures le
i6 juillet 1797 ; 88, 252.
Tallien, Jean-Lambert, 1767-1820, con-
A^entionnel, régicide, l'un des au-
teurs de thermidor; élu aux Cinq-
Cents ; 89.
Talot, JMichel-Louis, 1755-1828, conven-
tionnel et des Cinq-Cents; après
fructidor, membre de la commission
des inspecteurs ; 77.
Tassy, Claude, bourrelier, libéré, Mar-
seille; 337.
Théolayre, femme; 397. V. Brun.
Thevenin, prêtre (?); 267.
INDEX ALPHABETIQUE.
487
ïhibaudeau, Antoine-Clair, 1765-1854,
député à la Convention ; vota pour
la mort, sans appel ni sursis; élu
aux Cinq-Cents par tx'entc deux dé-
partements, suspect en IVuctidor,
obligé de disparaître, sans être i)ros-
crit; pair aux Cent-Jours; sénateur
du second empire; 7, 43-
Thibaut (?), ami de Barbé-Mar])ois; i5o.
Tliiers, Claude-Alexandre, droguiste,
libéré, Marseille; 33^.
Thomas, négociante (?): 179.
Thomas, sous-lieutenant, juge à la
commission militaire de Saint-
Brieuc; 4i4'
Thouret, directeur, à Paris, de l'École
de santé (médecine); 52 n.
Thouvenin, Pierre-Sigisbcrt, prêtre,
-j- Nancy ; 3(>2-367, /^iV^.
Touron, -|- Toulon; 427.
Tribaudeau, renvoyé au Directoire
comme ouvrier ; 258.
Trinquant (M'°'=), amie de Mûri nais; 172,
Trion (chevalier de), dit Cassino, f
Paris ; 195-204, 463.
Tronson du Coudray, Guillaume-
x\lexandre, 1750-1798, avocat, défen-
seur de Madame Elisabeth, élu aux
Anciens (Seine-et-Oise), s'y montra
l'adversaire du Directoire ; déporté
à la Guyane; 3i, 43) 65, 98, i53-i59,
160, 162, 184.
Tronson du Coudray, Alexandrine-
Françoise Nau, femme du précédent;
i53-i59 et i55 n.
Tronson du Coudray, Alexandre,
Emile et Euphrosine, enfants des
précédents ; i56 n.
Troupenas, de Nimes, négociant ; 35o.
Troussard, François, capitaine, juge
à la commission militaire de Besan-
çon; 274.
Truguet, Laurent- Jean-François (com-
te), 1752-1839, vice-amiral, ministre
de la marine du i" novembre 1795 au
16 juillet 1797 ; ambassadeur en Es-
pagne, inscrit sur la liste des émi-
grés, rayé; exerça des commande-
ments sous l'Empire ; pair de Fran-
ce ; 91.
Tupinier. Jean, chevalier, 1753-1816,
élu aux Anciens ; arrêté en fructi-
dor, puis relâché ; 56, 97-98.
Tuquat, sergent-major, juge àla com-
mission militaire de Bordeaux ;
294-295.
Tui^quet, directeur du jury, Côtes-du:
Nord, 421.
Vachard, membre du département de
Paris ; 218.
Vachier, Joseph, fabricant de bas,
renvoyé devant l'administration
centrale, Marseille ; 337.
Vaillant de Florival, f Paris ; 248-249,
257-258, 464.
Vaillaudet, prêtre du diocèse de Be-
sançon; 267, 270.
Van derWallen,Fr.- Joseph, f Bruxel-
les ; 299, 464.
Varage, Pierre, marin, -^ Marseille ;
338, 340, 344, 464.
Vasse, prêtre, curé de Quenoche
(Haute-Saône) ; 267.
Vau blanc, Vincent-Marie-Vienot (com-
te de), 1756-1845, lieutenant-colonel
breveté ; député à la Législative
(Seine-et-Marne) ; s'opposa aux me-
sures contre les émigrés et les
prêtres ; se cacha pendant la Ter-
reur; député aux Cinq-Cents; mem-
bre de la commission des inspec-
teurs en fructidor, proscrit; se ré-
fugia à l'étranger ; se montra tour à
tour fervent ami de l'Empire et de
la Restauration : la révolution de
i83o le rendit à la vie privée ; 64.
Vauvilliers, Jean-François, 1737-1801,
professeur au Collège de France et
membre de l'Académie des inscrip-
tions ; l'emplit à Paris plusieurs
fonctions administratives ; adver-
saire de la Constitution civile du
clergé ; compromis dans Taffaire la
Villeurnoy, mais acquitté ; député
aux Cinq-Cents en germinal an v.
Proscrit en fructidor, il se réfugia
en Suisse, puis à Pétersbourg, où il
mourut ; 64.
Venderwallen , capitaine-rapporteur
à la commission militaire de Saint-
Brieuc; 4i4'
Venetz (comte de); 457-
Verbois, chef de bataillon, juge à la
commission militaire, Paris ; 192
205, 23o.
Verdière, Jean-Christophe Collin (dit),
1754-1806, commandant la place de
Paris, général de division, 1798 (?);
243, 249.
488
INDEX ALPHABETIQUE.
Vidal, f Toulon ; ^^j.
Vidalou, Jean, acquitté, Montpellier ;
355.
Viennet, prêtre du diocèse de Besan-
çon; 267.
Vienot, J.-B., adjudant général, pré-
sident d'une commission militaire
de Besançon ; 274-276.
Viénot, J.-Fr., curé d'Autet (Haute-
Saône), condamné à la déportation;
commission militaire de Besançon;
260.
Viénot de Bay ; juge à la commission
militaire de Besançon ; 288.
"S'iguier, professeur d'histoire à l'é-
cole centrale de Besançon ; 284.
Villain XIV, banquier belge, établi à
Paris; 199-201.
Villaret de Joyeuse, Louis-Thomas
(comte), 1750-1812, officier distingué
de l'ancienne marine, resta au ser-
vice ; contre-amiral en 1793 ; livra
aux Anglais, le 1" juin 1794, un com-
bat qui permit l'entrée à Brest d'un
convoi de grains ; député aux Cinq-
Cents (Morbihan) en germinal an v ;
proscrit en fructidor; se rendit à
l'île d'Oléron ; se rallia au 18 bru-
maire et rentra dans le service ac-
tif; 64.
Villedon . Gabriel-Henri , acquitté,
Poitiers ; 389.
Villeurnoy, Charles Berthelot (de la),
ancien tnaître des reqiiêtes sous
Louis XVI, agent royaliste; con-
damné en 1797 pour conspiration; dé-
porté en fructidor ; 59, 63, 98, i84, 199.
Villot, suppléant le commissaire du
Directoire exécutif près l'adminis-
tration de la Meurthe; 367-368.
Vimeux, Louis- Antoine (baron),
1737-1814, général de division (1794),
commandant la 22'^ division mili-
taire à Tours; i3o, 44% 443'
Vincent, Fr.- Hyacinthe, lieutenant,
juge, commission militaire, Besan-
çon ; 277.
Vindeling, Henry-François, acquitté,
Paris; 208.
Vivenot, capitaine - rapporteur à la
commission militaire de Paris; 2o5,
23o, 25i, 252, 253, 254, 258.
Vuillemot, secrétaire de l'administra-
tion centrale (Haute-Saône); 268-271.
W
Willot, Victor-Amédée (comte de),
1755-1823, général de division, 1795 ;
commandant de la division militaire
de Marseille (1797); élu aux Cinq-
Cents (Bouches-du-Rhône); clichien;
inspecteur de la salle ; dépoi'té à la
Guj^ane, d'où il s'évada ; ne servit
pas l'Empire ; comte sous Louis
XVIII ; 25, 64, 9:, 177, 178-180.
II. _ NOMS DE LIEUX
Açores (îles), 100, loi, 106.
Ailloux, Ardèche, 35i.
Aix, Bouches-du-Rhône, 337, 338.
Aix (île d'), Charente-Inférieure, 100.
Aix-la-Chapelle, Province rhénane, 2,
55, 239.
Alençon, Orne, 2, 4.
Allauch, Bouches-du-Rhône, 338.
AUauets, voir Allauch.
Altona, Holstein, 193.
Ambert, Puy-de-Dôme, 222, 225.
Ancône, Italie, 353.
Andoge (?), Charente, 3o4.
Angers, Maine-et,-Loire, 374.
Angoulême, Charente, 461.
Arbecey, Haute-Saône, 285.
Arcasson, pour Arcachon, 100.
Arc-et-Senans, Doubs, 261.
Archettes, Vosges, 35g.
Arlay, Jura, 261.
Arles, Bouches-du-Rhône, 338, 339, %o.
Ai'pajon, Seine-et-Oise, 142-184.
Aubagne, Bouches-du-Rhône, 337.
Aubenas, Ardèche, 35i.
Auge (pays d'). Calvados, 417.
Auriol, Bouches-du-Rhône, 337, ^42.
Autet, Haute-Saône, 260.
Autre ville, Vosges, 359.
Avranches, Manche, 23, 26, 27, 28, 3i.
Avroy, pays de Liège, 323.
INDEX ALPHABISTIQUE.
489
Baffe (la), près Epinal, Vosges, 35;, SSg.
Bagnols, Gard, 382.
Barbentane, Bouches-du-Rhône, 339.
Barjac, Gard, 382.
Barotière (Mesnard de la), Vendée, 187.
Bar-sur-Ornain (Bar-le-Duc), INIeuse,
373.
Basques (rade des), Char,-In^% ii5.
Bassoues, Gers, 383, 384.
Beausset (le), Var, 437.
Beauvais, Oise, 18, 19, 22, 23, 20.
Besançon, Doubs, 232, 260-290,
Bettlainville, Moselle, 349.
Biberach, Wurtemberg, 42.
Bilbao, Biscaye, 100.
Blankenbourg, Brunswick, 192, 197,
394.
Blaye, Gironde, 193.
Blois, Loir-et-Cher, 147.
Bois-Guillaume, Seine-Inférieure, 195.
Bologne, Italie, 438.
Bomberet, Haute-Saône, 370.
Bonnétage, Doubs, 288, 290.
Bonœuil, lire Bonneuil, Seine-et-Oise,
172.
Bordeaux, Gironde, 75, 291-298.
Boscett, Province rhénane, 239.
Bosserville, Meurthe, 368, 369.
Brabant (le), Vosges, 359.
Bresse (la), Vosges, 307, 359.
Breurey, Haute-Saône, 260.
Bruxelles, Belgique, 222, 298-299.
Caen, Calvados, 3oo-3o2.
Cahors, Lot, 61.
Calais, Pas-de-Calais, 224.
Calmoutier, Haute-Saône, 262.
Cambray, Nord, 26, 5o, 73.
Canaries (îles), 106.
Caprès. V. Saint-Caprais.
Carpentras, Vaucluse, 460.
Cayenne, Guyane française, 91, 98, 100.
Cendras, Gard, 382.
Chaballier, Lozère, 377.
Chàlons-sur-Marne, Marne, 4, 6, 48.
Chambéry, Savoie, 49, 32o.
Chambon, Gard, 382.
Champdray, Vosges, 357, 359.
Champères (Champ-Perrault), Mayen-
ne, 446.
Chapelle-au-Riboul, Mayenne, 447'
Charité-sur-Loire (la), Nièvre, 177,
Charleville, Ardennes, 3, 12, 19, 21, 24,
28.
Charmes-sur-Moselle, Vosges,362, 363,
366.
Chartres, Eure-et-Loir, 2, 3, 4. 5, 10.
Chassiron (Pointe de), Charente-Infé-
rieure, 100, II 5.
Chàteau-Chinon, Nièvre, 3o4.
Château-Thierry, Aisne, 48, 57, 73, 70.
Chàtelleraut, Vienne, i36.
Chàtillon - en - Vendelais , Ille - et -Vi-
laine, 412.
Chavidane, commune de Besançon,
Doubs, 260.
Chevreuse, Seine-et-Oise, 86.
Choux, Jura, 391.
Clamecy, Nièvre, 194.
Clostercamp ou Klostercamp, Pro-
vince rhénane, 395.
Coblentz, Province rhénane, 189, 3o6.
Colmar, Haut-Rhin, 3o2-3o3.
Cologne, Province rhénane, i, 3, 20.
Comi^iègne, Oise, 3i.
Conanama, Guyane française, 421.
Cordouan (Tour de), Char.-Inf", 100.
Corlay, Côtes-du-Nord, 420.
Cornimont, Vosges, 357, 359.
Coulommiers, Seine-et-Marne, 11.
Courtinau, voir Courtisols.
Courtisols, Marne, 48.
Craponne, Haute-Loire, 394-395.
Dampierre-lez-Montbozon, Haute-
Saône, 262, 263, 265, 266, 268.
Darney, Vosges, 287.
Dienville, Aube, 4io-
Dieppe, Seine-Inférieure, 235.
Dijon, Côte-d'Or, 49? 73, 74, 7^, 245,
246, 3o3-3o8, 427.
Dinant, Belgique, 20.
Domfront-en-Passais, Orne, 442-
Domne-Sène (?), B.-du-Rhône, 438.
Douai, Nord, 3o9-3io.
Douvres, Angleteire, 224.
Draguignan, Var, 247.
Dreux, Eure-et-Loir, 48, 57, 75.
Échenoz-la-Meline, H"^-Saône, 261, 271.
Embden, pour Emden, port du Ha-
novre, 199, 200.
Épernay, Marne, 22.
490
INDEX ALPHABETIQUE.
Épinal, Vosges, 35;, SSg, 362, SjS.
Erlang-en, Bavière, 460.
Esson, Calvados, 3oi.
Estagel, Pyrénées-Orientales, 85.
Estavayer, Suisse, canton de Neuchâ-
tel, 2(32.
Étival, Vosges, 362.
Eyragues, B.-du-Rhône, 337, H^.
Ferrare, Italie, 389.
Ferté-Alais ou Aleps (la), Seine-et-
Oise, 5, 7, 8, 9, 10, 24, 25.
Finisterre, cap. N.-O. de l'Espagne, 100,
Flangebouche, Doubs, 273.
Flèche (la), Maine-et-Loire, 4o3, 44ï-
Florence, Toscane, 214.
Fontainebleau, Seine-et-lNIarne, 249.
Fontenailles, près Beaugency, Loiret,
460.
Foucherans, Doubs, 261.
Fougère, Vendée, 374.
Fougerolles, Haute-Saône, 271.
Fribourg, Suisse, 345, 364, 365.
G
Gand, Belgique, 3ii.
Gemelles (métairie des), près Launaj»^,
Mayenne, 446.
Gémenos, Bouches-du-Rhône, 338.
Genlis, Côte-d'Or, 245.
Gerbéviller, Meurthe, 367, 368.
Gervais, Haute-Loire, 394, 398.
Giessen, Hesse-Darmstadt, 27.
Givet, Ardennes, 4, 10.
Givors, Loire, 370.
Grand'Gombe de Morteau (la), Doubs,
273-276.
Grasse, Alpes-Maritimes, 438.
Grenoble, Isère, 3i2-32i, 460.
Grenoux, ^Mayenne, 44o-
Gueldre, Province rhénane, 6.
Guyans-lez-Durnes, Doubs, 276-279.
Guyans-Vennes, Doubs, 273.
H
Hambourg, ville libre, 202.
Han-sur-Nied, Moselle, 345.
Harmonville, Vosges, 359.
Herny, Moselle, 346.
Hortes, Haute-Marne, 3o6.
Houteville, Calvados, 206.
Huningue, Haut-Rhin, 322.
Ile-de-France (île Maurice), dans la
mer des Indes, 401.
Isle, mieux Isles-sur-Suippe, près
Reims, Marne, 3.
Ivrée, Italie septentrionale, 32o.
Jersey (île de), 374, 4o8.
Jouques, Bouches-du-Rhône, 337, 339.
Jussac, Haute-Loire, 394.
Jussey, Haute-Saône, 370, 371.
K
Kaiserslautern, Bavière rhénane, 187.
Kernuz (château de), Finistère, 408.
Khuel, Côtes-du-Nord, 420.
La Fare, Bouches-du-Rhône, 337, 34o.
Lafïart, voir La Fare.
La Mène, près Rennes, Ille-et-Vil., 416.
Langeais, Indre-et-Loire, 242.
Lanthy, ferme dans l'Oise (?), 184.
Laon, Aisne, 73.
Lasalle, Gard, 38o.
Launay ou Launay-Bouillon,Mayenne,
446, 44:-
Launoi, mieux Launoy, Indre-et-Loire,
147.
Laval, Mayenne, 44o-
Lembach, Bas-Rhin, 246.
Liège, Belgique, 3, 4, 6, 10, 322-326, 460.
Liesle, Doubs, 261.
Lille, Nord, 220, 247.
Lisieux, Calvados, 4i7-
Livourne, Toscane, 196, 210,
Londres, Angleterre, 224, 229.
Longeville (la), Doubs, 287.
Lons-le-Saunier, Jura, 261.
Loray, Doubs, 273.
Lorient, Morbihan, i45.
Louhans, Saône-et-Loire, 3o6.
Lucerne, Suisse, 364.
Lusignan, Vienne, i36.
Lyon, Rhône, 49^ ^3, 74, 222, 326-329,
394, 400, 406.
M
ÎNIadagascar, grande île de l'Océan
Indien, 161.
yi
INDEX ALPHABETIQUE.
491
Mamers, Sarthe, igS.
MamiroUe, Doubs, 977.
INIanosque, B.-du-Rhôno, 34o.
Mans (le), Sai-the, 441.
INIanioz, Jura, 254, 206.
Marseille, Bouches-du-Rhône, 49> ^3,
•j^, 256, 330-344, 4^3, 427.
Martrou, Charente-Inlorieure, log.
Maureillas, Pyrénées-Orientales, 387.
Mayaux, Calvados, 4i8. Lire : Mailloc.
Mazan, Vaucluse, 460.
Melincourt, Haute-Saùne, 271.
Metz, Moselle, 6, 345-33o.
Mézières, Ardennes, 12, i3, 16, 23.
Milan, Italie, 35o-354.
Mirande, Gers, 383.
Mont-aux-Malades, Seine-Inf", igS.
Montbozon, Haute-Saône, 269.
Montluçon, Allier, 328.
Montpellier, Hérault, 354-356, 4o3.
Montreuil, Seine, 218.
Mouriès, Bouches-du-Rhône, 339, 34o.
N
Namur, Belgique, 5o, 73.
Nancy, Meurthe, 357-373.
Nantes, Loire-Inférieure, 193, 374-375.
Neuss, Province rhénane, 2.
Nice, Alpes-INIaritimes, 49, 350,370, 437.
Nimes, Gard, 256, 35o, 355, 376-382.
Noves, Bouches-du-Rhône, 340.
Ober-Kamlach, Souabe, 388.
Oléron (île d'), Charente-Inf-^^, 261.
Ollivet, Mayenne, 442, 444.
Orgelet, Jura, 261.
Orgon, Bouches-du-Rhône, 34o,
Ornans, Doubs, 261.
Orthe. Voir Ilortes.
Paris, 185-258.
Passy, Seine, 190.
Pépin, voir Peypin.
Perpignan, Pyrénées-Orientales, 383,
387, 427.
Perrière (la), Var, 437.
Pertuis d'AntiocIie, Char.-Inr% 100.
Peypin, Bouches-du-Rhône, 339.
Philippevilie, Belgique, 10.
Plaimbois, Doubs, 273.
Ploërmel, Morbihan, 29.
Poitiers, Vienne, i36-i39, i4i, 388-389.
Pondichéry, Inde française, 4oi.
Pontivy, Morbihan, 29.
Pont-l'Abbé, Finistère, 408.
Port-Brieuc, id., 422. Voir S'-Brieuc.
Port-sur-Saône, Haute-Saône, 287.
Presle, Haute-Saône, 263, 265.
Puy (le), Haute-Loire, 389-407.
Puy-Laurens, mieux Puylaurent, Lo-
zère, 377, 379.
Q
Quenoche, Havite-Saône, 267.
Quiberon, Morbihan, 408, 4o9-
Quimper, Finistère, 4o7-4iO) 4i6.
R
Ré (île de), Charente-Inférieure, 100,
260-261, 4i5.
Reims^ Marne, 4, 1O5 16-18, 20, 22, 28,
29.
Remiremont, Vosges, 357.
Rennes, Ille-et-Vilaine, 27-29, 3i, 48,
411-418.
Rethel, Ardennes, 10, 17.
Richelieu, Indre-et-Loire, i36.
Rochecotte, Indre-et-Loire, 242.
Rochefort, Char.-Inf", 91, ici, .384.
Rochelle (la), Charente-Inférieure, 419.
Roche-sur-Linotte (la), Haute-Saône,
267.
Rocroy, Ardennes, i5.
Romainville, Seine, 25i, 255.
Rome, Italie, 345.
Roquebrussane, Var, 256-257.
Roquevaire, Bouches-du-Rhône, 336,
337, 338, 339, 340, 342.
Rosquelven, Côtes-du-Nord, 420, 421.
Rostrenen, id., 420, 421.
Rouen, Seine-Inférieure, 23, 26, 236.
Sablé, Sarthe, 44i-
Saint-Baudier, Moselle, 345, 346.
Saint-Brieuc, Côtes-du-Nord, 420-422.
Saint-Caprais, Dordogne, 3o6.
Saint-Chamas, Bouches-du-Rhône, 336,
337, 339.
Saint-Didier-la-Séauve, Haute-Loire,
389, 390.
Saint-Dié, Vosges, 359, 36i, 370.
Saint-Domingue, Haïti, 147.
Saint-Étienne, Loire, 370.
492
INDEX ALPHABETIQUE.
Saint-Ferréol d'Aurouze, Haute-Loire,
389-392.
Saint-Germain-du - Pinel, Ille-et - Vi-
laine, 412.
Saint-Jean-du-Gard, Gard, 382.
Saint-Julien, Bouches-du-Rhône, 34o.
Saint-Martin de Précigné, Sarthe, 441-
Saint-Maximin, Var, 43^.
Sainte-Menehould, Marne, 48.
Saint-^Iichel, île des Açores, 106.
Saint-Nicolas-du-Port, Meurlhe, 362,
363.
Saint-Saturnin, Gher(?), 44o-
Sainte-Tréphine, Côtes-du-Nord, 420.
Saint-Zacharie, Var, 437.
Salle-en-Gâtine (la), Vienne, 388.
Salles du Gardon (les), Gard, 38o.
Salions, voir Salon.
Salon, Bouches-du-Rhône;33;, 338, 34o.
Santander, Espagne, 121.
Sarrebourg, Meurthe, 36;.
Saulx, Haute-Saône, 260.
Saumur, Maine-et-Loire, 375.
Sedan, Ardennes, 11, 28, 187.
Sénas, B.-du-Rhône, 33^, 338, 339.
Senlis, Oise, 447'
Sinnamary, Guyane française, 174^
Kl-
Smyrne, Turquie d'Asie, 210.
Soissons, Aisne, 3, 7, 19, 23, 3i, 5o, 73.
Soleure, Suisse, 261.
Sommette (la), Doubs, 2^3.
Soutenoi (?), Haute-Saône, 263, 263.
Strasbourg, Bas-Rhin, 3;.
Suze ; mieux Suse, Piémont, 32o.
Taintrux, Vosges, 36i.
Tarascon, Bouches-du-Rhône,
338.
Ténériffe (Sainte-Croix de), ici, 106.
Tercère, mieux Terceire, île des Aço-
res, 101, 106.
Teste de Buch (la), Gironde, 100.
Thionville, Moselle, 339.
Thor, Vaucluse, 44i-
Toulon, Var, 256, 423-439.
Toulouse, Haute-Garonne, 407.
Tours, Indre-et-Loire, i3o, 440-448-
Trêves, Luxembovirg, 239-240, 345.
Vallauris, Var, 43;, 438.
Vallerest, Haute-Marne, 286.
Vallon, Ardèche, 394.
Vannes, INIorbihan, 449-
Vatimont, Moselle, 345, 346.
Vauconcourt, Haute-Saône, 285.
Vaugirard, Seine, 255.
Venise, Italie, 210.
Vesoul, Haute-Saône, 262, 271, 273.
Vienne, Isère, 326.
Vieuxvigne, voir Viévigne.
Viévigne, Gôte-d'Or, 246.
Villedieu-lez-Quenoche, Haute-Saône,
262.
Villelbrt, Lozère, 377.
Villeneuve-la-Guyard, Yonne, 82.
Villers-Pater, Haute-Saône, 267.
Vincennes, Seine, 218.
Viviers, Ardèche, 399, 402.
Voinemont, Meurthe, 373.
Yssingeaux. Haute-Loire, 098, 4o4j 4o5.
m.
NOMS DAUTEURS GITES
Aillery (l'abbé), 193.
Allain (chanoine Ernest),/n^rod.,xxxv,
291.
Anselme (P.), 3ig, 409.
Arbaumont (Jules d'), Introd.^ xxxv,
246, 3o3.
Aymé(J.-J.),87.
Bailleul, 84.
Baragnon, 376.
Barante, Introd., xxiii.
Barbé-Marbois, ii3, 148, i53-i55, 162.
Barbier, 4o3.
Beauchamp (Alphonse de), 242, 243.
Beaune (Henri), 246.
INDEX ALPHABETIQUE.
493
Bondurand, archiviste du Gard, In-
li-od., XXXV, 38o,
Bonhomme (Honoré), 184.
Boiirrienne, 4'34'
Bruraauld de Beauregard (Mgr de),
196, 3:;5, 388.
Brunet, 4o3.
Bulletin des lois^ 63, 67, 422.
Bulletin de la Société de statistique du
département de l'Isère, 319-321.
Carré de Busserolle, 44o.
Cayon (Jean), 370, 3^3.
Cliaftby (Mgr de), 260, 327.
Châtellier (Maufras du), 408, 409, 449»
Chotin, 298.
Clastre, 332, 340.
Contades (G"= G. de), 196.
Correspondance originale des Emi-
grés, 240.
Coui'j'icr patriotique (le), 3i2.
Gourtellemont, 232.
Crèvecœur (G*« Robert de), 149.
Dalloz, Répertoire, 61.
De la Rue, 25, 177.
Deramecourt (abbé), 309.
Droz (S.), 284.
Du Tort de Cheverny, 149.
Duhamel, archiviste de Vaucluse, In-
trod., XXXV, 259.
Dumas (général Mathieu), 35.
Dumay (Gabriel), 284.
Dupont (de Nemours), 55, 88, 89.
Dutertre, i23-i42, 149, 1O8.
Duvergier, 62, 68, 69, 70, 71.
Estignard, 284.
Fabre (Augustin), 33o.
Fernig (M'"^ Théophile de), 184.
Ferté (G'<= de la), Introd., xxxv, 44o.
Fiévée, 79-80.
Filleau, Beauchet-Filleau et Ch. de
Chergé, 388.
Forneron, 329.
Franclieu (M"= A. M. de),Introd., xxxvi,
3i3, 3i8.
François (abbé), 346, 349.
Frégeolière (Bernard de la), 243.
G
Galesloot, 299.
Gauthier (Jules), archiviste du Doubs,
Introd., xxxv, 260.
Gazette Van Gend, 3ii.
Geslin (G"= de). Recueil de pièces, 191.
Goetviel, 299.
(ioilfon (abbé), 38o, 382.
Gonne, Ferdinand, 323-325.
Grimaux (Edouard), 142.
Guillon (abbé Aimé), 291, 3i2, 3i6, 326,
327, 348, 362, 373, 375, 437, 438.
H
Henné, 299.
Henry, 426, 433, 436, 439.
Hingre (abbé), 36i.
Hue, 249.
Huguenin, Introd., xxxv, et Index des
norns de personnes, 465, n.
Humbert-Glaude (abbé), 36i.
Inibert de Saint-Amand, 193.
Jacqmin, archiviste-adjoint à Aix en
Provence, Introd., xxxv.
Journal manuscrit d'Isbecque, 298.
.fournal de la Côte-d'Or, 246.
Journal général du. département d'In-
dre-et-Loire, 446-448-
Journal de Lausanne, 4oo.
Journal de Paris, 329, 33i, 332, 340, 408,
426.
Jurien de la Gravière, m.
Lahache (abbé Antoine), Introd.,
XXXVI, 358-373.
Lamazouade, 383.
Lautard, 33o, 333.
Lauvergne (Hubert), 436.
L'Eleu de la Simone (chanoine), 328.
Lescalier (Daniel), i43, 144, i46.
Lescure, 80.
Littré, 359.
Loménie (Gh. de), Introd., xxxvi, 409.
494
INDEX ALPHABETIQUE.
M
Mémorial de Sainte-Hélène, 434«
Messager du soir, 24.
Michelet, Introd., xxiii.
Mignet, Introd., xviii n., xxiii.
Mireur, archiviste du Var, Introd.,
XXXV, 429, 4'6.
Moniteur (le), 26, 28, "ig, 5o, 5i, 54, 55,
56, 57, 86, 98, 222, 242, 244, 246, 255,
299, 3oo, 3i9, 320, 33i, 333, ^10, ^lii, 4 18.
N
Nodier (Charles), 4o3.
Nys (chanoine), 298, 299, 3ii.
Pallain (Georges), Introd., vu.
Parfouru, archiviste dlUe-et-Vilaine,
Introd., XXXV, 334, 4ii? 4i8.
Péala (abbé), Sgi.
Pilot, ancien archiviste de l'Isère, Sig.
Pingaud, Léonce, Introd., xxxvi.
Piolin (Dom Paul), 44o-442.
Polier (M"« la chanoinesse de), 400 et n.
Poncet (Urbain), Introd., xxxv, 32i.
Pontdevie (abbé), ig3.
Potier de Courcy, 3ig, 4og.
Potter(F. de), 3ii.
Proudhon (J.-B. -Victor), Introd., xxx,
280-284, 36g.
Prudhomme, archiviste de l'Isère, 3i2.
Quérard, 4o3.
Ramel (général), 149.
Rapporteur (le), 25g, 426-427.
Rédacteur (le), journal, 45.
Rémusat (P. Fr. de), 194, 212, 216, 25-,
460.
Républicain du Nord (le), 245, 3oo, 4^7 •
Revellière-Lépeaux,M'moires,/n.frod.,
IX ; g, i2-i3, 32, 46.
Revue de Bretagne et de Vendée, Sno.
Revue de la Révolution, 3g4, 400-
Reynaud, archiviste des Bouches-dii-
Rhône, Introd., xxxv.
Rousselin de Saint-Albin, 16, 21, 2g, 3o.
Sainte-Beuve, 4o3.
Sauzay (Jules), 260, 261, 287, 288.
Sicotière (Léon de la), 243, 3oo, 408,
417, 448.
Staël (M-« de), 457-458.
T
Taine, Introd., xxii, xxiii.
Thibaudeau, 43.
Thiers, Introd., xxiii.
Tisserand (chanoine), 438.
Torreilles (abbé), Introd., xxxv, 383,
387.
Tressay (abbé du), 375.
ïronson du Coudray, 3r, 43, 160.
U
Un vieux Marseillais. V. Lautard.
Verhaegen (Paul), Introd., xxxvi, 2g9,
3ii, 427.
Villeurnoy (de la), 184.
Wallon (H.), 192, 320.
Wauters, 2gg.
Winterer (abbé), 3o3.
ERRATA
Page 3 et passim : au lieu de : Richepanse, lire : Richepance.
Page i6 : au lieu de : Geney, lire : Gency.
Page 48 : au lieu de : Gourtinau, lire : Gourtisols.
Page 60 : au lieu de : Carrière-Lagarrière, lire : Garrère-
Lagarière.
Page 92 : au lieu de : Lapérouse, lire : La Pérouse.
Page 123 n. : au lieu de : I, II, III, VII, VIII, XIII et XIV,
lire : I, II, III, VIII, IX, X, XIV et XV.
Page 38o /i. — J'ai reçu depuis des réponses de MM. les
archivistes des Bouches-du-Rhône (Marseille et Aix);
mais, comme j'avais lieu de le craindre, elles ont été
négatives.
Page 35o : au lieu de : Fiorelli, lire : Fiorella.
Page 36i : au lieu de : Gillot, lij^e : Gilot.
Page 383 n. : au lieu de : n° i32, lii^e : n° i38.
Page 388 : au lieu de : Oberkamblach, lire : Oberkamlach.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction vii-xxxvi
§ I. Le général Hoche et les mouvements de troupes. viii
§ 2. Lettres de Mathieu Dumas au général Moreau. xi
§ 3. Le coup d'Etat xiii
§ 4- La déportation xvii
W § 5. Les commissions miUtaires xxii
I.
LE GÉNÉRAL HOCHE
ET LES MOUVEMENTS DE TROUPES
L — Cologne, i3 messidor an v — i^'^ juillet
1797. Le général Hoche au ministre de la
guerre
H. — Aix-la-Chapelle, 19 messidor. Le chef de
l'état-major au commissaire des guerres,
Lesage
HL — Charleville, 25 messidor — i3 juillet. Le-
comte, inspecteur des étapes, aux ci-
toyens Oyon et Hochard, chefs provi-
soires de ce service à Soissons. . . .
IV. — Isles, 27 messidor — i5 juillet. Lesage, com-
missaire des guerres, aux officiers mu-
nicipaux à Isles
V. — Liège, le 28 messidor — 16 juillet. Caffa-
relli Dufalga, au ministre de la guerre.
18 FRUCTIDOR. 32
49^ TABLE DES MATIERES.
VI. — Paris, 29 messidor — 17 juillet. Le mi-
nistre de la guerre au général de divi-
sion Dupont, à Paris 4
VII. — Châlons, même date. Le chef du service
des étapes aux administrateurs des
mêmes services à Paris 4
VIII. — Chartres, même date. La municipalité de
Chartres au ministre de la guerre. . . 4
IX. — Paris, i^^ thermidor — 19 juillet. Le mi-
nistre de la marine au Directoire exécu-
tif 5
X. — Paris, le 2 thermidor — 20 juillet. Le géné-
ral en chef Hoche au Dbectoire exécutif. 5
Annexes
Séance du 2 thermidor au Conseil des
Cinq-Cents. — Message du Directoire. . 7
Extrait du procès-verbal des séances du
conseil des Cinq-Cents du 3 thermidor. 8
XI. — Paris, 3 thermidor — 21 juillet. Le Direc-
toire exécutif au ministre de la guerre. 9
XII. — Paris, même date. Le ministre de la guerre
au Directoire exécutif 9
XIII. — Paris, même date. Le ministre de la guerre
à l'administration générale des étapes,
transports et convois militaires. ... 11
XIV. — Paris, même date. Carnot au ministre de
la guerre 12
XV. — Paris, 4 thermidor — 22 juillet. Le géné-
ral en chef de l'armée de Sambre-et-
Meuse au général Merraet 12
XVI. — Sedan, même date. Le général Férino,
commandant la 2° division militaire, au
ministre delà guerre i3
XVIL — Paris, 5 thermidor — 23 juillet. Le ministre
de la guerre au Directoire i4
XVIII. — Même date. Le même aux administrateurs
généraux des étapes i4
TABLE DES MATIERES. 499
XIX. — Paris, 6 thermidor — 24 juillet. Le ministre
de la guerre au général Férino. ... 14
XX. — Paris, 7 thermidor — 25 juillet. Le Direc-
toire exécutif au ministre de la guerre. 10
XXL — Môme date. CafTarelli-Dufalga au ministre
de la guerre i5
XXIL — 8 thermidor — 26 juillet. Approbation
donnée au général Hoche par le Direc-
toire, signée Garnot 16
XXIIL — Même date. I-^e général F'érino au ministre
de la guerre 16
XXIV. — Paris, 9 thermidor — 27 juillet. Schérer,
ministre de la guerre, à Hoche. ... 17
XXV. — Môme date. Du ministre de la guerre.
Ordre au chef d'escadron Briant. . . 17
XXVI. ~- Même date. Le même à Lesage, commis-
saire des guerres ; Réponse de Lesage. 17
XXVII. — Beauvais, même date. Le commissaire des
guerres, Lefebvre-Montabon, au citoyen
Blanchard, commissaire ordonnateur de
la 17*^ division militaire 18
XXVIII. — 10 thermidor — 28 juillet. Le général Fé-
rino au ministre de la guerre 18
XXIX. — Charleville, 10 thermidor — 28 juillet. Le
général en chef [Hoche] au citoyen Ju-
jardy, commissaire ordonnateur des
guerres de la 2^ division militaire. . . 19
XXX. — Même date. Le même au même. ... 20
XXXI. — Dinant, ii thermidor — 29 juillet. Le gé-
néral en chef Hoche au ministre de la
guerre 20
XXXII. — 12 thermidor — 3o juillet. Ordre général
du 10, à sept heures du soir 21
XXXIII. — Paris, i3 thermidor — 3i juillet. Le mi-
nistre de la guerre au général Hatry. . 22
XXXIV. — Même date. Le ministre de la sruerre au
»
général Hoche 22
XXXV. — Même date. Le même au commissaire or-
donnateur de la 2^ division militaire. . 23
ooo
TABLE DES MATIERES.
XXXVI.
XXXVII.
XXXVIII.
XXXIX.
XL.
— Même date. Le même au général Hoche.
— Paris, i4 thermidor — i^^ août. Le Direc-
toire au ministre de la guerre. . . .
— Même date. Le ministre à Lesage, com-
missaire des guerres
Paris, i5 thermidor — 2 août. Le ministre
de la guerre, Schérer, au Directoire. .
17 thermidor — 4 août. Portiez et Borel,
députés de l'Oise, au ministre de la
«rucrre
23
23
25
25
25
ANNEXES
Trois lettres du général Hoche :
au général Lemoine, 19 thermidor. . . 26
au ministre de la guerre, id. ... 27
au général .... 21 thermidor 27
XLI. — Paris, 21 thermidor — 8 août.
Le ministre de la guerre au général Hoche. 27
XLII. — 23 thermidor — to août.
Le général Férino au ministre de la guerre. 28
XLIII. — Gharle ville, 23 thermidor — 10 août.
Le général Lemoine au ministre de la
guerre 28
XLIV. — Paris, 24 thermidor — 11 août.
Le ministre de la guerre au général Le-
moine ........ 29
XLV. — Paris, 25 thermidor — 12 août.
Le même au même ....>..... 29
XL VI. — 26 thermidor — i3 août.
Le général Lemoine au ministre de la
guerre 29
XLVII. — Paris, 28 thermidor — i5 août.
Le ministre de la guerre au Directoire
exécutif 3o
XLVIII. — Même date.
François de Neufchâteau, ministre de l'in-
térieur, au ministre de la guerre ... 3o
XLIX. — i^^ fructidor — t8 août.
TABLE DES MATIERES. 5oi
Le général Lemoine au ministre de la
guerre 3o
L. — 4 fructidor — 21 août.
Le ministre au commissaire des guerres, à
Châlons-sur-Marne 3i
LL — Soissons, 7 fructidor — 24 août.
Meurizet, commissaire des guerres à Sois-
sons, au ministre de la guerre .... 3i
LIL — 14 fructidor — 3i août.
Le général Gliérin nommé commandant
de la garde constitutionnelle du Corps
législatif 32
LIIL — Même date.
Le Directoire se réserve les mouvements
de troupes de division à division ... 32
LIV. — Paris, i5 fructidor — i^'' septembre.
Le ministre de la guerre au Directoire exé-
cutif 33
IL
LETTRES DE MATHIEU DUMAS
MEMBRE DU CONSEIL DES ANCIENS
AU GÉNÉRAL MOREAU
COMMANDANT DE L'ARMÉE DU RHIN
L — Paris, 3o messidor an v — 18 juillet 1797 . 35
IL — Paris, 17 thermidor — 4 ^o^i* 37
III. — Paris, 27 thermidor — 14 août 38
IV. — Paris, 12 fructidor — 29 août ^1
m.
LE COUP D'ÉTAT
L — SÉANCE PERMANENTE DU DIRECTOIRE du
17 fructidor, au soir, au 19 fructidor, au
soir 47"^^
502
TABLE DES MATIERES.
II. — Loi du 19 fructidor an v — 5 septembre
1797
III. — Pièces diverses
59-72
72
§1^^. — Le général Augereau.
I. — 18 fructidor — 4 septembre.
Ordres aux généraux Montigny,
Kellermann, Moreau et Riche-
pance 72
II. — Même date.
Ordre au concierge du Temple de
recevoir le citoyen Aubry . . 73
III. — Même date.
Au commandant des Tuileries. . 78
IV, ~ 19 fructidor — 5 septembre.
Tableau des force s militaire s dans
l'intérieur 78
V. — Même date.
Ajournement des revues à Paris. 74
VI. — Même date.
Le général Augereau au Direc-
toire 74
VII. — 21 fructidor — 7 septembre.
Ordre aux troupes de Dreux et
de Château-Thierry de rétro-
grader sur Paris. . • . . . 75
VIII. — 22 fructidor — 8 septembre.
Ordre de diriger 1,000 hommes
sur Bordeaux 76
IX. — 23 fructidor — 9 septembre.
Les troupes qui doivent arriver
à Paris seront campées ... 70
X. — 24 fructidor — 10 septembre.
Ordre à Groizart, adjoint aux ad-
judants généraux, de se rendre
à Dreux 75
XI. — 4^ complémentaire an v — 20 sep-
tembre.
TABLE DES MATIERES. 5o3
Le général Augcreau à propos
de la Légion des Francs. . . 76
XII. — 2 vendémiaire an vi. — 23 sep-
tembre 1797.
Mort du général Hoche; nomination
d'Augereau au commandement
des armées de Rhin-et-Moselle et
de Sambre-et-Meuse, et du géné-
ral Lemoine au commandement
de la 17® division militaire, en
remplacement d'Augereau . . 76
XIII. — Paris, 3 vendémiaire.
Les représentants du peuple,
membres des commissions des
inspecteurs des deux conseils,
au Directoire exécutif .... 76
XIV. — Même date.
Renvoi de la Légion des Francs
et du 21^ régiment de dragons
à l'armée de Rhin-et-Moselle. . 77
XV. — 4 vendémiaire — 25 septembre.
Ordre d'Augereau contre les duel-
listes 78
XVI. — 6 vendémiaire — 27 septembre.
Le Directoire au ministre de la
guerre, à propos du drapeau
accordé par la loi au général
Augereau
XVII. — Même date et môme sujet
XVIII. — Môme date et môme sujet
2. — Le ministère de la police et le Directoire.
78
78
79
I. — 18 fructidor — 4 septembre.
Le ministre de la police, Sotin,
au Directoire exécutif .... 79
II. — 20 fructidor — 6 septembre.
Deux arrêtés du Directoire rela-
tifs à la famille d'Orléans. . . 80
5o4
TABLE DES MATIERES.
III. —
IV.
V. —
VI.
VII. —
VIII. —
IX. —
X. —
XI. —
XII. —
XIII.
XIV. —
25 fructidor — ii septembre.
Demande de sursis par la veuve
d'Orléans ; ordre du Directoire
de la faire partir dans le jour. 8i
Même date.
Le ministre de la police au prési-
dent du Directoire exécutif . . 8i
27 fructidor — i3 septembre.
Le ministre de la police au Direc-
toire 82
Sans date.
Du même, arrestation de Gibert-
Desmolières 82
i®^ complémentaire an v — 17 sep-
tembre.
Circulaire du Directoire aux sept
ministres pour l'épuration de
leurs bureaux 82
4° complémenf^^ — 20 septembre.
Du ministre de la police au Di-
rectoire 83
2 vendémiaire — 23 septembre.
Circulaire aux sept ministres. . 84
4 vendémiaire — 25 septembre.
Le ministre de la police au Direc-
toire 85
16 vendémiaire — 7 octobre.
Procès-verbal de sortie du terri-
toire français du prince de
Conti et des duchesses de
Bourbon et d'Orléans .... 85
Sans date.
Tentative d'arrêter Montmorency
au château de Chevreuse. . . 86
27 vendémiaire — 18 octobre.
Le ministre de la police au Direc-
toire exécutif 86
16 nivôse — 5 janvier 1798.
Du même au même 87
TABLE DES MATIERES. 5o5
XV. — 21 nivôse — lo janvier.
Du môme au président du Direc-
toire 87
§3.
I. — [27 ?] fructidor an v.
Dupont, de Nemours, représen-
tant du peuple, à ses collègues
du conseil des Anciens. ... 88
II. — 3 vendémiaire. — 24 septembre.
Lettre de Rouget de Lisle au Di-
rectoire 89
IV.
LA DÉPORTATION
L
LE MINISTÈRE DE LA MARINE
L — Paris, le 29 thermidor an v — 16 août 1797.
Rapport 91
IL — Paris, le 6 fructidor an v — 28 août 1797.
Le ministre de la marine et des colonies à
l'ordonnateur de marine et au comman-
dant des armes à Rochefort 98
III. — Rochefort, le i3 fructidor — 3o août.
Le lieutenant Jurien au ministre de la ma-
rine. 94
IV. — Paris, le 14 fructidor — 3i août.
Le ministre de la marine et des colonies
au ministre de la guerre 94
V. — Paris, le 18 fructidor — 4 septembre.
Le ministre de la marine au citoyen Ju-
rien, lieutenant de vaisseau, commandant
la corvette la Vaillante, à Rochefort. . 96
VI. — Paris, le 20 fructidor — 6 septembre.
32*
5o6 TABLE DES MATIERES.
Le secrétaire général du Directoire exécu-
tif au ministre de la marine 95
VII. — Paris, le 20 fructidor.
Arrêté du Directoire exécutif 96
VIII. — 18 au 19 fructidor an v.
Maison d'arrêt du Temple. — Rapport. . 97
IX. — Paris, 20 fructidor — 6 septembre.
Le ministre de la marine au commandant
des armes à Rochefort 98
X. — 20 fructidor an v — 6 septembre.
Instructions pour le citoyen Jurien, lieute-
nant de vaisseau, commandant la cor-
vette la Vaillante loo
XL — Même date.
Le ministre à l'ordonnateur, à Rochefort. loi
XII. — Même date.
Du même au citoyen Jurien 102
XIII. — Paris, 22 fructidor — 8 septembre.
Du même au commandant des armes à
Rochefort io3
XIV. — Rochefort, 25 fructidor — 11 septembre.
Le commandant des armes au ministre de
la marine et des colonies. Pour vous seul. 104
XV. — Même date.
De l'ordonnateur au ministre io5
XVI. — Rochefort, 27 fructidor — i3 septembre.
Le commandant des armes au ministre de
la marine et des colonies. A lui seul. . io5
XVII. — 4^ complémentaire an v.
Extrait du registre des délibérations du
Directoire exécutif 106
XVIII. — Paris, 4® complémentaire — 20 septembre.
Le ministre au commandant des armes . 107
XIX. — Même date.
Du même à l'ordonnateur de la marine . 108
XX. — Rochefort, i^'' vendémiaire an vi — 22 sep-
tembre 1797.
L'ordonnateur de la marine au ministre de
la marine et des colonies 108
TABLE DES MATIÈRES. 607
XXI. — Rochetbrt, 3 vendémiaire an vi — 24 sep-
tembre.
Le commandant des armes au ministre de
la marine et des colonies 109
XXII. — Consigne m
XXIII. — Copie de la lettre de l'ex député Barbé-
Marbois, à la demande de ses compa-
gnons, au vice-amiral commandant des
armes, Martin, en date du 2 vendémiaire
an VI 1 13
XXIV. — Rochefort, 5 vendémiaire — 26 septembre.
Le commandant des armes au minisire de
la marine et des colonies ii4
XXV. — Paris, 11 vendémiaire — 2 octobre.
Le ministre au commandant des armes . ii5
XXVL — Même date.
Du même à l'ordonnateur. Pour vous seul. 117
XXVII. — Rochefort, 19 vendémiaire — 10 octobre.
Le commandant des armes au ministre de
la marine et des colonies. A lui seul. . 117
XXVIII. — Paris, 27 vendémiaire — 18 octobre.
Le ministre au vice-amiral Martin . . . 120
XXIX. — Paris, 11 brumaire — i'^'' novembre.
Du même au Directoire exécutif . . . . 121
XXX. — iVIème date.
Du même au consul de Santander . . . 121
XXXI. — Extrait du rapport adressé par le lieute-
nant La Porte, commandant de la Vail-
lante , au commandant des armes , à
Rochefort 122
IL
MISSION DU GÉNÉRAL DUTERTRE
I. — Au quartier général de Paris, le 19 fructi-
dor an V.
Augereau, général divisionnaire, comman-
dant en chef la 17^ division militaire. . i23
5o8 TABLE DES MATIERES.
II. — 21 fructidor an v.
Ordre au général de brigade Dutertre . . 124
III. — Au quartier général de Paris, le 21 fructidor.
Ordre d'Augereau au général Dutertre. . i25
IV. — Même date.
Le ministre de la police générale au Direc-
toire 126
V. — Même date.
Affaire secrète. — Le ministre de la police
générale au président du Directoire exé-
cutif 126
VI. — 22 fructidor — 8 septembre.
Avis du Directoire au ministre la la police. 126
VII. — Même date.
Le ministre de la guerre au général Auge-
reau 127
VIII. — Au quartier général, même date.
Augereau au général Dutertre 127
IX. — Même date.
Le même au même 127
X. — Instructions pour le général de brigade
Dutertre 128
XL — 26 fructidor — 12 septembre.
Augereau au général Dutertre i3o
XII. — 28 fructidor — 14 septembre.
Du même au même i3i
XIII. — 3o fructidor — 16 septembre.
Augereau au ministre de la guerre . . . i3i
XIV. — Extrait des registres du Directoire exécu-
tif du 3o fructidor de l'an vi i32
XV. — Paris, le 3o fructidor an v — 16 septembre.
Le ministre de la guerre au général Duter-
tre, commandant l'escorte des déportés. i33
XVI. — 6 vendémiaire an vi — 27 septembre.
Au ministre de la police générale . . . i33
XVII. — Paris, le 8 vendémiaire, 6® année — 29 sep-
tembre.
Le ministre de la guerre au Directoire
exécutif. Rapport i34
TABLE DES MATIERES. OO9
XVI IL — 8 vendémiaire — 29 septembre.
Ordre du Directoire au ministre de la
guerre, au sujet du général Dutertre. . i35
XIX. — Copie de la lettre du commissaire du Direc-
toire près l'administration centrale de la
Vienne au ministre de la police générale. i35
XX. — Copie de la lettre du commissaire du pou-
voir exécutif près l'administration mu-
nicipale de Poitiers, au même .... iSj
XXI. — Copie de la lettre de l'accusateur public
près le tribunal criminel de la Vienne,
au même i39
XXII. — 25 vendémiaire — 16 octobre.
Arrêté du Directoire relatif au général
Dutertre i4i
m.
CORRESPONDANCE DES DEPORTES
I.
BARBÉ-MARBOIS
I. — Arpajon, 23 fructidor.
A la citoyenne Lavoisier 142
II. — Paris, route de Rochefort, le 23 fructidor
an V.
Aux citoyens Risteau père et fils et C^^, à
Bordeaux i44
III. — 23 fructidor.
Au citoyen Ferrand-Lazé et C'^, à L'Orient. i45
IV. — Orléans, le 24 fructidor.
A la citoyenne Lavoisier i45
V. — Blois, 27 fructidor an v.
Au citoyen Lamardelle, ancien procureur
général au conseil de Saint-Domingue, à
Launoi, près de Tours 147
VI. — Sainte-Maure, 29 fructidor an v.
A Élise Barbé-Marbois 147
010 TABLE DES MATIERES.
VIL — Tours, 29 fructidor an v.
A la même ...,.., 148
VIII. — Poitiers, le 2° jour complémentaire.
A la même i49
IX. — Lusignan, 3^ jour complémentaire.
Au citoyen Pécheur, représentant du peu-
ple 149
X. — Saint-Maixant, 3^ jour complémentaire.
A Élise Barbé-Marbois i5o
XI. — Lusignan, 3^ jour complémentaire.
A la même i5i
XII. — A la rade de Rochefort, i^^ vendémiaire.
A la même 102
XIII. — En rade à Rochefort, i^'' vendémiaire an vi.
Au ministre de la marine i53
II.
TRONSON DU COUDRAY
I. •— D'Arpajon, le 23 fructidor.
A la citoyenne Tronson Ducoudray . . . io3
II. — Arpajon, 23 fructidor.
Au citoyen Dauchy, représentant du peu-
ple au conseil des Cinq-Cents, à Paris . i55
III. — 24 fructidor.
A la citoyenne Tronson Ducoudray , . . i56
IV. — 25 fructidor.
A la même 167
V. — Tours, 28 fructidor.
Au citoyen Dauchy 167
VI. — Lusignan, ce 2® jour complémentaire.
Au citoyen Dumans, à Laval i58
III.
LAFFON DE LADEBAT
I. — D'Arpajon, 23 fructidor an v.
A la citoyenne Laff'on-Ladébat.
109
TABLE DES MATIERES. OU
II. — Angerville, 24 fructidor an v.
A la même 161
III. — Orléans, 25 fructidor an v, à huit heures.
A la même 162
IV. — Blois, 26 fructidor an v.
A la même 164
V. — Tours, 28 fructidor an v.
A la même 164
VI. — Sainte-Maure, 29 fructidor an v.
A la même i65
VII. — Châtelleraut, 3o fructidor an v.
A la même 166
VIII. — Poitiers, i®^ complémentaire an v.
A la même 166
IX. — Lusignan, 2^ complémentaire an v.
A la même 167
X. — Saint-Maixant, 3® complémentaire an v.
A la même 167
XI. — i^' vendémiaire an vi.
Au citoyen Otard, à Rochefort 168
IV.
MURINAIS
I. — Le 10 septembre, à Arpajon.
A la citoyenne Murinais 169
II. — A Orléans, le 11 septembre,
A la même 170
III. — A Orléans, le 11 septembre.
A la citoyenne Trinquant, à Bonœuil-sur-
Marne 172
IV. — A Tours, le 28 fructidor.
Au citoyen Bourgon, ancien gouverneur
de Cayenne, à Angoulême 172
V. — A Poitiers, le i^^ jour complémentaire.
Au citoyen Victor Dauberjon 178
OI2 TABLE DES MATIERES.
V.
DE LA RUE
I. — Arpajon, le 23 fructidor an v.
A la citoyenne de la Rue, la jeune ... 176
II. — Angerville, 24 i'ructidor.
A la môme 176
III. — Arpajon, 28 fructidor.
Au citoyen Billalois-Boismont, notaire . . 177
Le 20 fructidor.
Au même 177
VL
WILLOT, BARTHELEMY, LE TELLIER, d'oSSONVILLE,
BOURDON (de l'Oise)
I. — Arpajon, 23 fructidor.
Willot au citoyen Moncade 178
II. — Arpajon, 23 fructidor.
Barthélémy au citoyen Anicet Barthélémy,
négociant 180
III. — Arpajon, 24 fructidor.
Le Tellier au citoyen Barthélémy. . . . 181
IV. — Même date.
Le même au citoyen Monet 181
V. — Tours, 28 fructidor.
D'Ossonville à la citoyenne d'Ossonville . 182
VI. — Arpajon, 23 fructidor.
Bourdon (de l'Oise) au citoyen Lhéritier . i83
V.
COMMISSIONS MILITAIRES
PREMIÈRE PARTIE
PARIS
Paris . , i85 258
L Comte de Mesnard, i85. — IL * Brugières, 194. — III. Chenu,
TABLE DES MATIERES. 5l3
194, _ IV. * Fribourg-, iç)5. — V. Trion, dit Cassino, 195. —
VI. Le Coq de Beuville, 204. — VIL * Vindeling (Henri-Fron-
çois), 208. — VIII. Vincent de Lamotte, 209. — IX. * Rémusat
(Pierre-François de), 210. — X. Merle d'Arabert, 216. —
XI. Comte de Lorge, 233. — XII. Ghassey, 233. — XIII. Du-
breuil, 233. — XIV. Gérard Saint-Elme, 234. — XV. Comte de
Rochecot, 242. — XVI. J.-B. Lecoq aîné, 245. — XVII. * Mar-
quis Jules-ÉIéonore Beauxoncles, 246. — XVIII. * Durand, dit
Lamotte (Étienne-Gésar), 247. — XIX. Fi'érot (de Langres), 247.
— Annexes, 248. — XX. Pilliot, comte de Goligny, 249. —
XXI. "Gabriel Branzon, 206. — XXII. Alexandre-Alexis, 257.—
XXIII. Vaillant de Florival, 257. — Appendice, 258.
DEUXIEME PARTIE
DÉPARTEMENTS
Avignon 269
I. Rey. — IL Un autre émigré. — III. Duprat, 25g.
Besançon 260 290
I. * Buchet, Jean- Antoine-Emmanuel, prêtre, et * Buchet, Antoine-
Léopold, prêtre ; * Viénot, prêtre, 260. — IL Patenaille, prêtre,
261. — III. Galmiche, prêtre, 262. — IV. Jacquinot, prêtre, 271.
— V. Martelet, prêtre, 273. — VI. Perrin , prêtre, 273. —
VIL 'Emourgeon, prêtre, 276. — Annexe : le Mémoire de J.-B.-
Victor Proudhon. — VIII. * Mailley, prêtre, 284. — IX. Dela-
pierre, prêtre, 286. — X. Bertin-Mourot, prêtre, 287. — XL
*M"« Marguerite Muselier, 287. — XII. * Millot, 288.
Bordeaux 291 298
I. Mascard, prêtre, 291. — IL Bordes, 291.
Bruxelles 298 299
I. Scellier, prêtre, 298. — IL Un prêtre, émigré français, 298. —
III. Un Émigré, 299.
Gaen 3oo 3o2
Le Lodé, 3oo. — Annexes : Leclerc, dit la Feuillade, et Gri moult
d'Esson, 3oo-3o2.
GOLMAR , 3o2 3o3
Bochelé, prêtre, 3o2-3o3.
Dijon 3o3 3o8
§ I" : 1° François Bardet, dit Larochère ; 2" Pierre Agnan, dit le
chevalier de Rocquai'd, 3o3-3o5. — § 2 : Autres affaires, 3o5-3o6.
— Annexes, 3o7-3o8.
Douai 309 3to
Lempereur, religieux, 3a9-3io.
5l4 TABLE DES MATIERES.
Gand 3ll
§ I" : Deux personnes ; § 2 : un Bruxellois, 3ii.
Grenoble 3i2 32i
I. Cazeneuve, 3i2. — IL Bertrand, prêtre, 3i2-3i5. — III. Lunel,
prêtre, 3i6-3i8. — IV. Henri de Rohan-Rochefort, 319-321.
HUNINGUE 322
1° Comte de ou du Failly ; 2° Deux autres, 322.
Liège 322 326
I. Chindelair, 322. — IL Jarbeau, 324. — III. 1° * Pélagie Noron et
30 «Marguerite Jouy, 325. — IV. Prons, prêtre, 325.
Lyon 326 329
I. Boutelier, prêtre, 326. — IL Ligondès, émigré, 327.— III. Deux
prêtres et deux émigrés, 329.
Marseille 33o 344
§ I" : 18 fructidor an v-i4 thermidor an vi, 33o-334. — § 2 : Du
14 thermidor an vi au 18 brumaire an viii, 334-344- — I. Aix,
3 ventôse an vu. Le commissaire du Directoire exécutif près
Tadministration centrale du département des Bouches-du-
Rhône au ministre de la police générale, 335. — IL 8" division
militaire. État des jugements rendus par les diverses commis-
sions militaires dans le département des Bouches-du-Rhône,
du 14 thermidor an vi au 17 frimaire an vu, 336-339. —
III. Quelques jugements de mise en liberté, 34o-344. — Résumé,
344.
Metz 345 349
I. Antoine Nicolas, prêtre, 345. — IL J.-B. Maucolin, prêtre, 349.
Milan 35o 354
*Folacher, 35o-354.
Montpellier 354 356
I. ' Daudé, Jean-François-Xavier, 354. —IL * Vidalou, Jean, 355.
— III. 'Froment, Mathieu, 355. — IV. * Astre, Jean, 356.
Nancy 35; 3^3
I. Poirot, prêtre, 35;. — IL ïhouvenin, prêtre, 362. — III. Lot-
tinger, chartreux, 367. — IV. Seigle, prêtre, 3^0.
Nantes 3^4
I. * Marathier, Jacques, dominicain, 3^4. — IL Matthieu de
Gruchy, prêtre, 374.
Nice 3^5
François Grépel, 375.
Nîmes 3^6 383
I. * Baudillé-Senéchon, Henri-Joseph ; ' Louis-Luc Senéchon, dit
Bournissac, 376. — IL * Philibert Etienne, dit la Flamme, 377. —
TABLE DES MATIERES. 5l5
III. .1 .-B. Robert, prêtre, 377. — IV. * Chabas, Pierre-Joseph, 879.
— V. Cairoche, Jean-Léon, prêtre, 879. — VI. L'ex-pricur de
Lasallo, prêtre, 38o. — VII. * Dalzon, grand-père, 38o. —
VIII. * Dauprat, Firrain; •Bonnefoy, Jean-Fr.-Pascal : * Bcllier,
Pierre, 38i. — IX. • Charles Ghabannier, 38i.— X. * Louis Bureau,
382. — XI. • J.-H. Bataille, 382.
Perpignan 383 38^
I. Bourret, prêtre, 383. — IL Pierre Cabanes, 387.
Poitiers 388 389
I. Philbert, dit la Bussière, 388. — II. ' Gabriel-Henri Villedon,
389.
Le Puy 389 407
I. Mermet, prêtre, 389. — IL Le marquis de Surville; Dominique
Allier, Robert et Gharbonncl, 394-407.
QUIMPER . 4^7 410
Louis-Victor Loménie de Brienne (?), 407-410.
Rennes 411 4^8
I. • Bertoys, prêtre, 41 1- — H. * Charles Tanguy Rogon, ^16. —
III. Lamour-Langégut, 4i^' — IV. Philippe Le Grix de Neu-
ville, 417.
La PiOGIIELLE 419
* Palais-Pichon, dit Lagard, François-Xavier, 4i9-
Saint-Brieuc 4^0 4^2
•André le Pape, prêtre, et * François Guyomard, cultivateur, 420.
Toulon 4*^3 4^9
§ i^'" : 18 fructidor an v-24 frimaire an vi, 42J-432. — § 2 : 24 fri-
maire an vi-27 floréal an vi, 43^-435. — § 3 : 27 floréal an vi-
20 vendémiaire an vu, 435-436. — § 4 • ^5 vendémiaire an vii-
28 ventôse an vu. — I. Meyran, prêtre. — IL Sicard, prêtre. —
III. * Calamand, Joseph, 437-439.
Tours 44o 448
I. Cartau, 440. — IL Denais, prêtre, 44o. — HL Glatier, prêtre,
44i- — IV. Hervieu, prêtre, 442. — Annexe : Le Métayer, dit
Rochambeau, et Leroux, dit l'Aimable, 445-448. ]
Vannes 449
Guillemot, dit Sans-Pouce, 449-
APPENDICES
L Ministère de la police générale. — Le ministre de la
police générale de la République aux administrations
5l6 TABLE DES MATIERES.
centrales de département et aux commissaires du
Directoire exécutif près ces administrations. . . . 4^1
IL Sur divers émigrés, justiciables de commissions mi-
litaires : I. Comte de Venetz. — IL Jacques MarqUet,
baron de Montbreton de Norvins. — IIL Eustaclie
Esse, supposé être Pierre-Louis Guillaume Lambert.
— IV. Gilles Louvet. — V. 1° Charles de Rohan-Ro-
chefort ; oP- Simoneau de la Morlière ; 3° Joseph du Roy
d'Hauterive ; 4° Rippert. — VI. Jean Guy Mard. 467 461
IIL Liste, par ordre chronologique, des condamnations
à mort prononcées par les diverses commissions mi-
litaires 4^2
INDEX ALPHABETIQUE
I. Noms de personnes 4^^
IL Noms de lieux 488
IIL Noms d'auteurs cités. 49^
Errata 49^
Table des matières 497
BESANCON. — IMPR. ET STÉRÉOTYP. DE PAUL JACQUIN.
Il
UwTerntT é Ottan
D«t<e dn-e
F«r iixsKt !<• reïiF'i i W»k m v W
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^^^00 3 002^8 7^0 70b
DC 188.7 «PS 1893
PIERREt VICTOR.
18 FRUCTIDOR.
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C£ OC C188
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PIERREt VÎCT 18 FRUCTIDCR
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333 07 02 04 04 07 5
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